« Singe toi-même » : Le paradoxe des 98,8 % et le singe dénaturé
Dans son essai majeur Singe toi-même (Odile Jacob, 2019), le neurobiologiste Alain Prochiantz (Professeur au Collège de France, Chaire des Processus morphogénétiques) réfute deux réductionnismes opposés : celui qui nie notre ascendance simienne et celui qui rabat Homo sapiens sur un « grand singe comme les autres » au motif que nous partageons près de 98,8 % d'ADN codant avec le chimpanzé.
En biologie du développement, ce ne sont pas seulement les briques protéiques qui comptent, mais l'architecture temporelle et spatiale de l'expression des gènes (notamment les gènes homéotiques Hox et les homéoprotéines comme Otx2 et Engrailed). Un léger décalage d'horloge embryonnaire (hétérochronie) suffit à multiplier par trois à quatre le nombre de divisions des cellules souches neurales corticales.
Surtout, l'évolution des hominines est marquée par la néoténie : l'être humain naît biologiquement prématuré (contraint par le détroit obstétrical du bassin bipède), et son cerveau poursuit sa croissance à un rythme fœtal rapide après la naissance, au sein d'un environnement déjà social, technique et langagier.
🧠 1. Hétérochronie & Néoténie
Ralentissement global du développement et maintien d'une plasticité synaptique juvénile jusqu'à l'âge adulte, rendant notre cerveau perpétuellement malléable à l'apprentissage.
🦴 2. Bipédie & Libération de la main
Bascule antérieure du foramen magnum sous le crâne, bassin court et évasé, libération de la main pour l'outil et abaissement du larynx favorisant la phonation articulée.
🗣️ 3. Langage Symbolique & Fiction
À la différence des signaux animaux liés à l'ici-et-maintenant, la syntaxe humaine permet d'évoquer l'absent, le passé, le futur, l'imaginaire et l'hypothèse scientifique.
🏛️ 4. L'Individu « Anature »
Par la technique, le feu, les lois et la transmission culturelle cumulative, Homo sapiens construit son propre milieu : son évolution devient historique autant que biologique.