Jérusalem, juillet 1099
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(Auteur année), puis développées dans les annexes 1–2. Trois niveaux d'information :
- [S] = source primaire (avec l'édition ou la traduction la plus commode à trouver) ;
- [É] = étude scientifique (article à DOI, monographie universitaire) ;
- [⚠] = point corrigé, vérifié ou signalé comme fragile → détail en annexe 3.
Les références ont été vérifiées en ligne (DOI, éditeurs, pagination) au 3 octobre 2026. Trois mentions du texte initial ont été écartées ou corrigées : voir annexe 3, points 1 à 3 — dont la source « Alexander Matveev », dont je n'ai trouvé aucune publication correspondante.
En juillet 1099, Jérusalem n'était pas une ville « musulmane unie depuis des siècles » qui tombe d'un bloc. C'était une cité sainte disputée, reprise par l'Égypte fatimide moins d'un an plus tôt (été 1098 : le vizir al-Afdal Shāhanshāh reprend la ville aux Artuqides après un siège d'environ quarante jours) [É : Hillenbrand 1999, ch. 2 ; Gil 1992 ; Prawer 1969, t. I] [⚠ 7], déjà épuisée par des guerres turco-fatimides, et dont une partie des habitants avait été expulsée avant le siège [S : Chronique syriaque anonyme (dite « de 1234 »), trad. Tritton & Gibb 1933, p. 273] [⚠ 9]. La prise du 15 juillet n'est pas un miracle isolé : c'est le choc d'une armée latine réduite mais déterminée, d'une garnison fatimide isolée, et d'une ville trop symbolique pour que la guerre y reste « technique ».
1. Comment lire les sources (avant le récit)
Trois corpora ne disent pas la même chose, et c'est normal.
| Type | Exemples | Où les lire (traductions courantes) | Ce qu'ils font bien | Ce qu'ils déforment |
|---|---|---|---|---|
| Témoins latins | Gesta Francorum, Raymond d'Aguilers, Foucher de Chartres | Hill 1962 [S1] ; Hill & Hill 1968 [S2] ; Ryan/Fink 1969 [S3] | Chronologie du siège, machines, leaders | Amplification biblique du massacre (« sang jusqu'aux rênes ») [⚠ 4] |
| Arabes proches | Ibn al-Qalānisī (Damas, m. 1160) | Gibb 1932, rééd. Dover 2002 [S6] | Faits locaux, incendie de la synagogue, reddition de la citadelle | Focalisation syrienne, chiffres souvent absents ou modestes |
| Synthèses tardives | Ibn al-Athīr (~1200, m. 1233) ; Guillaume de Tyr (m. 1186) | Richards 2006–2008 [S7] ; Babcock & Krey 1943 [S5] | Mise en récit « islam vs Franks » | Chiffres énormes (70 000), unification rétrospective [⚠ 4] |
Règle de lecture. Un siège médiéval pris d'assaut (oppugnatio) autorise, dans le droit de la guerre du temps, le pillage et le massacre [É : Bradbury 1992 ; Rogers 1992 ; Kedar 2004]. Jérusalem n'est donc pas « inexplicable ». Elle est exceptionnelle par sa charge sacrée et par la publicité que Latins et, plus tard, musulmans lui ont donnée. Benjamin Z. Kedar a montré que le massacre est réel et massif [É : Kedar, Crusades 3 (2004), 15–75] ; Konrad Hirschler a montré que le récit arabe d'un carnage « unique et total » est surtout une construction de la tradition irakienne tardive (XIIIe siècle), alors que les témoignages égyptiens et syriens antérieurs ne décrivent ni un événement « capital » ni une extermination totale [É : Hirschler, Crusades 13 (2014), 37–76]. Les deux peuvent être vrais à la fois : la masse des victimes est réelle, son récit canonique est construit.
2. Qui occupait la ville, et depuis quand ?
2.1. La longue durée (nécessaire, mais insuffisante)
Jérusalem a connu de profonds bouleversements depuis l'Antiquité. Après la destruction du Second Temple par Titus (70 apr. J.-C.) et l'écrasement de la révolte de Bar Kokhba par Hadrien (135 apr. J.-C.), les Juifs ont été bannis de la ville (rebaptisée Aelia Capitolina). Leur présence y est restée interdite ou très marginale sous l'Empire romain puis byzantin, à l'exception du bref intermède perse (614).
Jérusalem n'est plus byzantine depuis la conquête d'Omar ibn al-Khattāb (638). Selon les textes de la Geniza du Caire, c'est cette conquête islamique qui permet le retour officiel d'une communauté juive (soixante-dix familles de Tibériade autorisées à s'y réinstaller). Suivent ensuite :
- califats omeyyade puis abbasside ;
- Fatimides (chiites ismaéliens d'Égypte) à partir de 969 ;
- percée turque seldjoukide / turcomane dans les années 1070 ;
- Fatimides à nouveau en août 1098 [⚠ 7].
Synthèse de référence sur cette longue durée : Moshe Gil, A History of Palestine, 634–1099, Cambridge UP, 1992 [É : Gil 1992] — c'est le seul ouvrage qui couvre, en un volume, la Palestine islamique et ses communautés juives et chrétiennes jusqu'à la veille de la croisade, à partir de plus de mille documents de la Geniza.
Quand les croisés arrivent le 7 juin 1099, le maître juridique de la ville est le calife fatimide al-Mustaʿlī, mais le vrai pouvoir est celui du vizir al-Afdal Shāhanshāh. Le gouverneur sur place est Iftikhār al-Dawla (« Orgueil de l'État ») [É : Hillenbrand 1999, ch. 2 ; Prawer 1969, t. I, ch. III].
2.2. Le XIe siècle : une ville déjà meurtrie
Le cliché « les Turcs ont tout détruit, d'où la croisade » est trop simple. La Palestine des années 1070–1098 est un front secondaire entre deux projets impériaux :
- Les Fatimides veulent garder la Syrie du Sud et les ports (Ascalon, Tyr, Acre).
- Les Seldjoukides (sunnites, au nom du calife abbasside de Bagdad) veulent chasser les « hérétiques » ismaéliens et ouvrir la route d'Égypte.
Sur cette opposition structurelle, devenue classique : Carole Hillenbrand, The Crusades: Islamic Perspectives, Edinburgh UP, 1999, ch. 2 [É] ; Claude Cahen, Orient et Occident au temps des croisades, Aubier, 1983 [É] ; pour la « crise du XIe siècle » en amont, Ronnie Ellenblum, The Collapse of the Eastern Mediterranean, Cambridge UP, 2012 [É].
Repères utiles (la chronologie exacte des années 1071–1074 reste discutée chez les arabisants [⚠ 7]) :
- 1071 / 1073 : le chef turcoman Atsiz ibn Uwaq prend Ramla et Jérusalem ; la khutba (prière du vendredi) passe au nom abbasside. Détail narratif : Ibn al-Athīr, trad. Richards 2006, t. I [S7] ; analyse : Gil 1992 [É].
- Jérusalem devient même, un temps, capitale d'Atsiz — fait rare : depuis la conquête arabe, le chef-lieu de Palestine était plutôt Ramla [É : Gil 1992].
- 1077 : après l'échec d'Atsiz en Égypte, Jérusalem se révolte ; la répression est brutale (sources hébraïques et arabes) [É : Gil 1992].
- La ville passe ensuite aux Artuqides (Suqmān et Īl-Ghāzī), lieutenants seldjouks [É : Gil 1992 ; Hillenbrand 1999].
- Été 1098 : al-Afdal assiège Jérusalem ~40 jours et la reprend [S6 ; É : Hillenbrand 1999 ; Prawer 1969]. Les croisés sont alors encore en Syrie du Nord (après Antioche). Les Fatimides croient pouvoir négocier : les Francs contre les Turcs, Jérusalem restant égyptienne. Les croisés refusent.
Sur cette négociation fatimido-franque et sa documentation (dont la célèbre ambassade de quinze envoyés rapportée par Albert d'Aix), la référence la plus directe et accessible est Maher Y. Abu-Munshar, « Fatimids, Crusaders and the Fall of Islamic Jerusalem: Foes or Allies? », Al-Masāq 22/1 (2010), 45–56, DOI 10.1080/09503110903549939 [É] [⚠ 1].
Point critique. Les Latins n'attaquent pas « les musulmans de 461 ans ». Ils attaquent une garnison fatimide récente, dans une ville que les Turcs venaient de perdre, alors que Damas et Alep n'envoient pas de secours. C'est une faille politique, pas seulement un exploit chevaleresque [É : Hillenbrand 1999, ch. 2–3 ; Abu-Munshar 2010].
3. Populations, société, culture
3.1. Une ville sainte, pas une métropole économique
Jérusalem du XIe siècle n'est ni Bagdad, ni Le Caire, ni même Damas. C'est une ville de pèlerinage, de savoir religieux et d'approvisionnement régional. L'eau vient de citernes et de sources extérieures (Siloé / Silwān) : d'où la stratégie fatimide d'empoisonner ou d'interdire les puits hors les murs [S1 ; S2 ; Prawer 1969].
Les chiffres de population sont incertains [É : Russell 1985 ; Prawer 1969 ; Pringle 2007 et 2022]. Ordres de grandeur raisonnables :
- milieu du XIe siècle : peut-être 20 000–30 000 dans les bons moments ;
- après guerres, tremblement de terre de 1033, contraction des murailles, sièges de 1070–1098 : nettement moins [pour la série sismique : N. N. Ambraseys, Earthquakes in the Mediterranean and Middle East, Cambridge UP, 2009] ;
- Joshua Prawer retient environ 20 000 habitants à la veille de 1099, gonflé par les réfugiés des campagnes [É : Prawer 1969, t. I, ch. III] ;
- pendant le siège de 1099 : les chrétiens ont été chassés [S : Chronique syriaque anonyme, Tritton & Gibb 1933] ; restent musulmans, une partie des juifs, réfugiés, garnison. Les totaux de 40 000 ou 70 000 morts sont incompatibles avec la taille de la ville [⚠ 6] ; Denys Pringle note qu'après la conquête la population se compte « en centaines plutôt qu'en milliers » [É : Pringle, Medievalista 32 (2022), DOI 10.4000/medievalista.5625].
3.2. Les groupes
Musulmans
- Majorité sunnite locale (rite shāfiʿite surtout, en Palestine) [É : Gil 1992].
- Élites fatimides ismaéliennes : légitimité religieuse faible aux yeux de beaucoup d'habitants sunnites [É : Hillenbrand 1999, ch. 1–2]. D'où, selon cette littérature, un faible soutien populaire à Iftikhār en 1099 [⚠ 1].
- Fonctions : garnison, administration fiscale, qadis, gardiens du Haram al-Sharīf (esplanade : Dôme du Rocher, 691 ; al-Aqṣā, VIIe–VIIIe s.) [É : Grabar 1996].
- Activités : pèlerinage (ziyāra), waqfs, marchés, oliveraies et villages de l'arrière-pays [É : Gil 1992].
Chrétiens d'Orient (nombreux, peut-être majoritaires dans la ville avant 1099, malgré le pouvoir musulman — thèse défendue par Gil 1992 [É] [⚠ 6])
- Melkites (grecs orthodoxes), liés à Byzance et au patriarcat de Jérusalem.
- Syriaques jacobites, arméniens, géorgiens, coptes.
- Statut de dhimmīs : impôt (jizya), restrictions vestimentaires et de construction, mais vie communautaire, églises, pèlerinage au Saint-Sépulcre [classiques : Antoine Fattal, Le statut légal des non-musulmans en pays d'Islam, Beyrouth, 1958 ; Mark R. Cohen, Under Crescent and Cross, Princeton UP, 1994].
- 1009 : le calife fatimide al-Hākim fait détruire le Saint-Sépulcre — traumatisme latin ; la reconstruction (avec aide byzantine, sous Constantin IX Monomaque, dédicace 1048) montre aussi une capacité de négociation durable : Robert Ousterhout, « Rebuilding the Temple: Constantine Monomachus and the Holy Sepulchre », Journal of the Society of Architectural Historians 48/1 (1989), 66–78 [É].
- Vers 1063, les chrétiens du quartier patriarcal auraient financé (avec l'empereur Constantin X) la réparation d'un pan de mur : je n'ai pas retrouvé de référence solide pour ce point [⚠ 5], à ne pas citer en l'état.
- Juin 1099 : Iftikhār les expulse. Motif : à Antioche, un Arménien (Fīrūz) avait ouvert une tour [S : Chronique syriaque anonyme, Tritton & Gibb 1933, p. 273 ; le motif est explicite chez les chroniqueurs latins]. Conséquence : les chrétiens de Jérusalem ne sont pas (en masse) les victimes du 15 juillet intra muros ; beaucoup campent autour de la ville, parfois avec les croisés [⚠ 9]. Aucune source proche ne les accuse d'avoir été tués par les croisés dans la ville — argument e silentio discuté notamment dans Pringle, Medievalista 32 (2022) et Bernard Hamilton, The Latin Church in the Crusader States, Variorum, 1980 [É].
Juifs
- De retour officiellement depuis 638, après cinq siècles d'interdiction romaine et byzantine (suite aux répressions de 70 et 135), la communauté est scindée entre rabbanites et karaïtes [É : Gil 1992 ; Prawer 1988]. L'Académie (la grande Yeshiva de la Terre d'Israël) y siégeait avant les récentes crises.
- La grande yeshiva palestinienne a déjà souffert des troubles seldjoukides ; une partie de l'élite savante s'est repliée vers Tyr puis l'Égypte [É : Gil 1992].
- Statut dhimmī comparable, avec une mémoire forte de Jérusalem comme lieu de deuil et de prière (mur occidental ; mont du Temple interdit comme lieu de culte juif sous l'islam, mais ville sainte) [É : Prawer 1988 ; Cohen 1994].
- En 1099, contrairement aux chrétiens, beaucoup restent [S : Ibn al-Qalānisī, trad. Gibb 1932 ; lettres de la Geniza]. Ils participent à la défense civile. Après la chute : tueries, incendie d'une synagogue [S6], mais aussi captifs rachetés — les sources juives sont ici plus précises que les épopées latines [S : Goitein 1952].
3.3. Niveau socio-culturel
Il ne faut ni idéaliser une « coexistence d'or » ni imaginer un désert.
- Savoir : exégèse coranique, hadith, droit ; pour les juifs, halakha et karaïsme ; pour les chrétiens, liturgie grecque/syriaque/arménienne, pèlerinage savant [É : Gil 1992].
- Art et architecture : le Haram omeyyade reste le sommet visuel [É : Oleg Grabar, The Shape of the Holy: Early Islamic Jerusalem, Princeton UP, 1996] ; églises byzantines restaurées ; souks, bains, citernes.
- Économie : pèlerins (y compris latins, malgré les risques), huile, savon, artisanat, impôts de passage. Ce n'est pas Venise [É : Gil 1992].
- Hiérarchie : élite militaire fatimide (souvent non palestinienne) / notabilité urbaine sunnite / clercs dhimmi / paysans de la ceinture agricole. Les croisés entreront dans une ville déjà stratifiée et déjà fatiguée [É : Prawer 1969 ; Ellenblum 2012].
4. Gouvernance et élites à la veille du siège
Structure fatimide typique [É : Hillenbrand 1999, ch. 2 ; Abu-Munshar 2010] :
- Calife au Caire (sacralité ismaélienne).
- Vizir al-Afdal : armée, diplomatie, impôt.
- Gouverneur Iftikhār : citadelle (Tour de David / Miḥrāb Dāwūd), police, ravitaillement.
- Qadi et administrateurs du Haram.
- Garnison : cavalerie arabe/égyptienne (souvent citée : ~400 cavaliers d'élite), infanterie dont archers soudanais (troupes noires fatimides, réputation d'efficacité), machines de jet [S1 ; É : Prawer 1969]. Effectif total : quelques milliers, insuffisant pour tout le périmètre (~4 km de murs, ~3 m d'épaisseur, ~15 m de haut, fossé et antemurale/barbacane) [É : Pringle 2007 ; Bahat 1990].
Les Fatimides ont réparé les murs ; les Seldjouks auraient ajouté l'ouvrage extérieur. Trois côtés sont protégés par des ravins (Cédron, Hinnom, Tyropéon). Le nord et le nord-ouest sont les points faibles : c'est là que les Francs frapperont [É : Prawer 1969 ; Pringle 2022]. Pour la topographie urbaine et l'archéologie : Dan Bahat, The Illustrated Atlas of Jerusalem, Simon & Schuster, 1990 ; Denys Pringle, The Churches of the Crusader Kingdom of Jerusalem: A Corpus, vol. III : The City of Jerusalem, Cambridge UP, 2007 ; et, en accès libre, Pringle, « Jerusalem 1099 from Muslim to Christian City », Medievalista 32 (2022).
Al-Afdal négocie trop longtemps et mobilise trop tard. Une armée de secours partira d'Égypte… pour arriver après la chute, et être battue à Ascalon le 12 août 1099 [É : Prawer 1969 ; Hillenbrand 1999].
5. Comment les croisés ont conquis la ville
5.1. L'armée qui arrive n'est plus celle de 1096
Parti d'Europe après Clermont (1095), le mouvement a perdu la « croisade populaire », Nikaia, Dorylée, le siège d'Antioche (1097–1098), Maʿarrat al-Nuʿmān. En juin 1099 restent, selon les estimations courantes :
- ~1 200–1 500 chevaliers ;
- ~10 000–12 000 fantassins ;
- non-combattants (femmes, clercs, pauvres) : le total campé peut être plus élevé (Pringle parle de plus de 40 000 personnes avec les non-combattants) [É : Prawer 1969 ; Kostick 2009 ; Pringle 2022].
- Pour la méthode et les ordres de grandeur militaires : John France, Victory in the East: A Military History of the First Crusade, Cambridge UP, 1994 [É].
Chefs : Godefroy de Bouillon, Raymond de Saint-Gilles (Toulouse), Robert Courteheuse (Normandie), Robert de Flandre, Tancrède, Gaston de Béarn. Bohémond reste à Antioche. Pas de roi : une coalition de princes, déjà rivale [É : France 1994 ; Kostick 2009].
Ils ont faim, soif, peu de bois, et pas le temps : l'armée fatimide est attendue [S1 ; S2 ; É : Prawer 1969].
5.2. Préparation fatimide (efficace, jusqu'à un point)
- expulsion des chrétiens ;
- empoisonnement / comblement des puits ;
- abattage des arbres (pas de bois de siège) ;
- rentrée du bétail ;
- citernes pleines intra muros.
Les croisés campent d'abord au nord et à l'ouest ; Raymond se place au sud (mont Sion), secteur plus dur (fossé) [S1 ; S2 ; É : Prawer 1969].
5.3. Phases du siège (7 juin – 15 juillet 1099)
Phase 1 — Assaut « à chaud » (13 juin). Échelles, peu de machines. Échec. Leçon : sans tours et sans remblai, le mur tient [S1 ; S2].
Phase 2 — Crise logistique. Eau à Siloé sous le feu ; fourrage rare ; moral religieux (éclipse de lune — datée du 5 juin 1099 dans la littérature secondaire [⚠ 8] —, sermons, jeûnes) [S2 ; É : Kostick 2009].
Phase 3 — Le bois arrive. Vers le 17 juin, des Génois (Guillaume Embriaco) débarquent à Jaffa. Navires démontés → tours de siège, mangonneaux, bélier [S1 ; É : Prawer 1969]. Pour le cadre génois : Caffaro, Annales Ianuenses (éd. L. T. Belgrano, Annali genovesi, Fonti per la storia d'Italia, 1890) [S] ; Steven A. Epstein, Genoa and the Genoese, 958–1528, University of North Carolina Press, 1996 [É]. C'est un tournant technique autant que militaire : sans ingénieurs italiens, le siège eût pu échouer.
Phase 4 — Guerre psychologique et sacrée (8 juillet). Procession autour des murs, pieds nus, reliques, prêches (Pierre l'Ermite ; l'évêque Adhémar « parlant » depuis sa mort via des visions). Les défenseurs se moquent depuis les créneaux. Fonction : souder une armée au bord de la dislocation [S1 ; S2 ; É : Kostick 2009].
Phase 5 — Préparation d'artillerie (10–14 juillet). - Tours roulantes (deux principales : Godefroy au nord, Raymond au sud). - Mangonneaux / pétaries : duel de projectiles. - Bélier contre la porte ou la courtine. - Sape (minage) : plus difficile au sud. - Défense : jets de naphte / « feu grégeois », pierres, pieux, contre-mines, fossé que Raymond doit combler sous le feu (lenteur du secteur sud) [S1 ; S2 ; É : Rogers 1992 ; Bradbury 1992].
Phase 6 — L'assaut décisif (nuit du 14 au 15 juillet, matin du vendredi 15). Au nord, la tour de Godefroy (et Robert de Flandre / Normandie) atteint le chemin de ronde. Les chroniqueurs citent Léthold / Ludolf de Tournai parmi les premiers sur le mur [S1 ; S4]. Brèche → rue → panique. Tancrède pousse vers l'esplanade. Au sud, Raymond est encore accroché au fossé : la ville tombe d'abord par le nord [S2 ; S6]. Iftikhār se retranche à la Tour de David, négocie avec Raymond : vie sauve, escorte vers Ascalon. Raymond tient parole pour ce groupe — contraste volontairement souligné par les Latins, qui savent que le reste de la ville n'a pas eu ce sort [S1 ; S2 ; S6 ; É : Kedar 2004].
6. Modes de combat : une grammaire, pas un chaos
On peut classer ce qui s'est passé, plutôt que de le raconter comme une mêlée unique [É : Rogers 1992 ; Bradbury 1992 ; France 1994].
- Blocus et guerre de l'eau — asphyxie de l'assaillant autant que de l'assiégé.
- Poliorcétique — tours, remblais, bélier, sape : héritage antique / byzantin / islamique, pas une invention franque.
- Duel d'artillerie — pierres contre palissades et hourds.
- Escalade — le moment où le droit de pillage s'ouvre.
- Combat urbain — rues, toits, esplanade, citadelle : très meurtrier, peu contrôlable.
- Reddition conditionnelle — citadelle seulement.
- Massacre et rançon — deux pratiques coexistantes, pas l'une ou l'autre [S1 ; S6 ; S8].
- Bataille rangée de couverture — Ascalon, 12 août : charge de chevalerie franque contre l'armée d'al-Afdal, encore mal déployée.
La cavalerie lourde, star de Dorylée, sert peu contre des murs. À Jérusalem, le fantassin, le charpentier et le marin génois pèsent autant que le chevalier [É : France 1994 ; Rogers 1992].
7. Le 15 juillet et les jours suivants : que s'est-il passé vraiment ?
Ce qui est solide
- Prise d'assaut le 15 juillet 1099, un vendredi (22 shaʿbān 492 selon Ibn al-Qalānisī) [S6 ; ⚠ 3].
- Tuerie de musulmans, surtout sur le Haram (al-Aqṣā / « Temple de Salomon ») [S1 ; S2].
- Juifs tués, capturés, synagogue brûlée selon Ibn al-Qalānisī [S6 ; corroboration juive partielle : Goitein 1952].
- Pillage organisé : « le premier entré dans une maison la garde » (Foucher) — logique de butin, pas seulement de haine [S3].
- Conversion symbolique des lieux : Dôme du Rocher → Templum Domini ; al-Aqṣā → Templum Salomonis, palais royal puis siège des Templiers [É : Kedar & Pringle 2009 ; ⚠ 10].
- Procession au Saint-Sépulcre : les mêmes hommes prient où ils viennent de tuer. Pour eux, ce n'est pas une contradiction : c'est l'accomplissement du vœu [S1 ; É : Riley-Smith 1986].
Ce qui est fragile
- « Sang jusqu'aux genoux / jusqu'aux rênes des chevaux » : topos apocalyptique. Raymond d'Aguilers écrit « usque ad frenos equorum » — citation littérale d'Apocalypse 14, 20 [S2 ; analyse : Kedar 2004, p. 56–60 ; ⚠ 4].
- 70 000 morts (Ibn al-Athīr) : trop tardif et trop rond ; introduit par la tradition irakienne du XIIIe siècle [S7 ; É : Hirschler 2014 ; Kedar 2004 ; ⚠ 6].
- « Tous tués » : faux. Garnison d'Iftikhār épargnée ; captifs juifs rachetés (lettre karaïte d'Ascalon) ; quelques conversions sous contrainte [S8 ; S1 ; É : Kedar 2004].
Interprétation équilibrée. Le massacre est volontaire, large, et religieusement chargé. Il n'est pas un génocide au sens moderne (pas de projet d'éradication d'un peuple hors de la ville prise). Il n'est pas non plus « banal ». Jérusalem concentre trois logiques : droit de l'assaut, vengeance (Antioche, Maʿarra, souvenirs d'al-Hākim et des pèlerins), et théologie de la purification d'un lieu saint [É : Kedar 2004 ; Riley-Smith 1986 ; Tyerman 2006].
8. Suites
Court terme (juillet 1099 – 1100)
- 22 juillet : Godefroy refuse le titre de roi ; il devient avoué du Saint-Sépulcre. Conflit avec Raymond (qui voulait la Tour de David) [É : Prawer 1969 ; Riley-Smith 1986].
- Patriarche latin Arnoul de Chocques : Église latine imposée ; Grecs marginalisés — les chrétiens d'Orient découvrent que « libération » ≠ restauration de leur Église [É : Hamilton 1980 ; MacEvitt 2008].
- 12 août 1099, Ascalon : victoire sur al-Afdal. Sans elle, Jérusalem retombait [É : France 1994].
- La plupart des croisés rentrent en Europe : vœu accompli. Guillaume de Tyr note qu'en 1100, au siège d'Arsouf, le royaume ne pouvait aligner « à peine trois cents chevaliers et deux mille fantassins » [S5 ; ⚠ 2]. La ville conquise est vide [É : Pringle 2022].
- 18 juillet 1100 : mort de Godefroy ; Baudouin de Boulogne (Édesse) devient Baudouin Ier, premier roi [É : Prawer 1969 ; Tyerman 2006].
Moyen terme (1100 – vers 1150)
- Repeuplement : interdiction initiale aux musulmans et juifs de résider ; appel aux Syriens chrétiens (Baudouin Ier ramène des familles de Transjordanie, 1115) ; colons francs (Lorrains, Provençaux, Normands, etc.) [É : Prawer 1969 ; Pringle 2022 ; Ellenblum 1998].
- 1120 : allègement des droits de marché pour faire entrer le grain ; concile de Naplouse [É : B. Z. Kedar, « On the Origins of the Earliest Laws of Frankish Jerusalem: The Canons of the Council of Nablus, 1120 », Speculum 74/2 (1999), 310–335, DOI 10.2307/2887049].
- Conquête du littoral (Jaffa déjà, puis Arsouf, Césarée, Acre 1104, Sidon, Tyr 1124) : sans ports, le royaume meurt [É : Prawer 1969].
- Naissance des ordres : Hospitaliers (J. Riley-Smith, The Knights of St John in Jerusalem and Cyprus, Macmillan, 1967) ; Templiers vers 1119–1120, installés à al-Aqṣā (Malcolm Barber, The New Knighthood, Cambridge UP, 1994).
- Droit : Assises de Jérusalem (rédaction plus tardive ; éd. dans le Recueil des historiens des croisades. Lois, Paris, 1841–1843), dualité Cour des Francs / communautés indigènes.
- Architecture : Saint-Sépulcre roman reconstruit (dédicace 1149), citadelle retravaillée, réseau de châteaux [É : Pringle 2007 ; Boas 1999].
Le royaume est un État colonial frontalier : minorité franque armée, majorité rurale syriaque/musulmane, villes côtières italiennes (Gênes, Venise, Pise) [É : Joshua Prawer, The Crusaders' Kingdom: European Colonialism in the Middle Ages, Weidenfeld & Nicolson, 1972 ; discussion critique : Ronnie Ellenblum, Crusader Castles and Modern Histories, Cambridge UP, 2007].
Long terme (jusqu'à nous, avec prudence)
- 1187 : Saladin reprend Jérusalem après Ḥaṭṭīn — 88 ans de domination latine. Il n'imite pas 1099 : reddition négociée, rançon, pas de massacre généralisé (choix politique et religieux conscient, aussi une réponse à la mémoire de 1099) [S : Bahāʾ al-Dīn Ibn Shaddād, The Rare and Excellent History of Saladin, trad. D. S. Richards, Ashgate, 2001 ; É : Anne-Marie Eddé, Saladin, Flammarion, 2008].
- 1291 : chute d'Acre ; fin des États latins de Terre sainte [É : Tyerman 2006].
- Dans l'Islam sunnite, 1099 nourrit progressivement le discours de jihād et de réunification (Zengī, Nūr al-Dīn, Saladin) — alors que 1099 avait révélé surtout la division fatimides / Seldjoukides [É : Emmanuel Sivan, L'Islam et la croisade, Maisonneuve, 1968 ; Hillenbrand 1999 ; sur le premier traité de jihād, al-Sulamī, trad. Niall Christie, Ashgate, 2015].
- Pour les juifs : destruction de la communauté palestinienne ; rançon et exil ; Jérusalem quasi-vide de juifs au XIIe siècle [S : Benjamin de Tudèle, The Itinerary, éd./trad. M. N. Adler, Oxford UP, 1907 ; É : Prawer 1988].
- Pour l'Europe : Jérusalem devient un modèle (pèlerinage armé, indulgence, ordres militaires) et un scandale déjà chez certains clercs [É : Riley-Smith 1986].
- Pour l'historiographie moderne : 1099 est un lieu de mémoire (colonialisme, choc des civilisations, martyr) plus souvent qu'un objet d'enquête [É : Christopher Tyerman, The Debate on the Crusades, Manchester UP, 2011 ; Kedar 2004 ; Hirschler 2014]. D'où l'intérêt de revenir aux échelles : locale (ville fatiguée), régionale (guerre turco-égyptienne), méditerranéenne (Gênes, Byzance), théologique (Clermont).
9. Ce qu'il faut retenir, sans slogan
- Occupant en 1099 : Fatimides d'Égypte, depuis l'été 1098, gouverneur Iftikhār al-Dawla — pas les Seldjoukides.
- Depuis 638, pouvoir musulman, mais succession de régimes et pluralité confessionnelle.
- Société : pèlerinage, dhimmīs structurés, élite militaire allogène, sunnites locaux peu enthousiastes pour des maîtres ismaéliens.
- Conquête : siège de cinq semaines, victoire par tours au nord, génie génois, urgence face à l'armée d'Égypte.
- Après : massacre réel et rançons ; État latin fragile, repeuplé à la hâte ; revanche islamique au XIIe siècle, pas le 16 juillet 1099.
Annexe 1 — Sources primaires (éditions et traductions faciles à trouver)
Latines et occidentales
- [S1] Gesta Francorum et aliorum Hierosolimitanorum, éd. et trad. Rosalind Hill, The Deeds of the Franks and the Other Pilgrims to Jerusalem, Nelson's Medieval Texts, 1962 ; rééd. Oxford Medieval Texts, 1972 (latin + anglais). Texte anglais libre : Fordham, Internet History Sourcebooks.
- [S2] Raymond d'Aguilers, Historia Francorum qui ceperunt Iherusalem, trad. J. H. Hill et L. L. Hill, Philadelphia, American Philosophical Society, 1968. C'est ici qu'on trouve « usque ad frenos equorum ».
- [S3] Foucher de Chartres, Historia Hierosolymitana, trad. Frances Rita Ryan, éd. Harold S. Fink, A History of the Expedition to Jerusalem, 1095–1127, University of Tennessee Press, 1969 ; extraits commodes dans Edward Peters (éd.), The First Crusade: The Chronicle of Fulcher of Chartres and Other Source Materials, 2e éd., University of Pennsylvania Press, 1998.
- [S4] Albert d'Aix, Historia Ierosolimitana, éd. et trad. Susan B. Edgington, Oxford Medieval Texts, 2007.
- [S5] Guillaume de Tyr, Chronicon, éd. R. B. C. Huygens, Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis 63/63A, Brepols, 1986 ; trad. E. A. Babcock et A. C. Krey, A History of Deeds Done Beyond the Sea, Columbia UP, 1943, 2 vol.
- Éditions anciennes numérisées : Recueil des historiens des croisades. Historiens occidentaux, Paris, 1844–1895 (Gallica).
Arabes
- [S6] Ibn al-Qalānisī, trad. H. A. R. Gibb, The Damascus Chronicle of the Crusades, Londres, Luzac, 1932 ; rééd. Dover, 2002, ISBN 0486425193. La source arabe la plus proche des faits.
- [S7] Ibn al-Athīr, trad. D. S. Richards, The Chronicle of Ibn al-Athīr for the Crusading Period from al-Kāmil fīʾl-taʾrīkh, 3 vol., Ashgate, 2006–2008 (Crusade Texts in Translation). Contient le chiffre de 70 000.
- Anthologie très pratique : Francesco Gabrieli (éd.), Arab Historians of the Crusades, trad. E. J. Costello, University of California Press, 1969 ; éd. fr. Chroniques arabes des croisades, Sindbad, 1977.
- [S9] ʿAlī ibn Ṭāhir al-Sulamī, Kitāb al-Jihād, éd. et trad. Niall Christie, The Book of the Jihad of ʿAlī ibn Ṭāhir al-Sulamī (d. 1106), Ashgate, 2015.
Syriaques
- [S10] Chronique syriaque anonyme (dite « de 1234 »), trad. partielle A. S. Tritton et H. A. R. Gibb, « The First and Second Crusades from an Anonymous Syriac Chronicle », Journal of the Royal Asiatic Society 65 (1933), 69–101 et 273–305, DOI 10.1017/S0035869X00074839. Source clé pour l'expulsion des chrétiens avant le siège.
Juives (Geniza)
- [S8] S. D. Goitein, « Contemporary Letters on the Capture of Jerusalem by the Crusaders », Journal of Jewish Studies 3/4 (1952), 162–177.
- Lettre des anciens karaïtes d'Ascalon (c. 1100), Cambridge, T-S 10J5.6 + T-S 20.113 : notice, transcription et traduction en ligne sur le Princeton Geniza Project (geniza.princeton.edu/en/documents/1560/).
- S. D. Goitein, A Mediterranean Society, vol. V, University of California Press, 1988, p. 374–379.
- [S11] Benjamin de Tudèle, The Itinerary, éd. et trad. M. N. Adler, Oxford UP, 1907.
Annexe 2 — Études scientifiques (classées par thème)
Historiographie du massacre — le dossier central
- Benjamin Z. Kedar, « The Jerusalem Massacre of July 1099 in the Western Historiography of the Crusades », Crusades 3 (2004), 15–75, DOI 10.1080/28327861.2004.12220041.
- Konrad Hirschler, « The Jerusalem Conquest of 492/1099 in the Medieval Arabic Historiography of the Crusades: From Regional Plurality to Islamic Narrative », Crusades 13 (2014), 37–76, DOI 10.1080/28327861.2014.12220390. PDF libre sur le dépôt institutionnel de SOAS.
- Carole Hillenbrand, The Crusades: Islamic Perspectives, Edinburgh UP, 1999 — indispensable sur la mémoire islamique de 1099.
- Emmanuel Sivan, L'Islam et la croisade. Idéologie et propagande dans les réactions musulmanes aux croisades, Maisonneuve, 1968 ; et « Le caractère sacré de Jérusalem dans l'islam aux XIIe–XIIIe siècles », Studia Islamica 27 (1967), 149–182.
Contexte fatimide, syrien et palestinien
- Moshe Gil, A History of Palestine, 634–1099, Cambridge UP, 1992 (trad. de l'hébreu), ISBN 9780521599849. La synthèse de référence.
- Maher Y. Abu-Munshar, « Fatimids, Crusaders and the Fall of Islamic Jerusalem: Foes or Allies? », Al-Masāq 22/1 (2010), 45–56, DOI 10.1080/09503110903549939.
- Claude Cahen, Orient et Occident au temps des croisades, Aubier, 1983.
- Ronnie Ellenblum, The Collapse of the Eastern Mediterranean: Climate Change and the Decline of the East, 950–1072, Cambridge UP, 2012.
Militaire et poliorcétique
- John France, Victory in the East: A Military History of the First Crusade, Cambridge UP, 1994.
- Randall Rogers, Latin Siege Warfare in the Twelfth Century, Clarendon Press, 1992.
- Jim Bradbury, The Medieval Siege, Boydell, 1992.
- Conor Kostick, The Siege of Jerusalem: Crusade and Conquest in 1099, Continuum, 2009, ISBN 978-1-84725-231-9.
Topographie, archéologie, architecture
- Denys Pringle, The Churches of the Crusader Kingdom of Jerusalem: A Corpus, vol. III : The City of Jerusalem, Cambridge UP, 2007.
- Denys Pringle, Secular Buildings in the Crusader Kingdom of Jerusalem: An Archaeological Gazetteer, Cambridge UP, 1997.
- Denys Pringle, « Jerusalem 1099 from Muslim to Christian City », Medievalista 32 (2022), DOI 10.4000/medievalista.5625 — en accès libre sur OpenEdition.
- Dan Bahat, The Illustrated Atlas of Jerusalem, Simon & Schuster, 1990.
- Oleg Grabar, The Shape of the Holy: Early Islamic Jerusalem, Princeton UP, 1996.
- B. Z. Kedar et D. Pringle, « 1099–1187: The Lord's Temple (Templum Domini) and Solomon's Palace (Palatium Salomonis) », dans O. Grabar et B. Z. Kedar (éd.), Where Heaven and Earth Meet: Jerusalem's Sacred Esplanade, 2009, p. 132–149.
- Robert Ousterhout, « Rebuilding the Temple: Constantine Monomachus and the Holy Sepulchre », JSAH 48/1 (1989), 66–78.
- Adrian J. Boas, Crusader Archaeology: The Material Culture of the Latin East, Routledge, 1999 (2e éd. 2016).
Société, populations, minorités
- Josiah C. Russell, « The Population of the Crusader States », dans A History of the Crusades, vol. V, University of Wisconsin Press, 1985, p. 295–314 — PDF libre sur les collections numériques du Wisconsin.
- Joshua Prawer, The History of the Jews in the Latin Kingdom of Jerusalem, Clarendon Press, 1988.
- Antoine Fattal, Le statut légal des non-musulmans en pays d'Islam, Beyrouth, 1958.
- Mark R. Cohen, Under Crescent and Cross: The Jews in the Middle Ages, Princeton UP, 1994.
- Ronnie Ellenblum, Frankish Rural Settlement in the Latin Kingdom of Jerusalem, Cambridge UP, 1998.
- Bernard Hamilton, The Latin Church in the Crusader States: The Secular Church, Variorum, 1980.
- Christopher MacEvitt, The Crusades and the Christian World of the East: Rough Tolerance, University of Pennsylvania Press, 2008.
Synthèses générales (utiles pour situer)
- Christopher Tyerman, God's War: A New History of the Crusades, Allen Lane, 2006 ; The Debate on the Crusades, Manchester UP, 2011.
- Jonathan Riley-Smith, The First Crusade and the Idea of Crusading, Athlone, 1986 (2e éd. 2009).
- Thomas Asbridge, The First Crusade: A New History, Free Press, 2004.
- En français : Joshua Prawer, Histoire du royaume latin de Jérusalem, trad. G. Nahon, CNRS Éditions, 2 vol., 1969–1970 (rééd. 2001, en ligne sur OpenEdition Books) ; Jean Richard, Histoire des croisades, Fayard, 1996 ; Jean Flori, La première croisade, Complexe, 1992.
- Anne-Marie Eddé, Saladin, Flammarion, 2008 ; Bahāʾ al-Dīn Ibn Shaddād, The Rare and Excellent History of Saladin, trad. D. S. Richards, Ashgate, 2001.
Annexe 3 — Corrections et points de vigilance
-
« Alexander Matveev » : je n'ai trouvé aucune publication de ce nom portant sur Jérusalem en 1099, les Fatimides ou Iftikhār al-Dawla. J'ai remplacé l'attribution par deux références réelles et vérifiables sur le même point (faible légitimité ismaélienne auprès des sunnites locaux ; diplomatie fatimido-franque) : Hillenbrand 1999, ch. 1–2 et Abu-Munshar 2010. Si vous avez la référence exacte, elle peut être réintroduite.
-
« Foucher : ~300 chevaliers » : la formulation classique est celle de Guillaume de Tyr, livre IX, ch. 19 (« à peine trois cents chevaliers et deux mille fantassins » en 1100, au siège d'Arsouf) — reprise par beaucoup d'historiens modernes. Foucher donne par ailleurs des ordres de grandeur, mais l'attribution au seul Foucher du « 300 chevaliers » est fragile : j'ai donc renvoyé à Guillaume de Tyr. À vérifier dans l'édition Ryan/Fink, livre III, ch. XXXVII, si vous voulez trancher.
-
Date hégirienne : Ibn al-Qalānisī place la prise « le matin du vendredi 22 shaʿbān 492 » (= 15 juillet 1099). Certaines tables de conversion modernes donnent 23 shaʿbān pour le 15 juillet (décalage d'un jour selon les conventions). Le plus sûr : écrire « 22 (ou 23) shaʿbān 492 ».
-
« Sang jusqu'aux rênes » : c'est bien un topos littéraire, pas une mesure. Raymond d'Aguilers : « usque ad frenos equorum », reprise littérale d'Apocalypse 14, 20. Le Gesta écrit « jusqu'aux chevilles » ; Foucher, qui n'était pas à Jérusalem, écrit « 10 000 tués » dans le Temple. Analyse détaillée : Kedar 2004, p. 56–60.
-
Le mur réparé vers 1063 avec Constantin X : je n'ai pas trouvé de source solide. À vérifier avant de citer (probablement chez Gil ou dans une notice arabe) ; sinon à supprimer.
-
Chiffres de population et de morts : Prawer retient ~20 000 hab. à la veille du siège (gonflé par les réfugiés) ; Pringle (2022) souligne qu'après la conquête la ville est quasi vide, peuplée « en centaines ». Kostick juge 40 000 morts « plausible » comme plafond, et les 70 000 d'Ibn al-Athīr comme une exagération. Attention : « plausible » chez Kostick ≠ estimation établie. La thèse « 70 000 et 40 000 sont incompatibles avec la taille de la ville » est défendable mais dépend de la surface bâtie et du taux d'occupation retenus : à formuler comme un ordre de grandeur, pas comme un fait mesuré.
-
Datation de la reprise fatimide : sources et littérature universitaire donnent l'été 1098 (siège d'environ 40 jours ; al-Afdal évince le gouverneur artuqide). Quelques pages de vulgarisation en ligne donnent 1095 ou 1096 : à ne pas suivre. La chronologie fine de 1070–1098 (dates d'Atsiz, de la révolte de 1077, de la prise artuqide) reste, elle, réellement discutée : d'où le « la chronologie exacte reste débattue » du texte.
-
Éclipse de lune : mentionnée par les chroniqueurs latins et datée du 5 juin 1099 dans la littérature secondaire ; je n'ai pas vérifié la date astronomique ni la source primaire exacte. À confirmer avant citation précise (piste : Raymond d'Aguilers).
-
Sort des chrétiens d'Orient : l'expulsion avant le siège est attestée (Chronique syriaque anonyme, Tritton & Gibb 1933, p. 273). Attention à ne pas en tirer « aucun chrétien dans la ville » : le Gesta mentionne, le 9 août, une procession de « prêtres et clercs grecs et latins » ; il y avait donc des chrétiens dans ou autour de la ville. Formulation prudente : « l'essentiel de la population chrétienne avait été expulsé ».
-
Noms des lieux convertis : Dôme du Rocher → Templum Domini ; al-Aqṣā → Templum Salomonis (palais royal, puis quartier général des Templiers). Éviter le simple « Temple » sans qualifier lequel. Réf. : Kedar & Pringle 2009.
-
« Les deux peuvent être vrais à la fois » (Kedar et Hirschler) : formulation juste, mais il faut distinguer les plans — Kedar travaille sur la tradition latine et l'écart entre les sources ; Hirschler travaille sur la tradition arabe et la stratification narrative. Ils ne se contredisent pas : ils ne mesurent pas la même chose. C'est un point à garder explicite pour éviter le faux « débat Kedar contre Hirschler ».
Annexe 4 — Passages cités, texte original et statut
| Citation | Source | Statut |
|---|---|---|
| « ils marchaient dans le sang jusqu'aux chevilles » | Gesta Francorum, éd. Hill 1962, § 10.39 | Témoin oculaire ; hyperbole rhétorique |
| « les hommes chevauchaient dans le sang jusqu'aux genoux et jusqu'aux rênes des chevaux » | Raymond d'Aguilers, trad. Hill & Hill 1968 | Citation d'Apocalypse 14, 20 ; topos |
| « Dans ce temple, 10 000 furent tués… nos pieds rougis jusqu'aux chevilles » | Foucher de Chartres (trad. Ryan/Fink 1969) | Non-témoin (resté à Édesse) ; chiffre invérifiable |
| « 70 000 » morts | Ibn al-Athīr, trad. Richards 2006 | XIIIe s. ; chiffre rond, construction narrative (Hirschler 2014) |
| « Les juifs se rassemblèrent dans leur synagogue et les Francs l'incendièrent sur leurs têtes » | Ibn al-Qalānisī, trad. Gibb 1932, p. 48 | Chroniqueur de Damas, proche des faits ; corroboration juive partielle |
| « Jérusalem fut prise par le nord le matin du vendredi 22 shaʿbān 492 / 15 juillet 1099 » | Ibn al-Qalānisī, trad. Gibb 1932 | Date de référence, à confirmer à ± 1 jour |
| Récit du rachat des captifs et des livres pillés | Lettre des karaïtes d'Ascalon, Geniza du Caire (T-S 10J5.6 + T-S 20.113) ; Goitein 1952 | Document contemporain, le plus précoce sur les conséquences |