1789 : La Genèse d'une Révolution

Un inventaire raisonné et chronologique des mécanismes, événements et transformations qui, de la mort de Louis XIV en 1715 à l'explosion de 1789, ont conduit inéluctablement à la Révolution française. Une analyse structurelle et intellectuelle de l'effondrement de l'Ancien Régime.

Sommaire Interactif

1715-1750

I. Les Racines Structurelles : L'Impasse

Dès le début du siècle, les contradictions du système se mettent en place. L'État monarchique est puissant mais miné par une fiscalité inégale et une administration inachevée.

  • 1715 (Septembre) : La faute originelle de la Régence. Le Régent Philippe d'Orléans restitue au Parlement de Paris le droit de remontrance, redonnant une tribune politique aux magistrats conservateurs qui bloqueront les réformes.
    En savoir plus : Le Droit de Remontrance et ses Conséquences

    1. Le Contexte et l'Acte de 1715

    À la mort de Louis XIV (1er septembre 1715), le nouveau Roi, Louis XV, est un enfant. Le pouvoir revient au Régent, Philippe d'Orléans. Cherchant à asseoir son autorité, il prend une décision cruciale par la Déclaration royale du 15 septembre 1715 : il restitue la "liberté ancienne" du Parlement de Paris de présenter des "remontrances" avant l'enregistrement des lois.

    2. Les Conséquences Immédiates

    Cet acte, souvent qualifié de "faute originelle de la Régence", a eu pour effet de :

    • Redonner une tribune politique aux magistrats, officiers propriétaires de leurs charges et indépendants.
    • Créer un contre-pouvoir conservateur capable de bloquer systématiquement les réformes.

    3. L'Impasse Institutionnelle (1715-1789)

    Cette mécanique de blocage a conduit à la paralysie de l'État :

    • Opposition fiscale : Les Parlements se sont opposés à toute imposition des privilégiés sous couvert de défendre les "libertés".
    • Théorie des classes : L'idée que tous les Parlements formaient un seul corps représentant la Nation contre le Roi.
    • Échec des réformes : De la "Flagellation" de Louis XV (1766) au rétablissement fatal par Louis XVI (1774), l'opposition parlementaire a rendu impossible la résolution de la crise financière sans la Révolution.
  • La fiscalité inique. La taille pèse sur le Tiers-État, la Noblesse et le Clergé en sont exempts. Le "millefeuille" administratif paralyse le royaume.
    En savoir plus : La Fiscalité et la Taille

    Sous l'Ancien Régime, l'impôt est perçu non comme une contribution citoyenne, mais comme une marque d'infamie sociale.

    1. La Taille : Le fardeau du Tiers-État

    Instaurée en 1439 pour financer l'armée, c'est l'impôt direct emblématique de l'injustice :

    • Exemptions : Elle pèse quasi-exclusivement sur les roturiers. Nobles et Clergé en sont exempts.
    • Arbitraire et Solidarité : Le montant est fixé globalement par le Roi et réparti en cascade. Les collecteurs locaux sont responsables sur leurs biens propres, et la solidarité fiscale oblige les voisins à payer pour les défaillants, créant de fortes tensions.

    2. L'échec des impôts "universels"

    Les tentatives de taxes égalitaires (Capitation, Vingtième) échouent car le Clergé se rachète et la Noblesse obtient des exemptions.

    3. Les Impôts Indirects (Ferme Générale)

    • La Gabelle : Impôt sur le sel, vital et détesté.
    • Les Aides : Taxes sur les boissons et la circulation des marchandises.
La Cour de la Régence style Matisse
1750-1770

II. La Maturation Intellectuelle

C'est vers 1750-1760 que se cristallise le mécanisme intellectuel de la Révolution, selon Augustin Cochin.

  • L'essor des "Sociétés de Pensée". Loges, académies et cercles de lecture inventent une nouvelle sociabilité égalitaire. Naissance de la "libre pensée" et de l'opinion publique.
    En savoir plus : La "Machine" d'Augustin Cochin

    Selon Augustin Cochin, cette dynamique intellectuelle (1750-1760) est la matrice de la Révolution, marquant une rupture radicale avec le réel.

    1. Une nouvelle sociabilité : l'abstraction

    Pour entrer dans ces sociétés, les membres doivent se "dépouiller" de leur identité réelle (noble, bourgeois, prêtre) pour devenir des citoyens abstraits, des égaux. C'est la préfiguration de la démocratie pure.

    2. La fabrication de l'opinion (La "Vérité socialisée")

    Le but n'est pas le vrai, mais le consensus. La "libre pensée" devient paradoxalement la liberté de penser comme le groupe, sous peine d'exclusion.

    3. La "Machine" et le Jacobinisme

    Cette "démocratie directe" nécessite une manipulation constante par un "cercle intérieur" (les tireurs de ficelles). C'est la matrice du Jacobinisme : une minorité active impose une opinion artificielle au nom de la volonté du peuple.

  • 1763 : Libéralisation économique. Début des tensions entre économie morale et libéralisme (Physiocrates).
    En savoir plus : La Libéralisation et les Physiocrates

    En 1763, la France tente l'expérience audacieuse du libéralisme économique, sous l'influence des Physiocrates, provoquant un choc avec l'"économie morale" populaire.

    1. La Doctrine Physiocratique (François Quesnay)

    • Terre = Richesse : L'agriculture est la seule source de richesse réelle.
    • "Laissez faire, laissez passer" : Ils exigent la liberté totale du commerce et la fin des douanes intérieures pour unifier le marché.

    2. Le Choc avec l'Économie Morale

    Cette réforme heurte la mentalité populaire :

    • Le Roi Nourricier : Le peuple attend du Roi qu'il garantisse le blé à un "Juste Prix", accessible à tous, et non fixé par le marché.
    • La Rupture : En laissant les prix monter, le Roi semble rompre son pacte sacré de protection.

    3. L'Échec et la Violence (1763-1775)

    La libéralisation entraîne spéculation et hausse des prix. Après un retour à la réglementation en 1770, Turgot rétablit la liberté totale en 1774, déclenchant la Guerre des Farines (1775) : des émeutes où le peuple impose par la force une "taxation populaire" des grains.

  • 1766 : La séance de la Flagellation. Louis XV réaffirme son autorité absolue face aux Parlements frondeurs : "L'ordre public tout entier émane de moi".
    En savoir plus : La Séance de la Flagellation (3 mars 1766)

    Face à la paralysie de l'État par les Parlements (notamment l'affaire de Bretagne), Louis XV se rend à l'improviste au Parlement de Paris pour une séance de "fustigation" verbale historique.

    1. Le Rejet de la "Théorie des Classes"

    Les Parlements prétendaient former un corps unique représentant la Nation ("Le Grand Parlement de France"). Louis XV qualifie cette théorie d'"imposture".

    2. L'Affirmation de l'Absolutisme

    Dans un discours cinglant, le Roi réfute toute autonomie parlementaire :

    • Unicité du Pouvoir : "L'ordre public tout entier émane de moi".
    • Le Roi est la Nation : Il refuse l'idée que la Nation puisse être un corps séparé de lui. "Les droits et les intérêts de la Nation, dont on ose faire un corps séparé du Monarque, sont nécessairement unis avec les miens."

    3. L'Échec

    Bien que spectaculaire, ce rappel à l'ordre ne suffit pas. L'opposition continue, menant au "coup d'État" de Maupeou en 1771 (suppression des Parlements) pour tenter de sauver le régime.

Salon des Lumières style Matisse
1770-1780

III. Les Tentatives de Réforme

La dernière décennie de répit avant l'accélération fatale. Tentatives autoritaires et erreurs politiques se succèdent.

  • 1771 : Le "Coup d'État" de Maupeou. Tentative de modernisation autoritaire : suppression des Parlements et justice gratuite.
    En savoir plus : Le "Coup d'État" de Maupeou (1771)

    Le chancelier Maupeou orchestre une tentative radicale de modernisation de l'État monarchique pour briser l'obstruction politique des Parlements.

    1. Les Mesures Révolutionnaires

    • Suppression de la Vénalité : Les juges ne sont plus propriétaires de leurs charges (achetées et héréditaires), mais deviennent des fonctionnaires nommés, salariés et révocables par le Roi.
    • Justice Gratuite : Abolition des "épices" (frais de justice payés par les justiciables).
    • Décentralisation : Démembrement de l'immense ressort du Parlement de Paris et création de Conseils Supérieurs en province.

    2. Le Musellement Politique

    Les magistrats opposants sont exilés et leurs charges confisquées. Le droit de remontrance est maintenu mais elles ne sont plus publiées, privant les Parlements de leur arme de propagande.

    3. L'Échec Final (1774)

    À son avènement, Louis XVI, voulant être aimé, cède à l'opinion et disgracie Maupeou. Il rétablit les anciens Parlements, annulant cette modernisation. Maupeou prophétisera : "J'avais fait gagner au roi un procès qui durait depuis trois cents ans. Il veut le perdre de nouveau, il en est le maître."

  • 1774 : L'erreur fatale de Louis XVI. Voulant être aimé, le nouveau roi rétablit les Parlements, sabordant les réformes de Maupeou, tout en nommant le réformateur Turgot.
    En savoir plus : 1774, L'Année du Piège

    En 1774, Louis XVI commet une incohérence politique majeure qui scelle le sort de la monarchie : il restaure les contre-pouvoirs conservateurs (Parlements) tout en nommant un ministre réformateur (Turgot).

    1. Le Renoncement à la Modernité

    Cédant à l'opinion, le Roi disgracie Maupeou et annule ses réformes (justice gratuite, suppression de la vénalité). Il réarme ainsi une opposition qui bloquera toute modernisation future.

    2. La Contradiction Turgot

    Simultanément, il nomme Turgot (physiocrate) qui veut libéraliser l'économie (commerce des grains, suppression des corporations). Or, pour imposer ces réformes impopulaires, il aurait fallu une autorité absolue, que le Roi vient de saborder en rétablissant les Parlements.

    3. Le Piège (1776)

    Face à la coalition des intérêts menacés (Parlements, Cour) et aux émeutes de la faim (Guerre des Farines), Louis XVI capitule et renvoie Turgot. L'État est désormais dans une impasse : endetté et incapable de se réformer.

  • 1775 : La Guerre des Farines. Répétition générale de la Révolution. Émeutes de la faim suite à la libéralisation des grains. Rupture psychologique entre le Roi et le peuple.
    En savoir plus : La Guerre des Farines (Avril-Mai 1775)

    Suite à la libéralisation des grains par Turgot (septembre 1774), une crise majeure éclate au printemps 1775, qualifiée de "répétition générale" de 1789.

    1. Le Choc : Libéralisme vs Survie

    Les mauvaises récoltes et la libre circulation provoquent une flambée des prix (+200% à Paris). Les grains quittent les régions pour être vendus plus cher ailleurs, affamant les populations locales.

    2. La Révolte : La "Taxation Populaire"

    Durant 17 jours, le Bassin parisien s'enflamme. Les émeutiers ne sont pas de simples pillards : ils appliquent une justice populaire ("Taxation Populaire") en forçant la vente du blé à un "Juste Prix" fixé par la morale, et non par le marché.

    3. La Rupture Psychologique

    La répression est sévère (25 000 soldats). Le peuple comprend que le Roi ne joue plus son rôle de "Père Nourricier" protecteur, mais a choisi le camp des spéculateurs et du libéralisme. Le lien sacré est rompu.

Guerre des Farines style Matisse
1780-1788

IV. L'Accélération vers l'Abîme

L'influence américaine et la dette creusent la tombe du régime.

  • 1778-1783 : Guerre d'Indépendance américaine. Victoire diplomatique, mais gouffre financier. Diffusion de l'idéal démocratique.
    En savoir plus : Le Paradoxe Américain (1778-1783)

    L'engagement decisif de la France aux côtés des "Insurgents" est un triomphe militaire (Traité de Paris, 1783) mais un suicide politique pour la monarchie.

    1. Le Gouffre Financier

    Cette guerre lointaine creuse une dette abyssale. L'État monarchique, bien que victorieux, est ruiné et contraint de chercher de nouveaux impôts, ce qui mènera inéluctablement à la convocation des États Généraux de 1789.

    2. La Contagion Démocratique

    La Révolution américaine apporte la "preuve par l'exemple" que les idées des Lumières (Liberté, Égalité, Constitution) sont réalisables. Des figures comme La Fayette ou Franklin deviennent des idoles, transportant ces idéaux au cœur de la société française. La monarchie a armé intellectuellement ceux qui allaient la renverser.

  • 1787 : L'échec de la dernière chance. Les notables refusent l'impôt universel de Calonne. Les Parlements entrent en rébellion ouverte.
    En savoir plus : L'Impôt Universel et la Révolte Aristocratique

    En 1787, face à la banqueroute menaçante, Calonne tente une "Révolution fiscale" pour sauver la monarchie, mais se heurte à une levée de boucliers des privilégiés.

    1. Le Plan Calonne : La "Subvention Territoriale"

    Pour combler la dette abyssale, il propose un impôt révolutionnaire : la Subvention Territoriale. C'est un impôt direct universel frappant tous les revenus fonciers sans exception, brisant le privilège fiscal du Clergé et de la Noblesse.

    2. L'Échec : La "Révolte des Notables"

    Il convoque une Assemblée des Notables pour légitimer sa réforme, mais ceux-ci refusent de payer. Calonne est renvoyé. Son successeur, Loménie de Brienne, tente de passer en force face au Parlement de Paris. Les magistrats refusent d'enregistrer l'impôt en affirmant que seule la Nation réunie en États Généraux a ce pouvoir.

    3. Le Paradoxe Fatal

    Les privilégiés bloquent l'impôt pour défendre leurs intérêts, mais utilisent la rhétorique de la "Liberté" et de la "Nation" contre le "Despotisme ministériel", rendant inévitable la convocation de 1789 qui les emportera.

  • 1788 : L'année de la catastrophe. Faillite politique (convocation des États Généraux), climatique (grêle, sécheresse) et économique. Le prix du pain double. La "Machine" révolutionnaire s'emballe.
    En savoir plus : La Convergence Explosive de 1788

    1788 n'est pas une simple crise, mais le point de bascule où "le ciel" et "l'esprit" se liguent contre la monarchie.

    1. La Faillite Politique (Capitulation)

    L'État est en faillite. Brienne échoue face à la rébellion des Parlements et à la révolte aristocratique. Le 8 août 1788, Louis XVI capitule et convoque les États Généraux. La monarchie absolue a perdu la main.

    2. Le Désastre Climatique (Le "Grêlon")

    En juillet 1788, un orage de grêle dévastateur anéantit les récoltes du Bassin parisien, après une sécheresse. L'hiver suivant est terrible. Le prix du pain double à Paris. La misère et la faim jettent des milliers de vagabonds sur les routes.

    3. L'Emballement de la "Machine"

    Dans ce vide politique et social, les "sociétés de pensée" (la "Machine" de Cochin) s'activent. Une minorité organisée manipule la campagne électorale, rédige des cahiers de doléances uniformes et fabrique une "volonté du peuple" radicale, prête à abattre l'Ancien Régime.

1789

V. Le Dénouement

L'année sans pareille où tout bascule.

  • Janvier : L'abbé Sieyès publie le pamphlet "Qu'est-ce que le tiers état ?". Le logiciel de la Révolution est posé.
    En savoir plus : Le Manifeste de Sieyès

    Tiré à 30 000 exemplaires, ce texte définit la légitimité politique du Tiers-État avant même l'ouverture des États Généraux.

    1. L'équation Révolutionnaire

    Sieyès pose trois questions célèbres :
    1. Qu'est-ce que le Tiers-État ? Tout.
    2. Qu'a-t-il été jusqu'à présent ? Rien.
    3. Que demande-t-il ? À devenir quelque chose.

    2. La Nation contre les Ordres

    Il affirme que le Tiers (97% de la population) est la Nation complète. Les privilégiés (Noblesse) ne sont pas l'élite mais des corps étrangers, des parasites qui nuisent à l'intérêt général.

    3. La Souveraineté Nationale

    C'est la rupture idéologique : la souveraineté ne vient plus de Dieu ou du Roi, mais de la Nation. Cette idée justifiera le coup de force du 17 juin (Assemblée Nationale).

  • 5 Mai : Ouverture des États Généraux à Versailles.
    En savoir plus : Le Choc des Mondes (5 Mai 1789)

    L'ouverture des États Généraux n'est pas un choix, mais une capitulation de la monarchie face à la faillite.

    1. Le Malentendu Fatal

    Le Roi attend une solution financière (de nouveaux impôts) pour combler la dette. La Nation, travaillée par les "sociétés de pensée", attend une régénération politique totale (une Constitution).

    2. Le Blocage : Ordre vs Tête

    Le Tiers-État (97% de la population) refuse de voter par Ordre (ce qui le mettrait en minorité face au Clergé et à la Noblesse) et exige le vote par tête. Ce blocage de procédure paralyse l'assemblée pendant un mois.

    3. La Rupture du 17 Juin

    Lassé, le Tiers-État se proclame Assemblée Nationale le 17 juin. C'est la révolution juridique : la souveraineté passe du Roi à la Nation.

  • 17 Juin : Le Tiers-État se proclame Assemblée Nationale. Fin de la monarchie absolue.
    En savoir plus : Le Coup de Force Juridique (17 Juin 1789)

    Le 17 juin marque la véritable rupture politique. C'est l'acte de naissance de la politique moderne en France, bien avant le 14 juillet.

    1. L'Acte Révolutionnaire

    Lassés par l'inertie, les députés du Tiers-État, représentant 96% de la population, décident unilatéralement de se proclamer "Assemblée Nationale".

    2. Le Transfert de Souveraineté

    C'est la fin de la monarchie absolue de droit divin. La souveraineté ne réside plus dans le corps du Roi ("L'État, c'est moi"), mais dans la Nation représentée par l'Assemblée.

    3. L'Arme Fiscale

    L'Assemblée déclare aussitôt que si elle est dissoute par le Roi, la levée des impôts deviendra illégale. Elle place ainsi la monarchie sous la menace immédiate de la banqueroute.

  • 14 Juillet : Prise de la Bastille. Le peuple sauve la Révolution par la force.
    En savoir plus : Le Peuple Sauve la Révolution (14 Juillet)

    Le 14 juillet n'est pas une simple émeute, mais l'intervention décisive du peuple pour empêcher le Roi de dissoudre l'Assemblée par la force.

    1. L'Assaut de la Bastille

    Cherchant de la poudre pour se défendre contre les troupes royales massées autour de Paris, le peuple prend d'assaut la forteresse. C'est le symbole de la chute de l'arbitraire royal, mais aussi l'irruption de la violence (massacre du gouverneur de Launay).

    2. La Capitulation Royale

    Le Roi cède. Il rappelle Necker et accepte la cocarde tricolore. En reculant, il valide de facto l'existence de l'Assemblée nationale et la fin de l'absolutisme.

    3. L'Onde de Choc

    Cette victoire parisienne déclenche la "Révolution municipale" en province et la "Grande Peur" dans les campagnes, menant directement à l'abolition des privilèges le 4 août.

  • 4 Août : Abolition des privilèges. Fin de la société d'ordres.
    En savoir plus : La Nuit de la Déconstruction (4 Août 1789)

    Pour calmer la "Grande Peur" (insurrection paysanne), l'Assemblée abolit en une nuit tout le système juridique de l'Ancien Régime.

    1. La Fin des Ordres et de la Féodalité

    C'est la fin de la distinction Clergé/Noblesse/Tiers-État. Tous les droits féodaux (corvées, servage, dîme, droit de chasse) sont supprimés. Les sujets deviennent des citoyens égaux devant la loi.

    2. L'Unification de la Nation

    Tous les privilèges locaux (provinces, villes, corporations) sont abolis. La France n'est plus un agrégat de privilèges inégaux, mais une Nation unifiée administrée uniformément.

    3. L'Homme "Nouveau"

    Selon Augustin Cochin, cette destruction des "corps intermédiaires" laisse l'individu libre mais seul face à l'État, créant une société d'individus "atomisés" (prémices du Jacobinisme).

    Analyse : La Reconstitution du Corporatisme Juridique

    Selon Augustin Cochin, les élites juridiques ont contourné l'abolition officielle du 4 août pour reconstituer une caste intouchable.

    1. La Continuité des Réseaux

    Les "Sociétés de Pensée" se sont transformées en réseaux de pouvoir. Les avocats ont capturé le monopole de l'interprétation de la loi (ex: Code Civil), formant un complexe "savoir-pouvoir" hors de contrôle.

    2. Une Abolition de Façade

    Malgré la fin officielle des corporations, le milieu s'est refermé via la professionnalisation (examens, revues spécialisées, nominations internes), recréant une autonomie complète loin du regard politique.

    3. L'Institutionnalisation de l'Impunité

    Ce néo-corporatisme s'est protégé par des privilèges procéduraux (secret professionnel, immunité) et une hégémonie discursive, rendant la justice opaque et indiscutable pour le citoyen.

Prise de la Bastille style Matisse
1788-1804

VI. Figures et Acteurs de la Révolution

>> SYSTEM_PROMPT: Analyser les trajectoires individuelles.
>> CONTEXT: De la Journée des Tuiles (1788) à l'Empire (1804).
>> OUTPUT: Profils classés par phases chronologiques et thématiques.

Une galerie de portraits couvrant l'ensemble de la période révolutionnaire, des prémices à l'Empire.

I. Prémices de la Révolution (1788-1789)
  • Louis XVI (roi de France, 1774-1792) : Dernier roi de l'Ancien Régime, exécuté en 1793.
  • Marie-Antoinette (reine de France) : Épouse de Louis XVI, exécutée en 1793, symbole de l'opposition à la Révolution.
  • Jacques Necker (ministre des Finances) : Renvoyé en 1789, son renvoi déclenche la prise de la Bastille.
  • Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (orateur révolutionnaire) : Député aux États généraux, mort en 1791.
  • Jean-Baptiste Drouet (maître de poste à Sainte-Menehould) : Reconnaît Louis XVI lors de sa fuite à Varennes (1791).
  • Antoine Barnave (avocat, député) : Partisan d'une monarchie constitutionnelle, exécuté en 1793.
  • Stanislas-Marie Maillard (révolutionnaire) : Chef des émeutiers lors de la prise de la Bastille, mort en 1794.
  • Jean-Baptiste-Charles-Marie-Gabriel de La Tour du Pin-Montauban (député) : Fédéraliste, exécuté en 1794.
II. Assemblée nationale et Girondins (1789-1793)
  • Emmanuel-Joseph Sieyès (abbé, député) : Auteur de Qu'est-ce que le Tiers-État ?, membre du Directoire et du Consulat.
  • Jacques-Pierre Brissot (journaliste, député) : Chef des Girondins, exécuté en 1793.
  • Pierre-Victurnien Vergniaud (avocat, député) : Orateur girondin, exécuté en 1793.
  • Marguerite-Élie Guadet (avocat, député) : Girondin, exécuté en 1794.
  • Jean-Baptiste Salle (député) : Girondin, exécuté en 1794.
  • Charles-Éléonor Dufriche-Valazé (député) : Girondin, se suicide en 1793.
  • Marie-Jean Hérault de Séchelles (député) : Dantoniste, exécuté en 1794.
  • Louis-Marie Stanislas Fréron (journaliste) : Thermidorien, responsable de la répression en Provence.
  • Paul Barras (député) : Membre du Directoire, soutient le coup d'État du 18 Brumaire.
  • François-Antoine de Boissy d'Anglas (député) : Auteur de la Constitution de l'an III, membre du Directoire.
III. Montagnards et Terreur (1793-1794)
  • Maximilien Robespierre (avocat, député) : Chef des Jacobins, exécuté en 1794.
  • Georges Danton (avocat, député) : Fondateur du Comité de salut public, exécuté en 1794.
  • Jean-Paul Marat (journaliste) : Radical, assassiné par Charlotte Corday en 1793.
  • Jacques-René Hébert (journaliste) : Chef des Hébertistes, exécuté en 1794.
  • Camille Desmoulins (journaliste) : Ami de Danton, exécuté en 1794.
  • Antoine-François Momoro (imprimeur) : Hébertiste, exécuté en 1794.
  • Charles-Philippe Ronsin (général) : Hébertiste, exécuté en 1794.
  • Fabre d'Églantine (poète) : Auteur du calendrier révolutionnaire, exécuté en 1794.
  • Jean-Baptiste-Noël Bouchotte (ministre de la Guerre) : Organisateur de l'armée révolutionnaire.
  • Pierre Gaspard Chaumette (procureur) : Chef de la Commune de Paris, exécuté en 1794.
  • François Hanriot (général) : Commandant de la Garde nationale, exécuté en 1794.
  • René-François Dumas (juge) : Président du Tribunal révolutionnaire, exécuté en 1794.
IV. Thermidoriens et Directoire (1794-1799)
  • Jean-Denis Lanjuinais (député) : Fédéraliste, membre du Conseil des Anciens.
  • Jean-Baptiste-Charles-Marie-Gabriel de La Tour du Pin-Montauban (député) : Fédéraliste, exécuté en 1794.
  • Charles-Louis-Antoine de Beaufranchet (général) : Fédéraliste, mort en 1796.
  • Marie-Jean Hérault de Séchelles (député) : Dantoniste, exécuté en 1794.
  • Louis-Marie Stanislas Fréron (journaliste) : Thermidorien, responsable de la "Jeunesse dorée".
  • Paul Barras (député) : Membre du Directoire, soutient Napoléon.
  • François-Antoine de Boissy d'Anglas (député) : Membre du Directoire, auteur de la Constitution de l'an III.
  • Jean-François Rewbell (député) : Membre du Directoire, opposé à Napoléon.
  • Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux (député) : Membre du Directoire, anticlérical.
  • Jean-Baptiste Treilhard (député) : Membre du Directoire, rédacteur du Code civil.
  • Emmanuel-Joseph Sieyès (abbé) : Membre du Directoire, artisan du coup d'État du 18 Brumaire.
  • Roger Ducos (député) : Membre du Directoire, complice du 18 Brumaire.
V. Guerres de Vendée et Chouannerie (1793-1800)
  • Jacques Cathelineau (chef vendéen) : "Saint de l'Anjou", mort en 1793.
  • Maurice d'Elbée (chef vendéen) : Exécuté en 1794.
  • Henri de La Rochejaquelein (chef vendéen) : Mort en 1794.
  • Jean-Nicolas Stofflet (chef vendéen) : Exécuté en 1796.
  • François de Charette (chef vendéen) : Exécuté en 1796.
  • Louis-Marie Turreau (général) : Responsable des "colonnes infernales" en Vendée.
  • Jean-Baptiste Carrier (député) : Responsable des noyades de Nantes, exécuté en 1794.
  • Jean-Baptiste-Camille de Canclaux (général) : Commandant en Vendée.
  • Jean Antoine Rossignol (général) : Chef républicain en Vendée.
VI. Colonies et esclavage
  • Toussaint Louverture (général haïtien) : Chef de la révolution haïtienne, mort en prison en 1803.
  • Jean-Jacques Dessalines (général haïtien) : Proclame l'indépendance d'Haïti en 1804.
  • Henri Christophe (général haïtien) : Roi d'Haïti (1811-1820).
  • Alexandre Pétion (général haïtien) : Président d'Haïti (1807-1818).
  • André Rigaud (général haïtien) : Chef mulâtre, rival de Toussaint.
  • Jean-Baptiste Belley (député) : Ancien esclave, premier député noir (1794).
  • Léger-Félicité Sonthonax (commissaire) : Abolit l'esclavage à Saint-Domingue (1793).
  • Étienne Polverel (commissaire) : Abolit l'esclavage à Saint-Domingue (1793).
  • Victor Hugues : Commissaire révolutionnaire aux Antilles.

En Résumé

La Révolution est le fruit de la convergence entre une crise structurelle (État endetté, bloqué par les Parlements), une crise conjoncturelle (climat, faim) et une dynamique intellectuelle (sociétés de pensée radicales).