Anthologie de la Littérature Française

Du 9ème siècle au 21ème siècle

🌟 « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. »

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince (1943)

Auteurs de la langue française au 9ème siècle

Auteurs et textes fondateurs du 9ème siècle

Manuscrit carolingien enluminné représentant l'époque des Serments de Strasbourg
Manuscrit carolingien - Renaissance carolingienne (9ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 9ème siècle est marqué par la dislocation de l'Empire carolingien après la mort de Charlemagne (814). Le Traité de Verdun (843) divise l'empire entre ses trois petits-fils, créant les bases territoriales de la future France (Francia occidentalis), Allemagne (Francia orientalis) et Lotharingie.

L'Europe subit des invasions répétées : Vikings au nord, Sarrasins au sud, Hongrois à l'est. Cette insécurité permanente provoque la décentralisation du pouvoir et l'émergence de la féodalité. Les populations se regroupent autour des châteaux forts et monastères pour se protéger.

La Renaissance carolingienne impulse un renouveau culturel et éducatif centré sur les monastères, où se développent les scriptoria (ateliers de copie) et les premières écoles. C'est dans ce contexte que naissent les premiers textes en langue vernaculaire (roman).

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie et clergé (1-2% de la population)
Espérance de vie : 35-45 ans pour les nobles, 40-50 ans pour le haut clergé. Alimentation carnée diversifiée, accès aux soins (médecine monastique, saignées, herboristerie). Hygiène relative dans les châteaux et abbayes. Principales causes de mortalité : guerres, épidémies, complications liées aux accouchements pour les femmes nobles.
Artisans et marchands urbains (5-8% de la population)
Espérance de vie : 30-35 ans. Alimentation à base de pain, légumes, poisson (viande rare). Conditions de vie variables selon la prospérité. Exposition aux maladies professionnelles (saturnisme pour les potiers, maladies pulmonaires pour les forgerons). Accès limité aux soins, souvent par les barbiers-chirurgiens.
Paysans libres (20-30% de la population)
Espérance de vie : 25-30 ans. Alimentation monotone (bouillie de céréales, légumes, pain noir), carences nutritionnelles fréquentes. Travail physique épuisant, exposition aux intempéries. Maladies : dysenterie, infections parasitaires, malnutrition. Soins rudimentaires par les femmes du village (remèdes populaires, plantes médicinales).
Serfs et paysans dépendants (60-70% de la population)
Espérance de vie : 20-28 ans. Sous-alimentation chronique, particulièrement en hiver et années de mauvaises récoltes (famines récurrentes). Conditions de vie précaires : huttes insalubres, promiscuité avec les animaux, absence d'hygiène. Mortalité infantile très élevée (40-50%). Maladies endémiques : lèpre, ergotisme (« feu de Saint-Antoine »), tuberculose, typhoïde. Aucun accès aux soins médicaux organisés.

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde médiévale (commune à toutes les classes)

Pensée théocentrique : Dieu est au centre de toute explication du monde. La vie terrestre est une vallée de larmes, une épreuve avant le salut éternel ou la damnation. Omniprésence du surnaturel : miracles, reliques, visions, interventions divines et démoniaques.

Conception du temps : Temps cyclique rythmé par les saisons agricoles et le calendrier liturgique (fêtes religieuses, saints patrons). Temps linéaire eschatologique (attente de la fin des temps, du Jugement dernier). Faible conscience historique au sens moderne.

Ordre social sacré : La société est voulue par Dieu selon trois ordres (trifunctionnalité) : oratores (ceux qui prient - clergé), bellatores (ceux qui combattent - noblesse), laboratores (ceux qui travaillent - paysans). Toute révolte contre cet ordre est perçue comme un péché.

Spécificités selon les classes sociales

Clergé
Seule classe largement alphabétisée (latin). Culture livresque et théologique. Accès aux textes antiques (Aristote via les traductions arabes, Pères de l'Église). Débats scholastiques, copie et commentaire des Écritures. Vision providentialiste de l'Histoire. Méfiance envers le savoir profane, crainte de l'hérésie.
Noblesse
Culture orale et guerrière. Analphabétisme fréquent (même parmi les seigneurs). Valeurs : honneur, courage, fidélité au suzerain, protection des faibles (idéal chevaleresque en formation). Transmission par les chansons de geste récitées par les jongleurs. Superstitions nombreuses, croyance aux présages, reliques protectrices avant les batailles.
Paysannerie
Analphabétisme quasi-total. Culture exclusivement orale et pratique. Savoirs empiriques : techniques agricoles, météorologie populaire, connaissance des plantes. Syncrétisme religieux : christianisme mêlé de croyances païennes ancestrales (culte des sources, arbres sacrés, fées, esprits de la forêt). Vision fataliste de l'existence : soumission à la volonté divine et aux cycles naturels. Solidarité communautaire villageoise face à l'adversité.

Émergence de la langue française

Le 9ème siècle marque l'émergence de la langue française avec les premiers textes en roman, fruit de l'évolution du latin vulgar parlé par les populations gallo-romanes. Le concile de Tours (813) recommande aux prêtres de prêcher en langue vernaculaire pour être compris du peuple, reconnaissant ainsi la distance entre latin et langue parlée.

Anonyme — Les Serments de Strasbourg (842)

Informations
Auteur
Anonyme (texte politique officiel)
Date
842
Genre
Prose politique et juridique
Langue
Romance (proto-français) de l'ouest
Contexte
Serment d'alliance entre Charles le Chauve et Louis le Germanique après le partage de l'empire carolingien
Extrait en ancien français
Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo ...
Traduction (français moderne)

Pour l'amour de Dieu, pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir de ce jour, autant que Dieu me donne savoir et pouvoir, je protégerai mon frère Charles ...

Citation notable

« Pro Deo amur et pro christian poblo »

Importance historique

Premier texte officiel en langue romane, considéré comme l'acte de naissance du français écrit. Il témoigne de l'usage du vernaculaire dans un contexte politique majeur.

Anonyme — Séquence (Cantilène) de sainte Eulalie (~880)

Informations
Auteur
Anonyme (moine copiste)
Date
~880 (copie conservée à la Bibliothèque de Valenciennes)
Genre
Poème religieux (hagiographie versifiée, 29 vers)
Langue
Ancien français (picard/latin vulgaire mêlé)
Contexte
Récit du martyre de sainte Eulalie de Barcelone, jeune chrétienne persécutée sous Dioclétien
Extrait en ancien français
Buona pulcella fut Eulalia, Bel auret corps, bellezour anima. Voldrent la veintre li D[i]o inimi, Voldrent la faire diaule servir.
Traduction (français moderne)

Bonne jeune fille fut Eulalie, Beau avait le corps, plus belle encore l'âme. Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu, Voulurent la faire servir le diable.

Citation notable

« Buona pulcella fut Eulalia »

Importance historique

Première œuvre littéraire en langue française, premier poème en vers. Témoigne de la transition du latin vers les langues romanes dans la littérature religieuse. Manuscrit conservé comme trésor de la langue française primitive.

Anonyme — Séquence de saint Léger (~880-900)

Informations
Auteur
Anonyme
Date
Fin du 9ème siècle (~880-900)
Genre
Poème hagiographique (40 strophes, 240 vers)
Langue
Ancien français (dialecte d'oïl)
Contexte
Vie et martyre de saint Léger, évêque d'Autun assassiné en 679
Extrait en ancien français
Dons Ledgier fut uns sains honnes, Filz Adulfi cum nos leümes. En Artesiu cuntiet natus, Del paien pople conversus.
Traduction (français moderne)

Monseigneur Léger fut un homme saint, Fils d'Adulphe comme nous l'avons lu. En Artois il fut né, Du peuple païen il fut converti.

Importance historique

Deuxième plus ancien texte littéraire en français après la Séquence de sainte Eulalie. Plus développé et plus long, il montre une maîtrise croissante de l'écriture en langue vernaculaire.

Nithard — Historiae (Histoire des fils de Louis le Pieux, ~842-843)

Informations
Auteur
Nithard (ou Nithardus), petit-fils de Charlemagne (~790-845)
Date
~842-843
Genre
Chronique historique en latin (contient la transcription des Serments de Strasbourg)
Langue
Latin (avec insertion en roman et en tudesque)
Contexte
Chroniqueur et conseiller de Charles le Chauve, témoin direct des événements
Œuvre principale

Historiarum libri IIII (Histoire des fils de Louis le Pieux en quatre livres)

Importance historique

Nithard est l'auteur de la chronique latine qui contient la transcription des Serments de Strasbourg. Sans son travail de copiste et d'historien, nous n'aurions pas ce premier témoignage écrit de la langue française. Il a eu la clairvoyance de transcrire les serments dans les langues vernaculaires utilisées (roman et tudesque), et non en latin comme c'était l'usage.

Auteurs de la langue française au 10ème siècle

Auteurs et textes du 10ème siècle

Château fort médiéval - motte castrale du 10ème siècle
Château fort et féodalité - Le Siècle de Fer (10ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 10ème siècle est souvent qualifié de "siècle de fer" ou "siècle obscur". La dynastie carolingienne s'affaiblit définitivement en France occidentale, remplacée par les Capétiens en 987 avec l'élection d'Hugues Capet. Début de la monarchie capétienne qui durera jusqu'en 1328.

Invasions intensifiées : Les raids vikings atteignent leur apogée (sac de Paris en 911, création du duché de Normandie). Les Sarrasins établissent des bases en Provence. Les Hongrois dévastent l'Europe centrale et orientale jusqu'à leur défaite au Lechfeld (955) par Otton Ier.

Féodalisation achevée : Fragmentation politique extrême. Le pouvoir royal est réduit au domaine d'Île-de-France. Les seigneurs locaux construisent des châteaux forts (mottes castrales) et exercent un pouvoir quasi-souverain. Émergence du système vassalique complexe et de la seigneurie banale.

Déclin culturel relatif : Recul temporaire de la production littéraire après la Renaissance carolingienne. Les monastères restent les seuls centres d'érudition, mais leur rayonnement diminue. Très peu de textes vernaculaires produits durant ce siècle (période de transition linguistique).

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie et clergé (1-2% de la population)
Espérance de vie : 35-42 ans (légère baisse due aux guerres féodales incessantes). Alimentation carnée abondante (gibier, volailles, porc). Consommation excessive de vin et bière. Mortalité élevée chez les chevaliers (combats, tournois, blessures infectées). Obésité et goutte chez certains nobles. Accès aux médecins monastiques, mais pratiques encore rudimentaires (saignées, purges, cautérisations).
Artisans et marchands urbains (4-6% de la population - en déclin)
Espérance de vie : 28-32 ans. Déclin des villes et du commerce suite aux invasions. Insécurité des routes commerciales. Alimentation : pain, légumes, poisson salé. Viande rare (volailles aux fêtes). Maladies urbaines : dysenterie, fièvres, infections dues aux conditions insalubres. Peu d'accès aux soins organisés.
Paysans libres (15-25% de la population - en diminution)
Espérance de vie : 23-28 ans. Pression croissante des seigneurs locaux poussant vers le servage. Alimentation : bouillie d'avoine, pain noir, légumes (choux, navets, fèves), laitages occasionnels. Carences en protéines et vitamines. Rachitisme chez les enfants. Travail harassant : défrichements, corvées multiples. Vulnérabilité aux famines (plusieurs épisodes majeurs).
Serfs et paysans dépendants (70-80% de la population - en augmentation)
Espérance de vie : 18-25 ans (la plus basse du Moyen Âge). Servage renforcé : attachement à la terre, corvées illimitées, taxes multiples (taille, banalités). Sous-nutrition généralisée. Famines de 910-914, 927, 942, 970 (cannibalism rapporté dans certaines chroniques). Habitat : cabanes de torchis, sol en terre battue, fumier accumulé, promiscuité humains/animaux. Mortalité infantile catastrophique (50-60%). Maladies : lèpre en expansion, ergotisme (« mal des ardents »), scrofule, infections cutanées chroniques, parasitoses massives. Espérance de vie à la naissance : ~20 ans.

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde médiévale (intensification apocalyptique)

Terreur de l'An Mil : Bien que débattue par les historiens, croyance répandue en la fin imminente du monde. Intensification de la ferveur religieuse, donations massives aux églises, pèlerinages expiatoires. Phénomènes naturels (comètes, éclipses, famines) interprétés comme signes de la colère divine.

Pensée magico-religieuse renforcée : Recul du rationalisme carolingien. Prolifération des croyances en la sorcellerie, démons, possessions. Culte des reliques exacerbé (« furta sacra » : vols de reliques entre monastères). Jugements de Dieu (ordalies) pour régler les conflits.

Violence omniprésente : Guerres privées féodales permanentes. « Faida » (vengeance familiale) institutionnalisée. Brutalité des mœurs : tortures, mutilations punitives courantes. Droit du plus fort. Tentatives ecclésiastiques de limitation : mouvement de la Paix de Dieu (989) et Trêve de Dieu.

Spécificités selon les classes sociales

Clergé
Déclin moral et intellectuel du clergé séculier (simonie, nicolaïsme - mariage des prêtres). Corruption de la papauté (« siècle de fer de la papauté », 904-964). Monastères bénédictins : maintien relatif de la discipline, mais repli sur eux-mêmes. Conservation des manuscrits antiques, mais peu de création intellectuelle originale. Crainte obsessionnelle du péché et de la damnation. Développement des visions eschatologiques.
Noblesse
Culture guerrière brutale, code de l'honneur féodal rudimentaire. Analphabétisme quasi-général (y compris chez les grands seigneurs). Mépris du travail manuel et du commerce. Seules activités nobles : guerre et chasse. Transmission orale : généalogies, récits de hauts faits, légendes héroïques. Superstitions : amulettes, bénédictions d'armes, présages avant les batailles. Justice seigneuriale arbitraire : droit de haute et basse justice (pendaison, mutilation).
Paysannerie
Analphabétisme total. Isolement des communautés villageoises (rayon de vie : 10-20 km maximum). Ignorance géographique : le monde au-delà du terroir est inconnu et terrifiant. Religion populaire syncrétique : saints protecteurs pour chaque activité, sources sacrées, arbres vénérés, croyance aux esprits sylvestres (fées, lutins, démons). Fatalisme absolu : acceptation de la souffrance comme volonté divine, espoir placé uniquement dans l'au-delà. Solidarité villageoise de survie : entraide aux récoltes, protection mutuelle face aux brigands. Peur permanente : des seigneurs, des épidémies, des loups, de la famine, de l'enfer.

Production littéraire en langue française

Le 10ème siècle constitue un "trou noir" littéraire pour la langue française. Presque aucun texte vernaculaire conservé. La production écrite se limite au latin dans les monastères (chroniques, vies de saints, chartes).

Période de transition linguistique : évolution de l'ancien français primitif vers l'ancien français classique. Les dialectes régionaux se différencient (langue d'oïl au nord, langue d'oc au sud). La littérature orale (chants épiques, contes) se développe mais ne sera transcrite qu'au 11ème-12ème siècle.

Hrotsvita de Gandersheim — Œuvres théâtrales et poétiques (~935-1000)

Informations
Auteur
Hrotsvita (ou Roswitha) de Gandersheim, chanoinesse saxonne (~935-1000)
Date
Œuvres écrites entre ~960-980
Genre
Théâtre religieux, poésie hagiographique, épopée historique
Langue
Latin (non français, mais importante pour l'histoire littéraire européenne)
Contexte
Première femme dramaturge connue d'Occident. Éduquée au monastère de Gandersheim (Saint-Empire)
Œuvres principales
  • Six drames (dont Dulcitius, Pafnutius) — imitations chrétiennes de Térence
  • Légendes (huit poèmes hagiographiques)
  • Gesta Ottonis (Geste d'Otton) — épopée historique en l'honneur d'Otton Ier
Importance historique

Bien que germanophone et écrivant en latin, Hrotsvita représente l'exception culturelle du 10ème siècle. Elle démontre que la création littéraire se poursuit dans certains monastères privilégiés, même si la France ne produit pratiquement aucune œuvre durant cette période. Son théâtre religieux préfigure les mystères médiévaux qui fleuriront en français aux 12ème-13ème siècles.

Richer de Reims — Historiae (Histoires, ~991-998)

Informations
Auteur
Richer de Reims, moine bénédictin (~940-~1000)
Date
~991-998
Genre
Chronique historique en quatre livres
Langue
Latin classique
Contexte
Moine à Saint-Remi de Reims, élève de Gerbert d'Aurillac (futur pape Sylvestre II)
Œuvre principale

Historiarum libri quatuor — Chronique de l'histoire franque de 888 à 995. Source essentielle pour comprendre la transition carolingienne vers la dynastie capétienne.

Contenu notable

Récit de la montée en puissance des Robertiens (ancêtres des Capétiens), description des invasions normandes, portrait d'Hugues Capet et de son élection en 987. Style influencé par les auteurs latins classiques (Salluste).

Importance historique

Témoignage précieux sur le 10ème siècle français. Bien qu'en latin, son œuvre documente la langue parlée de son époque (quelques expressions vernaculaires citées). Représente la continuité de la tradition historiographique carolingienne malgré le déclin culturel général.

Abbon de Fleury — Œuvres théologiques et scientifiques (~945-1004)

Informations
Auteur
Abbon de Fleury, abbé de Saint-Benoît-sur-Loire (~945-1004)
Date
Œuvres écrites entre ~980-1004
Genre
Théologie, sciences (astronomie, computus), hagiographie
Langue
Latin savant
Contexte
Érudit monastique, réformateur, enseignant à Ramsey (Angleterre) puis abbé de Fleury
Œuvres principales
  • Apologeticus ad Hugonem et Rodbertum reges — Défense des privilèges monastiques
  • De Cursu Stellarum — Traité d'astronomie
  • Passio sancti Edmundi — Vie de saint Edmond, roi martyr d'Est-Anglie
  • Traités de comput (calcul du calendrier ecclésiastique)
Importance historique

Figure intellectuelle majeure du 10ème siècle. Symbolise le maintien de l'érudition monastique durant le "siècle de fer". Son école de Fleury devient un centre de renaissance intellectuelle préparant le renouveau du 11ème siècle. Mort en martyr lors d'une rixe entre moines (1004).

Note sur l'absence de littérature vernaculaire

Pourquoi si peu de textes en français au 10ème siècle ?

  • Contexte politique : Guerres, invasions, insécurité permanente défavorables à la création littéraire
  • Déclin culturel : Recul de l'alphabétisation, fermeture des écoles carolingiennes
  • Prédominance du latin : L'écrit reste monopolisé par le clergé qui utilise exclusivement le latin
  • Évolution linguistique : Période de mutation rapide de la langue (ancien français en formation)
  • Tradition orale : Les épopées et chansons existent mais ne sont pas encore transcrites
  • Perte de manuscrits : Destructions dues aux guerres, incendies, négligence

Il faut attendre le 11ème siècle pour voir renaître une production littéraire en langue vernaculaire, avec notamment la Vie de saint Alexis (~1040) et surtout la Chanson de Roland (~1090).

Auteurs de la langue française au 11ème siècle

Auteurs et textes du 11ème siècle — Le renouveau

Roland sonnant l'olifant à Roncevaux - enluminure médiévale
Roland à Roncevaux - Chanson de geste (11ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 11ème siècle marque un tournant majeur : sortie du "siècle de fer" et début d'une renaissance générale. Consolidation de la dynastie capétienne (Robert II le Pieux 996-1031, Henri Ier 1031-1060, Philippe Ier 1060-1108). Le domaine royal reste limité mais le prestige monarchique augmente progressivement.

Fin des grandes invasions : Arrêt des raids vikings (christianisation de la Scandinavie). Les Normands deviennent un peuple européen intégré. Conquête normande de l'Angleterre (1066) par Guillaume le Conquérant. Début de la Reconquista en Espagne. Première Croisade (1095-1099) : prise de Jérusalem.

Essor économique et démographique : Révolution agricole (assolement triennal, collier d'épaule, charrue à versoir). Augmentation de 50% de la population européenne. Défrichements massifs, création de villages neufs. Renaissance urbaine : essor du commerce, premières foires (Champagne), retour de la monnaie métallique.

Réforme grégorienne (1049-1122) : Purification de l'Église par le pape Grégoire VII. Lutte contre la simonie et le nicolaïsme. Querelle des Investitures (conflit Papauté/Empire). Renouveau monastique : expansion de Cluny (apogée sous Hugues de Semur), fondation de Cîteaux (1098).

Renaissance culturelle : Multiplication des écoles cathédrales et monastiques. Redécouverte d'Aristote via les traductions arabes d'Espagne. Débuts de la scholastique. Architecture romane (abbayes de Cluny, Tournus, Saint-Sernin de Toulouse). Émergence de la littérature en langue vernaculaire : premier âge d'or de l'ancien français.

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie et clergé (2-3% de la population)
Espérance de vie : 40-50 ans (amélioration notable). Alimentation abondante et variée : viandes (gibier, bœuf, porc, volailles), poissons, épices orientées (poivre, cannelle), vins de qualité, fruits. Excès alimentaires fréquents (goutte, obésité chez certains prélats et seigneurs). Accès à la médecine monastique avancée : infirmeries organisées, jardins de simples (plantes médicinales), traductions de textes médicaux arabes (Avicenne, Rhazès). Mortalité guerrière toujours élevée (tournois, croisades). Hygiène améliorée : étuves dans les châteaux, usage du savon (importation d'Orient).
Bourgeoisie marchande émergente (8-12% de la population)
Espérance de vie : 35-40 ans (progression). Classe nouvelle en pleine expansion avec la renaissance urbaine. Alimentation diversifiée : pain blanc, viandes (bœuf, mouton), poissons, légumes variés, fromages, vin. Richesse croissante permettant l'accès aux soins : médecins (souvent juifs ou arabes dans le Midi), apothicaires, barbiers-chirurgiens. Maladies urbaines : dysenterie, fièvres typhiques, mais meilleure résistance grâce à une nutrition suffisante. Mortalité infantile en baisse relative (35-40%).
Paysans libres et vilains (25-35% de la population)
Espérance de vie : 30-35 ans (amélioration significative). Bénéficient de l'essor agricole et de la réduction des famines. Alimentation : pain de seigle ou méteil, bouillies de céréales, légumes (choux, pois, fèves, oignons), laitages (fromage, lait caillé), œufs, volailles aux fêtes, bière ou cidre. Habitat amélioré : maisons de bois et torchis plus solides, séparation relative humains/animaux. Soins : guérisseurs villageois, rebouteux, sages-femmes expérimentées. Persistance des maladies parasitaires mais réduction de la malnutrition sévère.
Serfs (55-65% de la population - en diminution progressive)
Espérance de vie : 25-30 ans (amélioration relative). Allègement progressif du servage dans certaines régions (affranchissements, chartes de franchise). Alimentation toujours frugale mais plus régulière : bouillies, pain noir, légumes-racines, lard occasionnel. Réduction des famines catastrophiques grâce aux progrès agricoles, bien que la sous-nutrition persiste. Mortalité infantile très élevée (45-50%) mais en légère baisse. Maladies : infections, tuberculose, lèpre (encore présente mais mieux isolée dans les ladreries), ergotisme, parasitoses. Conditions de vie précaires mais amélioration progressive : cabanes plus solides, accès aux biens communaux (forêt, pâturages). Aucun accès aux soins médicaux organisés, recours aux remèdes populaires.

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde médiévale (évolutions majeures)

Optimisme post-An Mil : Le monde ne s'est pas effondré. Nouvelle confiance en l'avenir terrestre. Construction effrénée d'églises romanes (« Le monde se couvrit d'un blanc manteau d'églises » — Raoul Glaber). Ferveur religieuse canalisée : pèlerinages massifs (Saint-Jacques-de-Compostelle, Rome, Jérusalem), culte des reliques.

Esprit de croisade : Idéologie chrétienne militante. Appel d'Urbain II à Clermont (1095) : « Dieu le veut ! » Synthèse de l'idéal chevaleresque et de la foi : le chevalier devient « miles Christi » (soldat du Christ). Développement de l'éthique chevaleresque : protection des faibles, générosité, loyauté, courage.

Renouveau intellectuel : Redressement des écoles. Question de la raison et de la foi. Dialectique scolastique : Anselme de Cantorbéry ("Fides quaerens intellectum" — La foi cherchant l'intelligence). Débat sur les universaux (réalisme vs nominalisme). Abailard et la méthode du Sic et non. Curiosité pour le savoir antique et arabe : traductions de textes scientifiques et philosophiques.

Conception hiérarchique perfectionnée : Société ordonnée selon un plan divin plus complexe. Élaboration de la théorie des trois ordres (Adalberon de Laon, Gérard de Cambrai). Chaque état social a sa fonction, ses devoirs, sa dignité propre. Mobilité sociale très limitée mais théoriquement possible.

Spécificités selon les classes sociales

Clergé
Clergé régulier (moines) : Apogée de Cluny : liturgie somptueuse, art roman, influence européenne. Idéal de fuite du monde (contemptus mundi). Prière perpétuelle pour le salut des chrétiens. Naissance du mouvement cistercien (1098) : retour à la rigueur bénédictine primitive, travail manuel, ascension mystique (Bernard de Clairvaux). Culture intellectuelle intense : copie de manuscrits, exegèse biblique, chroniques historiques, encyclopédies.
Clergé séculier (curés, évêques) : Réforme grégorienne impose le célibat ecclésiastique (résistances). Lutte contre la simonie. Évêques : seigneurs temporels puissants, riche culture latine, conseillers des rois. Curés de paroisse : formation très variable, certains à peine alphabétisés, prédication en langue vernaculaire, rôle central dans la vie villageoise.
Noblesse
Émergence de l'idéal chevaleresque : Rituel de l'adoubement religieux. Code d'honneur formalisé. Protection des églises, veuves, orphelins. Valeurs : prouesse (bravoure), largesse (générosité), loyauté, courtoisie (en formation). Culture orale toujours dominante : chansons de geste chantées par les jongleurs lors des banquets. Héros modèles : Charlemagne, Roland, Guillaume d'Orange. Analphabétisme encore majoritaire mais recul progressif : certains seigneurs apprennent à lire (en latin et en roman). Passion pour la chasse, tournois, guerre. Croisades : aventure spirituelle et matérielle (conquête de terres, richesses).
Bourgeoisie urbaine
Classe nouvelle en formation : Marchands, artisans enrichis, changeurs. bourgeois au XIème siècle

Pragmatisme économique : calcul, contrats, développement du notariat. Alphabetisation croissante (en latin et vernaculaire) pour les besoins commerciaux. Aspirations politiques : premières communes (serments d'entraide contre les seigneurs), chartes de franchise. Pieté urbaine : construction d'églises par les corporations, confréries. Méfiance aristocratique et ecclésiastique envers l'enrichissement marchand (usure condamnée).
Paysannerie
Analphabétisme quasi-total mais culture orale riche : contes, légendes, chansons, proverbes. Religion populaire : saints protecteurs spécialisés (saint Éloi pour les forgerons, saint Fiacre pour les jardiniers), procéssions, rogations, bénédictions des récoltes. Persistance de croyances préchrétiennes syncrétisées. Calendrier mental rythmé par les travaux agricoles et les fêtes liturgiques. Amélioration du moral : moins de famines, espoir d'une vie meilleure pour les enfants. Solidarité communautaire : entraide aux moissons, corvees collectives, fêtes villageoises. Rapports ambivalents avec les seigneurs : soumission mais aussi négociations (chartes coutumières).

Production littéraire en langue française — Premier âge d'or

Le 11ème siècle marque la naissance véritable de la littérature française. Après le "trou noir" du 10ème siècle, explosion de créativité en langue vernaculaire.

Genres littéraires émergents :

  • Hagiographie vernaculaire : Vies de saints en ancien français pour toucher le peuple (Vie de saint Alexis, ~1040, premier chef-d'œuvre littéraire)
  • Chanson de geste : Épopées héroïques chantées, glorifiant les exploits guerriers des chevaliers (Chanson de Roland, ~1090, texte fondateur de la littérature française)
  • Poésie religieuse : Hymnes, prières, textes mystiques en langue d'oïl et d'oc
  • Chroniques en roman : Début de l'historiographie vernaculaire (fin 11ème siècle)

Contexte de production : Jongleurs itinérants, cours seigneuriales, abbayes. Transmission orale avec fixation écrite progressive. Public aristocratique et urbain. La langue d'oïl (Nord) et la langue d'oc (Sud) se différencient nettement et produisent chacune leur littérature.

Anonyme — Vie de saint Alexis (~1040)

Informations
Auteur
Anonyme (probablement un clerc normand ou anglo-normand)
Date
~1040 (milieu du 11ème siècle)
Genre
Hagiographie versifiée (vie de saint), 625 décasyllabes en laisses assonancées
Langue
Ancien français (dialecte normand/anglo-normand)
Contexte
Premier chef-d'œuvre littéraire en langue française. Destiné à l'édification du public laïc
Argument

Vie d'Alexis, jeune noble romain qui, le soir de ses noces, abandonne sa femme vierge pour mener une vie de mendicité en Orient, puis revient incognito dans la maison paternelle où il vit 17 ans sous un escalier, sans être reconnu. À sa mort, sa sainteté est révélée.

Extrait en ancien français (début du poème)
Bons fut li secles al tens ancienur, Quer feit i ert e justise et amur, Si ert credance, dunt or n'i at nul prut. Tut est mudez, perdude ad sa colur : Ja mais n'iert tels cum fut as anceisurs.
Traduction (français moderne)

Bon était le monde au temps des anciens, Car il y avait foi, justice et amour, Il y avait croyance, dont maintenant il n'y a nulle trace. Tout a changé, le monde a perdu sa couleur : Jamais plus il ne sera tel qu'il fut au temps des ancêtres.

Thèmes principaux
  • Renonciation au monde (contemptus mundi)
  • Sainteté par l'ascèse et l'humilité extrême
  • Conflit entre devoirs familiaux et appel divin
  • Nostalgie d'un âge d'or révolu
Importance historique

Premier texte littéraire français conservé de qualité artistique. Modèle formel pour la chanson de geste (décasyllabe, laisses assonancées). Témoigne de la capacité de l'ancien français à exprimer des sentiments complexes et une élévation spirituelle. Immense succès : nombreuses copies, traductions (allemand, provençal, italien).

Turoldus (?) — Chanson de Roland (~1090-1100)

Informations
Auteur
Attribution incertaine : "Turoldus" mentionné dans le dernier vers (auteur, copiste, jongleur ?)
Date
~1090-1100 (fin du 11ème siècle). Manuscrit d'Oxford (version la plus ancienne) : ~1130-1150
Genre
Chanson de geste, 4002 décasyllabes en laisses assonancées
Langue
Ancien français (dialecte anglo-normand)
Contexte
Composée à l'époque de la Première Croisade. Transfigure un événement historique mineur (778) en épopée nationale et religieuse
Argument historique vs épopée

Événement réel (778) : Charlemagne, de retour d'une expédition en Espagne, voit son arrière-garde attaquée au col de Roncevaux par des Basques. Roland, préfet de la marche de Bretagne, y trouve la mort. Incident mineur dans les chroniques carolingiennes.

Transfiguration épique (~1090) : Combat titanesque opposant 20 000 chrétiens (Roland et les Douze Pairs) à 400 000 Sarrasins (musulmans). Trahison de Ganelon. Sacrifice héroïque de Roland qui refuse de sonner du cor pour appeler Charlemagne. Intervention divine, vengeance écrasante de Charlemagne. Transformation en guerre sainte (croisade avant l'heure).

Extrait en ancien français (mort de Roland)
Rollant se sent de la mort anguissus : Devers la teste sur le quer li est venuz. Desuz un pin i est alet curant, Sur l'erbe verte s'i est culchet adenz. Desuz lui met s'espee e l'olifant, Turnat sa teste vers la paiene gent : Pur ço l'at fait que il voelt veirement Que Carles diet e trestute sa gent Li gentilz quens, qu'il fut mort cunquerant.
Traduction (français moderne)

Roland sent que la mort l'angoisse : De la tête, elle lui descend vers le cœur. Il court sous un pin, Sur l'herbe verte il s'est couché face contre terre. Sous lui il place son épée et l'olifant, Il tourne sa tête vers la gent païenne : Il l'a fait parce qu'il veut vraiment Que Charles dise, ainsi que tous ses hommes, Que le noble comte est mort en conquérant.

Thèmes et valeurs
  • Prouesse chevaleresque : courage, sacrifice, honneur
  • Foi militante : guerre sainte contre les infidèles
  • Vassalité exemplaire : fidélité absolue à Charlemagne ("dulce France")
  • Démesure héroïque : Roland refuse de sonner du cor par orgueil, puis se repent
  • Intervention divine : Dieu arrête le soleil pour permettre la vengeance de Charlemagne
  • Trahison : Ganelon, beau-père de Roland, archétype du traître
Citations notables

« Païen unt tort e chrestïens unt dreit » — Les païens ont tort et les chrétiens ont raison

« Munjoie ! » — Cri de guerre de Charlemagne et de ses chevaliers

« Rollant est proz e Oliver est sage » — Roland est preux et Olivier est sage

Importance historique et littéraire

Texte fondateur de la littérature française. Premier monument épique national (équivalent de l'Iliade ou de l'Énéide pour la France). Modèle de la chanson de geste : plus de 80 chansons de geste composées par la suite sur ce patron. Expression parfaite de l'idéal féodo-vassalique et de l'esprit de croisade. Influence européenne : traduite, adaptée, imitée dans toute l'Europe médiévale. Redécouverte romantique au 19ème siècle : mythe national français (avec Charlemagne et Roland comme héros fondateurs).

Raoul Glaber — Histoires (Historiarum libri quinque, 1030-1048)

Informations
Auteur
Raoul Glaber ("le Chauve"), moine bénédictin bourguignon (~985-~1047)
Date
~1030-1048
Genre
Chronique universelle en cinq livres
Langue
Latin (mais source essentielle pour comprendre le contexte de la littérature française naissante)
Contexte
Moine indiscipliné, chassé de plusieurs monastères, finalement accueilli à Cluny. Témoin privilégié de l'An Mil et du renouveau du 11ème siècle
Œuvre principale

Historiarum libri quinque — Chronique universelle de 900 à 1046. Couvre l'histoire de l'Occident chrétien avec une attention particulière à la Bourgogne, Cluny, et l'An Mil.

Citations célèbres

« Le monde se couvrit d'un blanc manteau d'églises » ("Accidit autem ferme tertio anno post millesimum mundum renovari universum [...] praecipue tamen in Italia et in Galliis") — Description du renouveau architectural après l'An Mil.

Contenu notable
  • Témoignage sur les peurs de l'An Mil (débattu : exagération ou réalité ?)
  • Description des famines catastrophiques (1032-1033) avec cannibalisme rapporté
  • Récit de l'expansion de Cluny et de la réforme monastique
  • Visions apocalyptiques et miracles
  • Observation des phénomènes naturels (comètes, éclipses) interprétés religieusement
Importance historique

Source capitale pour l'histoire du 11ème siècle. Témoignage vivant (bien que partial et crédule) de la mentalité médiévale au tournant de l'An Mil. Illustre la pensée providentialiste de l'époque. Bien qu'écrivant en latin, Glaber documente la société dans laquelle émerge la littérature vernaculaire.

Adémar de Chabannes — Chronique (1025-1034)

Informations
Auteur
Adémar de Chabannes, moine bénédictin limousin (989-1034)
Date
~1025-1034
Genre
Chronique historique en trois livres, manuscrits enluminés
Langue
Latin
Contexte
Moine érudit, copiste, enlumineur, musicien. Promoteur du culte de saint Martial de Limoges
Œuvre principale

Chronicon Aquitanicum et Francicum — Histoire de l'Aquitaine et des Francs de l'origine du monde à 1028.

Contenu et particularités
  • Source importante pour l'histoire carolingienne et capétienne
  • Falsifications pieuses : Adémar invente des documents pour prouver que saint Martial était apôtre
  • Manuscrits richement enluminés de sa propre main (artiste remarquable)
  • Compositions musicales liturgiques
  • Témoignage sur les pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle
Importance historique

Exemple parfait de l'érudit monastique du 11ème siècle : polyvalent (historien, théologien, artiste, musicien). Ses manuscrits autographes conservés sont des chefs-d'œuvre de l'art roman. Illustre la mentalité médiévale où la vérité spirituelle prime sur la vérité factuelle (d'où les falsifications considérées comme pieuses et légitimes).

Guillaume IX d'Aquitaine — Poésies (fin 11ème-début 12ème s.)

Informations
Auteur
Guillaume IX d'Aquitaine, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers (1071-1126)
Date
Poèmes composés entre ~1090-1120
Genre
Poésie lyrique en langue d'oc (troubadour)
Langue
Occitan (langue d'oc)
Contexte
Seigneur le plus puissant de France, croisé (1101), personnage sulfureux, protecteur des arts
Œuvre

Premier troubadour connu dont les poèmes sont conservés. 11 poèmes authentifiés. Thèmes : amour courtois, érotisme grivois, humour, vantardise.

Extrait en occitan (chanson d'amour courtois)
Farai un vers pos mi sonelh, E·m vauc e m'estauc al solelh. Domnas i a de mal conselh, E sai dir cals : Cellas c'amor de chevalier Tornon a mals.
Traduction (français moderne)

Je ferai un vers pendant que je sommeille, Et je vais et me tiens au soleil. Il y a des dames de mauvais conseil, Et je sais dire lesquelles : Celles qui transforment en mal L'amour d'un chevalier.

Thèmes et innovation
  • Amour courtois (fin'amor) : amour idéalisé, dame inaccessible, service amoureux
  • Érotisme et grivoiserie : poèmes licencieux (« Farai un vers de dreit nien » — double sens obscène)
  • Jeu poétique : virtuosité formelle, rimes riches, métaphores complexes
  • Personnalité du poète : affirmation du "je" lyrique, auto-dérision
Importance historique et littéraire

Fondateur de la poésie lyrique européenne. Premier troubadour conservé, il inaugure la tradition courtoise qui influencera toute la littérature médiévale (troubadours occitans, trouvères d'oïl, Minnesänger allemands, poésie italienne). Grand-père d'Aliénor d'Aquitaine (elle-même mécène majeure de la littérature courtoise). Témoigne de la richesse culturelle de l'Aquitaine au tournant du 11ème-12ème siècle.

Auteurs de la langue française au 12ème siècle

Auteurs et textes du 12ème siècle — L'âge d'or

Scène d'amour courtois - troubadour chantant devant une dame
Amour courtois et troubadours (12ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 12ème siècle représente l'âge d'or du Moyen Âge : apogée économique, culturelle et artistique. En France : règnes de Louis VI le Gros (1108-1137), Louis VII (1137-1180), Philippe Auguste (1180-1223). Consolidation et expansion du domaine royal. Victoire de Bouvines (1214) : affirmation de la puissance capétienne.

Empire Plantagenêt : Henri II d'Angleterre (1154-1189) règne sur l'Angleterre et l'ouest de la France (Normandie, Anjou, Aquitaine par son mariage avec Aliénor d'Aquitaine, 1152). Conflit franco-anglais structurel pour trois siècles. Aliénor : mécène majeure de la littérature courtoise.

Croisades continues : Deuxième Croisade (1147-1149, échec), Troisième Croisade (1189-1192) après la prise de Jérusalem par Saladin (1187). Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste, Frédéric Barberousse. Quatrième Croisade (1202-1204) détournée vers Constantinople (sac de la ville). Croisade contre les Albigeois (1209-1229) dans le Midi français : destruction de la civilisation occitane.

Explosion urbaine et commerciale : Population européenne double (de 50 à 100 millions). Essor des villes : Paris atteint 200 000 habitants (plus grande ville d'Europe avec Constantinople). Foires de Champagne (Troyes, Provins) : plaque tournante du commerce européen. Corporations de métiers, bourgeoisie enrichie, premières banques (Italiens).

Renaissance du 12ème siècle : Révolution intellectuelle et culturelle. Naissance des universités : Paris (~1150, Sorbonne 1257), Bologne (1088), Oxford (~1167). Scholastique triomphante : Abélard, Pierre Lombard, Bernard de Clairvaux. Traductions massives d'Aristote depuis l'arabe et le grec. Développement du droit romain et canonique. Architecture gothique : Saint-Denis (1144), Notre-Dame de Paris (1163), Chartres (1194).

Âge d'or littéraire : Explosion de la création en langue vernaculaire. Romans courtois, poésie lyrique (troubadours et trouvères), chansons de geste, littérature didactique. La langue française (d'oïl et d'oc) devient langue de culture internationale.

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie et clergé (3-4% de la population)
Espérance de vie : 45-55 ans (apogée médiévale). Alimentation somptueuse : viandes variées (gibier, bœuf, porc, volailles, paon, cygne), poissons (carpes, brochets, saumons), épices orientales (poivre, cannelle, gingembre, safran), fruits frais et secs, pâtisseries au miel, vins renommés (Bourgogne, Bordeaux), hypocras. Excès alimentaires lors des banquets (services multiples, plats spectaculaires). Accès à la médecine savante : médecins formés à Salerne ou Montpellier, traductions d'Avicenne et Galien, chirurgie progressée, pharmacopée élaborée. Mortalité : croisades, tournois, guerres féodales. Maladies : goutte, obésité, intoxications alimentaires. Hygiène améliorée : bains fréquents dans les étuves, parfums, soins corporels.
Bourgeoisie urbaine (12-18% de la population - forte croissance)
Espérance de vie : 40-45 ans (progression continue). Classe en pleine ascension sociale et économique. bourgeois au XIème siècle

Alimentation riche : pain blanc, viandes (bœuf, mouton, porc), poissons, légumes variés, fromages de qualité, vins, pâtisseries. Repas copieux mais moins somptueux que la noblesse. Richesse permettant investissements éducatifs : enfants scolarisés, formation aux métiers ou études universitaires. Accès aux soins : médecins, apothicaires, chirurgiens-barbiers urbains. Maladies urbaines : dysenterie, typhoïde, tuberculose, mais meilleure nutrition qu'aux siècles précédents. Mortalité infantile en baisse (30-35%). Hôpitaux urbains (Hôtel-Dieu) pour les malades pauvres.
Paysans libres et vilains (30-40% de la population)
Espérance de vie : 35-40 ans (nette amélioration). Bénéficient pleinement de l'essor agricole (« révolution agricole du 12ème siècle »). Alimentation : pain de seigle ou méteil, bouillies de céréales, légumes abondants (choux, navets, pois, fèves, lentilles, oignons), laitages (fromage, beurre), œufs, volailles domestiques, porc salé, bière ou cidre. Accès occasionnel à la viande (fêtes, tue-cochon). Famines rares au 12ème siècle. Habitat amélioré : maisons de bois sur solins de pierre, cheminée, séparation étable/logis. Soins : guérisseurs, rebouteux, herboristes, sages-femmes compétentes. Maladies parasitaires persistantes mais meilleure santé générale.
Serfs (45-55% de la population - en diminution accentuée)
Espérance de vie : 30-35 ans (forte amélioration). Mouvement massif d'affranchissements : villes offrent la liberté (« l'air de la ville rend libre »), chartes de franchise multipliées, achat de la liberté possible. Alimentation toujours frugale mais régulière : bouillies, pain noir, légumes, lard. Réduction drastique des famines grâce aux progrès agricoles (assolement, outils, moulins). Mortalité infantile élevée (40-45%) mais en baisse. Maladies : infections, tuberculose, lèpre (isolée dans les maladreries), parasitoses. Conditions de vie précaires mais espoir d'ascension sociale pour les enfants (fuite vers les villes, défrichements). Aucun accès aux soins médicaux professionnels, remèdes populaires.

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde médiévale (apogée et complexification)

Optimisme et confiance : Siècle triomphant. Sentiment de vivre une époque bénie. Construction frenetique de cathédrales gothiques : élans vers le ciel, lumière divine (vitraux). Foi profonde mais moins terrorisée qu'au 10ème siècle. Culte marial en expansion (Notre-Dame).

Amour courtois (fin'amor) : Révolution culturelle majeure. Idéalisation de la femme (dame inaccessible), service amoureux, raffinement sentimental. Code courtois : respect, dévotion, poésie lyrique. Influence durable sur la culture occidentale. Contradiction avec la réalité sociale (mariage arrangé, infériorité juridique des femmes).

Raison et foi en dialogue : Scholastique triomphante. Conviction que raison et foi sont compatibles. Méthode dialectique : quaestio, disputatio. Abélard : Sic et non (Oui et non) — confrontation des autorités. Bernard de Clairvaux : critique de la raison présomptueuse, primauté de l'amour mystique. Controverse sur les universaux : réalistes vs nominalistes.

Conscience historique et identité nationale : Développement des chroniques en français. Mythe des origines troyennes de la France. Charlemagne héros national (chansons de geste). Matière de Bretagne (Arthur), matière de France (Charlemagne), matière de Rome (Antiquité).

Spécificités selon les classes sociales

Clergé
Clergé régulier (moines) : Division entre ordres contemplatifs et ordres nouveaux. Bénédictins (Cluny) : richesse, influence politique, liturgie somptueuse. Cisterciens (Cîteaux, Bernard de Clairvaux) : rigueur, pauvreté, travail manuel, expansion européenne (343 abbayes en 1153). Chartreux (1084) : solitude, silence, vie érémitique organisée. Culture intellectuelle intense : copie, enluminure, théologie, chroniques, encyclopédies.
Clergé séculier : Évêques puissants, princes de l'Église, conseillers royaux. Curés de paroisse : formation améliorée grâce aux écoles cathédrales. Prédication en langue vernaculaire pour toucher les fidèles. Lutte contre les hérésies (cathares, vaudois) : Inquisition créée (1184).
Intellectuels universitaires : Nouvelle catégorie : maîtres et étudiants. Théologie, droit canonique, médecine, arts libéraux (trivium, quadrivium). Disputes publiques, examens, grades (bachelier, maître, docteur). Vie estudiantine : clercs vagants, poésie goliardique, contestations.
Noblesse
Chevalerie courtoise : Idéal chevaleresque perfectionné. Valeurs : prouesse (bravoure), largesse (générosité), courtoisie (raffinement), mesure (modération), loyauté (fidélité). Tournois codifiés : spectacles, concours poétiques. Culture du paratre : vêtements somptueux, armoiries. Alphabétisation progresse : seigneurs lisent en français (romans, poésie). Passions : romans arthuriens (Lancelot, Tristan), poésie des troubadours, chasse au faucon. Femmes nobles : éducation littéraire, mécénat (Marie de Champagne, Aliénor d'Aquitaine).
Bourgeoisie urbaine
Affirmation sociale et culturelle : Richesse égale ou supérieure à certains nobles. Alphabétisation massive : écoles urbaines, formation commerciale et juridique. Culture écrite : contrats, testaments, comptabilité, correspondance. Accès à la littérature vernaculaire : fabliaux (satires bourgeoises), Romans de Renart. Valeurs : travail, habileté, richesse honnête, économie, réussite familiale. Aspirations politiques réalisées : communes, échevins, consuls, franchises urbaines. Piété civique : confréries, chapelles de corporations, charité organisée. Tension avec la noblesse : mépris mutuel mais échanges économiques nécessaires.
Paysannerie
Analphabétisme quasi-total mais culture orale très riche. Transmission des contes, légendes, chansons populaires, proverbes, devinettes. Religion populaire intense : saints guérisseurs, pèlerinages locaux, procéssions, rogations, fêtes patronales, carnavals. Syncrétisme persistant : croyances païennes christianisées (fées, sources sacrées). Calendrier rythmé par les travaux agricoles et les fêtes liturgiques. Espoir nouveau : possibilité d'échapper au servage (villes, défrichements, croisades). Solidarité communautaire : biens communaux (forêt, pâturages), entraide, justice villageoise. Conscience de classe naissante : révoltes paysannes ponctuelles contre les seigneurs.

Production littéraire en langue française — Âge d'or absolu

Le 12ème siècle est l'âge d'or de la littérature médiévale française. Explosion quantitative et qualitative. Diversification des genres. Innovation formelle et thématique.

Genres littéraires majeurs :

  • Roman courtois : Naissance du roman moderne avec Chrétien de Troyes. Romans arthuriens, amour courtois, quête spirituelle, psychologie des personnages. Érec et Énide, Cliges, Lancelot, Yvain, Perceval.
  • Poésie lyrique : Troubadours (langue d'oc) et trouvères (langue d'oïl). Chansons d'amour courtois, jeux poétiques, virtuosité formelle. Bernard de Ventadour, Jaufré Rudel, Bertran de Born (troubadours). Conon de Béthune, Gace Brulé, Chrétien de Troyes (trouvères).
  • Chanson de geste : Continuation du genre avec nouveaux cycles. Cycle de Guillaume d'Orange, cycle des barons révoltés.
  • Romans antiques : Roman de Thèbes, Roman d'Eneas, Roman de Troie (Benoît de Sainte-Maure). Adaptation de l'Antiquité aux valeurs féodales et courtoises.
  • Romans tristaniens : Tristan de Béroul, Tristan de Thomas d'Angleterre. Amour-passion fatal, opposition amour/société.
  • Littérature narrative courte : Lais de Marie de France (récits féeriques bretons). Fabliaux (contes à rire, satire bourgeoise et paysanne).
  • Roman de Renart : Satire animale de la société féodale (fin 12ème-13ème siècle).
  • Théâtre religieux : Jeu d'Adam (~1150), premiers drames liturgiques en français.
  • Chroniques historiques : Passage du latin au français. Villehardouin (Conquête de Constantinople, début 13ème siècle).

Contexte de production et diffusion : Cours princires (Aliénor d'Aquitaine, Marie de Champagne, Henri II Plantagenêt). Mécénat aristocratique. Jongleurs professionnels, clercs lettrés. Manuscrits enluminés pour les bibliothèques seigneuriales. Public lettré en expansion : noblesse, clergé, bourgeoisie urbaine. Le français (langue d'oïl) devient langue de prestige international (cours d'Angleterre, Sicile, Terre sainte).

Chrétien de Troyes — Romans arthuriens (~1165-1190)

Informations
Auteur
Chrétien de Troyes (~1130-~1190), clerc lettré champenois
Date
~1165-1190 (période de création)
Genre
Roman courtois en vers octosyllabiques à rimes plates
Langue
Ancien français (dialecte champenois)
Contexte
Protégé de Marie de Champagne (fille d'Aliénor d'Aquitaine) et Philippe d'Alsace (comte de Flandre)
Œuvres principales (5 romans conservés)
  • Érec et Énide (~1170) : mariage et quête de l'équilibre amour/prouesse. Premier roman arthurien.
  • Cligès (~1176) : triangle amoureux, rivalité avec le Tristan.
  • Le Chevalier de la Charrette (Lancelot) (~1177-1181) : amour courtois absolu, adultère Lancelot/Guenièvre. Commandité par Marie de Champagne.
  • Le Chevalier au Lion (Yvain) (~1177-1181) : folie, rédemption, merveilleux celtique.
  • Le Conte du Graal (Perceval) (~1181-1190) : quête spirituelle du Graal, inachevé. Œuvre majeure et mystérieuse.
Extrait du Chevalier de la Charrette (Lancelot)
Amors est une chose mout estrange, Qui les cuers prent et les cors laisse francs. Lancelot a passé le Pont de l'Espée, Les piez nus et les mains desarmees, Por la reine qui l'atent, qui l'agree.
Traduction (français moderne, adaptation)

L'amour est une chose très étrange, Qui prend les cœurs mais laisse les corps libres. Lancelot a traversé le Pont de l'Épée, Pieds nus et mains désarmées, Pour la reine qui l'attend, qui l'agrée.

Innovations littéraires majeures
  • Invention du roman moderne : psychologie des personnages, intrigue complexe, composition savante
  • Matière de Bretagne : exploitation du cycle arthurien (Arthur, Table Ronde, chevaliers)
  • Amour courtois romanesque : synthèse entre prouesse chevaleresque et service amoureux
  • Quête spirituelle : dimension mystique (Graal), initiation, perfection morale
  • Merveilleux celtique : fées, enchantements, objets magiques, aventures merveilleuses
  • Analyse psychologique : monologues intérieurs, dilemmes moraux, conflits de valeurs
Thèmes récurrents
  • Conflit amour/prouesse : équilibre impossible ? (Érec)
  • Amour adultère et absolu : Lancelot/Guenièvre (Charrette)
  • Folie et rédemption : Yvain (Chevalier au Lion)
  • Quête initiatique : Perceval et le Graal (Conte du Graal)
  • Honneur, honte, « mesure » (modération courtoise)
Importance historique et littéraire

Chrétien de Troyes : père du roman européen. Premier grand romancier de la littérature française et européenne. Influence immense et durable : continuation du Perceval (4 suites médiévales), Lancelot-Graal (cycle en prose, 13ème siècle), romans arthuriens européens (Wolfram von Eschenbach en allemand, Sir Gawain en anglais). Le Graal devient mythe occidental majeur (Wagner, Tennyson, littérature moderne, cinéma). Modèle du roman courtois et chevaleresque pour sept siècles.

Marie de France — Lais (~1160-1180)

Informations
Auteur
Marie de France (~1140-~1200), première femme poète de langue française connue
Date
~1160-1180
Genre
Lais (récits brefs en vers octosyllabiques), fables, récit hagiographique
Langue
Ancien français (anglo-normand)
Contexte
Probablement à la cour d'Henri II Plantagenêt et Aliénor d'Aquitaine en Angleterre
Œuvres principales
  • Lais : 12 récits brefs inspirés de la tradition bretonne (légendes celtiques) — Lanval, Yonec, Laüstic (Le Rossignol), Chevrefoil (Tristan et Iseut)
  • Fables (~1180) : 103 fables ésopiques traduites et adaptées
  • L'Espurgatoire Saint Patrice : récit hagiographique
Extrait du Laüstic (Le Rossignol)
Une aventure vus dirai Dunt li Bretun firent un lai. Laüstic a nun, ceo m'est vis, Si l'apelent en lur païs ; Ceo est russignol en franceois E nihtegale en dreit englois.
Traduction (français moderne)

Je vous raconterai une aventure Dont les Bretons firent un lai. Laüstic est son nom, ce me semble, Ainsi l'appellent-ils dans leur pays ; C'est rossignol en français Et nightingale en bon anglais.

Résumé du Laüstic

Deux chevaliers voisins. L'un marié à une dame dont l'autre est secrètement amoureux. Chaque nuit, la dame prétexte écouter le rossignol pour parler à son amant à la fenêtre. Le mari jaloux tue l'oiseau et le jette à sa femme. Elle l'envoie à son amant dans un écrin précieux. Symbole de l'amour impossible, condensation poétique parfaite.

Caractéristiques littéraires
  • Brièveté et concentration : récits courts (300-1200 vers), intensité narrative
  • Merveilleux breton : fées, métamorphoses, objets magiques, Autre Monde celtique
  • Amour et souffrance : amour contrarié, passion impossible, sacrifices
  • Symbolisme : objets symboliques (rossignol, chevrefoil), condensation poétique
  • Féminité de l'écriture : empathie pour les personnages féminins, psychologie féminine
Importance historique et littéraire

Première grande femme écrivain de langue française. Affirme son identité d'auteur (prologue des Lais) : originalité dans un monde littéraire masculin. Transmission de la matière bretonne (légendes celtiques) en français. Modèle de la nouvelle médiévale, influence sur le conte et la nouvelle romantiques. Redécouverte au 19ème siècle, admirée pour sa concision et sa poésie.

Troubadours occitans — Poésie lyrique (~1100-1250)

Informations générales
Mouvement
Troubadours (langue d'oc, Sud de la France)
Période
~1100-1250 (apogée au 12ème siècle, destruction par la Croisade des Albigeois)
Genre
Poésie lyrique chantée (canso, sirventes, tenso, planh)
Langue
Occitan (langue d'oc)
Contexte
Cours seigneuriales du Midi (Aquitaine, Toulouse, Provence), mécénat aristocratique
Principaux troubadours du 12ème siècle
Bernard de Ventadour (~1145-1180)

Le plus célèbre troubadour. Origine modeste (fils de serviteur de château). Protégé d'Aliénor d'Aquitaine. Maître de la canso (chanson d'amour courtois).

Can vei la lauzeta mover De joi sas alas contra·l rai, Que s'oblid'e·s laissa chazer Per la doussor c'al cor li vai...

Quand je vois l'alouette battre De joie ses ailes contre le rayon [du soleil], Qui s'oublie et se laisse choir Pour la douceur qui lui va au cœur...

Jaufré Rudel (milieu 12ème s.)

Prince de Blaye. Célèbre pour l'amor de lonh (amour de loin). Légende : amoureux de la comtesse de Tripoli sans l'avoir vue, meurt dans ses bras en Terre sainte.

Bertran de Born (~1140-~1215)

Seigneur de Hautefort (Périgord). Poète guerrier, sirventes (poèmes politiques). Excite les conflits entre Henri II Plantagenêt et ses fils. Célébration de la guerre. Dante le place en Enfer (Divine Comédie) pour avoir semé la discorde.

Thèmes de la poésie troubadouresque
  • Fin'amor (amour courtois) : service amoureux, dame inaccessible, souffrance ennoblissante
  • Joi (joie) : état de grâce provoqué par l'amour, plénitude
  • Mesura (mesure) : modération, discrétion, raffinement
  • Pretz (mérite), Valor (valeur) : qualités du parfait amant
  • Nature : printemps, oiseaux, jardins (topos du reverdie — retour du printemps)
Importance historique et littéraire

Invention de la poésie lyrique européenne moderne. Les troubadours créent le modèle de la poésie amoureuse pour toute l'Europe : trouvères (Nord de la France), Minnesänger (Allemagne), poètes italiens (Dante, Pétrarque), poésie élisabéthaine (Shakespeare), romantisme. Virtuosité formelle : rimes complexes, mètres variés, jeux poétiques (trobar clus — style obscur). Civilisation occitane détruite par la Croisade des Albigeois (1209-1229) : fin tragique du monde troubadouresque.

Auteurs de la langue française au 13ème siècle

Auteurs et textes du 13ème siècle — Apogée et mutations

Jardin allégorique du Roman de la Rose - enluminure médiévale
Le Roman de la Rose - Jardin allégorique (13ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 13ème siècle représente l'apogée de la France médiévale : puissance politique, rayonnement culturel et intellectuel inégalés. En France : règnes de Philippe Auguste (1180-1223), Louis VIII (1223-1226), Louis IX/Saint Louis (1226-1270), Philippe III le Hardi (1270-1285), Philippe IV le Bel (1285-1314). Victoire de Bouvines (1214) : affirmation définitive de la puissance capétienne face à l'Empire et l'Angleterre.

Saint Louis (1226-1270) : Figure majeure du siècle. Roi croisé, législateur, arbitre de l'Europe. Septième Croisade (1248-1254, échec et captivité en Égypte), Huitième Croisade (1270, mort à Tunis). Canonisé en 1297. Justice royale renforcée : enquêteurs royaux, appels au roi, ordonnances. Construction de la Sainte-Chapelle (1248) pour abriter les reliques de la Passion.

Philippe IV le Bel (1285-1314) : Consolidation de l'État monarchique. Conflit avec la papauté : attentat d'Anagni (1303), installation de la papauté à Avignon (1309). Destruction de l'ordre du Temple (1307-1314). Convocation des premiers États généraux (1302). Administration centralisée, légistes royaux (Guillaume de Nogaret), fiscalité moderne.

Croisade des Albigeois (1209-1229) : Guerre d'extermination contre les cathares dans le Midi. Destruction de la civilisation occitane brillante. Annexion du Languedoc par la couronne de France. Fin tragique des troubadours. Inquisition dominicaine (1233). Bûchers massifs (Montségur, 1244).

Expansion territoriale : Conquête de la Normandie, Anjou, Poitou (Philippe Auguste). Annexion du Languedoc (Traité de Paris, 1229). Domaine royal multiplié par quatre. Paris : 200 000-250 000 habitants, capitale intellectuelle et artistique de l'Europe.

Apogée universitaire : Université de Paris au sommet de son prestige. Quatre facultés : Théologie, Droit canonique, Médecine, Arts. Collèges : Sorbonne (1257, Robert de Sorbon). Thomas d'Aquin : Somme théologique (1266-1273), synthèse aristotélicienne et christianisme. Roger Bacon, Albert le Grand, Bonaventure. Disputes théologiques, condamnations doctrinales.

Art gothique rayonnant : Cathédrales : Reims (1211), Amiens (1220), Beauvais (1225). Gothique rayonnant : grandes verrières, rosaces immenses, structure dématérialisée. Sculpture monumentale (portails de Reims, Amiens). Enluminure parisienne raffinée.

Ordres mendiants : Franciscains (1209, François d'Assise) et Dominicains (1215, Dominique de Guzmán). Prédication urbaine, pauvreté évangélique, lutte contre les hérésies. Conquête intellectuelle des universités.

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie et clergé (3-5% de la population)
Espérance de vie : 45-55 ans (maintien de l'apogée médiévale). Alimentation somptueuse et codifiée : banquets somptuaires, épices orientales (poivre, cannelle, gingembre, safran, clou de girofle), viandes variées (paon rôti doré à la feuille d'or, cygne, héron, gibiers nobles), poissons de mer et d'eau douce, pâtisseries raffinées, hypocras, vins de Bourgogne et Bordeaux. Excès gastronomiques : repas de 7-10 services lors des grandes fêtes.

Médecine savante à son apogée : Faculté de médecine de Paris et Montpellier, traductions d'Avicenne et Galien, chirurgie progressée (Henri de Mondeville, Lanfranc de Milan), pharmacopée élaborée. Bains publics (étuves) fréquentés par l'aristocratie, soins corporels, parfums. Mortalité : croisades (Saint Louis meurt de dysenterie à Tunis), tournois, guerres féodales. Maladies : goutte (maladie des riches), obésité, calculs biliaires, infections dentaires.
Bourgeoisie urbaine (15-20% de la population - forte expansion)
Espérance de vie : 40-48 ans (progression continue). Classe en pleine affirmation politique et culturelle. Échevins, consuls, patriciat urbain. Enrichissement spectaculaire : grand commerce (foires de Champagne, commerce méditerranéen, Hanse), banque (Lombards, Cahorsins), artisanat de luxe (drapiers, orfèvres).

Alimentation abondante : pain blanc, viandes (bœuf, mouton, porc, volailles), poissons, légumes variés, fromages de qualité, pâtisseries, vins, bière. Repas copieux, tavernes réputées. Accès aux soins : médecins diplômés, apothicaires, chirurgiens-barbiers, hôpitaux urbains (Hôtel-Dieu). Hygiène urbaine améliorée : pavage des rues, fontaines publiques, règlements sanitaires.

Investissements éducatifs : enfants scolarisés dans les écoles urbaines, formation universitaire pour certains, alphabétisation en expansion. Mortalité infantile en baisse (25-30%). Maladies urbaines persistantes : dysenterie, typhoïde, tuberculose, lèpre (isolée dans les maladreries).
Paysans libres et vilains (35-45% de la population)
Espérance de vie : 35-42 ans (amélioration continue). Bénéficient de l'optimum climatique médiéval (températures plus chaudes, récoltes abondantes). Assolement triennal généralisé, moulins à eau et à vent, outils en fer (araire à versoir, faux, herse).

Alimentation : pain de seigle ou méteil, bouillies de céréales (avoine, orge), légumes abondants (choux, navets, pois, fèves, lentilles, oignons, poireaux), laitages (fromages, beurre), œufs, volailles domestiques, porc salé (lard, saucisses), bière, cidre. Accès occasionnel à la viande fraîche (fêtes villageoises, tue-cochon).

Famines rares au 13ème siècle (sauf localement). Habitat amélioré : maisons à colombages, cheminée en pierre, séparation entre logis et étable, grenier à grain. Soins : guérisseurs villageois, rebouteux, herboristes, sages-femmes expérimentées. Pèlerinages thérapeutiques (saints guérisseurs). Mortalité infantile en baisse (30-35%).
Serfs (35-45% de la population - en diminution rapide)
Espérance de vie : 30-38 ans (amélioration significative). Mouvement massif et continu d'affranchissements : chartes de franchise royales et seigneuriales, achat de la liberté (rachat collectif par les communautés villageoises), fuite vers les villes (« l'air de la ville rend libre après un an et un jour »).

Alimentation frugale mais plus régulière : bouillies de céréales, pain noir ou bis, légumes (choux, navets, fèves), lard, fromage blanc. Famines exceptionnelles grâce aux progrès agricoles. Réduction drastique de la mortalité infantile comparée au 10ème siècle (35-40%).

Maladies : infections parasitaires, tuberculose, lèpre (en régression), scorbut hivernal. Conditions de vie précaires mais espoir d'ascension sociale : défrichements de terres neuves, migrations vers les bastides du Midi, départ en croisade (promesse de liberté pour les serfs croisés). Aucun accès aux soins médicaux professionnels, remèdes populaires et plantes médicinales.

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde médiévale (apogée et début de mutations)

Foi triomphante et monumentale : Construction frénétique de cathédrales gothiques. Architecture comme prière de pierre : élans vers le ciel, lumière divine filtrée par les vitraux, unité de la communauté chrétienne. Culte marial intense (Notre-Dame).

Saint Louis : modèle du roi chrétien. Justice sous le chêne de Vincennes, législation morale (interdiction du blasphème, des jeux de hasard, réglementation des juifs), charité royale (hôpitaux, lépreux). Piété exemplaire : prières quotidiennes, flagellation, croisades. Canonisation rapide (1297) : reconnaissance de la sainteté royale.

Thomisme : synthèse foi et raison. Thomas d'Aquin (Somme théologique) : intégration d'Aristote dans la théologie chrétienne. Preuves rationnelles de l'existence de Dieu. Hiérarchie des êtres : Dieu, anges, hommes, animaux, végétaux, minéraux. Théologie comme science suprême. Controverses avec les averroïstes latins.

Ordres mendiants : nouvelle spiritualité. François d'Assise : pauvreté évangélique radicale, amour des créatures (Cantique du Soleil), stigmates (1224). Dominicains : prédication savante, Inquisition, conquête intellectuelle. Tension entre pauvreté originelle et richesse des couvents.

Hérésies et répression : Catharisme (dualisme radical, rejet du monde matériel). Vaudois (pauvreté évangélique, prédication en langue vulgaire). Inquisition dominicaine (1233) : procédures judiciaires, torture, bûchers. Terreur religieuse dans le Midi (Montségur, 1244 : 200 cathares brûlés).

Spécificités selon les classes sociales

Clergé
Clergé régulier (ordres monastiques et mendiants) : Cisterciens : toujours puissants mais moins dynamiques qu'au 12ème siècle. Franciscains (Frères mineurs) : pauvreté, prédication urbaine, mission auprès des pauvres. Débats internes : Spirituels (pauvreté absolue) vs Conventuels (accommodements). Dominicains (Frères prêcheurs) : théologie, Inquisition, enseignement universitaire. Thomas d'Aquin, Albert le Grand. Couvents urbains, bibliothèques.

Clergé séculier : Évêques puissants, princes territoriaux. Chapitres cathédraux richement dotés. Curés de paroisse : formation théologique améliorée (conciles provinciaux, examens). Prédication en français. Confession auriculaire obligatoire (Latran IV, 1215). Lutte contre la simonie et le nicolaïsme (relatif succès).
Intellectuels universitaires : Apogée de l'université médiévale. Maîtres ès arts, docteurs en théologie, médecine, droit canonique. Méthode scolastique : lectio (lecture commentée), quaestio (question disputée), disputatio (débat public), determinatio (résolution magistrale).

Vie estudiantine intense : « nations » (regroupements régionaux), collèges (Sorbonne), examens (baccalauréat, licence, doctorat), cérémonies académiques. Clercs vagants, goliards : poésie parodique, critique sociale (Carmina Burana). Grèves universitaires (1229-1231 : migration à Orléans et Angers).
Noblesse
Chevalerie codifiée et cérémonielle : Adoubement ritualisé : veillée d'armes, bain purificateur, bénédiction des armes, serment chevaleresque. Tournois spectaculaires mais réglementés (interdictions pontificales répétées). Héraldique sophistiquée : armoiries, blasons, règles complexes.

Valeurs chevaleresques idéalisées : prouesse, largesse, courtoisie, loyauté, mesure. Tension entre idéal et réalité (violence féodale persistante). Alphabétisation progresse : seigneurs lisent en français (romans, chroniques). Femmes nobles : éducation littéraire, gestion des domaines (maris en croisade), mécénat.

Culture courtoise : romans arthuriens (cycles du Graal en prose), Roman de la Rose, poésie lyrique (trouvères), chasse au vol (traités de fauconnerie : Frédéric II de Hohenstaufen). Passion pour les reliques et les croisades (Saint Louis : modèle chevaleresque).
Bourgeoisie urbaine
Affirmation politique et juridique : Échevins, consuls, patriciat urbain. Communes jurées, chartes de franchise, juridictions autonomes. Milices urbaines (défense, révoltes). Conflits avec la noblesse et le clergé pour le pouvoir municipal.

Alphabétisation massive : écoles urbaines, maîtres d'écriture, formation commerciale et juridique. Culture écrite professionnelle : contrats commerciaux, lettres de change, livres de comptes, testaments, correspondance marchande. Notaires, tabellions.

Accès à la littérature vernaculaire : fabliaux (satires bourgeoises), Roman de Renart (satire sociale et politique), Dit de l'Herberie (Jean Bodel), théâtre urbain (Jeu de saint Nicolas, Adam de la Halle). Valeurs : travail, habileté, richesse honnête, économie, réussite familiale, honneur marchand.

Piété civique : confréries de métiers, chapelles corporatives, charité organisée, fondations hospitalières. Tensions religieuses : hérésies urbaines (vaudois, béguines). Antisémitisme croissant : persécutions (accusations de meurtre rituel), expulsions (Philippe Auguste 1182, rappel 1198).
Paysannerie
Analphabétisme quasi-total mais culture orale très riche et structurée. Transmission des contes merveilleux, légendes locales, chansons de geste (récitées par les jongleurs), fabliaux, proverbes agricoles, devinettes, comptines.

Religion populaire intense et syncrétique : culte des saints guérisseurs (saint Éloi pour les chevaux, sainte Apolline pour les dents, saint Roch pour la peste), pèlerinages locaux et lointains (Saint-Jacques-de-Compostelle, Rome), processions, rogations (bénédiction des champs), fêtes patronales, carnavals (inversion symbolique de l'ordre social).

Syncrétisme persistant : sources et fontaines sacrées, arbres vénérés, croyances aux fées et aux lutins (« petit peuple »), sabbats nocturnes (persécutés par l'Église). Calendrier rythmé par les travaux agricoles et le calendrier liturgique.

Espoir d'ascension sociale : affranchissement collectif, défrichements (bastides du Midi, Gascogne), migration urbaine, départ en croisade. Conscience communautaire : biens communaux (forêts, pâturages), justice villageoise, entraide. Révoltes paysannes sporadiques contre les seigneurs et la dîme.

Production littéraire en langue française — Diversification et mutation

Le 13ème siècle voit une transformation majeure de la littérature française : passage du vers à la prose, diversification des genres, émergence du théâtre urbain, littérature didactique et allégorique. Production littéraire massive.

Genres littéraires majeurs :

  • Romans en prose : Révolution littéraire. Cycle du Lancelot-Graal (Vulgate arthurienne, ~1215-1235) : Estoire del Saint Graal, Merlin, Lancelot, Quête du Saint Graal, Mort le roi Artu. Prose comme garantie de vérité historique. Entrelacement narratif complexe.
  • Roman allégorique : Roman de la Rose (Guillaume de Lorris ~1230, Jean de Meun ~1270) : œuvre capitale du Moyen Âge. Allégorie de l'amour courtois (1ère partie), encyclopédisme philosophique et satire (2ème partie). 22 000 vers. Influence considérable pendant trois siècles.
  • Fabliaux : Apogée du genre. Récits courts comiques et satiriques en vers octosyllabiques. Satire sociale : trompeurs trompés, maris cocus, moines lubriques, vilains rusés. Réalisme cru, scatologie, anticléricalisme. Public bourgeois et urbain.
  • Roman de Renart : Continuation et expansion. Satire politique et sociale. Renart = ruse, Ysengrin = bêtise, Noble le lion = roi. Parodie de la société féodale. Succès immense : le nom « Renart » remplace « goupil » pour désigner le renard.
  • Littérature didactique : Encyclopédies en français (Trésor de Brunet Latin, en italien puis français), traités moraux, bestiaires, lapidaires, enseignements (« contenances de table », éducation des princes).
  • Théâtre religieux : Miracles de Notre-Dame, mystères de la Passion (développement au 14ème-15ème siècles), jeux liturgiques en français. Théâtre urbain profane : Jeu de la Feuillée et Jeu de Robin et Marion (Adam de la Halle, Arras).
  • Chroniques en français : Passage du latin au français. Conquête de Constantinople (Villehardouin, ~1207), Histoire de Saint Louis (Joinville, ~1309). Prose historique narrative, témoignage direct (Joinville accompagne Saint Louis en croisade).
  • Poésie lyrique courtoise : Trouvères du Nord (Thibaut de Champagne, roi de Navarre). Formes fixes : ballade, rondeau, virelai. Jeux-partis (débats poétiques). Déclin relatif après l'apogée du 12ème siècle.
  • Hagiographie vernaculaire : Vies de saints en français (Jacques de Voragine, Légende dorée, latin ~1260, traduite en français). Récits miraculeux, martyres, conversions. Diffusion massive.

Contexte de production et diffusion : Cours royales et princières (Saint Louis, Blanche de Castille, Thibaut de Champagne). Mécénat aristocratique et bourgeois. Jongleurs professionnels, clercs lettrés, écrivains laïcs. Ateliers de copistes et enlumineurs parisiens (production industrielle de manuscrits). Public lettré en expansion massive : noblesse, clergé, bourgeoisie urbaine, étudiants. Bibliothèques seigneuriales, universitaires, conventuelles. Le français s'impose définitivement comme langue littéraire et administrative (Ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 officialise ce qui est déjà une réalité).

Anonymes — Cycle du Lancelot-Graal (Vulgate arthurienne, ~1215-1235)

Informations
Auteurs
Anonymes (clercs lettrés, peut-être cisterciens), compilation collective
Date
~1215-1235 (composition progressive)
Genre
Romans arthuriens en prose (révolution littéraire : abandon du vers pour la prose)
Langue
Ancien français (prose, langue d'oïl)
Contexte
Commandité par des mécènes aristocratiques. Diffusion massive par copies manuscrites.
Œuvres du cycle (5 romans en prose)
  • Estoire del Saint Graal : origines mystiques du Graal, Joseph d'Arimathie.
  • Estoire de Merlin : naissance et prophéties de Merlin, fondation de la Table Ronde.
  • Lancelot propre (partie centrale, ~600 000 mots !) : enfance de Lancelot, amour avec Guenièvre, aventures chevaleresques.
  • Queste del Saint Graal : quête mystique, Galaad le chevalier pur, vision du Graal, dimension spirituelle et ascétique.
  • Mort le roi Artu : fin tragique, adultère révélé, guerre civile, mort d'Arthur à Salesbières, fin du monde arthurien.
Extrait de la Queste del Saint Graal
Et quant il vint a la table d'argent, il regarda le saint Vessel, et vit dedenz la forme d'un enfant qui avoit le vis ausi vermeill et ausi enlumine come une flambe de fu. Et il se merveilla mout durement de ceste merveille.
Traduction (français moderne, adaptation)

Et quand il vint à la table d'argent, il regarda le saint Vaisseau, et vit dedans la forme d'un enfant qui avait le visage aussi vermeil et aussi illuminé comme une flamme de feu. Et il s'émerveilla très fortement de cette merveille.

Innovations littéraires majeures
  • Passage du vers à la prose : révolution narrative. Prose = vérité historique (vs vers = fiction).
  • Entrelacement : technique narrative complexe, multiples intrigues parallèles, suspense.
  • Cycle intégré : cohérence narrative de la naissance (Merlin) à la mort (Mort Artu) du monde arthurien.
  • Dimension mystique : Graal comme quête spirituelle chrétienne, symbolisme eucharistique.
  • Psychologie amoureuse : analyse approfondie de l'amour Lancelot/Guenièvre (passion, culpabilité, tragédie).
  • Réflexion sur le pouvoir : désintégration de la société arthurienne, guerre civile, trahisons.
Thèmes récurrents
  • Quête spirituelle vs amour charnel : Galaad (pureté absolue) vs Lancelot (amour coupable)
  • Péché et rédemption : culpabilité de Lancelot, échec mystique malgré la prouesse
  • Fin du monde chevaleresque : crépuscule d'Arthur, nostalgie, vision apocalyptique
  • Merveilleux chrétien : anges, visions, miracles, eucharistie
  • Fatalité tragique : prophéties de Merlin, inéluctabilité de la catastrophe finale
Importance historique et littéraire

Monument de la littérature médiévale européenne. Œuvre la plus influente du 13ème siècle. Diffusion massive : plus de 150 manuscrits médiévaux conservés. Impose la prose comme forme narrative légitime (influence sur tous les romans ultérieurs). Vision christianisée et moralisée de la légende arthurienne (Graal = calice de la Cène).

Influence immense : cycles arthuriens ultérieurs, Morte d'Arthur de Malory (anglais, 1485), romantisme (Tennyson, Wagner), littérature moderne (T.H. White, Marion Zimmer Bradley), cinéma (Excalibur, Monty Python). Mythe arthurien définitivement fixé.

Guillaume de Lorris et Jean de Meun — Roman de la Rose (~1230 et ~1270)

Informations
Auteurs
Guillaume de Lorris (~1200-~1240) : auteur de la 1ère partie (~4 000 vers, ~1230).
Jean de Meun (ou Jean Clopinel, ~1240-~1305) : continuation (~18 000 vers, ~1270-1280).
Date
~1230 (Guillaume) et ~1270-1280 (Jean de Meun)
Genre
Roman allégorique en vers octosyllabiques à rimes plates
Langue
Ancien français (dialecte francien)
Contexte
Œuvre composite : poésie courtoise (Guillaume) + encyclopédisme philosophique et satire (Jean de Meun)
Structure de l'œuvre (22 000 vers au total)
  • 1ère partie (Guillaume de Lorris, ~4 000 vers) : Rêve allégorique du narrateur (Amant). Jardin de Déduit (Plaisir). Rose = dame aimée, inaccessible. Personnifications : Bel Accueil, Danger, Jalousie, Faux Semblant. Art d'aimer courtois, raffinement, psychologie amoureuse. Inachevé (mort de Guillaume).
  • 2ème partie (Jean de Meun, ~18 000 vers) : Continuation radicalement différente. Encyclopédisme : philosophie, astronomie, alchimie, politique. Satire sociale : antiféminisme virulent, anticlericalisme, critique de la noblesse. Discours philosophiques longs (Nature, Raison, Genius). Naturalisme, érotisme, matérialisme. Fin : conquête de la Rose (métaphore sexuelle explicite).
Extrait (Jean de Meun) — Discours de Nature
Nature est ministre et conestable De Dieu le Roi, cil qui ses ouvrages fist Et qui tant belles formes en ses fourges mist Soubz le ciel qui tournoie, Fors seulement l'ome qu'il fist a s'ymage.
Traduction (français moderne, adaptation)

Nature est ministre et connétable De Dieu le Roi, celui qui fit ses ouvrages Et qui mit tant de belles formes dans ses forges Sous le ciel qui tournoie, Hormis seulement l'homme qu'il fit à son image.

Thèmes et oppositions
  • Guillaume de Lorris : courtoisie, idéalisation amoureuse, raffinement, jardin édénique
  • Jean de Meun : naturalisme, désacralisation de l'amour, cynisme, satire misogyne
  • Tension entre amour spiritualisé (Guillaume) et amour charnel (Jean)
  • Allégorie philosophique : Raison vs Amour, Nature vs Fortune, Art vs Nature
  • Critique sociale : faux-semblants religieux (ordres mendiants), hypocrisie, corruption
Importance historique et littéraire

Œuvre la plus lue et copiée du Moyen Âge. Plus de 300 manuscrits médiévaux conservés. Succès phénoménal pendant trois siècles. Influence considérable sur toute la littérature française et européenne (Chaucer en anglais, Dante).

Débats médiévaux : Christine de Pizan (défense des femmes contre Jean de Meun, ~1400), Querelle du Roman de la Rose. Allégorie comme mode de pensée médiéval. Modèle de l'encyclopédisme littéraire. Vision du monde synthétique (amour, nature, société, philosophie).

Jean de Joinville — Vie de Saint Louis (~1309)

Informations
Auteur
Jean de Joinville, sire de Joinville en Champagne (1224-1317), sénéchal héréditaire de Champagne
Date
~1305-1309 (rédigé à plus de 80 ans, à la demande de Jeanne de Navarre, reine de France)
Genre
Chronique historique et hagiographique en prose française
Langue
Ancien français (prose narrative, style direct et vivant)
Contexte
Témoignage direct : Joinville accompagne Saint Louis en Septième Croisade (1248-1254). Captivité en Égypte, retour en France.
Contenu de l'œuvre
  • Partie 1 : Enseignements — Vertus de Saint Louis : justice, charité, piété, humilité.
  • Partie 2 : Croisade — Récit détaillé de la Septième Croisade (1248-1254) : départ, traversée, Chypre, Égypte, bataille de Mansourah, défaite, captivité, rançon, séjour en Terre sainte (4 ans), fortifications, négociations avec les musulmans, retour.
  • Anecdotes personnelles — Dialogues avec le roi, scènes vivantes, humanité de Louis IX.
  • Description ethnographique — Mœurs des Sarrasins, Bédouins, Assassins (secte ismaélienne), Mongols.
Extrait célèbre — Justice de Saint Louis
Maintes foiz avint que en esté il aloit seoir au bois de Vincenes aprés sa messe, et se acoutoient a un chesne, et nous seoions entour lui. Et tuit cil qui avoient affaire venoient parler a lui, sanz destorbier de huissier ne d'autre.
Traduction (français moderne)

Maintes fois il advint qu'en été il allait s'asseoir au bois de Vincennes après sa messe, et s'adossait à un chêne, et nous nous asseyions autour de lui. Et tous ceux qui avaient affaire venaient lui parler, sans empêchement d'huissier ni d'autre.

Caractéristiques littéraires
  • Témoignage direct : Joinville parle à la première personne, récit vivant, authentique
  • Style narratif oral : langue claire, dialogues nombreux, anecdotes savoureuses
  • Portrait humain de Saint Louis : roi saint mais aussi homme (doutes, souffrances, humour)
  • Réalisme historique : batailles décrites avec précision, géographie, négociations diplomatiques
  • Dimension hagiographique : miracles, vertus exemplaires, canonisation (1297)
  • Regard ethnographique : curiosité pour les cultures orientales, descriptions des Sarrasins
Thèmes récurrents
  • Sainteté royale : Louis IX comme modèle chrétien (justice, charité, humilité, pénitence)
  • Croisade : idéal chevaleresque et religieux, mais aussi échec militaire, captivité, souffrances
  • Amitié entre le roi et le sénéchal : dialogues, confidences, loyauté
  • Justice : Saint Louis sous le chêne de Vincennes, accessibilité du roi, équité
  • Nostalgie : récit rédigé 40 ans après les événements, mémoire idéalisée
Importance historique et littéraire

Chef-d'œuvre de la prose française médiévale. Source historique capitale pour connaître Louis IX et la Septième Croisade. Témoignage direct exceptionnel (rareté des sources médiévales de première main).

Portrait humain et attachant d'un roi saint. Prose narrative fluide, vivante, moderne. Modèle des chroniques en langue vernaculaire (vs latin). Influence sur l'historiographie française (Froissart, Commynes). Document ethnographique précieux sur l'Orient médiéval.

Œuvre témoignant de la vitalité du français comme langue littéraire et historique au début du 14ème siècle.

Rutebeuf — Œuvres poétiques et dramatiques (13ème siècle)

Informations
Auteur
Rutebeuf (ou Rutebeuf de Paris), poète et dramaturge (~1230-~1280)
Date
Œuvres écrites entre ~1260-1280
Genre
Poésie lyrique, théâtre religieux, fabliaux, satire sociale
Langue
Ancien français (vers octosyllabiques, style direct, réalisme)
Contexte
Poète parisien de condition modeste, artisan (cordonnier selon la légende), témoin de la vie urbaine du 13ème siècle, critique social engagé
Œuvres principales
  • Poésie lyrique personnelle : La Complainte de Rutebeuf (~1278) : autobiographie poétique, misère, aveuglement progressif, foi inébranlable malgré les souffrances
  • Théâtre religieux : Miracle de Théophile (~1260) : conversion d'un clerc corrompu par la Vierge Marie, Le Jeu d'Adam (~1270) : drame de la Création, Chute, Rédemption
  • Fabliaux et satires : Le Mariage de Rutebeuf : satire de la condition conjugale, Le Testament : testament burlesque d'un pauvre, La Chanson des bons gosses : critique de la mendicité des ordres mendiants
  • Poésie sociale : La Complainte des nobles : dénonciation de l'injustice sociale, La Complainte des clercs : critique de l'Église corrompue
Extrait célèbre — La Complainte de Rutebeuf
Illustration de Rutebeuf
Représentation artistique de Rutebeuf, poète du 13ème siècle
Quant je voi ma povreté, Et que je n'ai nul avoir, Ne ne puis a cort aler, Ne de rien me reconforter, Fors que de ma povreté Et de mon povre savoir, Dont je me tieng a garant, Que Diex en est le garant.
Traduction (français moderne)

Quand je vois ma pauvreté, Et que je n'ai aucun avoir, Ne puis aller à la cour, Ne me reconforter de rien, Fors que de ma pauvreté Et de mon pauvre savoir, Dont je me tiens garant, Que Dieu en est le garant.

Caractéristiques littéraires
  • Voix personnelle et engagée : Premier poète à s'exprimer à la première personne de manière constante, témoignage direct de la condition populaire
  • Réalisme social : Description crue de la misère urbaine, critique des inégalités sociales, dénonciation de la corruption cléricale
  • Style direct et parlé : Langue simple, accessible, proche du parler populaire, vers octosyllabiques fluides, rythme oral
  • Engagement moral : Foi sincère malgré les souffrances, défense des valeurs chrétiennes authentiques, compassion pour les pauvres et les opprimés
  • Humour et satire : Ironie mordante, caricature sociale, comique de situation, parodie des genres nobles (testament burlesque)
Thèmes récurrents
  • Misère et pauvreté : Témoignage authentique d'un pauvre dans la société médiévale, dignité dans l'adversité, foi malgré les épreuves
  • Critique sociale : Satire des classes dominantes, dénonciation de l'injustice, anticléricalisme (contre la richesse de l'Église)
  • Foi authentique : Spiritualité populaire, religion du cœur plutôt que de l'apparat, confiance en Dieu malgré les souffrances
  • Vie urbaine : Paris du 13ème siècle, artisans, clercs, mendiants, pauvres, dynamisme de la société citadine
Importance historique et littéraire

Poète engagé et témoin de la société urbaine médiévale. Figure unique de la littérature française médiévale : premier grand poète de condition populaire, voix authentique des classes défavorisées.

La Complainte de Rutebeuf (~1278) : chef-d'œuvre de la poésie autobiographique médiévale, témoignage poignant sur la condition humaine, foi sincère malgré la souffrance. Poème de 160 vers octosyllabiques où le poète, devenu aveugle et misérable, affirme sa foi en Dieu comme seul recours.

Théâtre religieux : Miracle de Théophile et Jeu d'Adam : innovations dramaturgiques, personnages complexes, conflits moraux, théâtre accessible au peuple (en français, non en latin).

Critique sociale : satires mordantes de la société médiévale, dénonciation de la corruption cléricale, défense des pauvres. Précurseur du réalisme social dans la littérature française.

Influence : modèle pour les poètes engagés des siècles suivants, inspiration pour le théâtre populaire religieux, témoignage précieux sur la vie urbaine du 13ème siècle.

Pour écouter une complainte de Rutebeuf : Complainte de Rutebeuf (YouTube)

Auteurs de la langue française au 14ème siècle

Auteurs et textes du 14ème siècle — Crises et renouvellement

Danse macabre - fresque représentant la peste noire
Peste noire et Guerre de Cent Ans (14ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 14ème siècle est le siècle des catastrophes : crises politiques, économiques, démographiques et religieuses sans précédent. En France : règnes de Philippe IV le Bel (jusqu'en 1314), Louis X, Philippe V, Charles IV (fin des Capétiens directs, 1328), Philippe VI de Valois (1328-1350), Jean II le Bon (1350-1364), Charles V le Sage (1364-1380), Charles VI le Fol (1380-1422). Début de la Guerre de Cent Ans (1337-1453) : conflit dynastique franco-anglais pour la couronne de France.

Guerre de Cent Ans — Phase initiale (1337-1380) : Prétentions d'Édouard III d'Angleterre à la couronne de France. Désastres militaires français : Crécy (1346) : déroute de la chevalerie française face aux archers anglais. Poitiers (1356) : capture du roi Jean II le Bon, rançon colossale. Traité de Brétigny (1360) : cession d'un tiers du royaume à l'Angleterre. Reconquête méthodique de Charles V et Du Guesclin (1364-1380) : guérilla, guerre d'usure.

Peste Noire (1347-1353) : Pandémie bubonique la plus meurtrière de l'histoire européenne. Arrivée par Marseille (1347), diffusion foudroyante. Mortalité : 30 à 50% de la population européenne (20-25 millions de morts). France : passe de 17 à 10 millions d'habitants. Retours épidémiques réguliers (1360-1361, 1369, 1374, 1382, 1400). Effondrement économique, désorganisation sociale, psychose collective, persécutions (juifs accusés d'empoisonner les puits).

Crises sociales et politiques : Jacquerie (1358) : révolte paysanne sanglante en Île-de-France, répression féroce. Étienne Marcel (1358) : révolte bourgeoise à Paris, tentative de contrôle du pouvoir royal. Tuchinat, Tard-Venus : bandes de routiers pillant les campagnes. Révoltes urbaines : Gand (1379), Paris, Rouen (Harelle, 1382). Fiscalité écrasante pour financer la guerre, dévaluations monétaires, famines.

Grand Schisme d'Occident (1378-1417) : Division de la papauté : pape à Rome (Urbain VI) vs pape à Avignon (Clément VII). Chrétienté divisée, scandale moral, crise de légitimité de l'Église. Conciles de Pise (1409, échec), Constance (1414-1418, résolution partielle).

Déclin démographique et économique : Dépopulation massive : villages abandonnés (« villages désertés »), terres en friche, effondrement de la production agricole. Crise de la seigneurie : manque de main-d'œuvre, affranchissements massifs, fin du servage de fait. Mutation économique : salaires en hausse (rareté de la main-d'œuvre), tentatives de blocage (ordonnances). Déclin des foires de Champagne, réorientation commerciale vers l'Italie et la Flandre.

Mutations culturelles : Mécénat royal et princier malgré les crises : Charles V (bibliothèque royale du Louvre, traductions), ducs de Berry, Bourgogne, Orléans (manuscrits enluminés somptueux). Universités en expansion (Paris, Orléans, Toulouse, Montpellier) mais crises internes. Humanisme naissant : redécouverte de l'Antiquité (Pétrarque en Italie, influence en France).

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie et clergé (3-4% de la population)
Espérance de vie : 35-45 ans (chute brutale due à la guerre et la peste). Guerre de Cent Ans : hécatombe chevaleresque (Crécy, Poitiers). Capture, rançons, exécutions. Peste : n'épargne pas l'aristocratie (promiscuité dans les châteaux, déplacements fréquents). Aliénor de Bourbon (épouse de Jean II) meurt de la peste (1349). Nombreux prélats décédés.

Alimentation maintenue mais moins somptueuse : restrictions dues à la guerre, difficultés d'approvisionnement en épices orientales. Médecine impuissante face à la peste : théorie des miasmes, saignées, fumigations, prières. Fuite devant l'épidémie (campagnes isolées), quarantaines, protection illusoire. Maladies : peste bubonique et pulmonaire, dysenterie en campagne militaire, blessures de guerre infectées.
Bourgeoisie urbaine (15-18% de la population - relatif maintien)
Espérance de vie : 30-40 ans (effondrement dû à la peste urbaine). Peste particulièrement meurtrière en ville : densité, insalubrité, rats, puces. Paris perd 50% de sa population (de 200 000 à 100 000 habitants). Enrichissement paradoxal des survivants : héritages multiples, concentration des richesses, rareté de la main-d'œuvre qualifiée.

Alimentation : maintien relatif de la qualité mais prix élevés (pénuries). Tentatives de protection : fermeture des maisons, quarantaines, fumigations, processions religieuses (inefficaces). Médecins urbains débordés et impuissants. Beaucoup fuient les villes pendant les épidémies. Apothicaires : thériaque (remède universel supposé), vinaigre des quatre voleurs, aromates.

Révoltes urbaines : tensions sociales, fiscalité, répressions sanglantes. Mortalité infantile très élevée (40-50%) due aux retours réguliers de la peste.
Paysans libres et affranchis (40-50% de la population - en forte augmentation)
Espérance de vie : 25-35 ans (chute dramatique). Peste en milieu rural : moins meurtrière qu'en ville mais dévastatrice (villages entiers disparus). Jacquerie (1358) : répression sanglante, massacres de paysans révoltés. Guerre : pillages des routiers (« écorcheurs »), destructions, viols, famines artificielles.

Paradoxe économique post-peste : rareté de la main-d'œuvre = hausse des salaires. Affranchissements massifs : seigneurs contraints de libérer les serfs pour les retenir. Alimentation améliorée pour les survivants : terres disponibles, élevage en expansion (consommation de viande accrue). Abandon des terres marginales, reconversion vers l'élevage (moins de main-d'œuvre nécessaire).

Maladies : peste (retours réguliers), dysenterie, tuberculose, lèpre (en régression), famines locales. Aucun accès aux soins professionnels. Remèdes populaires : thériaque du pauvre, plantes médicinales, prières, amulettes. Pèlerinages aux saints guérisseurs (saint Roch, saint Sébastien).
Serfs (15-25% de la population - effondrement du servage)
Espérance de vie : 20-30 ans (la plus touchée par les crises). Fin de fait du servage : dépopulation, affranchissements en masse, fuites vers les villes. Seigneurs contraints de négocier : réduction des corvées, suppression de la mainmorte, chartes collectives. Alimentation précaire aggravée par la guerre : réquisitions militaires, pillages, champs dévastés.

Peste : mortalité massive (50-60% dans certains villages), villages fantômes. Conditions sanitaires catastrophiques : malnutrition chronique, promiscuité, absence totale d'hygiène. Mortalité infantile extrême (50-60%). Orphelins nombreux, familles désintégrées.

Paradoxe post-peste : survivants en meilleure position économique relative (héritages, terres disponibles). Mouvement d'émancipation sociale : passage au statut de paysan libre ou fuite urbaine.

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde médiévale (crise et obsession de la mort)

Obsession de la mort et de la fin du monde : Peste = châtiment divin, apocalypse imminente. Terreur collective, psychose, désespoir. Thème du memento mori (« souviens-toi que tu vas mourir ») omniprésent. Iconographie macabre : Danse macabre (égalité devant la mort : pape, roi, paysan), Triomphe de la Mort, transis (cadavres décomposés sculptés sur les tombeaux). Dit des trois morts et des trois vifs : trois jeunes nobles rencontrent trois cadavres qui leur disent : « Ce que vous êtes, nous l'avons été ; ce que nous sommes, vous le serez ».

Flagellants et mouvements millénaristes : Processions de flagellants (1349) : auto-flagellation publique pour apaiser la colère divine. Persécutions antisémites : juifs accusés d'avoir causé la peste (massacres en Allemagne, expulsions). Mouvements hérétiques : critique radicale de l'Église corrompue (Wyclif en Angleterre, Jan Hus en Bohême).

Crise de la foi et critique religieuse : Grand Schisme : scandale, perte de confiance dans l'institution ecclésiastique. Anticléralisme croissant : satires contre les moines et les prêtres (fabliaux, Roman de Renart). Mysticisme : recherche d'une relation directe avec Dieu (visions, extases) sans intermédiaire clérical. Dévotion moderne : piété intérieure, imitation du Christ (Imitation de Jésus-Christ, début 15ème).

Conscience nationale et sentiment patriotique : Guerre de Cent Ans : émergence d'un sentiment national français face à l'ennemi anglais. Chroniques patriotiques : Froissart, Christine de Pizan (défense du royaume). Idéalisation de la chevalerie française malgré les défaites.

Spécificités selon les classes sociales

Clergé
Clergé régulier : Déclin des grands ordres monastiques (bénédictins, cisterciens). Relâchement de la discipline, richesses excessives critiquées. Mendiants (franciscains, dominicains) : divisions internes, accusations de corruption. Ordres contemplatifs : chartreux maintiennent leur rigueur.

Clergé séculier : Grand Schisme : division dramatique, obédiences rivales. Évêques impliqués dans la politique, conseillers royaux. Curés de paroisse : formation insuffisante, pauvreté, décimés par la peste (héroïsme de certains, fuite d'autres). Critique virulente de la corruption ecclésiastique (simonie, nicolaïsme, absentéisme).
Intellectuels universitaires : Université de Paris en crise. Disputes théologiques stériles (querelle des universaux, nominalisme). Guillaume d'Ockham : nominalisme radical, séparation foi/raison. Jean Buridan : physique, impetus (précurseur de l'inertie). Nicole Oresme : économie, monnaie, traductions d'Aristote en français pour Charles V.

Vie estudiantine perturbée : peste, troubles politiques, grèves. Migrations estudiantines lors des épidémies.
Noblesse
Crise de la chevalerie : Défaites humiliantes (Crécy, Poitiers) face aux archers roturiers. Remise en question de l'idéal chevaleresque : courage ne suffit pas, nécessité de la tactique. Captivité de Jean II le Bon : déshonneur royal. Charles V : réforme militaire, guerre défensive, artillerie, professionnalisation.

Tournois interdits ou limités (danger, coût). Héraldique de plus en plus complexe. Lecture courtoise : romans arthuriens, chroniques, traités de chasse. Mécénat aristocratique : ducs de Berry (Très Riches Heures), Bourgogne (fastes bourguignons), Orléans. Femmes nobles : rôle accru pendant les absences masculines (guerre, captivité).
Bourgeoisie urbaine
Affirmation politique malgré les répressions : Étienne Marcel : tentative de contrôle du pouvoir royal (1358), échec et répression. Révoltes fiscales : Harelle à Rouen (1382), Maillotins à Paris (1382). Enrichissement paradoxal post-peste : héritages, rareté de la main-d'œuvre qualifiée.

Alphabétisation en expansion : écoles urbaines, notaires, scribes. Accès à la littérature vernaculaire : chroniques, traités moraux, fabliaux, Roman de la Rose. Lecture de manuscrits enluminés (coût élevé), prêt et circulation. Valeurs bourgeoises : travail, épargne, prudence, réussite familiale.

Piété urbaine intense : confréries de métiers, processions, fondations charitables. Obsession de la mort : testaments détaillés, messes pour le salut de l'âme, donations aux églises.
Paysannerie
Analphabétisme quasi-total mais culture orale riche. Transmission des contes, légendes, chansons, proverbes. Religion populaire syncrétique : culte des saints (saint Roch contre la peste), pèlerinages, processions, ex-voto, amulettes.

Révoltes paysannes : Jacquerie (1358) : violence extrême, châteaux incendiés, vengeance contre les nobles. Répression féroce : milliers de paysans massacrés, villages brûlés. Conscience de classe : exploitation, injustice, colère contre la noblesse incapable de protéger.

Obsession de la survie : famines, peste, guerre, pillages. Solidarité villageoise renforcée : entraide, défense collective, migrations groupées. Espoir d'ascension sociale post-peste : terres disponibles, salaires élevés, liberté accrue.

Production littéraire en langue française — Diversité et renouvellement

Le 14ème siècle voit une mutation profonde de la littérature française : déclin du roman courtois, essor des chroniques historiques, poésie lyrique raffinée, littérature didactique et morale, émergence de voix féminines.

Genres littéraires majeurs :

  • Chroniques historiques : Apogée du genre. Témoignages directs de la Guerre de Cent Ans. Chroniques de Jean Froissart (~1370-1400) : récit épique et chevaleresque, glorification de la noblesse. Perspective aristocratique, description des batailles, tournois, faits d'armes. Diffusion massive dans toute l'Europe.
  • Poésie lyrique courtoise et formes fixes : Raffinement extrême. Guillaume de Machaut : ballades, rondeaux, virelais, lais. Virtuosité formelle. Poésie musicale (Machaut = compositeur). Thèmes : amour courtois, service de la dame, fortune. Influence durable sur la poésie française (15ème-16ème siècles).
  • Littérature didactique et morale : Traités d'éducation, miroirs des princes, encyclopédies morales. Nicole Oresme : traductions et commentaires d'Aristote pour Charles V. Le Songe du Verger (1378) : débat politique et religieux (pouvoir royal vs papauté).
  • Roman en prose (déclin) : Continuation des cycles arthuriens mais répétitivité, épuisement du genre. Romans de chevalerie tardifs : Perceforest (énorme, inachevé). Passage vers d'autres formes narratives.
  • Littérature allégorique : Suite du Roman de la Rose : imitations, commentaires. Allégories morales : Pèlerinage de la vie humaine (Guillaume de Deguileville).
  • Théâtre religieux : Miracles de Notre-Dame (40 pièces conservées, fin 14ème). Jeux de saints, mystères. Représentations urbaines, confréries théâtrales.
  • Littérature féminine : Émergence de voix féminines : Christine de Pizan : première femme écrivain professionnelle vivant de sa plume. Défense des femmes, participation au débat intellectuel (Querelle du Roman de la Rose).
  • Littérature politique et polémique : Pamphlets, traités politiques. Débats sur la légitimité royale, réforme de l'État, critique de la noblesse. Contexte de crise : Guerre de Cent Ans, défaites, contestations.

Contexte de production et diffusion : Mécénat royal et princier malgré la guerre : Charles V le Sage (bibliothèque du Louvre, 1 200 manuscrits), Jean de Berry (Très Riches Heures du duc de Berry), Philippe le Hardi de Bourgogne. Ateliers d'enluminure parisiens : production de manuscrits somptueux.

Public lettré en expansion relative malgré les crises : noblesse, clergé, bourgeoisie aisée. Circulation des manuscrits : copies, prêts, legs testamentaires. Traductions du latin au français : vulgarisation du savoir (Oresme, Bersuire). Le français s'impose définitivement comme langue littéraire, administrative et diplomatique.

Jean Froissart — Chroniques (~1370-1400)

Informations
Auteur
Jean Froissart (1337-~1405), chroniqueur, poète, clerc originaire de Valenciennes (Hainaut)
Date
~1370-1400 (rédaction progressive, plusieurs versions)
Genre
Chroniques historiques en prose française
Langue
Moyen français (dialecte picard/français)
Contexte
Protégé de Philippa de Hainaut (reine d'Angleterre), puis de divers mécènes aristocratiques (Wenceslas de Brabant, Guy de Blois)
Contenu des Chroniques
  • Période couverte : 1325-1400 (75 ans), essentiellement la Guerre de Cent Ans.
  • Livre I : Début de la guerre, batailles de Crécy (1346) et Poitiers (1356), capture de Jean II.
  • Livre II : Traité de Brétigny (1360), guerre civile en Castille, Du Guesclin.
  • Livre III : Règne de Charles V, reconquête française, mort du Prince Noir.
  • Livre IV : Règne de Richard II d'Angleterre, révoltes paysannes, troubles urbains.
Extrait célèbre — Bataille de Crécy (1346)
Les archiers englès trayoient si roidement et si espessement que il sembloit de la nège. Quant les chevaux sentoient ces sagettes pointues qui leur venoient deseure, il ne vouloient aler avant, ains se tournoient arriere ou se gettoient d'un costé ou d'autre.
Traduction (français moderne)

Les archers anglais tiraient si vigoureusement et si densément qu'il semblait de la neige. Quand les chevaux sentaient ces flèches pointues qui leur venaient dessus, ils ne voulaient aller en avant, mais se tournaient en arrière ou se jetaient d'un côté ou de l'autre.

Caractéristiques littéraires
  • Perspective aristocratique et chevaleresque : glorification des faits d'armes, tournois, exploits chevaleresques.
  • Récit épique et romanesque : style vivant, dialogues, dramatisation des batailles.
  • Témoignage direct partiel : Froissart voyage, interroge des témoins, assiste à certains événements.
  • Impartialité relative : admiration pour la chevalerie française ET anglaise, description des deux camps.
  • Détails concrets : armures, armes, tactiques, nombre de combattants (souvent exagérés).
  • Négligence du peuple : paysans et bourgeois peu présents, focus sur la noblesse.
Thèmes récurrents
  • Gloire chevaleresque : prouesse, honneur, courtoisie, loyauté (idéal chevaleresque malgré les défaites)
  • Batailles épiques : Crécy, Poitiers, sièges, tournois
  • Fortune changeante : victoires et défaites, montée et chute des héros
  • Trahisons et complots : intrigues politiques, assassinats
  • Amour courtois et vie de cour : banquets, fêtes, galanterie
Importance historique et littéraire

Source historique majeure pour la Guerre de Cent Ans. Chroniques les plus lues et copiées du 14ème siècle. Plus de 150 manuscrits médiévaux conservés. Diffusion dans toute l'Europe : traductions en anglais, espagnol, italien.

Vision chevaleresque idéalisée mais témoignage vivant et concret. Influence sur l'historiographie médiévale et moderne (Walter Scott, romantiques). Modèle du récit historique narratif, littéraire et épique.

Critique moderne : partialité aristocratique, négligence des causes profondes (économie, société), exagérations, erreurs factuelles. Mais valeur littéraire indéniable et témoignage irremplaçable.

Guillaume de Machaut — Poésie lyrique et musicale (~1340-1377)

Informations
Auteur
Guillaume de Machaut (~1300-1377), poète, compositeur, clerc champenois
Date
~1340-1377 (période de création)
Genre
Poésie lyrique (ballades, rondeaux, virelais, lais), dits narratifs, messe polyphonique
Langue
Moyen français
Contexte
Secrétaire et chapelain de Jean de Luxembourg (roi de Bohême), puis protégé de Charles V, Jean de Berry, Pierre de Lusignan
Œuvres principales
  • Poésie lyrique : ~400 poèmes : ballades, rondeaux, virelais, lais, complaintes. Formes fixes métriques complexes. Thèmes courtois : amour, service de la dame, fortune.
  • Dits narratifs : Le Jugement du roi de Navarre, Le Voir Dit (autobiographique ?), Le Remède de Fortune, La Fontaine amoureuse. Récits allégoriques, débats, insertions lyriques.
  • Musique : Messe de Notre-Dame (~1360) : première messe polyphonique complète d'un seul compositeur. Motets, ballades notées (musique et texte). Fusion poésie/musique.
Extrait — Ballade « Je puis trop bien »
Je puis trop bien ma dame comparer A l'ymage que fist Pygmalion, D'ivoire fu, tant belle et si sans per Que plus l'ama que Medée Jason.
Traduction (français moderne)

Je peux très bien comparer ma dame À l'image que fit Pygmalion, Elle fut d'ivoire, si belle et sans égale Qu'il l'aima plus que Jason n'aima Médée.

Caractéristiques littéraires et musicales
  • Virtuosité formelle : formes fixes (ballade : 3 strophes + envoi, rondeau : refrain, virelai : structure circulaire)
  • Fusion poésie/musique : chansons notées, rythme musical intégré au vers
  • Amour courtois raffiné : service de la dame, souffrance amoureuse ennoblissante, codes courtois
  • Allégories : Fortune, Amour, Espérance, Désir personnifiés
  • Autobiographie fictive : Voir Dit : correspondance amoureuse (réelle ou inventée ?)
  • Érudition : références mythologiques (Ovide), culture cléricale
Thèmes récurrents
  • Amour courtois : service, souffrance, joie, espoir, désespoir
  • Fortune : instabilité, roue de la Fortune, montée et chute
  • Nature : printemps, oiseaux, jardins (topos lyrique)
  • Vieillesse et mélancolie : Machaut vieillissant, nostalgie
  • Perfection formelle : recherche de la beauté par la contrainte métrique
Importance historique et littéraire

Plus grand poète et compositeur français du 14ème siècle. Influence considérable sur la poésie lyrique française (Christine de Pizan, Charles d'Orléans, poètes du 15ème siècle). Formes fixes : modèle pour trois siècles de poésie française.

Messe de Notre-Dame : chef-d'œuvre de la musique médiévale polyphonique. Fusion arts poétique et musical : conception médiévale de l'œuvre d'art totale.

Diffusion : manuscrits somptueux enluminés (contrôle de Machaut sur la présentation de ses œuvres). Conscience auctoriale : premier grand poète français à organiser sa postérité (édition de ses œuvres complètes).

Christine de Pizan — Œuvres diverses (1399-1429)

Informations
Auteur
Christine de Pizan (1364-~1430), première femme écrivain professionnelle française
Date
1399-1429 (30 ans de carrière littéraire)
Genre
Poésie lyrique, traités didactiques, biographie, littérature politique, défense des femmes
Langue
Moyen français
Contexte
Née à Venise, fille d'un astrologue italien au service de Charles V. Veuve à 25 ans (1390), doit subvenir à ses besoins et ceux de sa famille par l'écriture.
Œuvres principales (production massive : ~40 œuvres)
  • Poésie lyrique : Cent Ballades (1399), Cent Ballades d'Amant et de Dame, virelais, rondeaux, lais. Thèmes : deuil du mari, souffrance féminine, condition des veuves.
  • Défense des femmes : Épître au Dieu d'Amour (1399) : critique du Roman de la Rose (misogynie de Jean de Meun). La Cité des Dames (1405) : catalogue de femmes illustres (vertueuses, savantes, courageuses), défense systématique. Le Livre des Trois Vertus (1405) : manuel d'éducation pour les femmes de toutes conditions.
  • Littérature politique et militaire : Le Livre des Fais et Bonnes Meurs du sage roy Charles V (1404) : biographie élogieuse, modèle du bon roi. Le Livre du Corps de Policie (1407) : traité politique, gouvernement, vertus du prince. Le Livre des Fais d'Armes et de Chevalerie (1410) : traité militaire (premier en français par une femme).
  • Poème patriotique : Ditié de Jehanne d'Arc (1429) : célébration de Jeanne d'Arc, espoir de libération de la France. Dernier texte connu de Christine (elle meurt peu après).
Extrait de La Cité des Dames (Livre I)
Se coustume estoit de mectre les petites filles a l'escole et que communement on les feist aprendre les sciences comme on fait aux filz, qu'elles apprendroient aussi parfaittement et entendroient les soubtilletez de touz ars et sciences comme ilz font.
Traduction (français moderne)

Si la coutume était de mettre les petites filles à l'école et qu'on leur fasse apprendre les sciences communément comme on fait aux fils, elles apprendraient aussi parfaitement et comprendraient les subtilités de tous les arts et sciences comme ils font.

Thèmes et combats
  • Défense des femmes : réfutation systématique de la misogynie médiévale (littéraire, cléricale, populaire)
  • Éducation féminine : plaidoyer pour l'instruction des filles, égalité intellectuelle des sexes
  • Condition des veuves : vulnérabilité juridique et sociale, nécessité de l'autonomie
  • Modèles féminins : femmes illustres (antiquité, Bible, histoire) : Sémiramis, Didon, Lucrèce, sainte Catherine
  • Patriotisme : défense du royaume de France, éloge de Charles V, espoir en Jeanne d'Arc
  • Sagesse politique : gouvernement juste, paix, concorde, vertus du prince
Caractéristiques littéraires
  • Première femme écrivain professionnelle : vit de sa plume, mécénat multiple (ducs de Berry, Bourgogne, Philippe le Hardi)
  • Érudition impressionnante : culture latine (pères de l'Église, Ovide, Virgile), lecture massive
  • Style clair et pédagogique : volonté de transmettre, d'éduquer, de convaincre
  • Participation aux débats intellectuels : Querelle du Roman de la Rose (1401-1404) contre Jean de Montreuil
  • Conscience auctoriale : revendication de son statut d'auteur, supervision de la copie de ses manuscrits
Importance historique et littéraire

Première grande écrivaine française, féministe avant la lettre. Production littéraire massive et diversifiée (poésie, traités politiques, biographie, défense des femmes). La Cité des Dames : texte fondateur du féminisme littéraire médiéval.

Reconnaissance immédiate : manuscrits somptueux, diffusion européenne (traduction anglaise au 15ème siècle). Influence durable : redécouverte au 20ème siècle (critique féministe), figure emblématique.

Témoin des crises du 14ème siècle : guerre, troubles politiques, condition féminine, misogynie cléricale. Voix singulière et audacieuse dans un monde littéraire exclusivement masculin. Dernier texte (Ditié de Jehanne d'Arc) : espoir et patriotisme, célébration d'une autre femme exceptionnelle.

Auteurs de la langue française au 15ème siècle

Auteurs et textes du 15ème siècle — Renaissance et transition

Les Très Riches Heures du duc de Berry - miniature gothique
Très Riches Heures du duc de Berry - Gothique tardif (15ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 15ème siècle est un siècle de transition dramatique : fin du Moyen Âge et aube de la Renaissance. En France : règnes de Charles VI le Fol (jusqu'en 1422), Charles VII (1422-1461), Louis XI (1461-1483), Charles VIII (1483-1498), Louis XII (1498-1515). Phase finale de la Guerre de Cent Ans (jusqu'en 1453) : désastre puis redressement spectaculaire.

Guerre de Cent Ans — Phase finale (1415-1453) : Azincourt (1415) : catastrophe militaire française, noblesse décimée. Traité de Troyes (1420) : déshérence de Charles VII, Henri V d'Angleterre reconnu héritier du trône de France. Jeanne d'Arc (1429-1431) : libération d'Orléans, sacre de Charles VII à Reims, capture, procès, bûcher de Rouen. Reconquête progressive (1435-1453) : Traité d'Arras (1435, réconciliation avec la Bourgogne), bataille de Formigny (1450), bataille de Castillon (1453). Fin de la Guerre de Cent Ans : l'Angleterre ne conserve que Calais.

Louis XI (1461-1483) — L'Araignée Universelle : Roi politique et centralisateur. Lutte contre Charles le Téméraire de Bourgogne (guerre 1465-1477). Mort de Charles le Téméraire à Nancy (1477) : annexion de la Bourgogne, Picardie, Artois au domaine royal. Expansion territoriale : Anjou, Provence, Maine. Renforcement de l'administration royale, poste royale, légistes, fiscalité moderne. Diplomatie machiavélique : alliances, trahisons, complots.

État moderne en construction : Centralisation monarchique : Conseil du roi, Parlement de Paris, Chambre des comptes. Armée permanente : compagnies d'ordonnance (Charles VII, 1445), artillerie royale (frères Bureau). Fiscalité régulière : taille permanente sans consentement des États (1439). Justice royale : extension des bailliages, appels au roi, codification coutumière.

Renaissance italienne et influence en France : Guerres d'Italie (début sous Charles VIII, 1494) : conquête du royaume de Naples, découverte de la Renaissance. Retour des artistes, architectes, humanistes italiens en France. Début de la Renaissance française : châteaux de la Loire (Amboise), mécénat royal. Imprimerie : invention de Gutenberg (~1450), premiers ateliers à Paris (1470), Sorbonne (1470). Diffusion massive des livres : Bible (1455), textes antiques, littérature vernaculaire.

Humanisme naissant : Redécouverte de l'Antiquité : manuscrits grecs et latins, traductions, éditions critiques. Premiers humanistes français : Guillaume Fichet, Robert Gaguin, Jean de Montreuil. Collèges : Sorbonne réformée, Collège de Navarre. Enseignement des langues anciennes (grec, hébreu). Correspondance érudite, cercles savants, bibliothèques humanistes.

Grande Peste : retours réguliers mais atténués : Épidémies récurrentes (1400, 1410, 1420, 1438, 1450, 1466, 1481) mais moins meurtrières qu'au 14ème siècle. Population en lente reconstitution : France passe de 10 millions (1450) à 15 millions (1500). Repeuplement des campagnes, reconstruction des villages, défrichements.

Fin du Moyen Âge (1453-1492) : Dates symboliques : 1453 : fin Guerre de Cent Ans + chute de Constantinople (fin Empire byzantin). 1492 : découverte de l'Amérique (Christophe Colomb), expulsion des juifs d'Espagne. Transition vers les Temps modernes : fin de la féodalité, monarchies nationales, découvertes géographiques, humanisme, Réforme (début 16ème siècle).

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie et clergé (4-5% de la population)
Espérance de vie : 45-55 ans (reconstitution après les crises du 14ème siècle). Guerre : Azincourt (1415) décime la noblesse française (prisonniers massacrés, rançons impossibles). Guerres féodales : Louis XI contre Charles le Téméraire, guerres privées résiduelles. Peste : retours réguliers mais aristocratie mieux protégée (fuites, châteaux isolés, quarantaines).

Alimentation somptueuse retrouvée : banquets fastueux (cour de Bourgogne : banquet du Faisan, 1454), viandes rôties et en sauce, gibiers nobles, poissons, pâtisseries spectaculaires (« entremet » : sculptures comestibles), épices orientales (poivre, cannelle, gingembre, safran), vins de Bourgogne, Bordeaux, hypocras. Excès gastronomiques codifiés : art de la table, service à la française.

Médecine savante en progrès : Facultés de Paris, Montpellier, médecins humanistes. Anatomie (dissections autorisées), chirurgie (Ambroise Paré, début 16ème), pharmacopée (jardins botaniques). Hygiène : bains, parfums, soins corporels. Maladies : goutte, obésité, syphilis (apparition fin 15ème siècle : « mal de Naples », 1495).
Bourgeoisie urbaine (18-25% de la population - forte expansion)
Espérance de vie : 42-50 ans (amélioration continue). Classe en pleine ascension : patriciat urbain, bourgeoisie marchande, offices royaux. Enrichissement : grand commerce (Flandre, Italie, Hanse), banque (Lyon : place financière européenne), artisanat de luxe (soieries lyonnaises, tapisseries, orfèvrerie).

Accès aux offices royaux : anoblissement progressif (noblesse de robe), légistes, financiers (Jacques Cœur). Alimentation abondante : pain blanc, viandes variées, poissons, fromages, pâtisseries, vins. Repas copieux, tavernes réputées. Imitation des mœurs aristocratiques.

Accès aux soins médicaux : médecins diplômés, apothicaires, chirurgiens-barbiers, hôpitaux urbains (Hôtel-Dieu). Hygiène urbaine en progrès : pavage, fontaines, règlements sanitaires, étuves publiques. Alphabétisation massive : écoles urbaines, imprimerie (livres accessibles), formation commerciale et juridique. Mortalité infantile en baisse (20-30%).

Culture bourgeoise : lecture de livres imprimés (chroniques, romans, traités moraux), théâtre urbain (mystères, farces), confréries culturelles.
Paysans libres et affranchis (50-60% de la population)
Espérance de vie : 38-45 ans (amélioration significative). Fin du servage : quasi-disparition (sauf quelques régions isolées). Statut : paysans libres, censitaires (redevances fixes en argent), fermiers, métayers.

Bénéficient de la reconstruction post-guerre : terres disponibles, repeuplement, défrichements, villages neufs. Assolement triennal généralisé, innovations (charrues, moulins). Alimentation améliorée : pain de seigle ou méteil, bouillies, légumes abondants (choux, navets, pois, fèves, oignons), laitages, œufs, volailles, porc (consommation de viande accrue), bière, cidre. Famines rares (sauf localement : 1438-1439, 1481-1482).

Habitat en amélioration : maisons à colombages, cheminée, séparation logis/étable, grenier à grain. Mobilier rudimentaire mais plus confortable. Soins : guérisseurs villageois, rebouteux, sages-femmes, herboristes. Pèlerinages thérapeutiques. Mortalité infantile en baisse (25-35%).
Pauvres urbains et ruraux (10-15% de la population)
Espérance de vie : 25-35 ans (marginalité persistante). Mendicité, vagabondage, journaliers agricoles, manouvriers urbains. Misère : sous-alimentation chronique, haillons, absence de logement fixe.

Charité ecclésiastique : hôpitaux (Hôtel-Dieu), distributions de pain, soupes populaires. Répression : ordonnances contre les vagabonds, mendiants, « gueux ». Mortalité infantile très élevée (50-60%), abandon d'enfants, orphelins. Maladies : infections, tuberculose, lèpre (résiduelle), maladies de peau.

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde médiévale (crépuscule et mutations)

Automne du Moyen Âge (Johan Huizinga) : Fin d'un monde : crépuscule de la chevalerie, de la féodalité, des structures médiévales. Nostalgie du passé : idéalisation de l'âge d'or chevaleresque (romans arthuriens tardifs). Pessimisme existentiel : Ubi sunt ? (« Où sont-ils ? ») — thème de la vanité, fugacité de la vie. François Villon : Ballade des dames du temps jadis : « Mais où sont les neiges d'antan ? »

Obsession de la mort persistante : Thème du memento mori toujours omniprésent. Danse macabre : fresques murales (Saints-Innocents à Paris, ~1424), gravures imprimées, textes poétiques. Ars moriendi (Art de bien mourir) : manuels de préparation à la mort, gravures édifiantes. Transis : tombeaux sculptés montrant le cadavre en décomposition (duc Jean de Berry, cardinal Lagrange).

Jeanne d'Arc : miracle national et martyre : 1429 : libération d'Orléans, sacre de Charles VII. Symbole de l'espoir français, intervention divine. 1431 : procès à Rouen (hérésie, sorcellerie), condamnation, bûcher. Réhabilitation (1456). Mythe national en construction : pucelle inspirée par Dieu, sainte patriote (canonisée 1920). Christine de Pizan : Ditié de Jehanne d'Arc (1429) : première célébration littéraire.

Humanisme et redécouverte de l'Antiquité : Retour aux textes antiques : Platon, Cicéron, Virgile, Ovide. Éditions critiques, commentaires. Studia humanitatis : grammaire, rhétorique, poésie, histoire, philosophie morale. Dignité de l'homme : optimisme anthropologique (vs pessimisme médiéval du péché originel). Correspondances érudites : échanges entre humanistes italiens et français.

Imprimerie : révolution culturelle : Gutenberg : Bible à 42 lignes (1455) — premier livre imprimé en Europe. Diffusion rapide : Paris (1470), Lyon (1473), Venise, Rome, Cologne. Multiplication des livres : éditions massives, prix en chute, alphabétisation accélérée. Standardisation des textes : fin des variantes manuscrites, fixation de la langue. Littérature vernaculaire imprimée : romans, chroniques, poésie, traités.

Spécificités selon les classes sociales

Clergé
Clergé régulier : Déclin accentué des grands ordres (bénédictins, cisterciens). Critique de la corruption : relâchement, richesses, vie mondaine. Mouvements de réforme : Observance franciscaine (retour à la pauvreté), Congrégation de Windesheim (Pays-Bas). Ordres mendiants en crise : divisions, accusations d'hypocrisie.

Clergé séculier : Fin du Grand Schisme (1417 : Concile de Constance). Papes de la Renaissance : Nicolas V, Pie II, Sixte IV (mécénat artistique, népotisme, politique). Évêques princes : pouvoir temporel, conseillers royaux (Georges d'Amboise sous Louis XII). Curés de paroisse : formation variable, pauvreté, proximité avec les fidèles.

Critique anticléricale virulente : satires (farces, sotties), prédication réformiste. Préfiguration de la Réforme : Jan Hus (brûlé 1415), Savonarole (Florence, brûlé 1498), Érasme (fin 15ème siècle) : critique morale de l'Église.
Intellectuels et humanistes : Université en mutation : conservatisme scolastique vs humanisme. Collèges humanistes : enseignement du grec, latin classique, rhétorique. Bibliothèques : Vatican, Laurentienne (Florence), royales (Charles V, Louis XII). Érudition philologique : édition critique des textes, grammaire, traductions. Correspondances humanistes : réseau intellectuel européen (Érasme, Budé, Lefèvre d'Étaples).
Noblesse
Crépuscule de la chevalerie médiévale : Azincourt (1415) : fin symbolique de la chevalerie traditionnelle (archers roturiers massacrent la noblesse). Mutation militaire : artillerie, infanterie, mercenaires professionnels (compagnies d'ordonnance). Ordre de la chevalerie : ordres honorifiques (Toison d'Or, 1430 : Philippe le Bon de Bourgogne), rituels chevaleresques archaïsants, tournois codifiés.

Cour de Bourgogne : fastes bourguignons, étiquette sophistiquée, mécénat artistique (Van Eyck, Rogier van der Weyden), banquets spectaculaires. Culture nobiliaire raffinée : lecture (romans, chroniques), musique (chansons polyphoniques), chasse (traités de vénerie), héraldique complexe.

Femmes nobles : rôle politique accru (Yolande d'Aragon, Isabeau de Bavière), mécénat littéraire, éducation humaniste.
Bourgeoisie urbaine
Affirmation culturelle et politique : Patriciat urbain : échevins, consuls, offices royaux (noblesse de robe en formation). Jacques Cœur (1395-1456) : grand argentier de Charles VII, fortune colossale, disgrâce.

Alphabétisation quasi-générale : écoles urbaines, maîtres d'écriture, apprentissage de la lecture. Imprimerie : accès aux livres, bibliothèques bourgeoises, lecture privée. Culture bourgeoise : chroniques urbaines, livres de raison (comptabilité familiale), théâtre (mystères, farces, sotties), confréries culturelles et religieuses.

Valeurs : travail, économie, prudence, honneur marchand, réussite familiale. Piété intense : fondations charitables, chapelles privées, testaments détaillés, messes pour le salut de l'âme. Anticléricalisme naissant : critique de la corruption ecclésiastique.
Paysannerie
Analphabétisme majoritaire mais culture orale riche et vivante. Transmission orale : contes merveilleux, légendes locales, fabliaux récités, chansons populaires, proverbes agricoles, devinettes.

Religion populaire syncrétique : culte des saints (saint Roch contre la peste, saint Christophe protecteur des voyageurs), pèlerinages locaux et lointains, processions, rogations, fêtes patronales, carnavals (fête des fous, charivaris). Croyances magiques : sorcellerie (début de la chasse aux sorcières, Malleus Maleficarum, 1487), fées, lutins, revenants, sources guérisseuses.

Calendrier rythmé par les travaux agricoles et le calendrier liturgique. Solidarité villageoise : biens communaux, entraide, justice coutumière. Espoir d'amélioration : reconstruction, terres disponibles, affranchissements.

Production littéraire en langue française — Diversité et transition

Le 15ème siècle est une période de transition littéraire : déclin des genres médiévaux, survivance de formes anciennes, émergence de nouveautés, influence de l'imprimerie. Coexistence de la tradition médiévale et des prémices de la Renaissance.

Genres littéraires majeurs :

  • Poésie lyrique : formes fixes et renouvellement : Grands Rhétoriqueurs : poètes de cour (Jean Molinet, Jean Lemaire de Belges, Guillaume Crétin). Virtuosité formelle extrême : rimes équivoquées, acrostiches, jeux de mots, contraintes métriques. Hermétisme croissant, préciosité.

    Charles d'Orléans : prince-poète, ballades et rondeaux raffinés, mélancolie courtoise. François Villon : rupture radicale, réalisme cru, argot, autobiographie scandaleuse, Testament, Ballade des pendus. Voix marginale et moderne.
  • Théâtre : apogée et diversification : Mystères : représentations monumentales (Passion d'Arnoul Gréban, 35 000 vers ; Passion de Jean Michel), plusieurs jours de spectacle, mise en scène spectaculaire, participation collective urbaine. Miracles : Miracles de Notre-Dame, intervention divine, édification. Farces : comique populaire, satire sociale, Farce de Maître Pathelin (~1460) : chef-d'œuvre du genre. Sotties : satire politique, personnages allégoriques (Sots), critique du pouvoir. Moralités : allégories didactiques, vertus et vices personnifiés.

    Confréries théâtrales : Confrérie de la Passion (Paris), Basoche (clercs de justice), Enfants sans souci. Représentations publiques, places, parvis d'églises.
  • Chroniques historiques : continuation et évolution : Chronique d'Enguerrand de Monstrelet (continuation de Froissart). Mémoires de Philippe de Commynes (~1490) : analyse politique moderne, psychologie des princes, réalisme diplomatique (Louis XI). Rupture avec l'idéalisation chevaleresque. Chroniques urbaines : Journal d'un Bourgeois de Paris (1405-1449) : témoignage direct, guerre, peste, vie quotidienne.
  • Roman en prose (déclin et survivance) : Romans de chevalerie tardifs : compilations, répétitions, épuisement du genre. Petit Jehan de Saintré (Antoine de La Sale, ~1456) : roman chevaleresque teinté d'ironie, réalisme, critique de l'idéal courtois. Transition vers le roman moderne.
  • Littérature didactique et morale : Traités d'éducation : Le Livre du Chevalier de la Tour Landry (éducation des filles), miroirs des princes. Encyclopédies morales, bestiaires, lapidaires. Traductions : Ovide, Boccace, textes antiques en français.
  • Imprimés populaires : apparition d'une littérature de masse : Premiers livres imprimés en français : Chroniques de France, romans de chevalerie, vies de saints, almanachs, livres d'heures. Littérature de colportage : canards (faits divers), mazarinades (satiriques), chansons imprimées.

Contexte de production et diffusion : Mécénat royal et princier : Charles VII, Louis XI (moins fastueux que ses prédécesseurs), ducs de Bourgogne (Philippe le Bon, Charles le Téméraire), ducs d'Orléans, René d'Anjou.

Révolution de l'imprimerie : Paris : premiers imprimeurs (1470), multiplication des ateliers. Lyon : centre éditorial majeur. Éditions massives : romans, chroniques, poésie, théâtre, livres religieux. Baisse des prix : livre accessible à la bourgeoisie, diffusion élargie. Standardisation de la langue : orthographe, grammaire, vocabulaire fixés progressivement.

Public lettré en forte expansion : noblesse, clergé, bourgeoisie urbaine, étudiants, artisans alphabétisés. Bibliothèques : royales, princières, conventuelles, bourgeoises, universitaires. Le français s'impose définitivement comme langue littéraire nationale et internationale.

François Villon — Le Testament (~1461-1462)

Informations
Auteur
François Villon (né François de Montcorbier, ~1431-après 1463), poète maudit, clerc vagabond, criminel
Date
~1461-1462 (Testament), 1456 (Lais)
Genre
Poésie lyrique : ballades, rondeaux, testaments satiriques
Langue
Moyen français (avec argot parisien, jargon des malfaiteurs)
Contexte
Vie scandaleuse : étudiant à la Sorbonne, meurtre d'un prêtre (1455, grâce royale), vol au Collège de Navarre (1456), fuite, errances, prisons, condamnation à mort (1462, commuée en exil)
Œuvres principales
  • Le Lais (1456) : « petit testament », 320 vers, legs ironiques et satiriques à ses connaissances parisiennes.
  • Le Testament (1461-1462) : chef-d'œuvre, 2 023 vers, legs satiriques, ballades insérées, autobiographie, méditation sur la mort, la vieillesse, la misère.
  • Ballades en jargon : argot des truands, hermétiques, langage crypté du milieu criminel parisien.
Extraits célèbres
Ballade des dames du temps jadis
Dictes moy où, n'en quel pays, Est Flora la belle Rommaine, Archipiades, ne Thaïs, Qui fut sa cousine germaine, Echo parlant quant bruyt on maine Dessus riviere ou sus estan, Qui beaulté ot trop plus qu'humaine. Mais où sont les neiges d'antan ?

Dites-moi où, en quel pays, Est Flora la belle Romaine, Archipiades, ni Thaïs, Qui fut sa cousine germaine, Écho parlant quand bruit on mène Dessus rivière ou sur étang, Qui beauté eut trop plus qu'humaine. Mais où sont les neiges d'antan ?

Refrain célèbre : « Mais où sont les neiges d'antan ? » — symbole de la fugacité, thème de l'Ubi sunt.

Ballade des pendus (Épitaphe Villon)
Freres humains qui aprés nous vivez, N'ayez les cuers contre nous endurcis, Car, se pitié de nous povres avez, Dieu en aura plus tost de vous mercis. [...] La pluye nous a debuez et lavez, Et le soleil dessechez et noircis.

Frères humains qui après nous vivez, N'ayez les cœurs contre nous endurcis, Car, si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous merci. [...] La pluie nous a délavés et lavés, Et le soleil desséchés et noircis.

Poème écrit en prison, sous le coup d'une condamnation à mort. Appel à la compassion, vision macabre des pendus.

Thèmes récurrents
  • Misère et marginalité : pauvreté, faim, froid, prisons, tavernes sordides, vie de truand
  • Mort et décomposition : obsession macabre, pendus, charniers, vanité de la vie
  • Ubi sunt (Où sont-ils ?) : fugacité du temps, jeunesse perdue, beautés fanées, gloires évanouies
  • Regret et remords : jeunesse gâchée, crimes, vie dissipée, nostalgie impossible
  • Satire sociale : corruption, hypocrisie, clergé, bourgeois, justice
  • Amour impossible : femmes perdues, prostituées, amours vénales, trahisons
Caractéristiques littéraires
  • Rupture avec la poésie courtoise : réalisme cru, argot, obscénités, monde de la marge
  • Autobiographie scandaleuse : première personne, récit de vie criminelle (réalité ou fiction ?)
  • Virtuosité formelle : ballades, rondeaux, jeux de mots, rimes riches, contraintes métriques
  • Registres mêlés : lyrisme élégiaque, satire virulente, obscénité, prière sincère
  • Langue vivante : français parlé, argot parisien, jargon des truands, expressions populaires
  • Modernité : conscience tragique, voix individuelle, subjectivité douloureuse
Importance historique et littéraire

Poète maudit par excellence, premier « moderne » de la littérature française. Rupture radicale avec la tradition courtoise et les Grands Rhétoriqueurs. Réalisme cru, voix marginale, autobiographie scandaleuse : préfiguration de la modernité littéraire.

Influence immense : romantiques (Théophile Gautier, Nerval), symbolistes (Verlaine), poètes maudits (Rimbaud, Baudelaire revendique Villon). « Ballade des dames du temps jadis » : poème le plus célèbre du Moyen Âge français.

Mystère biographique : disparition après 1463 (exil à Paris, mort inconnue). Vie légendaire : « poète assassin », « prince des poètes » (Clément Marot, édition 1533). Villon : symbole du génie poétique né de la misère et du désespoir.

Charles d'Orléans — Ballades et Rondeaux (~1440-1465)

Informations
Auteur
Charles d'Orléans (1394-1465), duc d'Orléans, prince captif, prince-poète
Date
~1440-1465 (période principale de création poétique)
Genre
Poésie lyrique courtoise : ballades, rondeaux, chansons
Langue
Moyen français (dialecte francien, raffiné)
Contexte
Capturé à Azincourt (1415), prisonnier en Angleterre (25 ans, 1415-1440). Libéré, mécène littéraire à Blois, concours poétiques. Père de Louis XII.
Œuvres
  • Ballades (~125) : poèmes de captivité, plaintes amoureuses, allégories (Nonchaloir, Dangier, Bel Accueil).
  • Rondeaux (~400) : formes brèves, jeux sur le refrain, mélancolie légère, printemps, automne, vieillesse.
  • Chansons : poésie musicale, formes fixes.
Extrait célèbre — Rondeau
Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye, Et s'est vestu de brouderie, De soleil luyant, cler et beau.

Il n'y a beste, ne oyseau, Qu'en son jargon ne chante ou crie : Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye.
Traduction (français moderne)

Le temps a laissé son manteau De vent, de froidure et de pluie, Et s'est vêtu de broderie, De soleil luisant, clair et beau.

Il n'y a bête, ni oiseau, Qu'en son jargon ne chante ou crie : Le temps a laissé son manteau De vent, de froidure et de pluie.

Thèmes récurrents
  • Mélancolie courtoise : tristesse douce, nostalgie, regrets
  • Captivité : années de prison en Angleterre, enfermement, exil, ennui (Nonchaloir)
  • Nature et saisons : printemps (renouveau, espoir), automne (déclin, vieillesse)
  • Amour courtois : dame inaccessible, service amoureux, souffrance ennoblissante
  • Vieillesse : temps qui passe, jeunesse perdue, sagesse résignée
  • Allégories : personnifications (Nonchaloir, Dangier, Espoir, Deuil)
Caractéristiques littéraires
  • Raffinement formel : ballades et rondeaux parfaits, contraintes métriques maîtrisées
  • Mélancolie douce : tristesse élégante, sans désespoir violent (contraste avec Villon)
  • Simplicité apparente : vocabulaire quotidien, images naturelles (oiseaux, saisons, jardins)
  • Musicalité : rythme fluide, répétitions (rondeaux), harmonie sonore
  • Introspection : analyse des sentiments, psychologie amoureuse subtile
Importance historique et littéraire

Prince-poète emblématique du 15ème siècle. Synthèse parfaite de la tradition courtoise médiévale et de la sensibilité moderne. Ballades de captivité : témoignage unique d'un prince prisonnier pendant 25 ans.

Mécène littéraire : cour de Blois, concours poétiques (François Villon y participe, 1457). Influence sur la poésie du 15ème siècle et au-delà. Redécouverte romantique : Victor Hugo, Sainte-Beuve admirent sa mélancolie raffinée.

Père de Louis XII (roi 1498-1515). Lignée poétique : fils de Valentine Visconti (poétesse), grand-père de François Ier (mécène de la Renaissance).

Anonyme — La Farce de Maître Pathelin (~1460)

Informations
Auteur
Anonyme (probablement clerc ou avocat parisien)
Date
~1460-1470
Genre
Farce comique en vers (1600 vers octosyllabiques)
Langue
Moyen français (langue vivante, dialogue, registres variés)
Contexte
Théâtre populaire urbain, représentations publiques, confréries (Basoche : clercs de justice)
Résumé de l'intrigue

Maître Pierre Pathelin, avocat sans le sou, trompe le drapier Guillaume Joceaulme : achète du drap à crédit, feint la maladie pour ne pas payer. Le drapier vient réclamer son dû, Pathelin simule la folie et parle des langues incompréhensibles (latin, normand, breton, flamand...). Le drapier repart bredouille.

Pendant ce temps, le berger Agnelet, employé du drapier, vole des moutons. Le drapier l'assigne en justice. Agnelet engage Pathelin comme avocat. Pathelin conseille au berger de faire le fou et de ne répondre que « Bée ! » (comme un mouton).

Au tribunal, le drapier reconnaît Pathelin et mélange les deux affaires (drap volé, moutons volés). Le juge ne comprend rien, acquitte Agnelet. Pathelin réclame ses honoraires à Agnelet, qui continue à répondre « Bée ! » et s'enfuit. « Trompeur trompé » : Pathelin floué à son tour.

Extrait célèbre — Scène du délire
[Pathelin feint la maladie, le drapier vient réclamer l'argent]
LE DRAPIER : Mon argent !
PATHELIN (délirant) : Ha, Thomasse ! Un peu d'eaue rose ! Haulcez moy, serrez moy derriere ! Tru ! A qui parlay-je ?
L'urinal ! Or à boire ! Frotez moy la plante !
[...]
[Pathelin parle en charabia, latin, picard, flamand...]
Et bée dea ! Faictes le bée venir !
Marmara, carimari, carimara !
Thèmes et satire
  • Trompeurs trompés : ruse, duplicité, chacun trompé à son tour
  • Satire de la justice : avocats malhonnêtes, juges incompétents, procédures absurdes
  • Satire des marchands : cupidité, avarice, malhonnêteté commerciale
  • Langage et déguisement : langues multiples (latin, dialectes), feintes, simulacre
  • Comique de situation : quiproquos, malentendus, renversements
Caractéristiques littéraires
  • Dialogue vif et réaliste : langue parlée, expressions populaires, jeux de mots
  • Comique verbal : calembours, charabia, polylinguisme burlesque
  • Comique de situation : quiproquos, renversements, ironie dramatique
  • Rythme rapide : enchaînement des scènes, rebondissements, pas de longueurs
  • Personnages types : avocat rusé, marchand cupide, berger rustre mais malin
  • Morale ambiguë : pas de moralisation explicite, triomphe de la ruse (cynisme joyeux)
Expressions passées dans la langue
  • « Revenons à nos moutons » — revenir au sujet (le juge excédé par les digressions du drapier)
  • « Pathelin » — personne rusée, avocat retors
Importance historique et littéraire

Chef-d'œuvre de la farce médiévale, pièce comique la plus célèbre du Moyen Âge. Succès immédiat et durable : représentations continues jusqu'au 16ème siècle, éditions imprimées multiples (diffusion massive grâce à l'imprimerie).

Comique universel : trompeurs trompés, satire sociale, jeu sur les langages. Influence sur le théâtre comique français : Molière (influence directe), commedia dell'arte. Redécouverte moderne : représentations au 19ème-20ème siècles, pièce toujours jouée.

Expression « Revenons à nos moutons » : passée dans le langage courant (seule expression médiévale encore vivante). Témoignage de la vitalité du théâtre urbain au 15ème siècle (farces, sotties, moralités).

Philippe de Commynes — Mémoires (1489-1498)

Informations
Auteur
Philippe de Commynes (ou Commines, ~1447-1511), diplomate, conseiller de Charles le Téméraire puis de Louis XI
Date
1489-1498 (rédaction des Mémoires)
Genre
Mémoires historiques et politiques en prose française
Langue
Moyen français (prose analytique, style sobre)
Contexte
Conseiller de Charles le Téméraire (Bourgogne), transfuge au service de Louis XI (1472), diplomate, disgracié sous Charles VIII, réhabilité sous Louis XII
Contenu des Mémoires
  • Livre I-VI : Règne de Louis XI (1464-1483). Lutte contre Charles le Téméraire, diplomatie, intrigues, guerres, mort de Charles le Téméraire à Nancy (1477).
  • Livre VII-VIII : Expédition de Charles VIII en Italie (1494-1495). Guerres d'Italie, diplomatie européenne, analyse politique.
Extrait célèbre — Portrait de Louis XI
Ce roy Louis unziesme [...] estoit le prince du monde qui plus travailloit pour gaigner ung homme qui luy pouvoit servir ou qui luy pouvoit nuyre. Il ne se desconfortoit point d'estre refusé d'ung homme qu'il tasschoit à gaigner, mais continuoit en luy promettant largement et donnant argent et estas qu'il congnoissoit luy plaire.
Traduction (français moderne)

Ce roi Louis XI [...] était le prince du monde qui travaillait le plus pour gagner un homme qui pouvait le servir ou qui pouvait lui nuire. Il ne se décourageait point d'être refusé par un homme qu'il essayait de gagner, mais continuait en lui promettant largement et donnant argent et positions qu'il connaissait lui plaire.

Caractéristiques littéraires
  • Analyse politique moderne : psychologie des princes, rapports de force, intérêts, réalisme
  • Rupture avec la chronique chevaleresque : pas d'idéalisation, cynisme lucide
  • Témoignage direct : acteur et témoin des événements, insider politique
  • Portraits psychologiques : Louis XI, Charles le Téméraire, Charles VIII, analyse fine des caractères
  • Réflexion sur le pouvoir : art de gouverner, diplomatie, ruse, violence, légitimité
  • Style sobre et précis : prose claire, peu d'ornements, efficacité narrative
Thèmes récurrents
  • Raison d'État : intérêt du prince prime sur la morale (machiavélisme avant Machiavel)
  • Fortune et Providence : instabilité du pouvoir, montées et chutes, rôle de Dieu
  • Diplomatie et ruse : négociations, alliances, trahisons, espionnage
  • Guerre et paix : coût de la guerre, préférence pour la diplomatie (réalisme économique)
  • Éducation des princes : conseils aux gouvernants, sagesse politique
Importance historique et littéraire

Premier historien politique moderne, précurseur de Machiavel. Rupture avec la chronique médiévale (Froissart) : fin de l'idéalisation chevaleresque, analyse réaliste et cynique du pouvoir.

Source historique capitale : Louis XI, Charles le Téméraire, Guerres d'Italie. Témoignage de première main sur la diplomatie et les intrigues du 15ème siècle.

Influence sur l'historiographie moderne : histoire politique, analyse des motivations, psychologie des acteurs. Modèle pour les mémorialistes français (Cardinal de Retz, Saint-Simon). Style sobre et efficace : prose moderne, transition vers la Renaissance.

Mémoires : première œuvre d'histoire politique et diplomatique en français, fondation de la pensée politique réaliste (avant Le Prince de Machiavel, 1513).

Auteurs de la langue française au 16ème siècle

Auteurs et textes du 16ème siècle — Renaissance française

Château de Chambord - Renaissance française
Renaissance française - Château de Chambord (16ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 16ème siècle est le siècle de la Renaissance française : bouleversement culturel, artistique, religieux et politique. En France : règnes de Louis XII (1498-1515), François Ier (1515-1547), Henri II (1547-1559), François II (1559-1560), Charles IX (1560-1574), Henri III (1574-1589), Henri IV (1589-1610). Transition de la monarchie médiévale à l'absolutisme moderne. Guerres d'Italie, Guerres de Religion.

François Ier (1515-1547) — Prince de la Renaissance : Victoire de Marignan (1515) : conquête du duché de Milan, prestige militaire. Mécène des arts et des lettres : Léonard de Vinci invité en France (meurt à Amboise, 1519). Châteaux de la Loire : Chambord (1519-1547), Fontainebleau, Blois. École de Fontainebleau : peintres italiens (Rosso, Primatice), maniérisme français.

Création du Collège des Lecteurs Royaux (1530) : futur Collège de France. Enseignement de l'hébreu, du grec, des mathématiques, indépendant de la Sorbonne. Protection des humanistes : Guillaume Budé, Jacques Lefèvre d'Étaples. Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) : français langue officielle de l'administration (remplace le latin).

Guerres d'Italie (1494-1559) : Campagnes militaires françaises en Italie : Naples, Milan, Florence. Rivalité avec Charles Quint (Saint-Empire, Espagne) : bataille de Pavie (1525), François Ier capturé. Paix du Cateau-Cambrésis (1559) : fin des guerres d'Italie, abandon des ambitions italiennes. Impact culturel : découverte de la Renaissance italienne, retour d'artistes et d'œuvres d'art.

Réforme protestante (1517-1598) : Martin Luther : 95 thèses (1517), rupture avec Rome, doctrine de la justification par la foi seule. Diffusion rapide grâce à l'imprimerie : Bible traduite en langues vernaculaires (Luther en allemand, 1522). Jean Calvin (français) : Institution de la religion chrétienne (1536, en latin puis en français, 1541). Calvinisme : prédestination, discipline ecclésiastique stricte, théocratie de Genève.

France : protestantisme (huguenots) se répand dans la noblesse et la bourgeoisie urbaine. Répression : affaire des Placards (1534), persécutions, bûchers (Étienne Dolet, 1546).

Guerres de Religion (1562-1598) : Huit guerres civiles entre catholiques et protestants (huguenots). Massacres : Saint-Barthélemy (24 août 1572) : 3 000 à 10 000 protestants massacrés à Paris, 20 000 à 30 000 en province. Choc européen, traumatisme national. Ligue catholique (Henri de Guise) vs protestants (Henri de Navarre). Guerre des Trois Henri (Henri III, Henri de Guise, Henri de Navarre). Assassinat d'Henri III (1589) : fin des Valois, avènement d'Henri IV (Bourbon).

Édit de Nantes (1598) : Henri IV (converti au catholicisme, 1593 : « Paris vaut bien une messe ») accorde liberté de culte aux protestants, fin des Guerres de Religion, coexistence confessionnelle.

Humanisme et redécouverte de l'Antiquité : Retour aux sources antiques : grec, latin, hébreu. Éditions critiques (Érasme : Nouveau Testament grec, 1516). Philologie, rhétorique, philosophie morale. Ad fontes (retour aux sources). Studia humanitatis : grammaire, poésie, histoire, éthique. Érasme de Rotterdam : Éloge de la folie (1511), ironie, critique de l'Église, pacifisme.

Humanistes français : Guillaume Budé (helléniste, fondateur du Collège royal), Jacques Lefèvre d'Étaples (traduction de la Bible en français, 1530), Étienne Dolet (imprimeur, brûlé pour hérésie, 1546).

Révolution de l'imprimerie (consolidation) : Diffusion massive : Europe compte ~200 millions de livres imprimés en 1500 (contre 0 en 1450). Centres éditoriaux : Paris, Lyon (capitale de l'édition française), Venise, Anvers, Bâle. Imprimeurs-érudits : Alde Manuce (Venise), Robert Estienne (Paris), Christophe Plantin (Anvers). Éditions critiques, dictionnaires, grammaires, littérature vernaculaire. Censure : Index librorum prohibitorum (1559), contrôle ecclésiastique et royal.

Grandes découvertes et expansion européenne : Christophe Colomb (1492), Vasco de Gama (1498), Magellan (1519-1522 : tour du monde). Conquête des Amériques : Cortés (Mexique, 1521), Pizarro (Pérou, 1533). Colonisation espagnole et portugaise. France : Jacques Cartier (Canada, 1534-1542), explorations limitées. Choc des mondes : or, argent, épices, plantes nouvelles (tomate, pomme de terre, maïs, tabac). Esclavage transatlantique, génocides amérindiens, débat sur l'humanité des Indiens (Las Casas vs Sepúlveda).

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie et clergé (5-6% de la population)
Espérance de vie : 45-55 ans (maintien du 15ème siècle). Guerres d'Italie et Guerres de Religion : mortalité militaire élevée (batailles, sièges, duels). Épidémies : syphilis (mal de Naples, pandémie européenne depuis 1495), peste récurrente (1520-1522, 1580-1582). Famines locales mais aristocratie épargnée.

Alimentation raffinée : influence italienne (fourchette, service à l'italienne, nouvelles recettes), viandes rôties, gibiers, poissons, épices, fruits exotiques, pâtisseries élaborées, vins de Bourgogne et Bordeaux, chocolat (fin 16ème siècle, Espagne). Banquets fastueux : cour de François Ier, Médicis (Catherine de Médicis introduit la cuisine italienne).

Médecine humaniste : Facultés de Paris, Montpellier, traductions d'Hippocrate et Galien. Anatomie moderne : André Vésale : De humani corporis fabrica (1543), dissections systématiques. Chirurgie : Ambroise Paré (1510-1590) : abandonne l'huile bouillante pour les plaies d'arquebuse, ligature des artères, prothèses. « Je le pansai, Dieu le guérit. » Hygiène améliorée : parfums (masquent les odeurs, supposés protéger de la peste), bains (puis déclin : peur de l'eau).
Bourgeoisie urbaine (20-30% de la population - forte expansion)
Espérance de vie : 42-52 ans (amélioration continue). Classe en pleine ascension économique, sociale et culturelle. Enrichissement : grand commerce (Lyon : plaque tournante européenne, foires, banque), manufactures (soieries lyonnaises, tapisseries flamandes), offices royaux (noblesse de robe).

Alphabétisation massive : écoles urbaines, collèges (Jésuites créés 1540, enseignement de qualité), imprimerie (livres accessibles). Culture humaniste : lecture de classiques latins, littérature vernaculaire. Alimentation : pain blanc, viandes variées, poissons, légumes (tomates, pommes de terre tardives), fromages, pâtisseries, vins. Imitation des mœurs aristocratiques.

Accès aux soins : médecins diplômés, apothicaires (pharmacopée complexe), chirurgiens-barbiers, hôpitaux urbains (Hôtel-Dieu). Hygiène urbaine : fontaines, pavage, règlements sanitaires. Mortalité infantile en baisse (20-25%).

Division religieuse : bourgeoisie urbaine attirée par le protestantisme (lecture directe de la Bible, éthique du travail, critique du clergé). Guerres de Religion : persécutions, massacres, exils.
Paysans libres (60-65% de la population)
Espérance de vie : 40-48 ans (amélioration globale). Servage quasi-disparu (sauf Franche-Comté, régions orientales). Statut : paysans libres, censitaires, fermiers, métayers.

Optimum climatique du début du siècle (jusqu'à ~1560) : bonnes récoltes, démographie en hausse. Puis début du Petit Âge glaciaire (1560-1850) : refroidissement, mauvaises récoltes, famines (1573-1574, 1586-1587). Alimentation : pain (seigle, méteil), bouillies, légumes (choux, navets, pois, fèves, oignons), laitages, œufs, volailles, porc (consommation de viande accrue), bière, cidre. Nouveaux aliments d'Amérique (introduction progressive) : maïs, haricots (fin 16ème siècle).

Habitat : maisons à colombages, cheminée, séparation logis/étable, mobilier rustique mais amélioré. Guerres de Religion : pillages, massacres, villages incendiés, réquisitions militaires, famines artificielles. Épidémies : peste (1580-1582 : 30 000 morts à Paris), dysenterie, typhoïde. Soins : guérisseurs, rebouteux, sages-femmes, plantes médicinales, pèlerinages. Mortalité infantile (25-30%).
Pauvres urbains et ruraux (5-10% de la population)
Espérance de vie : 25-35 ans (marginalité persistante). Mendicité, vagabondage, journaliers, manouvriers. Misère urbaine : faubourgs, taudis. Guerres de Religion : refugiés, déplacés, pillages, violences. Charité : hôpitaux, confréries, distributions de pain. Répression : ordonnances contre les vagabonds. Mortalité infantile très élevée (50-60%), abandon d'enfants, infanticide.

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde (Renaissance et ruptures)

Humanisme : dignité de l'homme et optimisme anthropologique : Rupture avec le pessimisme médiéval (péché originel, mépris du monde). Pic de la Mirandole : De la dignité de l'homme (1486) : l'homme libre de se créer lui-même. Confiance en la raison humaine, perfectibilité, éducation. Érasme : irénisme, pacifisme, critique morale. Studia humanitatis : formation de l'honnête homme (culture, éloquence, vertu civique).

Réforme protestante : révolution religieuse : Sola fide, sola scriptura, sola gratia : foi seule, Écriture seule, grâce seule. Rejet de la hiérarchie ecclésiastique, du culte des saints, des indulgences, du purgatoire. Traduction de la Bible en langues vernaculaires : accès direct au texte sacré, lecture personnelle. Prédestination (Calvin) : élection divine, angoisse du salut, éthique du travail. Sacerdoce universel : chaque croyant prêtre, élimination de l'intermédiaire clérical.

Contre-Réforme catholique (Concile de Trente, 1545-1563) : Réaffirmation de la doctrine catholique : sacrements, Écriture ET Tradition, autorité du pape. Réforme interne : discipline du clergé, séminaires (formation des prêtres), Index (censure des livres). Jésuites (Compagnie de Jésus, 1540, Ignace de Loyola) : éducation, missions, reconquête catholique. Art baroque : dramatisation, émotion, théâtralité (vs austérité protestante).

Révolution scientifique (début) : Héliocentrisme : Copernic : De revolutionibus orbium coelestium (1543) : Terre tourne autour du Soleil (vs géocentrisme ptoléméen). Révolution cosmologique. Anatomie : Vésale (1543) : description précise du corps humain, fin de l'autorité absolue de Galien. Botanique : herbiers, jardins botaniques, classification des plantes. Cartographie : projection de Mercator (1569), cartes précises du monde.

Guerres de Religion : traumatisme national : Violence extrême : massacres, torture, profanations, iconoclasme (destruction d'images sacrées). Fanatisme religieux : conviction d'être du côté de Dieu, diabolisation de l'adversaire. Saint-Barthélemy (1572) : choc moral, rupture de la confiance, justifications théologiques du régicide. Politiques (parti modéré) : Michel de L'Hospital, Jean Bodin : priorité à la paix civile sur l'orthodoxie.

Spécificités selon les classes sociales

Clergé
Clergé catholique : Division et crise : Réforme = critique radicale de l'Église. Concile de Trente (1545-1563) : réforme interne, discipline, formation des prêtres (séminaires). Ordres religieux réformés : Jésuites (éducation, missions), Capucins (prédication populaire), Ursulines (éducation des filles). Inquisition : chasse aux hérétiques, Index (livres interdits).

Clergé protestant : Pasteurs mariés, formation biblique intensive. Prédication en français, catéchisme, discipline ecclésiastique (consistoires calvinistes). Églises réformées : organisation presbytérienne, autonomie locale, synode national. Persécutions : exils, martyrs, résistance clandestine (Cévennes).
Humanistes et intellectuels : Réseau européen : correspondances, voyages, universités. Édition critique des textes : grec, latin, hébreu. Philologie, grammaire, rhétorique. Bibliothèques humanistes : collections de manuscrits et imprimés. Débats : tolérance vs intolérance, foi vs raison, libre arbitre vs prédestination. Censure : Index, poursuites pour hérésie, autocensure.
Noblesse
Noblesse d'épée (traditionnelle) : Guerres d'Italie : prestige militaire, découverte de la culture italienne. Guerres de Religion : division confessionnelle (certains nobles protestants, d'autres catholiques fanatiques). Châteaux Renaissance : Chambord, Chenonceau, Azay-le-Rideau, Fontainebleau. Mécénat artistique : peinture (Clouet), sculpture, tapisseries, orfèvrerie.

Éducation humaniste : lecture des classiques (Plutarque, Cicéron), langues anciennes, maîtres d'armes (escrime, équitation), courtisan parfait (Castiglione : Le Courtisan). Duels : honneur nobiliaire, interdits mais fréquents (Henri IV tente de les réprimer).

Noblesse de robe (nouvelle) : Offices royaux (magistrats, conseillers), anoblissement par charges (achat d'offices). Culture juridique, parlements, Sorbonne. Rivalité avec la noblesse d'épée (mépris réciproque).
Bourgeoisie urbaine
Affirmation culturelle et religieuse : Alphabétisation quasi-générale : imprimerie, livres accessibles, lecture privée. Culture humaniste : traductions de Plutarque (Amyot), Sénèque, littérature vernaculaire. Protestantisme urbain : bourgeoisie attirée par la Réforme (lecture de la Bible, éthique du travail).

Guerres de Religion : persécutions, dragonades, massacres (Saint-Barthélemy : bourgeois protestants massacrés). Exils : refuge à Genève, Pays-Bas, Angleterre (diaspora huguenote). Valeurs : travail, épargne, sobriété (éthique calviniste), honnêteté commerciale, réussite familiale.

Culture bourgeoise : théâtre (tragédies humanistes, comédies), livres imprimés, musique (psaumes en français, chansons polyphoniques), collèges jésuites (éducation des fils).
Paysannerie
Analphabétisme majoritaire mais recul lent : écoles paroissiales (protestantes et catholiques), catéchisme en français, instruction religieuse de base. Religion : catholiques majoritaires, minorités protestantes (Midi, Cévennes).

Guerres de Religion : violences subies (pillages, viols, villages incendiés), enrôlements forcés, réquisitions, famines. Révoltes paysannes : jacqueries locales, révoltes antifiscales (Pitauds, Croquants).

Culture orale : contes, légendes, chansons, proverbes. Calendrier rythmé par les travaux agricoles et les fêtes religieuses. Syncrétisme : croyances païennes christianisées, sorcellerie (début de la chasse aux sorcières : Malleus Maleficarum, procès, bûchers). Solidarité villageoise : biens communaux, entraide, résistance aux seigneurs.

Production littéraire en langue française — Renaissance et innovation

Le 16ème siècle est l'âge d'or de la Renaissance littéraire française : renouvellement complet des genres, influence de l'Antiquité et de l'Italie, affirmation du français comme langue littéraire nationale (vs latin).

Genres littéraires majeurs :

  • Poésie humaniste et Pléiade : Clément Marot (1496-1544) : dernier poète médiéval, premier poète renaissant. Rondeaux, épigrammes, traduction des Psaumes en français (influence protestante).

    La Pléiade (1549) : groupe de 7 poètes (Ronsard, Du Bellay, Baïf, Belleau, Jodelle, Pontus de Tyard, Peletier du Mans). Manifeste : Défense et illustration de la langue française (Du Bellay, 1549) : enrichissement du français, imitation des Anciens, création de néologismes. Ronsard : Odes (imitation de Pindare), Amours (sonnets pétrarquistes), Hymnes, Discours des misères de ce temps (Guerres de Religion). Du Bellay : Les Regrets (sonnets), Antiquités de Rome, nostalgie, exil romain.
  • Prose humaniste et essai : François Rabelais (1494-1553) : Pantagruel (1532), Gargantua (1534), Tiers Livre, Quart Livre, Cinquième Livre (apocryphe ?). Romans humanistes géants : satire, érudition débordante, obscénité joyeuse, utopie (abbaye de Thélème), critique de la Sorbonne, guerre picrocholine.

    Michel de Montaigne (1533-1592) : Essais (1580, 1588, 1595 posthume) : invention du genre de l'essai. Introspection, scepticisme (« Que sais-je ? »), relativisme culturel, tolérance, sagesse antique (stoïcisme, épicurisme). Style : digressions, citations, conversation avec le lecteur.
  • Théâtre humaniste : Rupture avec le théâtre médiéval (mystères, farces). Imitation de l'Antiquité (Sénèque, Plaute, Térence). Tragédies humanistes : Cléopâtre captive (Jodelle, 1553), règles classiques en formation. Comédies : imitation de Plaute et Térence, satire sociale. Théâtre scolaire : Jésuites (éducation par le théâtre, tragédies religieuses en latin puis en français).
  • Littérature religieuse (Réforme et Contre-Réforme) : Traductions de la Bible : Lefèvre d'Étaples (1530), Olivétan (1535, Bible protestante). Psaumes en français : Clément Marot, Théodore de Bèze (chantés dans les temples protestants). Polémique religieuse : Calvin : Institution de la religion chrétienne (1541, français), pamphlets, traités théologiques. Littérature de controverse, martyrologes.
  • Romans et nouvelles : Heptaméron (Marguerite de Navarre, 1559 posthume) : recueil de 72 nouvelles (inachevé), imitation du Décaméron de Boccace, histoires d'amour, débats moraux. Romans sentimentaux : continuation de la tradition médiévale mais esprit humaniste.
  • Chroniques et mémoires : Mémoires de Brantôme (~1584-1614 posthumes) : chroniques scandaleuses de la cour, anecdotes galantes, portraits de femmes illustres. Histoire : Jean Bodin : Méthode pour faciliter la connaissance de l'histoire (1566), histoire comparée, méthode critique.

Contexte de production et diffusion : Mécénat royal : François Ier, Henri II, Catherine de Médicis, Marguerite de Navarre. Imprimerie : Paris, Lyon (centres éditoriaux majeurs), diffusion massive. Collèges humanistes : Collège de France, collèges jésuites, formation classique.

Public lettré en forte expansion : noblesse (d'épée et de robe), bourgeoisie urbaine, clergé (catholique et protestant), étudiants. Alphabétisation urbaine : 30-40% (hommes), 10-20% (femmes).

Défense du français : Pléiade : enrichissement de la langue, création de néologismes, imitation des Anciens. Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) : français langue officielle. Le français s'impose face au latin (mais le latin reste langue savante et internationale).

François Rabelais — Gargantua et Pantagruel (1532-1564)

Informations
Auteur
François Rabelais (~1494-1553), moine (franciscain puis bénédictin), médecin, humaniste, écrivain
Date
1532-1564 (publication des 5 livres, le 5ème posthume et apocryphe ?)
Genre
Roman humaniste en prose, satire, parodie, encyclopédisme
Langue
Français (langue débordante, néologismes, archaïsmes, dialectes, obscénités)
Contexte
Humaniste érudit (grec, latin, hébreu), médecin à Lyon, condamné par la Sorbonne (hérésie), protégé par François Ier et le cardinal Jean du Bellay
Œuvres (cycle des géants)
  • Pantagruel (1532) : naissance et éducation du géant Pantagruel, voyages, rencontre de Panurge.
  • Gargantua (1534) : père de Pantagruel, naissance prodigieuse, éducation humaniste vs scolastique, guerre picrocholine, abbaye de Thélème (utopie).
  • Tiers Livre (1546) : Panurge veut se marier, consultations multiples, satire du mariage.
  • Quart Livre (1552) : voyage maritime, îles fantastiques, satire religieuse (papimanes, papefigues).
  • Cinquième Livre (1564, posthume) : authenticité contestée, île Sonnante (satire de l'Église), oracle de la Dive Bouteille (« Trinch ! » = Bois !).
Extrait célèbre — Abbaye de Thélème (Gargantua, chapitre 57)
Toute leur vie estoit employée non par loix, statuz ou reigles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levoient du lict quand bon leur sembloit, beuvoient, mangeoient, travailloient, dormoient quand le desir leur venoit. Nul ne les esveilloit, nul ne les parforceoit ny à boyre, ny à manger, ny à faire chose aultre quelconques. Ainsi l'avoit estably Gargantua. En leur reigle n'estoit que ceste clause : FAIS CE QUE VOULDRAS.
Traduction (français moderne)

Toute leur vie était employée non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et libre arbitre. Ils se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur venait. Nul ne les éveillait, nul ne les forçait ni à boire, ni à manger, ni à faire autre chose quelconque. Ainsi l'avait établi Gargantua. Dans leur règle n'était que cette clause : FAIS CE QUE TU VOUDRAS.

Thèmes et caractéristiques
  • Éducation humaniste : Gargantua : éducation scolastique (stérile) vs éducation humaniste (Ponocrates). Apprentissage des langues, sciences, exercices physiques, lecture des classiques.
  • Satire de la Sorbonne : théologiens scolastiques, disputations absurdes, intolérance.
  • Gigantisme et démesure : corps géants, appétits démesurés (boire, manger, déféquer), énumérations interminables, listes encyclopédiques.
  • Obscénité joyeuse : scatologie, sexualité, grivoiserie, langage cru (tradition carnavalesque).
  • Utopie de Thélème : abbaye idéale, liberté absolue (« Fais ce que voudras »), gens nobles et bien éduqués, anti-monachisme.
  • Guerre picrocholine : satire de la guerre (absurde, cupidité), paix négociée, clémence (Grandgousier).
  • Érudition débordante : grec, latin, hébreu, médecine, botanique, droit, théologie, philosophie.
Langue rabelaisienne
  • Néologismes : création de mots nouveaux (sorbonagres, papimanes, gabeleurs...)
  • Énumérations : listes interminables (jeux de Gargantua : 217 jeux !)
  • Registres mélangés : savant/populaire, sublime/grotesque, sérieux/comique
  • Langues multiples : français, latin, grec, dialectes, charabia inventé
Importance historique et littéraire

Monument de la littérature française, incarnation de l'humanisme renaissant. Roman encyclopédique, satire universelle, langue débordante et créatrice. Influence immense : Montaigne, Voltaire, Hugo, surréalistes.

Condamnations : Sorbonne (1533, 1543), Index (1564). Censure mais succès populaire massif. « Rabelaisien » : adjectif passé dans la langue (jovialité, excès, érudition, grivoiserie).

Interprétations multiples : satire religieuse ? évangélisme ? athéisme ? humanisme optimiste ? « Substantifique moelle » : sens caché sous l'apparence comique. Abbaye de Thélème : utopie aristocratique, liberté fondée sur l'éducation et la vertu.

Pierre de Ronsard — Odes et Amours (1550-1585)

Informations
Auteur
Pierre de Ronsard (1524-1585), poète, chef de la Pléiade, « prince des poètes »
Date
1550-1585 (carrière poétique de 35 ans)
Genre
Poésie lyrique : odes, sonnets, hymnes, discours
Langue
Français enrichi (néologismes, archaïsmes, hellénismes, latinismes)
Contexte
Gentilhomme vendômois, page de cour, surdité précoce (renonce à la carrière diplomatique), collège Coqueret (étude du grec avec Dorat), fondation de la Pléiade (1549)
Œuvres principales
  • Odes (1550) : imitation de Pindare et Horace, lyrisme élevé, célébration des grands.
  • Les Amours (1552) : sonnets pétrarquistes pour Cassandre Salviati, amour idéalisé.
  • Continuation des Amours (1555-1556) : sonnets pour Marie (paysanne), style plus simple.
  • Hymnes (1555-1556) : poèmes longs, sujets philosophiques et cosmologiques.
  • Discours des misères de ce temps (1562-1563) : Guerres de Religion, engagement catholique.
  • Sonnets pour Hélène (1578) : derniers amours, vieillesse, nostalgie, mélancolie.
Extraits célèbres
Sonnet pour Hélène (« Quand vous serez bien vieille »)
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant et filant, Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant : « Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. »

[...]

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.
Ode à Cassandre (« Mignonne, allons voir si la rose »)
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu cette vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vôtre pareil.

[...]

Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez votre jeunesse : Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.

Thème du Carpe diem (« Cueille le jour présent ») : fugacité de la jeunesse et de la beauté.

Thèmes récurrents
  • Carpe diem : jouis du jour présent, fugacité de la vie et de la beauté
  • Amour pétrarquiste : dame inaccessible, service amoureux, souffrance ennoblissante
  • Nature et cosmos : roses, jardins, saisons, étoiles, forces cosmiques
  • Immortalité par la poésie : le poète confère l'immortalité à la dame aimée
  • Vieillesse et mort : nostalgie, mélancolie, sagesse résignée
  • Engagement politique : Guerres de Religion, défense du catholicisme, appel à la paix
Caractéristiques littéraires
  • Imitation des Anciens : Pindare (odes), Horace (odes), Pétrarque (sonnets)
  • Enrichissement de la langue : néologismes (feuillage, bocage, verdure), mots savants
  • Virtuosité métrique : sonnets, odes pindariques (strophe, antistrophe, épode)
  • Musicalité : rythmes variés, harmonie sonore, répétitions mélodiques
  • Mythologie : références antiques (Vénus, Cupidon, Apollon, Muses)
Importance historique et littéraire

« Prince des poètes » du 16ème siècle, chef de la Pléiade. Poète officiel de la cour (Charles IX, Henri III), célébrations royales, œuvre considérable (~1 000 poèmes). Influence immense sur la poésie française : modèle jusqu'au 17ème siècle, puis éclipse au 18ème (jugé obscur), redécouverte romantique (Sainte-Beuve).

Pléiade : renouvellement complet de la poésie française, rupture avec Marot et les Rhétoriqueurs. Enrichissement du français : création de milliers de mots (beaucoup disparus, certains conservés).

« Mignonne, allons voir si la rose » : l'un des poèmes les plus célèbres de la langue française. Thème du Carpe diem : topos fondamental de la poésie occidentale (Horace, Ronsard, Baudelaire).

Michel de Montaigne — Essais (1580-1592)

Informations
Auteur
Michel de Montaigne (1533-1592), gentilhomme périgourdin, maire de Bordeaux, philosophe
Date
1580 (livres I-II), 1588 (livre III), 1595 (édition posthume avec additions manuscrites)
Genre
Essai (genre nouveau, invention de Montaigne), prose réflexive et digressive
Langue
Français (mêlé de citations latines, gasconnismes, néologismes)
Contexte
Magistrat au Parlement de Bordeaux (1557-1570), retraite dans sa « librairie » (bibliothèque, tour de son château), Guerres de Religion (catholique modéré, partisan de la tolérance), voyage en Italie (1580-1581)
Structure des Essais
  • Livre I (57 chapitres) : sujets variés, stoïcisme initial, mort, coutumes
  • Livre II (37 chapitres) : approfondissement, scepticisme, Apologie de Raymond Sebond (chap. 12 : le plus long)
  • Livre III (13 chapitres) : maturité, sagesse épicurienne, acceptation de soi

Additions manuscrites continues (1580-1592) : Montaigne réécrit, ajoute, commente ses propres essais. Édition posthume (1595, Marie de Gournay) : version définitive avec ajouts.

Extraits célèbres
« Que sais-je ? » (Devise sceptique)
Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au-delà ?

« Que sais-je ? » (devise gravée sur une médaille, accompagnée d'une balance en équilibre)

Scepticisme : suspension du jugement, relativité des connaissances et des coutumes.

« Au sujet des Cannibales » (Livre I, chapitre 31)
Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage. [...] Ils sont sauvages de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, d'elle-même et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages.

Relativisme culturel : critique de l'ethnocentrisme européen, éloge de la nature vs corruption de la civilisation.

« De l'expérience » (Livre III, chapitre 13)
Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses ; et plus de livres sur les livres que sur autre sujet : nous ne faisons que nous entregloser.

C'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être.
Thèmes et méthode
  • Connaissance de soi : « Je suis moi-même la matière de mon livre », introspection, analyse de soi
  • Scepticisme : « Que sais-je ? », doute méthodique, relativisme, suspension du jugement
  • Sagesse antique : stoïcisme (première période), puis épicurisme (acceptation, jouissance modérée)
  • Tolérance : relativisme culturel, critique du fanatisme religieux, appel à la modération
  • Expérience vs autorité : primat de l'expérience personnelle sur les livres et les dogmes
  • Condition humaine : mort, maladie (calculs rénaux), vieillesse, amitié (La Boétie), éducation
  • Nature et simplicité : critique de la civilisation artificielle, éloge de la vie naturelle
Style et écriture
  • Digressions : pensée vagabonde, associations d'idées, coq-à-l'âne
  • Citations : latin (Sénèque, Lucrèce, Virgile, Horace), dialogue avec les Anciens
  • Ton familier : conversation avec le lecteur, naturel, spontanéité (apparente)
  • Auto-corrections : ajouts manuscrits, repentirs, enrichissements successifs
  • Langue vivante : gasconnismes, néologismes, liberté syntaxique
Importance historique et littéraire

Invention du genre de l'essai, monument de la pensée occidentale. Premier grand livre d'introspection moderne : « Je suis moi-même la matière de mon livre. » Influence philosophique immense : Descartes (doute méthodique), Pascal (critique du scepticisme), Rousseau (Confessions), Nietzsche, existentialisme.

Scepticisme et relativisme : « Que sais-je ? » devient devise des Lumières. Tolérance : contre-modèle au fanatisme des Guerres de Religion, humanisme pacifique. Relativisme culturel : critique de l'ethnocentrisme (« Des Cannibales »), précurseur de l'anthropologie.

Essais : livre en perpétuelle réécriture (1580-1592), œuvre ouverte, pensée en mouvement. Style : création d'une prose française souple, digressive, intime, conversationnelle. « Essai » : genre fondamental de la littérature moderne (Bacon, Emerson, Alain, Camus).

Joachim du Bellay — Défense et illustration... / Les Regrets (1549-1558)

Informations
Auteur
Joachim du Bellay (1522-1560), poète, membre de la Pléiade, diplomate
Date
1549 (Défense et illustration), 1558 (Les Regrets, Antiquités de Rome)
Genre
Manifeste poétique (prose), sonnets, poésie élégiaque
Langue
Français (enrichi, néologismes)
Contexte
Collège Coqueret (étude du grec), fondateur de la Pléiade, séjour à Rome (1553-1557) au service de son oncle le cardinal Jean du Bellay
Œuvres principales
  • Défense et illustration de la langue française (1549) : manifeste de la Pléiade, programme de renouvellement poétique, enrichissement du français, imitation des Anciens.
  • L'Olive (1549) : recueil de sonnets pétrarquistes, amour idéalisé.
  • Les Regrets (1558) : 191 sonnets, poésie personnelle, nostalgie de la France, satire de Rome, déception.
  • Les Antiquités de Rome (1558) : 32 sonnets, méditation sur les ruines, grandeur et décadence.
Extrait de Défense et illustration de la langue française (1549)
Je ne puis assez blâmer la sotte arrogance et témérité d'aucuns de notre nation, qui, n'étant rien moins que Grecs ou Latins, déprisent et rejettent d'un sourcil plus que stoïque toutes choses écrites en français [...]

Si notre langue n'est si copieuse et riche que la grecque ou latine, cela ne doit être imputé au défaut d'icelle, comme si d'elle-même elle ne pouvait jamais être sinon pauvre et stérile : mais bien on le doit attribuer à l'ignorance de nos majeurs [...] Le temps viendra (peut-être), et je l'espère moyennant la bonne destinée française, que ce noble et puissant royaume obtiendra à son tour les rênes de la monarchie, et que notre langue [...] pourra parvenir à l'égalité de honneur des Grecs et Romains.
Extrait célèbre des Regrets (Sonnet 31 : « Heureux qui, comme Ulysse »)
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, Que des palais romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin, Plus mon petit Liré, que le mont Palatin, Et plus que l'air marin la douceur angevine.

Nostalgie de la France, éloge de la patrie, simplicité vs grandeur romaine.

Thèmes récurrents
  • Défense du français : enrichissement de la langue, imitation des Anciens, création de néologismes
  • Nostalgie et exil : regret de la France, déception romaine, mal du pays
  • Satire de Rome : corruption papale, hypocrisie, déception face à la Rome moderne
  • Ruines et mélancolie : méditation sur la grandeur passée, vanité des empires, Sic transit gloria mundi
  • Désillusion : échec de la carrière diplomatique, amertume, vie de courtisan
Caractéristiques littéraires
  • Sonnet : forme privilégiée (influence de Pétrarque), 14 vers (2 quatrains, 2 tercets)
  • Ton personnel et élégiaque : confession, plainte, introspection (vs lyrisme héroïque de Ronsard)
  • Style simple et direct : moins d'ornements que Ronsard, naturel, sincérité (apparente)
  • Antithèses : France/Rome, passé/présent, grandeur/décadence, simplicité/luxe
Importance historique et littéraire

Manifeste de la Pléiade, théoricien du renouvellement poétique français. Défense et illustration de la langue française (1549) : texte fondateur, programme de la Renaissance littéraire française, affirmation de la dignité du français face au latin.

Les Regrets : poésie personnelle et élégiaque, rupture avec le pétrarquisme conventionnel. « Heureux qui, comme Ulysse » : l'un des plus beaux sonnets de la langue française, expression parfaite de la nostalgie et de l'attachement à la patrie.

Antiquités de Rome : méditation sur les ruines, thème baroque de la vanité, influence sur la poésie des ruines (romantisme). Influence sur Baudelaire (Tableaux parisiens), Verlaine, poésie élégiaque moderne.

Louise Labé — Poésie lyrique (~1555)

Informations
Auteur
Louise Labé (1524-1566), poétesse lyonnaise, « Belle Cordière »
Date
~1555 (Œuvres : unique recueil publié de son vivant)
Genre
Poésie lyrique : élégies, sonnets
Langue
Français (style pétrarquiste mais voix féminine originale)
Contexte
Fille de riche cordier lyonnais, éducation humaniste exceptionnelle (grec, latin, italien), centre d'un cénacle littéraire à Lyon, amour légendaire avec Olivier de Magny (?)
Œuvres
  • Œuvres de Louize Labé Lionnoize (1555) : 3 élégies, 24 sonnets, Débat de Folie et d'Amour (prose).
  • Dédicace aux dames lyonnaises : plaidoyer pour l'éducation des femmes.
Extrait célèbre — Sonnet VIII
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ; J'ai chaud extrême en endurant froidure : La vie m'est et trop molle et trop dure, J'ai grands ennuis entremeslez de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie, Et en plaisir maint grief tourment j'endure, Mon bien s'en va, et à jamais il dure, Tout en un coup je seiche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ; Et quand je pense avoir plus de douleur, Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis quand je crois ma joie être certaine, Et être au haut de mon désiré heur, Il me remet en mon premier malheur.
Traduction (français moderne)

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ; J'ai très chaud en endurant le froid : La vie m'est à la fois trop molle et trop dure, J'ai de grands ennuis mêlés de joie. [...]

Thèmes et caractéristiques
  • Passion amoureuse : amour ardent, désir, souffrance, contradictions du cœur
  • Voix féminine audacieuse : femme qui désire, exprime son désir ouvertement (scandaleux pour l'époque)
  • Oxymorons : « je vis, je meurs », « je me brûle et me noie » (contraires simultanés)
  • Influences : Pétrarque, école lyonnaise (Maurice Scève), néoplatonisme
  • Défense des femmes : dédicace plaidant pour l'éducation et la liberté intellectuelle des femmes
Importance historique et littéraire

Première grande poétesse française, voix féminine du désir. Audace exceptionnelle : femme qui écrit sur l'amour et le désir avec sensualité et franchise. Sonnet VIII (« Je vis, je meurs ») : l'un des plus beaux sonnets de la langue française, expression parfaite des contradictions de la passion amoureuse.

École lyonnaise : cénacle humaniste (Maurice Scève, Pernette du Guillet, Pontus de Tyard). Plaidoyer féministe : dédicace « Aux dames lyonnoises » : appel à l'émancipation intellectuelle des femmes. Influence sur la poésie féminine (Marceline Desbordes-Valmore, Anna de Noailles).

Légende : amour passion avec Olivier de Magny (?), vie sulfureuse, réputation scandaleuse. Redécouverte romantique et féministe (19ème-20ème siècles) : symbole de la femme poète libre et passionnée.

Maurice Scève — Délie (1544)

Informations
Auteur
Maurice Scève (1501-1564), poète lyonnais, chef de l'école lyonnaise
Date
1544 (Délie, objet de plus haute vertu)
Genre
Poésie lyrique : canzoniere (recueil de poèmes amoureux), dizains
Langue
Français (style hermétique, érudit, néologismes)
Contexte
Humaniste lyonnais, archéologue (découverte du tombeau de Laure de Noves, muse de Pétrarque), centre d'un cénacle poétique à Lyon (Louise Labé, Pernette du Guillet)
Œuvre principale
  • Délie, objet de plus haute vertu (1544) : 449 dizains (poèmes de 10 vers), canzoniere néoplatonicien dédié à Délie (anagramme d'idée ? Pernette du Guillet ?), amour intellectualisé, quête de perfection spirituelle.
Extrait — Dizain II
L'Aube éteignant les étoiles belles M'éveilla dormir en grand’ peine, Pour voir celle qui me mène À ce but, où mà force est rebelle.

Lors je sentis cette étincelle, Dont du tout consumme´ je m'arrête, Que pour me guérir quelque crête Plaise à Amour, qui seul conquête L'espérance à mes vœux si rebelle Que pour Scève la mort est plus belle.
Thèmes et caractéristiques
  • Néoplatonisme : amour comme élévation spirituelle, beauté terrestre reflet de la Beauté divine
  • Hermétisme : style obscur, érudit, allégories complexes, symboles alchimiques (?)
  • Dizain : forme poétique de 10 vers (invention ou perfection par Scève)
  • Amour intellectualisé : passion sublimée, quête de perfection, souffrance ennoblissante
  • Délie : dame idéalisée, anagramme d'« idée », figure abstraite et concrète
Importance historique et littéraire

Chef de l'école lyonnaise, précurseur de la Pléiade. Délie : premier grand canzoniere français (avant Les Amours de Ronsard, 1552). Style hermétique et érudit : difficulté célèbre, poésie exigeante.

École lyonnaise : alternative à la Pléiade parisienne, humanisme lyonnais, néoplatonisme (Marsile Ficin), influence italienne directe (proximité avec l'Italie). Cénacle : Maurice Scève, Louise Labé, Pernette du Guillet, Pontus de Tyard.

Influence : Pléiade (Ronsard, Du Bellay), poésie baroque, symbolisme (Malléarmé). Redécouverte moderne : Sainte-Beuve, Albert Thibaudet, poésie savante et obscure.

Étienne Jodelle — Cléopâtre captive (1553)

Informations
Auteur
Étienne Jodelle (1532-1573), poète, dramaturge, membre de la Pléiade
Date
1553 (Cléopâtre captive : première tragédie humaniste en français)
Genre
Tragédie humaniste, poésie lyrique (sonnets, odes)
Langue
Français (imitation des modèles antiques : Sénèque, Euripide)
Contexte
Pléiade (7ème membre), avocat au Parlement de Paris, protecteur du roi Henri II, représentation de Cléopâtre devant le roi (succès, célébrations)
Œuvres principales
  • Cléopâtre captive (1553) : première tragédie régulière en français, imitation de Sénèque, mort de Cléopâtre après la défaite d'Actium, 5 actes, chœurs.
  • Didon se sacrifiant (1558) : tragédie, mort de Didon abandonnée par Énée.
  • Eugène (1552) : comédie, imitation de l'Antiquité (Plaute, Térence).
  • Poésie lyrique : sonnets amoureux, odes, style Pléiade.
Extrait de Cléopâtre captive (Acte V)
[Cléopâtre, avant de se suicider]
Sus donc, il faut mourir, il faut suivre Antoine, Délaissant cette chair à la fortune et proine Du vainqueur inhumain. Que tardes-tu, ma main ? Hâte-toi, va, dépêche, achève mon destin, Que je face sentir à ce Romain superbe Que mon cœur généreux ne peut traîner en herbe, Et que pour m'asservir à son triomphe fier Il ne m'a pas vaincue, ains je me suis défier.
Innovation théâtrale
  • Première tragédie régulière française : 5 actes, unités (action, lieu, temps), vers, chœurs
  • Imitation de l'Antiquité : Sénèque (tragédie latine), Euripide (tragédie grecque)
  • Rupture avec le théâtre médiéval : abandon des mystères, miracles, farces
  • Sujet antique : histoire romaine, personnages nobles, destin tragique
  • Langue noble : alexandrins, style élevé, rhétorique humaniste
Importance historique et littéraire

Fondateur du théâtre classique français, précurseur de Corneille et Racine. Cléopâtre captive (1553) : date capitale de l'histoire du théâtre français, première tragédie régulière, rupture avec le Moyen Âge.

Représentation devant Henri II (1553) : triomphe, célébrations (festins, poèmes élogieux). Pléiade théâtrale : application au théâtre du programme de la Pléiade (imitation des Anciens).

Influences : Sénèque (violence, rhétorique, fatalité), Euripide (psychologie, pathos). Postrit : modèle pour les dramaturges humanistes, puis théâtre classique du 17ème siècle. Vie : fin misrable (pauvret, oubli), mort obscure (1573).

Marguerite de Navarre — Heptaméron (1559 posthume)

Informations
Auteur
Marguerite de Navarre (ou Marguerite d'Angoulême, 1492-1549), reine de Navarre, sœur de François Ier
Date
1559 (publication posthume de l'Heptaméron, inachevé : 72 nouvelles sur 100 prévues)
Genre
Recueil de nouvelles, littérature religieuse, poésie
Langue
Français (prose narrative, dialogues)
Contexte
Princesse humaniste, protectrice des lettres et des réformateurs (évangélisme), cour de Nérac (refuge d'intellectuels et artistes), influence politique majeure
Œuvres principales
  • Heptaméron (1559 posthume) : recueil de 72 nouvelles (sur 100 prévues), imitation du Décaméron de Boccace, histoires d'amour, trahisons, viols, meurtres, débats moraux entre les narrateurs (10 devisants : 5 hommes, 5 femmes).
  • Miroir de l'âme pécheresse (1531) : poésie mystique, condamnée par la Sorbonne (hérésie), défense par François Ier.
  • Théâtre religieux : pièces évangéliques, mystères profanes.
  • Correspondance : lettres à François Ier, Guillaume Briçonnet (évêque de Meaux, directeur spirituel).
Structure de l'Heptaméron

10 narrateurs (devisants) réfugiés dans une abbaye des Pyrénées après une crue. Chaque jour, chacun raconte une nouvelle (10 nouvelles par journée). Après chaque nouvelle : débat moral entre les devisants (hommes vs femmes, perspectives opposées). 72 nouvelles achevées (7 journées complètes + 2 nouvelles de la 8ème).

Thèmes de l'Heptaméron
  • Amour et désir : passion, adultre, viol, séduction, mariages arrangés
  • Violence et crime : meurtres, vengeances, viols (réalité crue de la société aristocratique)
  • Débats moraux : vertu vs passion, fidélité conjugale, honneur, hypocrisie
  • Critique des moines : luxure, corruption, hypocrisie cléricale (anticlricalisme modéré)
  • Condition fminine : violences subies par les femmes, double standard moral, défense des femmes
  • Foi évangélique : spiritualité intérieure, critique des pratiques superstitieuses
Importance historique et littéraire

Première grande œuvre narrative française de la Renaissance, chef-d'œuvre de la nouvelle. Heptaméron : imitation du Décaméron de Boccace (1353) mais ton et thèmes différents (moins licencieux, plus moral, débats théologiques et éthiques).

Réalisme psychologique : analyse fine des passions, hypocrisie sociale, violence des rapports hommes/femmes. Voix féminine : défense des femmes, dénonciation des violences, critique du double standard moral. Princesse humaniste : protectrice de Rabelais, Calvin (temporairement), Clément Marot, Lefèvre d'Étaples.

Évangélisme : courant réformateur modéré (critique de l'Église mais refus de rompre avec Rome). Influence politique : sœur de François Ier, grand-mre d'Henri IV, médiatrice religieuse. Postrité : modèle de la nouvelle française, influence sur la littérature féminine.

Guillaume Budé — Œuvres humanistes (1508-1540)

Informations
Auteur
Guillaume Budé (1467-1540), humaniste, helléniste, bibliothécaire royal
Date
1508-1540 (œuvres majeures en latin et français)
Genre
Érudition humaniste : philologie, droit, philosophie morale, pédagogie
Langue
Latin (œuvres savantes), français (traductions, vulgarisation)
Contexte
Conseiller de François Ier, fondateur du Collège des Lecteurs Royaux (1530, futur Collège de France), maître de la bibliothèque royale de Fontainebleau, correspondant d'Érasme
Œuvres principales
  • Annotationes in Pandectas (1508) : commentaire du droit romain (Digeste), philologie juridique, méthode historique et critique.
  • De Asse et partibus ejus (1515) : traité sur les monnaies antiques, encyclopédie de l'Antiquité (économie, institutions, vie quotidienne), érudition massive.
  • De l'Institution du prince (1519, français) : miroir du prince, éducation humaniste du roi.
  • De Philologia (1532) : éloge de l'étude des lettres anciennes, défense de l'humanisme.
  • De Transitu Hellenismi ad Christianismum (1535) : passage de l'hellénisme au christianisme, conciliation foi/culture antique.
Rôle et innovations
  • Helléniste majeur : maîtrise exceptionnelle du grec ancien, éditions critiques, commentaires philologiques, lexiques (grec-latin).
  • Fondation du Collège royal (1530) : enseignement gratuit du grec, hébreu, mathématiques, indépendant de la Sorbonne, ouvert aux nouveautés intellectuelles.
  • Bibliothèque royale : organisation, enrichissement, collections de manuscrits grecs et latins.
  • Méthode philologique : critique textuelle, éditions savantes, restitution des textes antiques.
  • Défense de l'humanisme : studia humanitatis, éducation classique, vertu civique.
Importance historique et intellectuelle

Plus grand humaniste français du 16ème siècle, fondateur du Collège de France. Érudition prodigieuse : droit romain, numismatique, philologie grecque, philosophie, théologie. De Asse (1515) : encyclopédie monumentale de l'Antiquité, référence européenne.

Collège des Lecteurs Royaux (1530) : création majeure, indépendance intellectuelle face à la Sorbonne, enseignement des langues anciennes (grec, hébreu), mathématiques, médecine. Devient Collège de France : institution prestigieuse jusqu'à aujourd'hui.

Correspondant d'Érasme : réseau humaniste européen, échanges érudits. Conseiller de François Ier : influence politique, protection royale des lettres. Modèle de l'érudit humaniste : *ad fontes* (retour aux sources), rigueur philologique, conciliation entre culture antique et foi chrétienne.

Geoffroy Tory — Champ fleury (1529)

Informations
Auteur
Geoffroy Tory (1480-1533), imprimeur, graveur, grammairien, humaniste
Date
1529 (Champ fleury)
Genre
Traité typographique, grammaire, défense de la langue française
Langue
Français (avec latin et grec)
Contexte
Imprimeur du roi (titre créé pour lui par François Ier, 1530), graveur, créateur de caractères, enlumineur, professeur
Œuvre principale
  • Champ fleury (1529) : traité sur les proportions des lettres, art de la typographie, défense et illustration de la langue française (avant Du Bellay), réforme orthographique (introduction de l'apostrophe, de l'accent, de la cédille).
Innovations typographiques et linguistiques
  • Réforme orthographique : introduction de l'apostrophe (l'homme), accent aigu (é), cédille (ç) : signes diacritiques modernes.
  • Proportions des lettres : géométrie, harmonie, esthétique de l'alphabet, canons classiques (influence de l'architecture antique).
  • Gravure de caractères : création de polices élégantes, ornements, lettrines, illustrations (bois gravés).
  • Défense du français : Champ fleury : plaidoyer pour l'enrichissement du français, critique du latin scolastique, promotion de la langue vernaculaire.
  • Livres d'Heures : éditions somptueuses, enluminures, typographie raffinée.
Importance historique et artistique

Fondateur de la typographie française moderne, réformateur de l'orthographe. Champ fleury (1529) : traité fondamental sur l'art typographique, géométrie des lettres, esthétique de l'alphabet.

Introduction des signes diacritiques : apostrophe, accent aigu, cédille (toujours utilisés aujourd'hui). Modernisation de l'orthographe française. Imprimeur du roi (1530) : premier à porter ce titre, reconnaissance royale de l'importance de l'imprimerie.

Créateur de caractères élégants : polices romaines, italiques, ornements. Livres d'Heures : chef-d'œuvre de typographie et d'enluminure. Humaniste : défense du français, culture classique, beauté formelle.

Influence : typographie française, évolution de l'orthographe, esthétique du livre. Précurseur de la Pléiade (défense du français 20 ans avant Du Bellay).

Pierre de Larivey — Comédies (1579-1611)

Informations
Auteur
Pierre de Larivey (né Pierre Giunto, ~1540-1619), dramaturge, traducteur, chanoine
Date
1579 (premier recueil de 6 comédies), 1611 (second recueil de 3 comédies)
Genre
Comédie en prose, adaptation de la commedia erudita italienne
Langue
Français (prose, langue vivante, dialogues rapides)
Contexte
Fils d'imprimeur italien installé à Troyes, chanoine de Saint-Étienne de Troyes, séjours en Italie, traducteur de comédies italiennes
Œuvres (9 comédies)
  • Premier recueil (1579) : 6 comédies adaptées de l'italien : Les Esprits, Le Laquais, La Veuve, Les Écoliers, Les Tromperies, Le Morfondu.
  • Second recueil (1611) : 3 comédies : Les Jaloux, La Constance, Le Fidèle.
Caractéristiques
  • Adaptation de la commedia erudita : comédies italiennes (Arioste, Arétin, Dolce, Grazzini), francisées (noms, lieux, contexte français).
  • Prose comique : rupture avec le vers (tradition théâtrale), langue vivante, dialogues rapides.
  • Intrigue : quiproquos, déguisements, ruses, valets malins, amours contrariées, vieillards dupés, jeunes amoureux, mariages arrangés.
  • Types comiques : valet rusé, père avare, pédant ridicule, vieillard amoureux, courtisane, parasite (types de la commedia dell'arte).
  • Réalisme urbain : scènes de rue, tavernes, intrigues bourgeoises, vie quotidienne.
Importance historique et littéraire

Créateur de la comédie française moderne en prose, précurseur de Molière. Les Esprits (1579) : source de L'Avare de Molière (1668), personnage d'Harpagon inspiré de Séverin (avare de Larivey).

Introduction de la commedia erudita en France : adaptation des comédies italiennes, types comiques, intrigues, réalisme urbain. Prose comique : rupture avec la tradition du vers, langue naturelle, dialogues vivants.

Influence sur Molière : intrigues, personnages (avare, pédant, valet malin), situations comiques, quiproquos. Théâtre populaire : succès public, rééditions, représentations.

Oubli relatif (17e-18e siècles), redécouverte (19e siècle) : reconnaissance comme précurseur de la comédie classique française. Larivey : chaînon entre commedia italienne et Molière.

Auteurs de la langue française au 17ème siècle

Auteurs et textes du 17ème siècle — Le Grand Siècle classique

Château de Versailles - Galerie des Glaces
Versailles et Louis XIV - Le Grand Siècle (17ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 17ème siècle est le « Grand Siècle » français : apogée de la monarchie absolue, âge d'or du classicisme littéraire et artistique. En France : règnes de Henri IV (jusqu'en 1610), Louis XIII (1610-1643) et Richelieu, Louis XIV le Roi-Soleil (1643-1715). Construction de l'État absolutiste, centralisation du pouvoir, rayonnement culturel européen.

Henri IV (1589-1610) — Reconstruction du royaume : Édit de Nantes (1598) : fin des Guerres de Religion, tolérance religieuse (révoqué en 1685). Reconstruction économique : Sully (surintendant des finances), assainissement, agriculture (« labourage et pâturage »). Paix intérieure, prosprité. Assassinat par Ravaillac (1610) : traumatisme national.

Louis XIII (1610-1643) et Richelieu (1624-1642) : Cardinal de Richelieu : principal ministre, homme fort du règne. Politique intérieure : abaissement des Grands (noblesse), destruction des places fortes protestantes (siège de La Rochelle, 1628), centralisation administrative (intendants de province). Politique extérieure : Guerre de Trente Ans (1618-1648), intervention française (1635) contre les Habsbourg, alliances avec les protestants allemands et suédois (raison d'État > religion). Fondation de l'Académie française (1635) : normalisation de la langue, dictionnaire, grammaire.

Louis XIV (1643-1715) — Le Roi-Soleil et l'absolutisme triomphant : Règne le plus long de l'histoire de France (72 ans). « L'État, c'est moi » (formule apocryphe mais symbolique). Mazarin (1642-1661) : continuité de Richelieu, Fronde (1648-1653) : révolte de la noblesse et du Parlement, traumatisme du jeune Louis XIV. Prise du pouvoir personnel (1661) : « Je me chargerai moi-même de mon travail », suppression du poste de principal ministre.

Absolutisme : pouvoir monarchique de droit divin, centralisation totale, contrôle de la noblesse (Versailles), révocation de l'Édit de Nantes (1685) : fin de la tolérance, exil des huguenots (300 000), affaiblissement économique. Château de Versailles (1661-1715) : symbole de la puissance royale, mise en scène du pouvoir, étiquette rigide, mécénat artistique (Le Brun, Le Nôtre, Mansart).

Guerres de Louis XIV : Politique expansionniste : Guerre de Dévolution (1667-1668), Guerre de Hollande (1672-1678), Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697), Guerre de Succession d'Espagne (1701-1714). Victoires initiales puis épuisement : traités d'Utrecht (1713) et Rastatt (1714), pertes territoriales, endettement massif, famines (Grand Hiver 1709 : 600 000 morts).

Colbert et le mercantilisme (1661-1683) : Contrôleur général des finances : politique économique interventionniste. Mercantilisme : accumulation de métaux précieux, protectionnisme, manufactures royales (Gobelins, Saint-Gobain), compagnies de commerce (Indes orientales, Indes occidentales), marine de guerre. Infrastructure : routes, canaux (canal du Midi, 1681), ports (Brest, Toulon).

Rayonnement culturel européen : Hégémonie culturelle française : le français devient langue internationale (diplomatie, cours européennes). Modèle de Versailles imité partout en Europe (Schönbrunn, Sans-Souci, Peterhof). Rayonnement artistique : peinture (Poussin, Le Brun), architecture (Mansart, Le Vau), jardins à la française (Le Nôtre), musique (Lully), littérature (siècle d'or).

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie de cour et clergé (3-5% de la population)
Espérance de vie : 45-55 ans (maintien mais avec grandes variations). Vie de cour à Versailles : splendeur mais insalubrité (absence de toilettes, odeurs, promiscuité), étiquette rigide, protocole épuisant, surveillance permanente.

Alimentation raffinée : gastronomie française en plein essor (Vatel, La Varenne : Le Cuisinier françois, 1651), service à la française, sauces, pâtisseries élaborées, vins de Champagne et Bordeaux, café (introduction fin 17ème siècle), chocolat, thé. Excès : banquets somptueux (service de 300 plats pour grandes occasions).

Médecine : médecins de cour (Fagon, Guy Patin), pratiques encore archaïques (saignées excessives, purges, laxatifs), chirurgiens progressistes mais méprisés (corporation inférieure). Mortalité infantile élevée même à la cour : Louis XIV perd la plupart de ses enfants et petits-enfants. Maladies : variole (ravages : Henriette d'Angleterre, 1670), fièvres, dysenterie, goutte, syphilis. Hygiène : parfums (masquent les odeurs), peur de l'eau (bains rares), perruques (poux).
Bourgeoisie (offices, négoce, professions libérales) (15-25% de la population)
Espérance de vie : 40-50 ans (amélioration continue). Classe en pleine ascension : noblesse de robe (parlements, offices), négociants (commerce colonial, manufactures), professions libérales (avocats, médecins, notaires).

Enrichissement : commerce triangulaire (traite négrière), manufactures, offices vénaux (achat de charges), rentes, investissements fonciers. Ascension sociale : anoblissement par offices, mariages avec petite noblesse. Alphabétisation massive : collèges jésuites, oratoriens, écoles urbaines, culture classique (latin, rhétorique).

Alimentation : pain blanc, viandes, poissons, légumes, fromages, vins, pâtisseries. Imitation des mœurs aristocratiques (table, vêtements, mobilier). Accès aux soins : médecins diplômés, apothicaires, hôpitaux urbains (Hôtel-Dieu). Mortalité infantile (20-30%).
Paysans (65-75% de la population)
Espérance de vie : 30-40 ans (stagnation avec crises graves). Servage disparu (sauf quelques régions orientales). Statut : paysans libres, censitaires, fermiers, métayers, journaliers.

Conditions difficiles : fiscalité écrasante (taille, gabelle, aides, dîme), corves seigneuriales, milice (service militaire par tirage au sort). Famines récurrentes : 1630-1631, 1648-1652 (Fronde), 1660-1662, 1693-1694 (1,3 million de morts), Grand Hiver 1709 (600 000 morts : gel des récoltes, famine catastrophique).

Alimentation : pain (seigle, méteil), bouillies, légumes (choux, navets, fèves, pois), laitages, œufs, volailles (rares), porc (tue-cochon annuel), bière, cidre. Disettes fréquentes, sous-nutrition chronique, carences (rachitisme, scorbut).

Habitat : maisons modestes (torchis, chaume), cheminée, mobilier rudimentaire, promiscuité (humains + animaux en hiver). Mortalité infantile (30-40%). Épidémies : peste (dernières grandes épidémies : Marseille 1720), dysenterie, typhoïde, variole. Soins : guérisseurs, rebouteux, sages-femmes, remdes populaires, pèlerinages.
Pauvres urbains et ruraux (5-10% de la population)
Espérance de vie : 20-30 ans (extrême précarité). Mendicité, vagabondage, journaliers, manouvriers. Misère urbaine : faubourgs insalubres, taudis, promiscuité. Charité : hôpitaux (Hôpital Général, 1656 : enfermement des pauvres), confréries, distributions de pain. Répression : Édit de 1656 : « grand renfermement » des mendiants, forçage au travail. Mortalité infantile extrême (50-60%), abandon d'enfants (tours d'abandon), infanticide.

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde (Classicisme et absolutisme)

Classicisme : ordre, raison, harmonie : Esthétique classique : imitation des Anciens (Aristote, Horace), recherche de la perfection formelle, unités (action, lieu, temps), vraisemblance, biensance, docere et placere (instruire et plaire). Boileau : Art poétique (1674) : codification des règles classiques. « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. » Clarté, raison, mesure, élégance, goût.

Monarchie absolue de droit divin : Louis XIV : roi de droit divin, lieutenant de Dieu sur terre, pouvoir absolu mais non arbitraire (lois fondamentales). Bossuet : Politique tirée de l'Écriture sainte (1709) : théorie de l'absolutisme, autorité royale sacrée, obéissance comme devoir religieux. Versailles : théâtre du pouvoir, mise en scène quotidienne (lever, coucher du roi), étiquette rigide, domestication de la noblesse (« cage dorée »).

Jansénisme : rigorisme moral et grâce divine : Abbé de Saint-Cyran, Arnauld, Pascal : mouvement rigoriste au sein du catholicisme. Doctrine : prédestination, grâce efficace, pessimisme anthropologique (corruption de la nature humaine). Port-Royal : abbaye janséniste, foyer intellectuel (Petites Écoles : pédagogie novatrice). Condamnation pontificale (bulle Unigenitus, 1713), persécutions, destruction de Port-Royal (1710). Pascal : Penses (1670 posthume) : apologie du christianisme, wager (pari), misère de l'homme sans Dieu.

Querelle des Anciens et des Modernes (1687-1715) : Anciens (Boileau, La Fontaine, Racine) : supériorité des Anciens (Grecs, Romains), imitation des modèles antiques. Modernes (Charles Perrault, Fontenelle) : progrs des connaissances, supériorité des Modernes, science moderne > science antique, possibilité de dépasser les Anciens. Débat esthétique et philosophique : tradition vs innovation, autorité vs raison critique.

Révolution scientifique (consolidation) : Descartes : Discours de la méthode (1637), Méditations métaphysiques (1641) : rationalisme, doute méthodique, « Cogito ergo sum » (Je pense donc je suis), dualisme corps/esprit, mécanique (animaux-machines). Pascal : mathématiques (probabilités, triangle de Pascal), physique (pression atmosphérique, vide), machine à calculer (Pascaline, 1642). Académie des sciences (1666) : institutionnalisation de la recherche scientifique.

Spécificités selon les classes sociales

Aristocratie de cour
Vie à Versailles : Présence obligatoire à la cour (domestication de la noblesse). Étiquette rigide : protocole minutieux (qui peut s'asseoir, qui peut tenir le bougeoir du roi), hiérarchie stricte, priège (droit de passer le premier), préséances. Rituels quotidiens : lever, coucher du roi (grand et petit lever/coucher), repas publics, chasse, jeu, théâtre.

Culture classique : goût raffiné, connaissance des Belles-Lettres (Racine, Molière, La Fontaine), conversation (salons : Mme de Rambouillet, Mme de Sévigné, Mme de Lafayette), préciosité (raffinement excessif du langage, critiqué par Molière). Mécénat : protection d'écrivains, pensions royales (Racine, Boileau : historiographes du roi).

Honnête homme : idéal aristocratique (culture vaste mais sans pédantisme, élégance, conversation, galanterie, maîtrise de soi, sprezzatura : aisance naturelle). Femmes de cour : influence culturelle (salons), éducation soignée, mais exclusion du pouvoir politique.
Noblesse de robe et bourgeoisie
Parlements et offices : Magistrats (parlements de Paris, provinces), offices vénaux (achat de charges, transmission héréditaire), anoblissement progressif. Culture juridique : droit romain, coutumes, jurisprudence. Rivalité avec noblesse d'épée : mépris réciproque mais mariages d'alliance.

Éducation classique : collèges jésuites (ratio studiorum : latin, rhétorique, philosophie), oratoriens, alphabétisation quasi-totale (hommes), formation humaniste. Valeurs : travail, mérite, épargne, honnêteté, réussite familiale, ascension sociale.

Jansénisme : attrait pour le rigorisme moral, lecture de Pascal, Port-Royal, opposition à la débauche aristocratique et au lâchisme jésuite. Salons bourgeois : imitation des salons aristocratiques, conversations littéraires, théâtre.
Clergé
Clergé régulier : Réforme catholique (Concile de Trente) : discipline restaurée, nouveaux ordres (Oratoriens, Lazaristes : Vincent de Paul, Visitandines : François de Sales et Jeanne de Chantal). Jésuites : éducation (collèges : 50% des élèves français), missions, casuistique (critiquée par Pascal : Provinciales). Ordres contemplatifs : carmélites (Thérèse d'Avila), bénédictins (Mabillon : érudition, diplomatique).

Clergé séculier : Évêques : grands seigneurs ecclésiastiques (Bossuet, Fénelon), orateurs sacrés (sermons à la cour), théologiens, directeurs de conscience. Curés : formation améliorée (séminaires, Compagnie du Saint-Sacrement), pastorale active, catéchisme, lutte contre les superstitions.

Gallicanisme : indépendance relative de l'Église de France face à Rome, autorité du roi en matière temporelle (Articles gallicans, 1682 : Bossuet).
Paysannerie
Analphabétisme majoritaire (70-80%) mais recul lent : écoles paroissiales, catéchisme (Concile de Trente : instruction religieuse obligatoire). Religion : catholicisme quasi-universel (révocation Édit de Nantes, 1685 : fin du protestantisme légal), piété populaire intense (processions, pèlerinages, fêtes patronales, confrries).

Syncrétisme persistant : croyances païennes christianisées, sorcellerie (dernières chasses aux sorcières), guérisseurs, rebouteux, saints guérisseurs. Révoltes fiscales : Croquants (Sud-Ouest, 1630s-1640s), Nu-Pieds (Normandie, 1639), révoltes antifiscales réprimées violemment.

Calendrier : rythmé par les travaux agricoles et le calendrier liturgique. Solidarité villageoise : biens communaux, entraide, justice coutumière. Fatalisme : résignation face aux crises (famines, épidémies, guerres), espoir placé dans l'au-delà.

Production littéraire en langue française — Âge d'or du classicisme

Le 17ème siècle est l'âge d'or de la littérature classique française : perfection formelle, équilibre, clarté, rayonnement européen. Le français devient langue internationale de la culture et de la diplomatie.

Genres littéraires majeurs :

  • Théâtre classique : Apogée du genre. Corneille : tragédie (1635-1674), Le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte : conflit devoir/passion, héros cornélien (volonté, grandeur, honneur). Racine : tragédie (1664-1691), Andromaque, Britannicus, Bérénice, Phèdre : passion fatale, fatalité, simplicité, poésie. Molière : comédie (1658-1673), Tartuffe, Dom Juan, Le Misanthrope, L'Avare, Le Malade imaginaire : satire sociale, peinture des mœurs, comique universel.
  • Prose moraliste et analytique : Pascal : Pensées (1670 posthume), Provinciales (1656-1657) : apologie chrétienne, polémique janséniste. La Rochefoucauld : Maximes (1665) : pessimisme moral, amour-propre, démasquage des illusions. La Bruyère : Les Caractères (1688) : portraits satiriques, peinture de la société, critique sociale. Mme de Lafayette : La Princesse de Clèves (1678) : premier roman psychologique moderne, analyse des passions, renoncement.

    Moralistes : introspection, analyse psychologique, pessimisme anthropologique, lucidité, style lapidaire.
  • Poésie classique : La Fontaine : Fables (1668-1694) : chef-d'œuvre de la poésie classique, simplicité apparente, profondeur morale, v art de la narration en vers. Boileau : Satires, Art poétique (1674), Épîtres : législateur du Parnasse, codification des règles classiques. Poésie mondaine : Voiture, Sarasin, Mme Deshoulires (salons).
  • Éloquence sacrée : Bossuet : oraisons funèbres (Henriette d'Angleterre, Condé), sermons, Discours sur l'histoire universelle (1681) : providence divine, vision théologique de l'histoire. Bourdaloue, Massillon, Fléchier : prédicateurs célèbres, sermons à la cour. Éloquence : rhétorique classique, périodes amples, pathos contrôlé, édification.
  • Mémoires et correspondance : Cardinal de Retz : Mémoires (~1675) : Fronde, intrigues politiques, portraits, style vif. Saint-Simon : Mémoires (rédigés 1691-1723, publiés 19ème siècle) : cour de Louis XIV, portraits acerbes, style passionné, témoignage unique (technique 18ème siècle mais sur 17ème). Mme de Sévigné : Lettres (1671-1696) : correspondance avec sa fille, chronique de la cour, style spontané, naturel, élégance.
  • Littérature d'idées : Descartes : Discours de la méthode (1637), Méditations métaphysiques (1641) : philosophie rationaliste, méthode, dualisme. Fénelon : Télémaque (1699) : roman pédagogique, critique voilée de Louis XIV, Lettre à Louis XIV (1694) : critique de l'absolutisme, misère du peuple.

Contexte de production et diffusion : Mécénat royal : Louis XIV (pensions, protections), Colbert (politique culturelle), Académie française (dictionnaire, grammaire, prix littéraires). Salons : Mme de Rambouillet (Hôtel de Rambouillet), Mme de Scudéry, Mme de Lafayette, Mme de Sévigné : conversation, lecture, jugement littéraire, goût.

Théâtre : Comédie-Française (1680 : fusion troupes Molière, Hôtel de Bourgogne), représentations publiques, succès populaire (Molière) et aristocratique (Racine). Imprimerie : diffusion massive, privilèges royaux, censure (approbation royale).

Public lettré : aristocratie, bourgeoisie, clergé. Alphabétisation urbaine : 40-50% (hommes), 20-30% (femmes). Français langue internationale : diplomatie (traités en français), cours européennes, langue de culture (remplacement du latin comme langue savante internationale).

Pierre Corneille — Tragédies (1635-1674)

Informations
Auteur
Pierre Corneille (1606-1684), dramaturge, poète, avocat (Rouen)
Date
1635-1674 (carrière dramatique de 40 ans)
Genre
Tragédie classique, comédie (début de carrière)
Langue
Français (alexandrins, style noble, rhétorique élevée)
Contexte
Rouen puis Paris, protection de Richelieu (puis brouille), succès puis rivalité avec Racine, élection à l'Académie française (1647)
Œuvres principales
  • Le Cid (1637) : tragédie (ou tragi-comédie), chef-d'œuvre absolu, querelle du Cid (débat sur les règles classiques), triomphe public malgré critiques académiques.
  • Horace (1640) : conflit devoir patriotique/amour familial, héroïsme romain.
  • Cinna (1641) : clémence d'Auguste, conspiration, pardon, grandeur d'âme.
  • Polyeucte (1642) : tragédie chrétienne, martyre, conversion, grâce divine.
  • Rodogune (1644), Nicomède (1651), Pertharite (1651, échec).
Extrait célèbre — Le Cid (Acte I, scène 6 : stances de Rodrigue)
Percé jusques au fond du cœur D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle, Misérable vengeur d'une juste querelle, Et malheureux objet d'une injuste rigueur, Je demeure immobile, et mon âme abattue Cède au coup qui me tue. [...]
« Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme, Ou de vivre en infme, Des deux côtés mon mal est infini. »
Héros cornélien
  • Conflit devoir/passion : dilemme tragique (honneur vs amour, patrie vs famille)
  • Volonté héroïque : dépassement de soi, maîtrise des passions, choix du devoir
  • Grandeur d'âme : élévation morale, générosité (sens aristocratique : noblesse d'âme)
  • Gloire : honneur, réputation, estime publique (valeur suprême)
  • Admiration : le spectateur admire le héros (vs pitié chez Racine)
Importance historique et littéraire

Fondateur de la tragédie classique française, rival de Racine. Le Cid (1637) : triomphe absolu, querelle du Cid (Académie vs public), débat sur les règles classiques (unités, vraisemblance, bienseance).

Héros cornélien : modèle de grandeur, volonté, maîtrise de soi (idéal aristocratique). Thèmes : conflit devoir/passion, honneur, gloire, clémence, héroïsme romain. Influence : théâtre classique européen, opéra (Massenet : Le Cid).

Rivalité Corneille/Racine : deux esthétiques (volonté vs passion, admiration vs pitié, complexité vs simplicité). Déclin après 1670 (succès de Racine), fin de carrière difficile. Redécouverte romantique : Hugo, Musset admirent Corneille.

Jean Racine — Tragédies (1664-1691)

Informations
Auteur
Jean Racine (1639-1699), dramaturge, poète, historiographe du roi
Date
1664-1691 (carrière dramatique : 1664-1677, puis 1689-1691 pour théâtre religieux)
Genre
Tragédie classique (perfection du genre)
Langue
Français (alexandrins, poésie pure, harmonie, simplicité)
Contexte
Éducation janséniste (Port-Royal), rupture puis retour au jansénisme (1677), favori de Louis XIV, historiographe du roi (avec Boileau, 1677)
Œuvres principales
  • Andromaque (1667) : premier chef-d'œuvre, chaîne amoureuse (Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque).
  • Britannicus (1669) : tragédie romaine, Néron, naissance d'un tyran.
  • Bérénice (1670) : simplicité extrême, « tristesse majestueuse », renoncement (« Invitus invitam dimisit »).
  • Bajazet (1672) : sujet oriental (sérail turc), passion, jalousie, meurtre.
  • Mithridate (1673), Iphigénie (1674) : triomphe à Versailles.
  • Phèdre (1677) : chef-d'œuvre absolu, sommet de la tragédie classique, passion coupable, fatalité, culpabilité. Cabale contre Racine, retraite théâtrale.
  • Esther (1689), Athalie (1691) : tragédies bibliques pour Saint-Cyr (Mme de Maintenon), retour au théâtre religieux.
Extrait célèbre — Phèdre (Acte I, scène 3 : aveu de Phèdre à Œnone)
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée : C'est Vénus tout entière à sa proie attachée. J'ai conçu pour mon crime une juste terreur ; J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur. Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire, Et dérober au jour une flamme si noire : Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats ; Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas.
Caractéristiques raciniennes
  • Passion fatale : amour comme maladie, possession, délire, destruction
  • Fatalité : destin inexorable, dieux cruels (Vénus), prédestination janséniste (?)
  • Simplicité : action dépouillée, concentration dramatique, unités respectées rigoureusement
  • Poésie : alexandrins harmonieux, musicalité, métaphores (feu, poison, monstre)
  • Psychologie : analyse des passions, introspection, lucidité douloureuse
  • Pitié et terreur : catharsis aristotlicienne, compassion pour les personnages (vs admiration chez Corneille)
Importance historique et littéraire

Sommet absolu de la tragédie classique française, poète dramatique parfait. Phèdre (1677) : chef-d'œuvre universel, perfection formelle et profondeur psychologique. Passion coupable, culpabilité, fatalité : dimension janséniste (débattu).

Simplicité racinienne : « faire quelque chose de rien » (Bérénice : pas de morts sur scène, action minimale, tout dans les cœurs). Poésie pure : alexandrins harmonieux, musicalité, beauté formelle.

Influence immense : théâtre classique européen, opéra (Gluck, Rameau), romantisme (admiration : Hugo, Musset), psychanalyse (complexes, passions inconscientes). Racine : modèle absolu de la langue classique, pureté, élégance, clarté.

Retraite (1677-1689) : retour au jansénisme, historiographe du roi, vie pieuse. Athalie (1691) : dernier chef-d'œuvre, prophétie, lyrisme biblique, chœurs.

Molière — Comédies (1658-1673)

Informations
Auteur
Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622-1673), dramaturge, comédien, directeur de troupe
Date
1658-1673 (carrière parisienne : 15 ans, 33 pièces)
Genre
Comédie (farce, comédie de mœurs, comédie-ballet)
Langue
Français (prose et vers, langue vivante, dialogues rapides, comique verbal)
Contexte
Fils de tapissier du roi, fonde l'Illustre-Théâtre (1643, échec), tournées en province (1645-1658), retour à Paris (1658), protection de Louis XIV (Troupe du Roi, 1665), luttes contre cabales (Tartuffe interdit 5 ans), mort sur scène (Le Malade imaginaire, 1673)
Œuvres principales
  • Les Précieuses ridicules (1659) : satire de la préciosité, succès, lancement de carrière.
  • L'École des femmes (1662) : comédie en vers, Arnolphe, querelle (immoralité ?), triomphe.
  • Tartuffe (1664-1669) : comédie en vers, hypocrisie religieuse, cabale dévote (interdiction 1664-1669), version finale autorisée (1669), chef-d'œuvre absolu.
  • Dom Juan (1665) : comédie en prose, libertin, séducteur, statue du Commandeur, enfer.
  • Le Misanthrope (1666) : comédie de caractère, Alceste (sincérité vs hypocrisie sociale), Célimène.
  • L'Avare (1668) : Harpagon, obsession de l'argent, comique de caractère.
  • Le Bourgeois gentilhomme (1670) : comédie-ballet (avec Lully), M. Jourdain, satire sociale.
  • Les Femmes savantes (1672) : satire du pédantisme féminin, préciosité.
  • Le Malade imaginaire (1673) : comédie-ballet, Argan, satire de la médecine, dernière pièce (mort sur scène).
Extrait célèbre — Tartuffe (Acte III, scène 3 : Tartuffe à Elmire)
[Tartuffe, faux dévot, déclare sa flamme à Elmire, femme d'Orgon]
« L'amour qui nous attache aux beautés éternelles N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles. » [...] Ah ! pour être dévot, je n'en suis pas moins homme ; Et lorsqu'on vient à voir vos célestes appas, Un cœur se laisse prendre, et ne raisonne pas.
Comique moliéresque
  • Comique de caractère : obsession unique (avarice, hypocondrie, hypocrisie), ridicule
  • Comique de mœurs : satire sociale (bourgeois, précieuses, médecins, dévots)
  • Comique de situation : quiproquos, déguisements, renversements
  • Comique verbal : jeux de mots, répétitions, patois, jargon (médecins), « galimatias »
  • Farce : héritage médiéval, commedia dell'arte (Scapin, valets), coups de bâton
Importance historique et littéraire

Plus grand auteur comique français, génie universel de la comédie. 33 pièces en 15 ans, comédien-auteur-directeur : vie entièrement consacrée au théâtre. Satire sociale : hypocrisie (Tartuffe), médecine (Le Malade imaginaire), préciosité, bourgeoisie, noblesse décadente.

Combats : Tartuffe interdit 5 ans (cabale dévote : Compagnie du Saint-Sacrement), Dom Juan retiré après 15 représentations. Courage intellectuel, liberté d'esprit. Comédie-Française (1680) : fusion des troupes Molière + Hôtel de Bourgogne, « Maison de Molière » (toujours appelée ainsi).

Influence universelle : comédie européenne (Goldoni, Beaumarchais), théâtre mondial (Gogol, Tchekhov), cinéma, opéra (Don Giovanni de Mozart). Molière : symbole du génie français, langue de Molière = langue française.

Mort légendaire : 4ème représentation du Malade imaginaire (17 février 1673), malaise sur scène, mort quelques heures après. Enterrement difficile (comédien = excommunié), intervention de Louis XIV.

Jean de La Fontaine — Fables (1668-1694)

Informations
Auteur
Jean de La Fontaine (1621-1695), poète, fabuliste
Date
1668-1694 (12 livres de Fables publiés en 3 recueils : 1668, 1678-1679, 1694)
Genre
Fable (apologue), conte, poésie lyrique
Langue
Français (vers libres, variété métrique, langue souple et naturelle)
Contexte
Maître des Eaux et Forêts (Château-Thierry), protégé de Fouquet puis Mme de La Sablière, Académie française (1684), camp des Anciens (querelle Anciens/Modernes)
Œuvres principales
  • Fables (1668-1694) : chef-d'œuvre absolu, 12 livres, 240 fables, sources antiques (Ésope, Phèdre) mais réécriture originale, variété infinie.
  • Contes et nouvelles en vers (1665-1674) : contes licencieux, espèglerie, libertinage galant.
  • Adônis (1658), Le Songe de Vaux (1659-1661) : poémes de jeunesse.
Fables célèbres
Le Corbeau et le Renard (Livre I, fable 2)
Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! [...] »

« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute. »
La Cigale et la Fourmi (Livre I, fable 1)
La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
[...]
Art de la fable
  • Récit et moralité : narration vivante + leçon morale (explicite ou implicite)
  • Anthropomorphisme : animaux parlants incarnant types humains (vanité, ruse, sottise)
  • Vers libres : mélange alexandrins, octosyllabes, vers courts, rythme varié, souplesse
  • Naturel et simplicité apparente : « négligence savante », art de cacher l'art
  • Humour et ironie : satire sociale, critique des puissants, sagesse désabususe
  • Universalité : sagesse intemporelle, observation de la nature humaine
Importance historique et littéraire

Plus grand fabuliste français, poète du naturel et de la sagesse. Fables : chef-d'œuvre de la poésie classique, perfection formelle cachée sous simplicité apparente. Sources antiques (Ésope, Phdre) mais réinvention totale : psychologie, variété, poésie.

Sagesse : observation luci de de la société et de la nature humaine, morale pragmatique, satire des puissants (« La raison du plus fort est toujours la meilleure »), critique de la vanité, de la flatterie, de l'hypocrisie.

Vers libres : innovation métrique, rupture avec la régularité classique, souplesse, naturel. Influence immense : éducation (fables apprises par cœur depuis 300 ans), patrimoine national, expressions proverbiales (« rien ne sert de courir », « tout flatteur vit aux dépens... »).

Querelle Anciens/Modernes : camp des Anciens (avec Boileau, Racine), défense de l'imitation des Anciens contre Perrault. Vie : protections successives (Fouquet, Mme de La Sablière), indépendance d'esprit, épicurisme tempéré, conversion tardive (1693).

Blaise Pascal — Pensées (1670 posthume)

Informations
Auteur
Blaise Pascal (1623-1662), mathématicien, physicien, philosophe, théologien
Date
1656-1662 (rédaction des Pensées, publiées 1670 posthume)
Genre
Pensée philosophique et théologique, apologétique chrétienne, polémique
Langue
Français (prose, style lapidaire, formules fulgurantes, rhétorique puissante)
Contexte
Enfant prodige (mathématiques), conversion janséniste (1654 : « nuit de feu », Mémorial), Port-Royal, polmique anti-jésuite, projet d'apologie du christianisme inachevé, mort à 39 ans
Œuvres principales
  • Les Provinciales (1656-1657) : 18 lettres polémiques contre les jésuites, défense de Port-Royal, satire de la casuistique, chef-d'œuvre de prose polémique.
  • Pensées (1670 posthume) : fragments d'une apologie du christianisme inachevée, chef-d'œuvre philosophique, misère et grandeur de l'homme, pari, grâce.
  • Œuvres scientifiques : traités de géométrie, probabilités (correspondance avec Fermat), pression atmosphérique (expériences du Puy-de-Dôme, 1648), vide, Pascaline (machine à calculer, 1642).
Pensées célèbres
« L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. »

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »

« Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. »

« Qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. »

Le pari (fragment 233 Brunschvicg) :
« Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l'erreur et la misère. [...] Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. [...] Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter. »
Thèmes philosophiques
  • Misère de l'homme sans Dieu : angoisse, vanité, divertissement (fuite de soi), ennui
  • Grandeur de l'homme : pensée, conscience, dignité (« roseau pensant »)
  • Disproportion de l'homme : entre infini et néant, incommensurabilité de l'univers
  • Pari : argument pragmatique (mise en jeu, calcul des probabilités appliqué à la foi)
  • Cœur vs raison : ordre du cœur, Dieu sensible au cœur (vs démonstrations rationnelles)
  • Jansénisme : grâce, prédestination, corruption de la nature humaine (péché originel)
Importance historique et littéraire

Génie universel : mathématicien, physicien, philosophe, écrivain. Pensées : chef-d'œuvre de la pensée philosophique et religieuse, texte fragmentaire mais d'une profondeur et d'une beauté uniques. Apologie du christianisme inachevée (mort à 39 ans), mais fragments d'une puissance extraordinaire.

Style : prose lapidaire, formules fulgurantes (« roseau pensant », « cœur a ses raisons »), rhétorique puissante, dialectique serrée. Provinciales : satire des jésuites, chef-d'œuvre de polémique, ironie dévastatrice, défense de Port-Royal, condamné par Rome (Index, 1657).

Science : probabilités (fondation avec Fermat), pression atmosphérique (expériences du vide), triangle arithmétique (triangle de Pascal), Pascaline (ancêtre de la calculatrice). Conversion janséniste (1654 : « nuit de feu », Mémorial cousu dans son pourpoint).

Influence : philosophie existentialiste (Kierkegaard, Camus : absurde, condition humaine), littérature (Chateaubriand, Baudelaire), pensée chrétienne. Pascal : modèle de l'intellectuel chrétien, rigueur scientifique + foi ardente.

René Descartes — Discours de la méthode (1637)

Informations
Auteur
René Descartes (1596-1650), philosophe, mathématicien, physicien
Date
1637-1649 (œuvres philosophiques majeures)
Genre
Philosophie, métaphysique, épistémologie, science
Langue
Français (pour le grand public) et latin (pour les savants)
Contexte
Jésuites (La Flèche), voyages européens, installation en Hollande (1628-1649, liberté intellectuelle), invitation de Christine de Suède (1649, mort de pneumonie à Stockholm, 1650)
Œuvres principales
  • Discours de la méthode (1637, français) : méthode scientifique, doute méthodique, « Cogito ergo sum » (Je pense donc je suis), physique mécaniste. Préface aux Essais (Géométrie, Dioptrique, Météores).
  • Méditations métaphysiques (1641, latin) : démonstration de l'existence de Dieu et de l'âme, dualisme corps/esprit, méthode du doute hyperbolique (« malin génie »).
  • Principes de la philosophie (1644), Traité des passions de l'âme (1649) : physique, métaphysique, morale provisoire.
  • Le Monde (~1633, publié posthume) : cosmologie héliocentrique, censuré (affaire Galilée).
Pensées célèbres
« Je pense, donc je suis. » (Cogito ergo sum)

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. »

« Pour atteindre la vérité, il faut une fois dans sa vie se défaire de toutes les opinions que l'on a reçues, et reconstruire de nouveau tout le système de ses connaissances. »
Philosophie cartésienne
  • Doute méthodique : remettre en question toutes les connaissances reçues, chercher une certitude indubitable
  • Cogito : première certitude (je pense donc je suis), fondement de la métaphysique
  • Dualisme corps/esprit : substance pensante (res cogitans) vs substance étendue (res extensa), séparation radicale âme/corps
  • Méthode : 4 règles (evidence, analyse, synthèse, énumération), rigueur mathématique
  • Mécanisme : univers = machine, animaux-machines (automates), physique mécaniste
  • Rationalisme : raison source de connaissance, idées innées, déduction
Importance historique et philosophique

Père de la philosophie moderne, fondateur du rationalisme. Discours de la méthode (1637) : texte fondateur, rupture avec scolastique médiévale, méthode scientifique moderne, doute méthodique. Cogito : première certitude indubitable, fondement de la métaphysique moderne, primaté du sujet pensant.

Mathématiques : géométrie analytique (coordonnées cartésiennes), algèbre, lien algèbre/géométrie. Physique : optique (loi de la réfraction), mécanique, cosmologie (tourbillons). Dualisme : problème corps/esprit (comment interagissent-ils ? glande pinéale), débat philosophique jusqu'à aujourd'hui.

Influence immense : philosophie moderne (Spinoza, Leibniz, Kant), rationalisme européen, méthode scientifique, Lumières. Cartésianisme : doctrine philosophique (rationalisme, mécanisme, dualisme), esprit cartésien = clarté, rigueur, méthode.

Condamnations : Index (1663), Sorbonne (1671), mais triomphe progressif au 18ème siècle. Mort : invité par Christine de Suède (1649), pneumonie à Stockholm (1650, 54 ans).

La Rochefoucauld — Maximes (1665)

Informations
Auteur
François VI, duc de La Rochefoucauld (1613-1680), moraliste, mémorialiste
Date
1665-1678 (5 éditions des Maximes, révision continue)
Genre
Maxime (pensée morale brève), littérature moraliste
Langue
Français (style lapidaire, concision, élégance, formules ciselées)
Contexte
Grand seigneur, Frondeur (1648-1653, blessé, désillusionné), retraite mondaine, salons (Mme de Sablière, Mme de Lafayette), amitié littéraire
Œuvre principale
  • Réflexions ou sentences et maximes morales (1665, 1ère éd.) : 504 maximes (5ème éd., 1678), analyse psychologique, pessimisme moral, amour-propre, hypocrisie, chef-d'œuvre du genre.
  • Mémoires (~1662, publiés 1662) : Fronde, désillusion politique, portraits.
Maximes célèbres
« Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés. » (Épigraphe)

« L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs. » (Maxime 2)

« On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine. » (Maxime 49)

« L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. » (Maxime 218)

« Il y a des gens qui n'auraient jamais été amoureux s'ils n'avaient jamais entendu parler de l'amour. » (Maxime 136)

« La défiance de soi est le premier signe de l'intelligence. »
Thèmes moraux
  • Amour-propre : moteur universel des actions humaines, intérêt personnel masqué
  • Hypocrisie : vertus = vices déguisés, générosité = amour-propre raffiné
  • Pessimisme anthropologique : nature humaine corrompue, illusions sur soi-même
  • Lucidité : démasquage des illusions, analyse impitoyable, vérité désenchantée
  • Passions : amour, jalousie, vanité, orgueil (ressorts cachés des actions)
Importance historique et littéraire

Maître du genre de la maxime, moraliste classique par excellence. Maximes (1665) : chef-d'œuvre de concision et de lucidité, analyse impitoyable de la nature humaine. Pessimisme moral : amour-propre moteur universel, vertus = vices déguisés, hypocrisie généralisée, désillusion aristocratique (post-Fronde).

Style : concision extrême, formules ciselées, élégance, antithèses, paradoxes. Maxime : genre littéraire (brièveté, généralité, vérité morale), exercice mondain (salons), puis œuvre autonome.

Influence : moralistes classiques (La Bruyère, Vauvenargues, Chamfort), philosophie (Schopenhauer, Nietzsche : généalogie de la morale), psychologie (psychologie des profondeurs, inconscient). Salons : amitié avec Mme de Lafayette, Mme de Sablière, conversations littéraires.

Réception : scandale initial (cynisme, immoralité ?), puis reconnaissance, classique de la littérature morale française.

La Bruyère — Les Caractères (1688)

Informations
Auteur
Jean de La Bruyère (1645-1696), moraliste, écrivain
Date
1688-1696 (9 éditions des Caractères, augmentation continue)
Genre
Portrait, maxime, réflexion morale, satire sociale
Langue
Français (variété stylistique, portraits vivants, formules lapidaires)
Contexte
Précepteur du petit-fils de Condé (duc de Bourbon), vie de cour (Chantilly), observation de la société aristocratique, Académie française (1693, contre Modernes)
Œuvre principale
  • Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle (1688, 1ère éd. : traduction de Thophraste + remarques originales ; 9ème éd., 1696 : considérablement augmentée) : portraits satiriques, peinture de la société, critique sociale, morale.
Portraits célèbres
Giton et Phédon (Du Mérite personnel, 83) : contraste riche/pauvre
« Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l'œil fixe et assuré, les épaules larges, l'estomac haut, la démarche ferme et délibérée. [...] Il occupe à table et à la promenade plus de place qu'un autre. [...] Giton est riche. »

« Phédon a les yeux creux, le teint échauffé, le corps sec et le visage maigre ; il dort peu, et d'un sommeil fort léger [...]. Il marche doucement et légèrement ; il semble craindre de fouler la terre. [...] Phédon est pauvre. »
Maximes
« Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes, et qui pensent. »

« Le commencement et le déclin de l'amour se font sentir par l'embarras où l'on est de se trouver seuls. »
Thèmes et méthode
  • Portraits satiriques : types sociaux (courtisan, financier, parvenu, pédant, dévot hypocrite)
  • Critique sociale : inégalités, vanité, hypocrisie, corruption, arrivisme
  • Peinture de la cour : Versailles, mœurs aristocratiques, servilité, intrigues
  • Observation : réalisme psychologique, détails concrets, physionomies
  • Variété stylistique : portraits, maximes, réflexions, dialogues, anecdotes
Importance historique et littéraire

Maître du portrait littéraire, peintre de la société du 17ème siècle. Les Caractères (1688) : fresque de la société française (cour, ville, province), portraits satiriques, critique sociale acerbe. Méthode : observation directe (vie à Chantilly, cour de Condé), réalisme psychologique.

Critique sociale : inégalités criantes (Giton/Phédon : richesse détermine tout), vanité aristocratique, parvenir financiers (traité fiscaux), hypocrisie religieuse. Portraits : types universels mais aussi individus reconnaissables (scandale : clés, identifications).

Style : variété (maximes lapidaires, portraits détaillés, réflexions), vivacité, concret. Querelle Anciens/Modernes : camp des Anciens (discours de réception à l'Académie, 1693 : attaque contre Modernes).

Influence : Balzac (Comédie humaine : portraits, types sociaux), littérature réaliste, sociologie littéraire. Succès : 9 éditions du vivant de l'auteur, augmentation continue, classique immédiat.

Madame de La Fayette — La Princesse de Clèves (1678)

Informations
Auteur
Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette (1634-1693), romancière
Date
1678 (La Princesse de Clèves, publication anonyme)
Genre
Roman psychologique, nouvelle historique
Langue
Français (prose classique, élégance, analyse psychologique)
Contexte
Salons parisiens, amitié avec La Rochefoucauld, Mme de Sévigné, culture mondaine, publication anonyme (femme auteur = scandale potentiel)
Œuvres principales
  • La Princesse de Montpensier (1662) : nouvelle historique, passion contrariée.
  • La Princesse de Clèves (1678) : chef-d'œuvre absolu, premier roman psychologique moderne, analyse des passions, renoncement, cour d'Henri II (16ème siècle).
  • La Comtesse de Tende (1724 posthume) : nouvelle, passion adultre.
Intrigue de La Princesse de Clèves

Cour d'Henri II (1558-1559). Mlle de Chartres épouse le prince de Clèves (mariage de raison). Elle rencontre le duc de Nemours : passion réciproque mais non avouée. Scène de l'aveu : Mme de Clèves avoue à son mari qu'elle aime un autre (sans le nommer) : vérité morale exceptionnelle, mais indiscrétion (aveu entendu par Nemours caché).

Mort de M. de Clèves (jalousie, désespoir). Mme de Clèves libre d'épouser Nemours mais refuse : renoncement définitif, retraite du monde, mort prématurée (vie exemplaire, repos de l'âme).

Thèmes
  • Passion amoureuse : amour fatal, impossible, souffrance
  • Devoir vs passion : conflit moral (vertu, honneur, fidélité conjugale)
  • Renoncement : refus du bonheur passionnel, choix du repos de l'âme
  • Analyse psychologique : introspection, lucidité, mouvements du cœur
  • Cour et apparences : galanterie, intrigues, surveillance mutuelle, hypocrisie
  • Aveu exceptionnel : scène célèbre (vérité morale vs prudence mondaine)
Importance historique et littéraire

Premier roman psychologique moderne, chef-d'œuvre du classicisme. La Princesse de Clèves (1678) : rupture avec le roman baroque (aventures, longueur), concentration dramatique, sobriété, analyse psychologique approfondie. Invention du roman psychologique : introspection, mouvements secrets du cœur, lucidité douloureuse.

Renoncement final : scandale (pourquoi refuse-t-elle Nemours alors qu'elle est libre ?), débat moral (querelle littéraire), modernité (choix de la liberté intérieure vs passion). Publication anonyme : femme auteur (malgré salons), prudence, attributions diverses (La Rochefoucauld ? Sgré ?).

Style : prose classique, élégance, clarté, concision, sentences morales. Influence : roman psychologique (Constant : Adolphe, Proust, Radiguet), littérature féminine, analyse des passions. Classique absolu : étudié depuis 300 ans, modèle du roman classique français.

Madame de Sévigné — Lettres (1671-1696)

Informations
Auteur
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Svigné (1626-1696), épistolière
Date
1671-1696 (correspondance, publiée posthume 18ème siècle)
Genre
Lettre, correspondance, chronique
Langue
Français (spontanéité, naturel, élégance, vivacité)
Contexte
Veuve jeune (25 ans), salons parisiens, passion maternelle (fille Mme de Grignan), séparation (fille en Provence), correspondance quotidienne (plus de 1500 lettres conservées)
Correspondance
  • Destinataire principal : sa fille Françoise-Marguerite (Mme de Grignan), mariée au comte de Grignan (lieutenant général en Provence, 1669), éloignée de Paris.
  • Période : 1671-1696 (25 ans de correspondance quasi-quotidienne), passion maternelle intense, souffrance de la séparation.
  • Autres correspondants : Bussy-Rabutin (cousin), Mme de La Fayette, Coulanges (oncle), etc.
Thèmes des lettres
  • Amour maternel : passion exclusive pour sa fille, tendresse, inquiétudes, souffrance de l'éloignement
  • Chronique de la cour : Versailles, Louis XIV, favoris, intrigues, mariages, disgrces
  • Événements historiques : guerres, procès (Fouquet), scandale des poisons (Affaire des Poisons, 1679-1682), exécution de la Brinvilliers (1676), révocation Édit de Nantes (1685)
  • Portraits : personnages de la cour, salons, caractères, anecdotes
  • Vie quotidienne : santé, lectures, promenades, séjours aux Rochers (Bretagne), nature
  • Littérature : commentaires sur Racine, Corneille, La Fontaine, Nicole (janséniste)
Extrait célèbre
Lettre du 24 février 1671 (séparation d'avec sa fille)
« Je suis toujours avec vous ; je ne pense qu'à vous. [...] Je vous ai donc quittée dans une douleur digne de la tendresse avec laquelle je vous aime. [...] Il me semble que je vous arrache le cœur et l'âme. »
Exécution de la Brinvilliers (17 juillet 1676)
« Enfin c'en est fait, la Brinvilliers est en l'air : son pauvre petit corps a été jeté, après l'exécution, dans un fort grand feu, et les cendres au vent ; de sorte que nous la respirerons, et par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonneuse dont nous serons tous étonnés. »
Importance historique et littéraire

Plus grande épistolière française, chroniqueuse de son temps. Lettres : chef-d'œuvre de spontanéité et d'élégance, naturel (apparence), art caché (relecture, correction), style vivant, varié, images, anecdotes.

Témoignage historique : vie de cour (Versailles, Louis XIV), événements (guerres, scandales), mœurs aristocratiques, source inestimable pour historiens. Passion maternelle : amour exclusif pour sa fille, souffrance de la séparation, correspondance comme lien vital.

Publication posthume (18ème siècle) : succès immédiat, multiples éditions, reconnaissance comme chef-d'œuvre littéraire (pas seulement document historique). Influence : épistolaire, mémorialisme, chronique, style naturel.

Style : « On reconnaît Mme de Sévigné à sa manière de raconter » (naturel, vivacité, humour, tendresse). Salons : amitié avec Mme de La Fayette, La Rochefoucauld, culture mondaine.

Bossuet — Oraisons funèbres (1656-1687)

Informations
Auteur
Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), évêque de Meaux, prédicateur, théologien
Date
1656-1704 (carrière de prédicateur et théologien)
Genre
Éloquence sacrée (oraisons funèbres, sermons), théologie, histoire
Langue
Français (rhétorique classique, périodes amples, lyrisme, pathos)
Contexte
Précepteur du Dauphin (fils de Louis XIV, 1670-1680), évêque de Meaux (1681), défenseur de l'absolutisme et du gallicanisme, polémiste (contre protestants, quiétisme)
Œuvres principales
  • Oraisons funbres (1656-1687) : chef-d'œuvre de l'éloquence sacrée : Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre (1670, duchesse d'Orléans, morte à 26 ans), Oraison funèbre du prince de Condé (1687, grand guerrier).
  • Discours sur l'histoire universelle (1681) : philosophie de l'histoire, Providence divine, histoire du salut, éducation du Dauphin.
  • Politique tirée de l'Écriture sainte (1709 posthume) : théorie de l'absolutisme de droit divin.
  • Sermons (Carme du Louvre, 1662), polémiques (contre protestants : Histoire des variations, 1688).
Extrait célèbre — Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre (1670)
« Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte ! »

« Vanité des vanités, et tout est vanité. [...] C'est la seule parole qui me reste : je viens vous annoncer, dans cette chaire, non point les triomphes de Madame, mais les misères de l'humanité. »
Éloquence bossuétiste
  • Rhétorique classique : périodes amples, balancements, antithèses, gradations
  • Lyrisme : pathos, émotion contrlée, beauté formelle
  • Thèmes : vanité des grandeurs humaines, mort, Providence, salut
  • Structure : exorde, narration (vie du défunt), éloge, moralité, péroraison
  • Références bibliques : Écriture Sainte, Pres, autorité théologique
Importance historique et religieuse

Plus grand orateur sacré français, « aigle de Meaux ». Oraisons funèbres : sommet de l'éloquence sacrée, perfection formelle, émotion maîtrisée, méditation sur la mort et la vanité des grandeurs. Henriette d'Angleterre (1670) : mort soudaine (26 ans, poison ?), oraison célèbre, formules fulgurantes (« Madame se meurt, Madame est morte »).

Absolutisme : Politique tirée de l'Écriture sainte : théorie du pouvoir royal de droit divin, roi lieutenant de Dieu, obéissance comme devoir religieux. Gallicanisme : Articles gallicans (1682) : indépendance de l'Église de France face à Rome (en matière temporelle), autorité du roi.

Discours sur l'histoire universelle (1681) : philosophie de l'histoire, Providence divine gouverne l'histoire, histoire du salut (peuple hébreu, Empire romain, christianisme). Polémiques : contre protestants (Histoire des variations, 1688 : instabilité doctrinale), contre quiétisme (Mme Guyon, Fnelon : débat théologique).

Influence : éloquence religieuse, style oratoire, rhétorique classique. Chateaubriand : admiration, imitation (prose lyrique).

Fénelon — Tlmaque (1699)

Informations
Auteur
Franois de Salignac de La Mothe-Fnelon (1651-1715), archevêque de Cambrai, écrivain, théologien
Date
1699 (Télémaque, publication non autorisée)
Genre
Roman pédagogique, épopée en prose, traité politique déguisé
Langue
Français (prose poétique, harmonie, élégance)
Contexte
Précepteur du duc de Bourgogne (petit-fils de Louis XIV, 1689-1695), archevêque de Cambrai (1695), querelle du quiétisme (avec Bossuet), disgrâce (1699 : publication du Tlmaque = critique voilée de Louis XIV)
Œuvres principales
  • Les Aventures de Télémaque (1699, publication clandestine non autorisée) : roman pdagogique pour le duc de Bourgogne, suite de l'Odysse, critique voilée de l'absolutisme louisquatorzien, idéal politique (roi sage, modéré).
  • Traité de l'éducation des filles (1687) : pédagogie, éducation féminine.
  • Explication des maximes des saints sur la vie intérieure (1697) : quiétisme, condamné par Rome (1699), querelle avec Bossuet.
  • Lettre à Louis XIV (1694, non envoyée) : critique virulente de la politique royale, guerres, misère du peuple, despotisme.
Intrigue de Tlmaque

Télémaque (fils d'Ulysse) part à la recherche de son père, accompagné de Mentor (Minerve déguisée). Voyages, aventures, rencontres (Calypso, roi Idomne), leons morales et politiques. Éducation d'un prince : vertu, modération, justice, amour du peuple, refus du luxe et de la guerre de conquête.

Critique politique (voilée de Louis XIV)
  • Guerres de conquête : condamnation (ambition, vanité, misère des peuples)
  • Luxe et faste : critique (Versailles, dépenses excessives, vanité)
  • Despotisme : roi doit être modéré, juste, écouter conseils, respecter lois
  • Misère du peuple : roi doit veiller au bonheur de ses sujets (vs gloire personnelle)
  • Idéal politique : monarchie tempérée, roi père du peuple, vertu, simplicité
Importance historique et littéraire

Roman pédagogique, critique voilée de Louis XIV, précurseur des Lumières. Télémaque (1699) : publication clandestine (vol de manuscrit ?), scandale, disgrâce de Fnelon (exil à Cambrai, interdit de cour). Louis XIV reconnaît critique voilée : guerres, luxe, despotisme.

Succès immense (malgré ou à cause du scandale) : best-seller du 18ème siècle, traduit dans toutes les langues, lu par toute l'Europe. Influence sur Lumières : critique de l'absolutisme, idéal de monarchie tempérée, pré-Rousseau (bonté naturelle, éducation).

Quiétisme : doctrine mystique (amour pur de Dieu, passivité de l'âme, abandon à la Providence), querelle avec Bossuet (1697-1699), condamnation romaine (1699), soumission de Fénelon. Lettre à Louis XIV (1694, non envoyée) : critique virulente (guerres ruineuses, misère du peuple, flatterie des courtisans, « Vous ne connaissez point Dieu »).

Style : prose poétique, harmonie, élégance, douceur (vs véhémence de Bossuet). Influence : pédagogie, littérature d'idées, roman philosophique.

Madame de Maintenon — Saint-Cyr et éducation (1635-1719)

Informations
Auteur
Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon (1635-1719), épistolière, éducatrice
Date
1652-1719 (lettres, écrits pdagogiques)
Genre
Lettres, entretiens, écrits pédagogiques
Langue
Français (clarté, naturel, sagesse pratique)
Contexte
Orpheline pauvre, veuve Scarron (1660), gouvernante des enfants du roi, épouse morganatique de Louis XIV (1683, mariage secret), fondatrice de Saint-Cyr (1686 : école pour jeunes filles nobles pauvres)
Vie et ascension

Orpheline pauvre → épouse du roi : ascension extraordinaire. Mariage avec Scarron (1652-1660), gouvernante des bâtards royaux (1669), favorite puis épouse morganatique de Louis XIV (1683 : mariage secret, pas reine). Influence religieuse et morale sur le roi (conversion à la piété).

Œuvres
  • Lettres : correspondance (pédagogie, direction spirituelle, conseils).
  • Entretiens (Saint-Cyr) : éducation des jeunes filles, morale chrétienne.
  • Fondation de Saint-Cyr (1686) : école pour 250 jeunes filles nobles pauvres, éducation chrétienne et pratique.
Importance historique

Épouse morganatique de Louis XIV, éducatrice, fondatrice de Saint-Cyr. Influence considérable sur Louis XIV (piété, morale), rôle dans Révocation Édit de Nantes (discuté). Saint-Cyr : éducation féminine, pédagogie chrétienne, institution durable. Lettres : témoignage sur la cour, éducation, sagesse pratique.

Auteurs de la langue française au 18ème siècle

Auteurs et textes du 18ème siècle — Le Siècle des Lumières

L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
L'Encyclopédie - Siècle des Lumières (18ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 18ème siècle est le « Siècle des Lumières » : triomphe de la raison, critique de l'absolutisme et de l'Église, encyclopédisme, préparation intellectuelle de la Révolution française. En France : fin du règne de Louis XIV (jusqu'en 1715), Régence (1715-1723), Louis XV (1723-1774), Louis XVI (1774-1792), puis Révolution (1789-1799).

Fin du règne de Louis XIV (1700-1715) : Déclin, défaites militaires (Guerre de Succession d'Espagne), famines (Grand Hiver 1709), endettement massif, répression religieuse (persécution des jansénistes : destruction de Port-Royal, 1710). Mort de Louis XIV (1715) : soulagement, fin d'une époque.

Régence (1715-1723) — Philippe d'Orléans : Louis XV enfant (5 ans), régence du duc d'Orléans. Libéralisation : réaction contre rigorisme louis-quatorzien, libéralité morale (libertinage aristocratique), Palais-Royal (fêtes, débauche), liberté intellectuelle relative. Système de Law (1716-1720) : banque, papier-monnaie, Compagnie du Mississippi, spéculation, banqueroute (1720).

Louis XV (1723-1774) — Déclin de l'absolutisme : Règne long mais inefficace, roi peu intéressé par les affaires (vs Louis XIV), favorites (Mme de Pompadour, 1745-1764 : influence culturelle ; Mme du Barry, 1768-1774). Guerre de Sept Ans (1756-1763) : désastre, perte du Canada, de l'Inde (traité de Paris, 1763), humiliation nationale, « Louis le Bien-Aimé » devient « Louis le Mal-Aimé ».

Crises financières : endettement chronique, tentatives de réformes (Machault, Silhouette, Terray) échouées, opposition des parlements (noblesse de robe), crise institutionnelle. Expulsion des Jésuites (1764) : victoire des Lumières et du gallicanisme.

Louis XVI (1774-1792) — Crise révolutionnaire : Roi bien intentionné mais faible, indécis. Marie-Antoinette (impopulaire). Guerre d'Indépendance américaine (1778-1783) : soutien français aux insurgents (La Fayette, Rochambeau), victoire (traité de Versailles, 1783), revanche sur l'Angleterre, mais aggravation de la dette.

Crise financière terminale : banqueroute imminente, tentatives de réformes (Turgot, Necker, Calonne, Brienne) bloquées, convocation des États généraux (5 mai 1789 : première fois depuis 1614), Révolution française (1789) : 14 juillet (prise de la Bastille), abolition féodalité (4 août), Déclaration des Droits de l'Homme (26 août).

Révolution française (1789-1799) : Monarchie constitutionnelle (1789-1792), première République (1792-1799), exécution de Louis XVI (21 janvier 1793), Terreur (1793-1794 : Robespierre), guerres révolutionnaires (coalition européenne contre la France), Directoire (1795-1799), coup d'État de Napoléon Bonaparte (18 brumaire an VIII, 9 novembre 1799).

État sanitaire selon les classes sociales

Aristocratie de cour (2-3% de la population)
Espérance de vie : 50-60 ans (amélioration progressive). Versailles (jusqu'à 1789), hôtels particuliers parisiens, châteaux. Vie mondaine : salons, théâtre, opéra, bals, jeu (passion du jeu : fortunes perdues).

Alimentation raffinée : gastronomie française (apogée), cuisine élaborée, service à la française, vins de Bordeaux et Bourgogne, champagne (mode), nouveautés : café (cafés parisiens : Procope, Café de la Régence), chocolat, thé.

Médecine : progrès lents, inoculation contre la variole (Angleterre : Jenner, 1796 ; France : adoption progressive), chirurgie (progrès : instruments, techniques), mais ignorance de l'asepsie (infections post-opératoires fréquentes). Hygiène en progression : bains (retour), parfums (moins de masquage d'odeurs, plus de plaisir), linge de corps (changement fréquent), perruques poudrées puis abandon (fin siècle : cheveux naturels).
Bourgeoisie (20-30% de la population urbaine)
Espérance de vie : 45-55 ans (amélioration continue). Classe en pleine ascension : négoce (commerce colonial, traite négrière, manufactures), finance (banquiers, fermiers généraux : impôts), professions libérales (avocats, médecins, notaires), offices (noblesse de robe : parlements).

Enrichissement massif : capitalisme commercial, industrialisation débutante (manufactures), investissements (terres, rentes), ascension sociale (achat d'offices, anoblissement). Alphabtisation quasi-totale (hommes urbains : 80-90%, femmes : 60-70%), éducation class ique (collèges), culture des Lumières (lecture, salons, sociétés savantes).

Alimentation : imitation de l'aristocratie, pain blanc, viandes, poissons, légumes, fromages, vins, café. Accès aux soins : médecins, chirurgiens, apothicaires, hôpitaux urbains (Hôtel-Dieu, Hôpital Général). Mortalité infantile (15-25% : baisse significative).

Frustration politique : richesse économique mais exclusion du pouvoir politique (monopole aristocratique), revendications (égalité civile, participation politique), moteur de la Révolution (Tiers État).
Paysans (75-80% de la population totale)
Espérance de vie : 35-45 ans (stagnation avec légère amélioration fin siècle). Servage quasi-disparu (sauf régions orientales). Statut : paysans libres, censitaires, fermiers, métayers, journaliers.

Conditions difficiles : fiscalité écrasante (taille, gabelle, aides, vingtimes, capitation, corves), seigneurie (droits seigneuriaux : cens, champart, banalités, lods et ventes), dîme ecclésiastique (1/10ème des récoltes). Famines récurrentes : 1709 (catastrophique), 1739-1741, 1769-1770, crise de subsistance 1788-1789 (mauvaises récoltes, hiver rigoureux : déclencheur de la Révolution).

Alimentation : pain (75% des calories), bouillies, légumes (choux, navets, fèves, pommes de terre : adoption progressive après 1750), laitages, œufs, volailles (rares), porc (tue-cochon annuel), bière, cidre. Progrès agricoles (fin siècle) : rotation des cultures, prairies artificielles (trèfle, luzerne), pomme de terre (Parmentier : promotion, adoption), mais lents.

Habitat : maisons modestes (pierre, torchis, chaume), cheminée, mobilier rudimentaire, promiscuité. Mortalité infantile (25-35%). Épidémies : variole (recul grâce à inoculation/vaccination), dysenterie, typhoïde, fièvres. Soins : guérisseurs, rebouteux, sages-femmes, remèdes populaires.
Pauvres urbains et ruraux (10-15% de la population)
Espérance de vie : 25-35 ans (extrême précarité). Mendicité, vagabondage, journaliers, manouvriers. Misère urbaine : faubourgs (Saint-Antoine à Paris), taudis, promiscuité. Charité : hôpitaux (enfermement), confréries, distributions de pain. Révolution : espoirs (abolition féodalité, égalité), puis déceptions (continuité de la misère). Mortalité infantile extrême (50-60%), abandon d'enfants (tours d'abandon : hôpitaux).

Modes de pensée et représentations mentales

Vision du monde (Lumières et Raison)

Lumières (Aufklärung, Enlightenment) — Philosophie des Lumières : Mouvement intellectuel européen : primaté de la raison, critique de l'autorité (religieuse, politique), combat contre les préjugés, la superstition, le fanatisme, l'intolérance. « Sapere aude » (Kant, 1784) : « Ose savoir », « Aie le courage de te servir de ton propre entendement ». Confiance dans le progrès (sciences, techniques, morale, société), optimisme anthropologique.

Critique de l'absolutisme et du despotisme : Montesquieu : L'Esprit des lois (1748) : séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire), modèle anglais (monarchie parlementaire), critique du despotisme. Rousseau : Du Contrat social (1762) : souveraineté populaire, volonté générale, « L'homme est né libre, et partout il est dans les fers ».

Républicanisme, démocratie (idées radicales), constitutionnalisme, droits naturels, égalité civile (contestation des privilèges aristocratiques et ecclésiastiques).

Critique de l'Église et de la religion : Voltaire : « Écrasez l'infâme » (fanatisme, superstition, intolérance), déisme (« Dieu horloger », créateur mais non interventionniste), combat pour la tolérance (affaire Calas, 1762 : Traité sur la tolérance, 1763). Diderot, d'Holbach : matérialisme, athéisme (prudent : manuscrits clandestins).

Anticlricalisme : critique des privilèges du clergé, de la richesse ecclésiastique, de l'obscurantisme, de l'Inquisition (Espagne, Portugal). Sécularisation progressive : autonomie du politique, du moral, du scientifique face au religieux.

Encyclopédisme : Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772) : Diderot et d'Alembert (directeurs), 17 volumes de texte + 11 volumes de planches, collaboration de 150 contributeurs (Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Buffon, Quesnay, Turgot, etc.). Objectif : rassembler toutes les connaissances humaines, diffuser les Lumières, émancipation par le savoir, critique sociale et religieuse (articles subversifs). Censure : interdictions, saisies, mais diffusion clandestine, succès européen.

Sciences et progrès : Triomphe de la science newtonienne : mécanique céleste, gravitation universelle, physique expérimentale, mathématiques (Euler, Lagrange, Laplace). Histoire naturelle : Buffon (Histoire naturelle, 1749-1788 : 36 volumes), Linné (classification des espèces), Lavoisier (chimie moderne : loi de conservation de la masse, 1789).

Progrès techniques : mécanique (machines à vapeur : Watt, 1769), métallurgie, textile, Révolution industrielle (Angleterre d'abord, France ensuite). Exploration : voyages scientifiques (Bougainville, La Pérouse, Cook), découverte du Pacifique, Tahiti (mythe du bon sauvage).

Économie politique : Physiocrates (Quesnay, Turgot) : libralité économique, « Laissez faire, laissez passer », terre source de richesse, critique du mercantilisme. Adam Smith (La Richesse des nations, 1776, Angleterre) : libéralisme économique, division du travail, main invisible, marché libre.

Spécificités selon les classes sociales

Aristocratie
Culture des Lumières : Salons (Mme Geoffrin, Mme du Deffand, Mme d'Épinay, Julie de Lespinasse) : rencontres philosophes/aristocrates, conversations, lecture, débats intellectuels. Mécénat : protection d'écrivains, pensions, bibliothèques privées.

Libertinage : double sens (intellectuel : libre pensée, et moral : débauche). Libertinage aristocratique : mœurs légères, adultre toléré, galanterie (litérature libertine : Crébillon fils, Laclos).

Déclin politique : perte d'influence (centralisation monarchique, montée de la bourgeoisie), privilèges contestés (fiscaux, judiciaires), résistance aux réformes (parlements : blocage), Révolution : abolition des privilèges (4 août 1789), émigration, Terreur (guillotine).
Bourgeoisie
Classe montante : Enrichissement économique, alphabétisation quasi-totale, culture des Lumières (lecture : journaux, livres, pamphlets ; sociétés de pensée : loges maçonniques, académies provinciales).

Revendications : égalité civile (abolition des privilèges), participation politique (Tiers État), méritocratie (vs naissance), libéralisme économique (vs mercantilisme, vs corporations). Révolution : moteur principal (Tiers État : « Qu'est-ce que le Tiers État ? », Sieyès, 1789), bénéficiaire (abolition féodalité, vente des biens nationaux, carrières ouvertes au talent).

Valeurs : travail, mérite, économie, famille, respectabilité, éducation. Franc-maçonnerie : loges (sociabilité, égalité symbolique, philanthropie, Lumières), influence sur la Révolution (discutée mais réelle : réseaux, idées).
Clergé
Division interne : Haut clergé (archevêques, évêques : aristocrates, richesses, abésentisme), bas clergé (curés : proches du peuple, pauvres, revendicatifs).

Crise intellectuelle : critiques des Lumières (déisme, athéisme, anticlricalisme), perte d'influence culturelle (sécularisation : sciences, morale, éducation autonomes), janssenisme (condamné mais persistant), gallicanisme (vs ultramontanisme).

Révolution : Constitution civile du clergé (1790 : élection des curés, serment), sch schisme (réfractaires vs assermentés), déchristianisation (1793-1794 : culte de la Raison, culte de l'Être suprême), persécutions (prêtres réfractaires : déportation, exécution).
Paysannerie
Analphabétisme majoritaire (60-70%) mais recul progressif : écoles paroissiales, écoles charitables. Religion : catholicisme intense (processions, pèlerinages, saints), mais aussi anticlricalisme latent (dîme, richesse ecclésiastique).

Mécontentement : fiscalité écrasante, droits seigneuriaux (haine des châteaux), dîme. Révoltes : jacqueries locales (réprimées), puis Grande Peur (juillet-août 1789) : rumeurs de complot aristocratique, châteaux incendiés, archives seigneuriales détruites, abolition de la féodalité (4 août 1789 : réponse de l'Assemblée).

Révolution : espoirs (égalité, abolition des privilèges), bénéfices (fin des droits seigneuriaux), mais déceptions (impôts persistent, réquisitions militaires), contre-révolution (Vende, 1793-1796 : insurrection royaliste et catholique, répression sanglante).

Production littéraire en langue française — Lumières et diversité

Le 18ème siècle est le siècle des philosophes et des Lumières : littérature d'idées, critique sociale et politique, combat pour la raison et la tolérance. Le français langue internationale de la culture (diplomatie, cours européennes, salons).

Genres littéraires majeurs :

  • Philosophie et essais : Montesquieu : Lettres persanes (1721 : satire), L'Esprit des lois (1748 : science politique). Voltaire : contes philosophiques (Candide, 1759 ; Zadig, Micromégas), pamphlets, Dictionnaire philosophique (1764), combat pour la tolérance. Rousseau : Discours sur l'inégalité (1755), Du Contrat social (1762), Émile (1762 : éducation), Confessions (1782-1789 posthume : autobiographie). Diderot : Encyclopdie (direction), Jacques le Fataliste, Le Neveu de Rameau.
  • Roman : Abbé Prévost : Manon Lescaut (1731) : passion fatale, sentiment. Marivaux : La Vie de Marianne (1731-1742), Le Paysan parvenu (1734-1735) : analyse psychologique. Rousseau : La Nouvelle Héloïse (1761) : roman épistolaire, passion, vertu, best-seller. Laclos : Les Liaisons dangereuses (1782) : libertinage, manipulation, chef-d'œuvre. Bernardin de Saint-Pierre : Paul et Virginie (1788) : exotisme, nature, innocence.
  • Théâtre : Marivaux : Le Jeu de l'amour et du hasard (1730), Les Fausses Confidences (1737) : comédie sentimentale, marivaudage (analyse subtile des sentiments). Beaumarchais : Le Barbier de Séville (1775), Le Mariage de Figaro (1784) : comédie satirique, critique sociale, pré-révolutionnaire.
  • Mémoires et correspondance : Saint-Simon : Mémoires (rédigés 1694-1723, publiés 19ème siècle) : cour de Louis XIV, portraits acerbes, style passionné. Correspondances : Voltaire (20 000 lettres), Diderot, Rousseau, Mme du Deffand, Julie de Lespinasse.
  • Poésie : Déclin relatif (vs 17ème siècle classique), poésie didactique, descriptive. André Chénier (1762-1794) : renouveau poétique, inspiration antique, lyrisme, exécuté pendant la Terreur (1794), publié posthume (influence romantique).

Contexte de production et diffusion : Salons : centres intellectuels (Mme Geoffrin, Mme du Deffand, Julie de Lespinasse), rencontres philosophes/aristocrates, conversations, échange d'idées. Cafés : Procope (phares de la vie intellectuelle parisienne), débats, lectures de gazettes.

Imprimerie : expansion massive, livres, brochures, pamphlets, gazettes, journaux. Censure royale : approbation, privilège, mais éditions clandestines (Hollande, Suisse), diffusion sous le manteau, saisies, Bastille (emprisonnement d'écrivains : Voltaire, Diderot).

Public lettré : aristocratie, bourgeoisie, clergé éclairé. Alphabétisation urbaine : 50-60% (hommes), 30-40% (femmes). Français langue universelle : Rivarol (Discours sur l'universalité de la langue française, 1784) : clarté, logique, élégance, langue de la diplomatie et de la culture européenne.

Montesquieu — L'Esprit des lois (1748)

Informations
Auteur
Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu (1689-1755), philosophe, écrivain
Date
1721-1748 (œuvres majeures)
Genre
Philosophie politique, satire, essai
Langue
Français (clarté, élégance, ironie)
Contexte
Magistrat (président à mortier au parlement de Bordeaux), voyages européens (Angleterre, Italie), Académie française (1728), philosophe des Lumières
Œuvres principales
  • Lettres persanes (1721, anonyme) : roman épistolaire, satire de la société française (absolutisme, religion, mœurs) vue par des Persans (Usbek, Rica), succès scandaleux.
  • Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734) : philosophie de l'histoire, analyse politique.
  • De l'esprit des lois (1748) : chef-d'œuvre, science politique, séparation des pouvoirs, typologie des régimes, climat et lois, influence immense.
Théories politiques (L'Esprit des lois)
  • Sparation des pouvoirs : législatif, exécutif, judiciaire (indépendants, équilibre), garantie de la liberté, modèle anglais (monarchie parlementaire).
  • Typologie des régimes : république (vertu), monarchie (honneur), despotisme (crainte).
  • Relativisme : lois adaptées au climat, territoire, religion, mœurs (pas de modèle universel).
  • Modération : idéal politique, équilibre, refus du despotisme et de l'anarchie.
Importance historique et philosophique

Fondateur de la science politique moderne, théoricien de la séparation des pouvoirs. L'Esprit des lois (1748) : influence immense (constitutions américaine, française, européennes), séparation des pouvoirs = principe fondamental des démocraties libérales. Lettres persanes (1721) : satire brillante, regard distancié sur la France, relativisme culturel.

Voltaire — Candide (1759)

Informations
Auteur
François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), philosophe, écrivain, poète
Date
1718-1778 (carrière de 60 ans, production immense)
Genre
Conte philosophique, tragédie, essai, pamphlet, poésie, histoire
Langue
Français (clarté, ironie, esprit, vivacité)
Contexte
Bastille (2 fois : 1717-1718, 1726), exil en Angleterre (1726-1729), Cirey (avec Mme du Châtelet), Prusse (Frédéric II, 1750-1753), Ferney (Suisse, 1759-1778 : château, seigneur-philosophe), retour triomphal à Paris (1778, mort)
Œuvres principales
  • Contes philosophiques : Candide ou l'Optimisme (1759) : chef-d'œuvre absolu, satire de l'optimisme leibnizien, « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » (Pangloss), catastrophes, ironie féroce, conclusion : « il faut cultiver notre jardin ». Zadig (1747), Micromégas (1752), L'Ingénu (1767), La Princesse de Babylone (1768).
  • Lettres philosophiques ou Lettres anglaises (1734) : éloge de l'Angleterre (liberté, tolérance, Newton), critique de la France, scandale, exil.
  • Traité sur la tolérance (1763) : affaire Calas (protestant injustement exécuté, 1762), combat pour la réhabilitation, plédoyer pour la tolérance religieuse.
  • Dictionnaire philosophique (1764) : articles critiques (religion, superstition, fanatisme).
  • Tragédies : Œdipe (1718), Zaïre (1732), Mahomet (1741) : succès théâtral.
  • Essai sur les mœurs (1756) : histoire universelle, philosophie de l'histoire.
  • 20 000 lettres (correspondance monumentale).
Combats voltairiens
  • « Écrasez l'infâme » : fanatisme, superstition, intolérance religieuse (signature : « Écrl'inf »)
  • Tolérance : affaire Calas (1762-1765 : réhabilitation), affaire Sirven, chevalier de La Barre (1766 : exécuté pour blasphème)
  • Déisme : Dieu horloger (créateur mais non interventionniste), refus de l'athéisme et du christianisme dogmatique
  • Liberté de pensée et d'expression : combat contre la censure, pamphlétaire infatigable
  • Réformes : justice (égalitaire, humaine), économie (libéralisme), despotisme éclairé (influence sur Frédéric II, Catherine II)
Importance historique et littéraire

Symbole des Lumières, plus grand écrivain du 18ème siècle. Candide (1759) : chef-d'œuvre universel, satire féroce, ironie, optimisme ridiculisé (tremblement de terre de Lisbonne, 1755). Combat pour la tolérance : affaires Calas, Sirven, La Barre (réhabilitations, plédoyers).

Influence immense : Révolution française (panthéonisation, 1791), Lumières européennes, combat pour les droits de l'homme, laïcité, tolérance. Ferney : château-forteresse intellectuelle, correspondance avec toute l'Europe, « aubergiste de l'Europe ».

Production : 70 volumes, tous genres (théâtre, poésie, contes, essais, histoire, pamphlets), 20 000 lettres, infatigable jusqu'à 84 ans. Retour triomphal à Paris (1778) : ovation, couronnement à la Comédie-Française, mort d'épuisement.

Jean-Jacques Rousseau — Du Contrat social (1762)

Informations
Auteur
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), philosophe, écrivain, musicien
Date
1750-1778 (œuvres majeures)
Genre
Philosophie politique, roman, autobiographie, essai sur l'éducation
Langue
Français (lyrisme, émotion, éloquence, passion)
Contexte
Genevois (protestant), vie errante (jeunesse), Mme de Warens (protectrice, initiatrice), Paris (1742), succès puis rupture avec philosophes (Voltaire, Diderot, d'Alembert), persécution (livres condamnés, exil), paranoa (fin de vie), mort à Ermenonville (1778)
Œuvres principales
  • Discours sur les sciences et les arts (1750) : prix de l'Académie de Dijon, paradoxe (progrès = corruption morale), célébrité soudaine.
  • Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755) : « L'homme est né libre, et partout il est dans les fers », état de nature (bon sauvage), propriété privée = origine de l'inégalité.
  • Du Contrat social (1762) : philosophie politique révolutionnaire, souveraineté populaire, volonté générale, peuple législateur, influence Révolution française (Robespierre : disciple).
  • Émile ou De l'éducation (1762) : traité pédagogique (roman), éducation selon la nature, liberté de l'enfant, découverte progressive, Profession de foi du vicaire savoyard (déisme), condamné (Paris, Genève).
  • La Nouvelle Héloïse (1761) : roman épistolaire, passion amoureuse (Julie, Saint-Preux), vertu, renoncement, best-seller absolu du 18ème siècle, sensibilité, larmes, pré-romantisme.
  • Les Confessions (1782-1789 posthume) : autobiographie, sincérité totale (scandaleuse), aveux (vols, mensonges, sexualité), invention du genre autobiographique moderne, « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple ».
  • Les Rêveries du promeneur solitaire (1782 posthume) : méditations, nature, solitude, bonheur.
Thèmes rousseauistes
  • Bon sauvage : homme naturellement bon, société le corrompt (vs Hobbes : homme loup pour l'homme)
  • Inégalité : propriété privée = origine, « Le premier qui... dit : ceci est à moi... »
  • Souveraineté populaire : peuple législateur, volonté générale (vs volonté particulière)
  • Éducation naturelle : liberté de l'enfant, découverte, expérience (vs autorité, livre)
  • Sensibilité : émotion, cœur, sentiment (vs raison froide des philosophes), pré-romantisme
  • Nature : refuge, contemplation, bonheur simple, solitude
Importance historique et philosophique

Penseur révolutionnaire, précurseur du romantisme. Du Contrat social (1762) : bible de la Révolution française, souveraineté populaire, volonté générale, démocratie directe. Robespierre : disciple (culte de l'Être suprême, vertu républicaine). Panthéonisation (1794 : Révolution).

La Nouvelle Héloïse (1761) : best-seller du siècle, sensibilité, larmes, passion, pré-romantisme (influence Chateaubriand, Lamartine, romantiques). Confessions : invention de l'autobiographie moderne, sincérité totale, introspection.

Rupture avec philosophes : attaque théâtre (Lettre à d'Alembert, 1758), refus du progrès matériel, sensibilité vs raison, nature vs civilisation. Persécution : livres brûlés (Paris, Genève), mandat d'arrêt, exil (Suisse, Angleterre), paranoa.

Influence : Révolution, romantisme, pédagogie (Montessori), pensée politique (démocratie, souveraineté), littérature (autobiographie, roman sensible).

Denis Diderot — Encyclopédie (1751-1772)

Informations
Auteur
Denis Diderot (1713-1784), philosophe, écrivain, encyclopédiste
Date
1746-1784 (œuvres majeures, beaucoup posthumes)
Genre
Encyclopédie, roman, dialogue philosophique, critique d'art, théâtre
Langue
Français (vivacité, verve, dialogues, pensée en mouvement)
Contexte
Langres (Champagne), Paris (bohme littéraire), Bastille (1749 : Lettre sur les aveugles), direction de l'Encyclopdie (1747-1772 : 25 ans), Russie (1773-1774 : Catherine II), œuvres clandestines (publiées posthumes)
Œuvres principales
  • Encyclopédie (1751-1772) : direction avec d'Alembert (jusqu'en 1759, puis seul), 17 volumes de texte + 11 volumes de planches, 150 contributeurs, monument des Lumières, diffusion du savoir, critique sociale et religieuse.
  • Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient (1749) : matérialisme, relativité morale, Bastille (3 mois).
  • Le Neveu de Rameau (rédigé ~1760-1774, publié 1821) : dialogue philosophique, cynisme, critique sociale, morale, chef-d'œuvre.
  • Jacques le Fataliste et son maître (rédigé ~1765-1780, publié 1796) : roman philosophique, fatalité, liberté, dialogue narrateur/lecteur, modernité.
  • La Religieuse (rédigé 1760, publié 1796) : roman, critique des couvents, claustration forcée, violence institutionnelle.
  • Le Rêve de d'Alembert (rédigé 1769, publié 1830) : dialogue, matérialisme, vitalisme, origine de la vie, audace philosophique.
  • Paradoxe sur le comédien (rédigé ~1773, publié 1830) : théorie théâtrale, comédien doit rester froid (vs s'identifier au rôle).
  • Salons (1759-1781) : critique d'art (peinture, sculpture), invention de la critique d'art moderne.
Philosophie de Diderot
  • Matérialisme : pas d'âme immatérielle, pensée = propriété de la matière organisée
  • Athéisme prudent : rejet du christianisme, déisme, théisme (mais prudence : censure)
  • Encyclopédisme : rassembler le savoir, diffuser les Lumières, émancipation par la connaissance
  • Critique sociale : despotisme, Église, intolérance, claustration forcée
  • Modernité littéraire : dialogues narrateur/lecteur, fragmentation, pensée en mouvement
Importance historique et littéraire

Directeur de l'Encyclopdie, philosophe matérialiste, écrivain novateur. Encyclopédie (1751-1772) : entreprise monumentale (25 ans de travail), diffusion du savoir, critique de l'absolutisme et de l'Église (articles subversifs), censure (interdictions, saisies), succès européen.

Œuvres clandestines : Neveu de Rameau, Jacques le Fataliste, La Religieuse, Rêve de d'Alembert : publiées posthumes (trop audacieuses), chef-d'œuvre de modernité (dialogues, ironie, relativisme).

Critique d'art : Salons (comptes rendus des expositions), invention de la critique d'art moderne, style vivant, descriptions, jugements esthétiques. Voyage en Russie (1773-1774) : invitation de Catherine II, conseils (réformes), déception (despotisme).

Influence : matérialisme, athéisme, Lumières, littérature moderne (Gide, Kundera : dialogues, ironie).

Beaumarchais — Le Mariage de Figaro (1784)

Informations
Auteur
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), dramaturge, homme d'affaires, aventurier
Date
1767-1792 (carrière théâtrale)
Genre
Comédie, drame bourgeois
Langue
Français (vivacité, verve, dialogues rapides, esprit)
Contexte
Horloger (fils), ascension sociale (noblesse achetée), affaires (armes pour Américains), procès (Mémoires contre Goezman, 1773-1774), agent secret (Louis XV), éditeur (Voltaire : œuvres complètes), Révolution (Terreur : emprisonné, échappé)
Œuvres principales
  • Le Barbier de Séville (1775) : comédie, Figaro (barbier rusé), comte Almaviva, Rosine, intrigue amoureuse, ruse, vivacité, succès.
  • Le Mariage de Figaro (1784) : chef-d'œuvre, suite du Barbier, censuré (1781-1784 : Louis XVI : « détestable »), représentation autorisée (1784 : triomphe), critique sociale féroce (privilèges aristocratiques), monologue de Figaro (acte V, scène 3 : « Parce que vous êtes un grand seigneur... »), pré-révolutionnaire.
  • La Mère coupable (1792) : drame, suite, Révolution, ton grave.
Monologue de Figaro (Le Mariage de Figaro, acte V, scène 3)
« Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !... Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ! Tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes. »
Thèmes
  • Critique des privilèges : noblesse = accident de naissance (vs mérite, talent)
  • Ascension du Tiers État : Figaro (valet intelligent, débrouillard) vs comte (aristocrate décadent)
  • Droit de cuissage : comte veut séduire Suzanne (épouse de Figaro), abus de pouvoir
  • Ruse et intelligence : Figaro déjoue les plans du comte, victoire de l'intelligence sur le rang
  • Satire sociale : justice, censure, privilèges, corruption
Importance historique et théâtrale

Précurseur de la Révolution, plus grande comédie du 18ème siècle. Le Mariage de Figaro (1784) : censuré 3 ans (Louis XVI : « Il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation ne fût pas dangereuse »), représentation autorisée (1784) : triomphe absolu (68 représentations consécutives, record), toute la société parisienne (aristocrates applaudissent leur propre critique).

Monologue de Figaro : manifeste du Tiers État, critique des privilèges, noblesse = hasard de naissance, mérite vs naissance. Napoléon : « Le Mariage de Figaro, c'est déjà la Révolution en action ».

Trilogie : Barbier de Séville (jeunesse, ruse), Mariage de Figaro (maturité, critique), Mre coupable (vieillesse, drame). Opéras : Mozart (Les Noces de Figaro, 1786), Rossini (Le Barbier de Séville, 1816).

Vie aventureuse : horloger, homme d'affaires (armes pour Américains : Guerre d'Indépendance), agent secret, procès retentissants, éditeur, Révolution (émigration, retour, emprisonnement, libération).

Jean le Rond d'Alembert — Encyclopédie (1751-1772)

Informations
Auteur
Jean le Rond d'Alembert (1717-1783), mathématicien, physicien, philosophe, encyclopédiste
Date
1751-1783 (œuvres scientifiques et philosophiques)
Genre
Mathématiques, physique, philosophie, encyclopédie
Langue
Français (clarté, précision, élégance)
Contexte
Enfant trouvé (abandonné sur les marches de l'église Saint-Jean-le-Rond, Paris), adopté, prodige mathématique, Académie des sciences (1741, 24 ans), codirecteur Encyclopdie (1751-1759, démission après condamnation), secrétaire perpétuel Académie française (1772)
Œuvres principales
  • Traité de dynamique (1743) : mécanique, principe de d'Alembert (fondamental).
  • Discours préliminaire de l'Encyclopédie (1751) : manifeste des Lumières, classification des connaissances, arbre encyclopédique, éloge de la raison.
  • Encyclopdie (1751-1759) : codirection avec Diderot (mathématiques, physique, philosophie), démission (1759 : après condamnation, prudence).
  • Éléments de philosophie (1759) : épistémologie, sensualisme.
  • Articles scientifiques : mathématiques, astronomie, mécanique céleste.
Contributions scientifiques
  • Mathématiques : équations différentielles, séries, calcul infinitésimal
  • Mécanique : principe de d'Alembert (réduction dynamique → statique)
  • Astronomie : précession des équinoxes, nutation de la Terre
  • Physique : hydrodynamique, acoustique, cordes vibrantes
Importance historique et scientifique

Génie mathématique, codirecteur de l'Encyclopédie. Discours préliminaire (1751) : texte fondateur des Lumières, classification du savoir humain, arbre encyclopédique (mémoire, raison, imagination), éloge de la raison et du progrès.

Mathématiques : contributions majeures (équations différentielles, mécanique), principe de d'Alembert (toujours enseigné aujourd'hui). Académie française : secrétaire perpétuel (1772), influence culturelle.

Prudence : démission de l'Encyclopdie (1759, après condamnation), refus du matérialisme radical (Diderot, d'Holbach), modération. Salons : Julie de Lespinasse (amour platonique, correspondance).

Marivaux — Le Jeu de l'amour et du hasard (1730)

Informations
Auteur
Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688-1763), dramaturge, romancier
Date
1720-1757 (carrière théâtrale et romanesque)
Genre
Comédie sentimentale, roman
Langue
Français (préciosité renouvelée, « marivaudage » : analyse subtile des sentiments)
Contexte
Ruine (banqueroute de Law, 1720), vie de plume, théâtre (Comédie-Italienne, Comédie-Française), Académie française (1742), salons (Mme de Tencin, Mme Geoffrin)
Œuvres principales
  • Théâtre (40 pièces) : La Surprise de l'amour (1722), La Double Inconstance (1723), Le Jeu de l'amour et du hasard (1730) : chef-d'œuvre, double travestissement (maîtres/valets), naissance de l'amour, marivaudage, Les Fausses Confidences (1737), L'Épreuve (1740).
  • Romans : La Vie de Marianne (1731-1742, inachevé) : roman-mémoires, orpheline vertueuse, analyse psychologique, ascension sociale, Le Paysan parvenu (1734-1735, inachevé) : parcours social, réalisme.
Marivaudage
  • Analyse subtile des sentiments : naissance de l'amour, surprise, résistance, aveu progressif
  • Dialogues raffinés : jeux de mots, sous-entendus, ironie tendre
  • Préciosité renouvelée : langage recherché mais naturel, élégance
  • Double travestissement : maîtres déguisés en valets (et inversement), quiproquos, vérité des sentiments
Importance historique et littéraire

Maître de la comédie sentimentale, inventeur du marivaudage. Le Jeu de l'amour et du hasard (1730) : chef-d'œuvre de finesse psychologique, double travestissement, naissance de l'amour malgré les préjugés sociaux, happy end (égalité des sentiments triomphe).

Marivaudage : analyse minutieuse de la naissance de l'amour, surprise, résistance, aveu progressif, dialogues raffinés. Critiques : accusé de préciosité excessive, maniérisme (Voltaire moqueur), mais reconnaissance : subtilité, vérité psychologique.

Romans : La Vie de Marianne : analyse psychologique (précurseur Stendhal, Proust), orpheline vertueuse, ascension sociale, obstacles, vertu récompensée. Influence : comédie sentimentale, théâtre de boulevard, analyse des sentiments.

Abbé Prévost — Manon Lescaut (1731)

Informations
Auteur
Antoine François Prévost d'Exiles, dit l'abbé Prévost (1697-1763), romancier, traducteur, journaliste
Date
1728-1763 (carrière littéraire)
Genre
Roman, traduction
Langue
Français (passion, émotion, récit captivant)
Contexte
Bénédictin (ordre religieux), défroque (1728), exil (Angleterre, Hollande), vie aventureuse (dettes, scandales), retour en France, pardon royal
Œuvre principale
  • Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (1731) : chef-d'œuvre absolu, tome VII des Mémoires d'un homme de qualité, passion fatale, amour et déchéance, chevalier des Grieux (narrateur) et Manon (courtisane), Louisiane (déportation), mort de Manon (désert), lyrisme tragique.
  • Cleveland (1731-1739) : roman philosophique, fils naturel de Cromwell.
  • Traductions : Richardson (Pamela, Clarisse Harlowe) : introduction du roman anglais en France.
  • Journalisme : Le Pour et Contre (1733-1740) : gazette littéraire.
Intrigue de Manon Lescaut

Chevalier des Grieux (17 ans, famille noble) rencontre Manon Lescaut (15 ans, destinée au couvent) à Amiens. Coup de foudre, fuite à Paris, vie de débauche (Manon aime le luxe, des Grieux dilapide sa fortune). Trahisons de Manon (amants riches), pardon de des Grieux (passion irrésistible), crimes (tricherie au jeu, meurtre), prison, déportation en Louisiane. Mort de Manon (désert, épuisement), enterrement par des Grieux, désespoir, retour en France.

Thèmes
  • Passion fatale : amour irrésistible, déchéance, crime, mort
  • Ambigurité de Manon : courtisane vénale mais sincrement amoureuse (?), fascination
  • Conflit amour/vertu : des Grieux déchiré (famille, honneur vs passion)
  • Destin tragique : fatalité, mort, lyrisme
Importance historique et littéraire

Chef-d'œuvre du roman de passion, précurseur du romantisme. Manon Lescaut (1731) : succès scandaleux (condamnation morale : débauche, crime), mais reconnaissance littéraire (passion authentique, lyrisme, émotion).

Ambiguité de Manon : courtisane vénale mais aussi amoureuse sincre (?), fascination, mystère, modernité du personnage féminin. Influence : romantisme (passion fatale), opéras (Massenet : Manon, 1884 ; Puccini : Manon Lescaut, 1893).

Traductions : introduction du roman anglais (Richardson : psychologie, sensibilité) en France, influence sur roman français (Rousseau, Laclos).

Choderlos de Laclos — Les Liaisons dangereuses (1782)

Informations
Auteur
Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803), officier militaire, romancier
Date
1782 (Les Liaisons dangereuses : unique roman)
Genre
Roman épistolaire, roman libertin
Langue
Français (lettres, variété de tons, ironie, manipulation)
Contexte
Officier d'artillerie (carrière militaire), garnisons provinciales (ennui), écriture du roman (1778-1782), scandale (immoralité), Révolution (général républicain), mort en Italie (campagne napoléonienne, 1803)
Œuvre unique
  • Les Liaisons dangereuses (1782) : chef-d'œuvre absolu, roman épistolaire (175 lettres), libertinage aristocratique, vicomte de Valmont et marquise de Merteuil (libertins cyniques), manipulation, séduction, destruction, punition finale, scandale (immoralité, perversité), succès littéraire immédiat.
Intrigue

Marquise de Merteuil (veuve, libertine) et vicomte de Valmont (séducteur) : anciens amants, complices. Merteuil demande à Valmont de séduire Cécile de Volanges (jeune innocente, sortie du couvent), fiancée de Gercourt (ancien amant de Merteuil : vengeance). Mais Valmont veut séduire présidente de Tourvel (dévote, vertueuse, mariée) : défi suprême.

Manipulations, lettres (sincérité ? calcul ?), séductions réussies (Cécile, Tourvel). Valmont tombe amoureux de Tourvel (sincèrement ?), mais Merteuil jalouse, rupture entre libertins. Duel : Valmont tué, Tourvel meurt (désespoir, couvent), Merteuil défigurée (variole), ruinée (procès), exil. Cécile au couvent. Punition des libertins, triomphe de la morale (?).

Thèmes
  • Libertinage : séduction comme jeu, manipulation, cynisme, absence de sentiment
  • Guerre des sexes : Merteuil (femme libertine : révolte contre condition féminine), lettre 81 (manifeste féministe libertin : « Née pour venger mon sexe »)
  • Sincérité vs calcul : lettres (double lecture : surface/profondeur), ambiguïté
  • Punition morale : libertins punis (mort, défiguration, ruine), vertu vengée (?)
Importance historique et littéraire

Chef-d'œuvre du roman épistolaire et du libertinage littéraire. Les Liaisons dangereuses (1782) : scandale (immoralité, perversité, cynisme), mais reconnaissance : chef-d'œuvre de construction, psychologie, ironie.

Roman épistolaire : perfection du genre (175 lettres, variété de tons, voix multiples), lecteur détective (déchiffrer sincérité/calcul). Merteuil : personnage féminin fascinant, libertine intelligente, révoltée, lettre 81 (manifeste : stratgie féminine dans société patriarcale).

Influence : littérature (Stendhal, Balzac : psychologie, analyse sociale), cinéma (adaptations multiples : Vadim 1959, Frears 1988, Kumble 1999), symbole du libertinage aristocratique pré-révolutionnaire.

Unique roman : Laclos n'écrit plus de fiction après ce chef-d'œuvre, carrière militaire, Révolution (général d'artillerie), mort en Italie (1803).

André Chnier — Poésie (1762-1794)

Informations
Auteur
André Chénier (1762-1794), poète
Date
1785-1794 (poésie, publiée posthume 1819)
Genre
Poésie lyrique, élégies, ïambes
Langue
Français (inspiration antique, lyrisme, élégance classique, nouveauté)
Contexte
Né à Constantinople (père diplomate, mère grecque), Paris, voyages (Italie, Angleterre), Révolution (modéré, fédéraliste), arrestation (1794), prison Saint-Lazare, guillotine (7 thermidor an II, 25 juillet 1794, 2 jours avant chute de Robespierre)
Œuvres (posthumes)
  • Poésies (publiées 1819, 25 ans après sa mort) : élégies, idylles, épigrammes.
  • La Jeune Captive (écrite en prison, 1794) : élégie célèbre, jeunesse, vie, espoir face à la mort.
  • La Jeune Tarentine : élégie antique, naufrage, mort tragique.
  • Ïambes (prison, 1794) : poèmes satiriques contre la Terreur, violence, Robespierre.
  • Bucoliques, élégies amoureuses (Fanny, Camille).
Poésie
La Jeune Captive (extrait)
L'épi naissant mûrit de la faux respecté ;
Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été
Boit les doux présents de l'aurore ;
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,
Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui,
Je ne veux point mourir encore.
Thèmes
  • Inspiration antique : Grèce, mythologie, bucoliques, élégies (Thocrite, Virgile)
  • Lyrisme personnel : amour, nature, jeunesse, beauté
  • Face à la mort : prison, Terreur, espoir, révolte (ïambes)
  • Renouveau poétique : classicisme mais souffle nouveau, sensibilité, émotion
Importance historique et littéraire

Renouveau de la poésie française, martyr de la Terreur. Guillotine (25 juillet 1794, 31 ans) : 2 jours avant chute de Robespierre (9 thermidor, 27 juillet), destin tragique, symbole de la Terreur (innocents exécutés).

Publication posthume (1819, 25 ans après) : révélation, succès immédiat, influence sur romantiques (Lamartine, Vigny, Hugo : admiration, élégies). La Jeune Captive : chef-d'œuvre (écrit en prison), jeunesse face à la mort, espoir, beauté, lyrisme poétique.

Renouveau : inspiration antique (Grèce) mais sensibilité moderne, lyrisme personnel, émotion, pré-romantisme. Ïambes : poèmes satiriques (prison), violence contre Terreur, Robespierre, courage, révolte.

Légende : frère Marie-Joseph Chénier (poète, conventionnel) ne sauve pas André (?), culpabilité, famille déchirée.

Baron d'Holbach — Système de la nature (1770)

Informations
Auteur
Paul Henri Thiry, baron d'Holbach (1723-1789), philosophe, encyclopédiste
Date
1760-1789 (œuvres philosophiques, publiées clandestinement)
Genre
Philosophie, athéisme, matérialisme
Langue
Français (clarté, systématique)
Contexte
Allemand naturalisé français, richissime (héritage), salon rue Royale (Paris) : cénacle philosophique (Diderot, d'Alembert, Helvétius), dîners (bi-hebdomadaires), « café de l'Europe », « synagogue d'Holbach » (surnom iron ironique : athées)
Œuvres principales (anonymes ou pseudonymes)
  • Système de la nature (1770, sous pseudonyme : Mirabaud) : bible de l'athéisme, matérialisme radical, rejet de Dieu, religion = superstition et oppression, nature = tout, mécanisme universel, déterminisme.
  • Le Christianisme dévoilé (1761) : critique radicale du christianisme.
  • La Contagion sacrée (1768) : histoire critique des religions.
  • Théologie portative (1768) : dictionnaire satirique anti-religieux.
  • Plus de 50 ouvrages (plupart anonymes, clandestins).
Philosophie de d'Holbach
  • Athéisme radical : rejet total de Dieu, religion = illusion, oppression, fanatisme
  • Matérialisme : univers = matière en mouvement, pas d'âme, pas d'au-delà
  • Déterminisme : pas de libre arbitre, actions = nécessité naturelle
  • Morale laïque : vertu sans Dieu (intért bien compris, sympathie naturelle)
  • Critique politique : despotisme, alliance trône/autel, égalité, justice
Importance historique et philosophique

Athée le plus radical des Lumières, théoricien du matérialisme. Système de la nature (1770) : scandale absolu, condamné, brûlé (Parlement de Paris), mais diffusion clandestine (Hollande), influence souterraine.

Salon rue Royale : centre de l'athéisme militant, dîners philosophiques (2 fois/semaine), Diderot (ami proche), Grimm, Helvétius, visiteurs étrangers (Hume, Beccaria, Franklin). Générosité : aide financière aux philosophes (Diderot, Rousseau : pension secrète).

Influence : athéisme moderne, matérialisme, laïcité, Révolution (idées radicales : déchristianisation, culte de la Raison), mais prudence (d'Holbach modéré politiquement : réformes, pas révolution violente).

Helvétius — De l'esprit (1758)

Informations
Auteur
Claude Adrien Helvétius (1715-1771), philosophe
Date
1758-1771 (œuvres philosophiques)
Genre
Philosophie, morale, épistémologie
Langue
Français (clarté, systématique)
Contexte
Fermier général (impôts, fortune immense), retraite (1751), philosophie, salon (épouse : Mme Helvétius, continue après sa mort : Auteuil, célèbre)
Œuvres principales
  • De l'esprit (1758) : philosophie sensualiste et utilitariste, scandale absolu (condamnation : Parlement, Sorbonne, pape), livre brûlé, rétractation forcée (Helvétius), mais diffusion clandestine.
  • De l'homme (1772 posthume) : suite, approfondissement.
Philosophie d'Helvétius
  • Sensualisme : toutes les idées viennent des sens (Locke, Condillac), pas d'idées innées
  • Égalité naturelle : différences intellectuelles = éducation, environnement (pas nature), « L'éducation peut tout » (optimisme pédagogique radical)
  • Utilitarisme : morale = intért (personnel et social), plaisir/douleur, vertu = calcul d'intért bien compris
  • Matérialisme : pensée = sensation transformée, pas d'âme immatérielle
  • Réforme politique : lois justes (harmonie intérêt particulier/général), despotisme éclairé
Importance historique et philosophique

Théoricien de l'égalité naturelle et de l'utilitarisme. De l'esprit (1758) : scandale majeur (condamnations multiples : Parlement, Sorbonne, pape), livre brûlé publiquement, rétractation forcée, mais diffusion clandestine, influence souterraine.

Égalité naturelle : tous les hommes naissent égaux (intellectuellement), différences = éducation, environnement, circonstances. « L'éducation peut tout » : optimisme pédagogique (influence Révolution : égalité, instruction publique).

Utilitarisme : morale = calcul d'intérêt, plaisir/douleur (influence Bentham, Mill : utilitarisme anglais). Salon : épouse (Mme Helvétius) continue après sa mort (Auteuil), cénacle philosophique (Cabanis, Destutt de Tracy : Idéologues).

Crébillon fils — Les Égarements du cœur et de l'esprit (1736)

Informations
Auteur
Claude Prosper Jolyot de Crébillon, dit Crébillon fils (1707-1777), romancier
Date
1730-1777 (romans libertins)
Genre
Roman libertin, conte
Langue
Français (esprit, ironie, analyse psychologique, dialogues)
Contexte
Fils de Crébillon (père : tragdien, rival de Voltaire), vie mondaine, salons, libertinage aristocratique, censeur royal (ironie : lui-même libertin)
Œuvres principales
  • Les Égarements du cœur et de l'esprit (1736-1738) : chef-d'œuvre, roman d'apprentissage libertin, Meilcour (jeune homme), Versac (roue : libertin cynique), Mme de Lursay (femme mûre, initiatrice), analyse psychologique, dialogues brillants.
  • Le Sopha (1742) : conte libertin, métempsycose (âme transmigre dans un sofa), spectateur des scènes galantes, érotisme, censure.
  • Les Heureux Orphelins (1754), La Nuit et le Moment (1755) : dialogues libertins.
Thèmes
  • Libertinage aristocratique : séduction, galanterie, cynisme, jeu social
  • Apprentissage : jeune homme initié aux mœurs mondaines, désillusion
  • Analyse psychologique : mouvements du cœur, amour-propre, vanité, désir
  • Dialogues : esprit, ironie, sous-entendus, conversation mondaine
Importance historique et littéraire

Maître du roman libertin, peintre des mœurs aristocratiques. Les Égarements (1736-1738) : chef-d'œuvre de finesse psychologique, apprentissage libertin (jeune Meilcour initié par Mme de Lursay, conseillé par Versac le roue), analyse des mœurs mondaines, dialogues brillants.

Libertinage : séduction comme art social, jeu, stratégie, cynisme, absence de sentiment (ou sentiment masqué), galanterie raffinée. Influence : Laclos (Liaisons dangereuses : héritier), roman psychologique (Stendhal).

Censure : Le Sopha (1742) : censuré (érotisme), exil temporaire, mais succès clandestin. Ironie : censeur royal (nommé 1759) alors qu'il écrit romans libertins.

Madame du Châtelet — Traduction de Newton (1759)

Informations
Auteur
Émilie du Châtelet (1706-1749), mathématicienne, physicienne, philosophe
Date
1730-1749 (œuvres scientifiques et philosophiques)
Genre
Science (physique, mathématiques), philosophie, traduction
Langue
Français, latin (traductions)
Contexte
Aristocrate, éducation exceptionnelle (langues, sciences, rare pour femme), liaison avec Voltaire (1733-1749 : 16 ans, château de Cirey, collaboration intellectuelle), mort en couches (1749, 42 ans, enfant de Saint-Lambert)
Œuvres principales
  • Institutions de physique (1740) : vulgarisation de Newton et Leibniz, défense de Leibniz (forces vives), contribution originale.
  • Traduction des Principia Mathematica de Newton (achevée 1749, publiée 1759 posthume) : première traduction française, commentaires, toujours référence.
  • Discours sur le bonheur (publié 1779 posthume) : philosophie morale, bonheur, plaisirs, étude, passions.
  • Traduction de la Fable des abeilles de Mandeville (1735).
Contributions scientifiques
  • Diffusion du newtonianisme : traduction Principia, vulgarisation, commentaires savants
  • Défense de Leibniz : forces vives (vis viva = mv², précurseur énergie cinétique)
  • Expériences : chaleur, feu, combustion (avec Voltaire : Cirey)
  • Mathématiques : calcul infinitésimal, géométrie
Importance historique et scientifique

Première femme scientifique française, traductrice de Newton. Traduction des Principia (1759 posthume) : première traduction française complète, toujours référence (précision, commentaires), diffusion du newtonianisme en France.

Collaboration avec Voltaire : château de Cirey (1733-1749), laboratoire, bibliothèque, études scientifiques et philosophiques, Voltaire : Éléments de la philosophie de Newton (1738, avec aide d'Émilie).

Femme savante : exception (18ème siècle : éducation féminine limitée), reconnaissance scientifique (correspondance avec savants européens : Bernoulli, Maupertuis), mais obstacles (Académie des sciences fermée aux femmes).

Mort prématurée (1749, 42 ans, couches) : deuil de Voltaire, Œuvre inachevée (traduction Newton publiée 10 ans après).

Duc de Saint-Simon — Mémoires (1691-1723)

Informations
Auteur
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755), mémorialiste
Date
1691-1723 (période couverte), rédigé 1694-1749, publié 19ème siècle
Genre
Mémoires, chronique historique
Langue
Français (style passionné, vif, portraits acerbes, phrases longues)
Contexte
Duc et pair (noblesse ancienne), cour de Louis XIV et Régence, obsession du rang et des préséances, ambitions déçues (pas de grand rôle politique), retraite (rédaction des Mémoires)
Œuvre unique
  • Mémoires (rédigés 1694-1749, publiés 1829-1830 puis éditions critiques) : 40 volumes (manuscrit), chronique de la cour de Louis XIV (1691-1723), portraits acerbes, intrigues, cérémonial, passions, haines, style unique (phrases longues, débordantes, vivacité, rage, admiration).
Thèmes et contenu
  • Cour de Louis XIV : Versailles, étiquette, cérémonial, intrigues, favorites
  • Régence : Philippe d'Orléans (ami de Saint-Simon), participation au gouvernement
  • Portraits : Louis XIV (admiration/critique), duc de Bourgogne (héros), Maintenon (haine), courtisans, ministres, généraux (galerie immense)
  • Obsession du rang : présances, privilèges, disputes de protocole (passion dévorante)
  • Passions : haines (Maintenon, bâtards légitimés), admirations (Bourgogne, Orléans)
Importance historique et littéraire

Plus grand mémorialiste français, peintre de la cour de Louis XIV. Mémoires : source historique inestimable (vie de cour, intrigues, personnalités), mais partialité (passions, haines, obsessions), vérification nécessaire.

Style unique : phrases longues, débordantes, torrentueuses, vivacité, passion, portraits acerbes (cruauté, lucidité, génie psychologique). Proust : admiration (influence : À la recherche du temps perdu, portraits, société).

Publication tardive (19ème siècle, 70 ans après mort) : révélation, succès immédiat (Sainte-Beuve, Chateaubriand : éloges), éditions critiques (Boislisle, Coirault : 20ème siècle).

Obsession du rang : caractéristique (disputes de préséances : qui passe en premier, qui s'assoit où), témoignage sur société d'ordres (hiérarchie rigide, privilèges minutieux).

Madame de Staël — De l'Allemagne (1810)

Informations
Auteur
Germaine de Staël (1766-1817), écrivaine, philosophe, salonière
Date
1788-1817 (œuvres littéraires et philosophiques)
Genre
Roman, essai philosophique, critique littéraire
Langue
Français (éloquence, passion, idées)
Contexte
Fille de Necker (ministre de Louis XVI), salon maternel (jeunesse : philosophes), mariage Staël (ambassadeur Suède), Révolution, exil (opposition à Napoléon), château de Coppet (Suisse : cénacle intellectuel), voyages (Allemagne, Italie, Russie)
Œuvres principales
  • De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800) : sociologie littéraire, littérature reflet de la société, perfectibilité.
  • Delphine (1802) : roman, passion, société, indépendance féminine.
  • Corinne ou l'Italie (1807) : roman célèbre, femme artiste (poétesse, improvisatrice), Italie, passion, renoncement, succès européen, influence romantique.
  • De l'Allemagne (1810, censuré par Napolon ; 1813, Londres) : introduction du romantisme allemand en France (Goethe, Schiller, philosophie idéaliste), opposition Nord/Midi, enthousiasme, passion.
  • Considérations sur la Révolution française (1818 posthume) : analyse politique, libéralisme.
Thèmes
  • Condition féminine : indépendance, éducation, génie féminin, obstacles sociaux
  • Passion : amour, enthousiasme, sentiment vs raison froide
  • Romantisme : introduction en France (Allemagne : Goethe, Schiller), sensibilité, imagination
  • Libéralisme politique : liberté, constitutionnalisme, opposition au despotisme (Napoléon)
Importance historique et littéraire

Introductrice du romantisme en France, penseuse libérale, femme de lettres. De l'Allemagne (1810/1813) : introduction du romantisme allemand en France, Goethe, Schiller, philosophie idéaliste (Kant, Fichte), enthousiasme, opposition Nord (romantique, chrétien, médiéval) / Midi (classique, païen, antique).

Censure napoléonienne : De l'Allemagne détruit (1810), exil confirmé, Napoléon : haine (Staël = opposante libérale, influence intellectuelle). Publication Londres (1813) : triomphe, influence sur romantisme français (Lamartine, Hugo).

Corinne (1807) : roman à succès, femme artiste (poétesse), Italie (descriptions, enthousiasme), passion, renoncement, mythe de la femme géniale incomprise. Salons : Paris (avant exil), Coppet (Suisse : cénacle : Benjamin Constant, Schlegel, Sismondi).

Vie : amours (Narbonne, Benjamin Constant : relation orageuse 15 ans), maternité, voyages (Allemagne, Italie, Russie, Angleterre), opposition à Napoléon (libéralisme, indépendance intellectuelle).

Auteurs de la langue française au 19ème siècle

Auteurs et textes du 19ème siècle — Le Siècle du Romantisme et du Réalisme

La Liberté guidant le peuple par Delacroix
La Liberté guidant le peuple (Delacroix) - Romantisme (19ème siècle)

Contexte historique (France et Europe)

Le 19ème siècle est le siècle des révolutions (politiques, industrielles, sociales) et des mouvements littéraires (Romantisme, Réalisme, Naturalisme, Symbolisme) : transformations radicales de la société et de la littérature. En France : Consulat et Empire (1799-1815), Restauration (1815-1830), Monarchie de Juillet (1830-1848), Deuxième République (1848-1852), Second Empire (1852-1870), Troisième République (1870-1940).

Consulat et Premier Empire (1799-1815) — Napoléon Bonaparte : Coup d'État du 18 brumaire (9 novembre 1799), Consulat (1799-1804 : Bonaparte Premier Consul), Empire (1804-1814/1815 : Napoléon Ier empereur). Conquêtes européennes : victoires (Austerlitz 1805, Iéna 1806, Wagram 1809), Grand Empire (1810 : apogée, 130 départements), Code civil (1804 : base du droit français moderne).

Déclin : campagne de Russie (1812 : désastre, 400 000 morts), coalitions européennes, abdication (6 avril 1814), exil à l'île d'Elbe, Cent-Jours (mars-juin 1815), Waterloo (18 juin 1815 : défaite finale), Sainte-Hélène (exil, mort 1821).

Restauration (1815-1830) — Louis XVIII et Charles X : Retour des Bourbons : Louis XVIII (1815-1824), Charte (monarchie constitutionnelle, libertés limitées), Terreur blanche (1815 : répression contre bonapartistes et républicains). Charles X (1824-1830) : ultra-royaliste, réaction, ordonnances de juillet 1830 (censure, dissolution Chambre), Révolution de Juillet (Trois Glorieuses, 27-29 juillet 1830) : insurrection parisienne, barricades, abdication de Charles X.

Monarchie de Juillet (1830-1848) — Louis-Philippe : « Roi des Français » (vs roi de France), monarchie bourgeoise, libéralisme économique, suffrage censitaire (200 000 électeurs sur 30 millions d'habitants : élite bourgeoise). Industrialisation : chemins de fer (première ligne Paris-Saint-Germain, 1837), usines, capitalisme.

Oppositions : républicains (suffrage universel, démocratie), légitimistes (retour Bourbons), socialistes (Proudhon, Blanqui : justice sociale). Crises : insurrections (canuts de Lyon, 1831 et 1834), répression (massacre rue Transnonain, 1834), banquets réformistes (1847-1848 : opposition légale).

Révolution de 1848 et Deuxième République (1848-1852) : Révolution de Février (22-24 février 1848) : insurrection, abdication de Louis-Philippe, proclamation de la République (Lamartine : gouvernement provisoire). Suffrage universel masculin (mars 1848 : 9 millions d'électeurs), Ateliers nationaux (chômage), espoirs socialistes (Louis Blanc, Proudhon).

Journées de Juin (23-26 juin 1848) : insurrection ouvrière (fermeture Ateliers nationaux), répression sanglante (Cavaignac : 3 000 morts, 15 000 arrêtés, déportations en Algérie), rupture bourgeoisie/prolariat. Présidence : Louis-Napoléon Bonaparte (élu décembre 1848, neveu de Napoléon Ier), coup d'État (2 décembre 1851 : répression, exils : Victor Hugo), plébiscite (Empire restauré, 1852).

Second Empire (1852-1870) — Napoléon III : Empire autoritaire (1852-1860) : censure, répression, centralisation, puis Empire libéral (1860-1870 : libertés progressives). Modernisation de Paris : Haussmann (1853-1870), boulevards, égouts, parcs, démolition quartiers médiévaux, Paris moderne.

Industrialisation massive : chemins de fer (réseau national), banques (Crédit Lyonnais, Société Générale), grands magasins (Bon Marché, 1852), expositions universelles (1855, 1867). Politique extérieure : guerre de Crimée (1854-1856), intervention Italie (1859), Mexique (1861-1867 : échec), guerre franco-prussienne (1870) : désastre (Sedan, 2 septembre 1870 : Napoléon III prisonnier), siège de Paris, capitulation (28 janvier 1871), traité de Francfort (10 mai 1871 : Alsace-Lorraine annexée).

Commune de Paris (18 mars - 28 mai 1871) : Insurrection révolutionnaire (ouvriers, gardes nationaux), gouvernement insurrectionnel (Commune), idées socialistes, fédéralisme, laïcité. Semaine sanglante (21-28 mai 1871) : répression féroce (Thiers, Versaillais), 20 000 à 30 000 morts, 40 000 arrêtés, déportations (Nouvelle-Calédonie), traumatisme national, division gauche/droite durable.

Troisième République (1870-1940, début) : République proclamée (4 septembre 1870), consolidée (1875 : Constitution), républicains modérés (opportunistes : Gambetta, Ferry), lois fondamentales : liberté de la presse (1881), liberté de réunion (1881), liberté syndicale (1884), école laïque gratuite obligatoire (lois Ferry, 1881-1882).

Crises : boulangisme (1887-1889 : général Boulanger, menace autoritaire), scandale de Panama (1892-1893 : corruption), affaire Dreyfus (1894-1906) : capitaine Dreyfus (juif) accusé à tort d'espionnage, déportation (île du Diable), « J'accuse » (Zola, 1898), division France (dreyfusards/antidreyfusards), réhabilitation (1906), antisémitisme, nationalisme.

Colonialisme : expansion coloniale massive (Afrique, Asie, Indochine, Madagascar, AOF/AEF), mission civilisatrice (idéologie), exploitation économique, résistances. Belle Époque (1890-1914) : prospérité, innovations (cinéma Lumière 1895, automobile, aviation), culture (cafés, cabarets : Moulin Rouge, impressionnisme, Art nouveau).

État sanitaire selon les classes sociales

Bourgeoisie (15-20% de la population urbaine)
Espérance de vie : 55-65 ans (amélioration importante). Classe dominante : grande bourgeoisie (banquiers, industriels, négociants), bourgeoisie moyenne (professions libérales, cadres, fonctionnaires), petite bourgeoisie (commerçants, artisans, employés).

Enrichissement massif : industrialisation, banques, commerce, propriété urbaine et foncière, rentes, investissements (chemin de fer, colonies). Alphabétisation quasi-totale (hommes et femmes : 90-95% fin siècle), éducation classique, lycées (garçons), pensionnats (filles), universités.

Alimentation : gastronomie bourgeoise, repas copieux (3-4 services), viandes, poissons, légumes, pâtisseries, vins, restaurants (développement). Hygiène en progrès : eau courante (fin siècle), égouts (Haussmann), bains, savon, linge propre, médecine de famille.

Médecine : médecins (consultation à domicile), cliniques privées, progrès (Pasteur : vaccination rage 1885, asepsie Lister, anesthésie chloroforme), mais ignorance (tuberculose : fléau jusqu'aux antibiotiques 20ème siècle). Mortalité infantile (10-15% : forte baisse).
Classe ouvrière (30-40% de la population urbaine)
Espérance de vie : 35-45 ans (conditions difficiles mais amélioration progressive). Prolrait industriel : usines (textile, métallurgie, mines), ateliers, manufactures, conditions de travail épouvantables (début siècle) : 12-16h/jour, 6-7 jours/semaine, salaires misérables, absence de protection sociale, travail des enfants (dès 5-6 ans).

Lois sociales progressives : loi sur le travail des enfants (1841 : 8 ans minimum,Limitée à 8h/jour), interdiction travail enfants <12 ans (1874), journée de 10h (1900, femmes et enfants), repos hebdomadaire (1906), retraites ouvrières (1910). Syndicalisme : légalisé (1884), CGT (1895), grèves, revendications (salaires, durée travail).

Logement : taudis, insalubrité (Paris : immeubles vétustes, cours, promiscuité), logements ouvriers (fin siècle : cités patronales : Mulhouse, Le Creusot). Alimentation : pain, pommes de terre, légumes, peu de viande (charcuterie, abats), vin (bon marché), soupe, café, sous-nutrition fréquente.

Santé : maladies professionnelles (silicose mineurs, saturnisme ouvriers plomb, tuberculose), accidents du travail (fréquents, pas d'indemnisation avant 1898), alcoolisme (fléau social : absinthisme, vin frelatcanisme (fléau social : absinthisme, vin frelaté), mortalité infantile élevée (25-30%). Soins : dispensaires, hôpitaux publics (Hôtel-Dieu, Lariboisière), médecine gratuite (charité).
Paysannerie (60-70% début siècle, 40-50% fin siècle)
Espérance de vie : 40-50 ans (amélioration grâce à meilleure alimentation). Exode rural massif : migration vers les villes (industrialisation), dépeuplement des campagnes. Propriété paysanne : Révolution et 19ème siècle : morcellement, petite propriété, paysans propriétaires majoritaires (vs fermiers, métayers).

Modernisation agricole : mécanisation (batteuses, moissonneuses, fin siècle), engrais chimiques, sélection semences, rendements en hausse, mais France en retard (vs Angleterre, Allemagne). Alimentation : pain (consommation énorme : 500-700 g/jour), pommes de terre, légumes, laitages, viande (porc, volaille, augmentation progressive), vin, cidre.

Alphabétisation : lois Ferry (1881-1882 : école gratuite obligatoire laïque), généralisation (fin siècle : 80-90% alphabétisés), instituteurs (hussards noirs de la République). Santé : médecins de campagne (généralisation), vaccination (variole obligatoire 1902), mais persistance maladies (tuberculose, typhode, scarlatine). Mortalité infantile (20-25%).
Pauvres et marginaux (10-15% de la population)
Espérance de vie : 30-40 ans (extrême précarité). Misère urbaine : chômage, mendicité, prostitution (réglementée : maisons closes), criminalité, alcoolisme. Charité : œuvres religieuses, laïques (Armée du Salut, fin siècle), hôpitaux, hospices, bureaux de bienfaisance. Mortalité infantile extrême (40-50%), abandon d'enfants, Assistance publique.

Modes de pensée et représentations mentales

Mouvements intellectuels et culturels

Romantisme (1820-1850) : Réaction contre rationalisme des Lumières et classicisme, primaté du sentiment, de l'imagination, de l'individu. Thèmes : moi, nature, passion, mélancolie (mal du siècle), histoire (Moyen Âge, couleur locale), exotisme, rêve, fantastique. Génie romantique : artiste inspiré, maudit, en rupture avec société. Libéralisme politique : soutien aux révolutions (1830, 1848), liberté, nationalisme.

Réalisme (1850-1880) : Réaction contre idéalisme romantique, représentation objective de la réalité, observation, documentation, société contemporaine (bourgeoisie, peuple, ouvriers), refus de l'embellissement. Influences : positivisme (Auguste Comte : science, faits), déterminisme social.

Naturalisme (1870-1890) : Radicalisation du réalisme : roman expérimental (Zola), déterminisme (hérédité, milieu, moment), science (Claude Bernard : méthode expérimentale appliquée au roman), sujets crus (misère, violence, sexualité, alcoolisme, déchéance).

Symbolisme (1880-1900) : Réaction contre naturalisme (matérialisme, laideur), poésie pure, symbole, suggestion, musicalité, correspondances (Baudelaire précurseur), idéalisme, rêve, mystère.

Positivisme et scientisme : Auguste Comte (Cours de philosophie positive, 1830-1842) : science positive, loi des trois états (théologique, métaphysique, positif), sociologie. Foi dans le progrès scientifique et technique : révolution industrielle, inventions (vapeur, électricité, chimie), Pasteur (microbiologie, vaccination), Darwin (évolutionnisme, 1859), Claude Bernard (médecine expérimentale).

Laïcisation et sécularisation : République contre Église : lois laïques (Ferry : école, 1881-1882), expulsion congrégations religieuses (1880, 1901), loi de séparation Églises/État (1905) : laïcité, fin du Concordat (1801). Déchristianisation progressive (urbaine surtout), libre pensée, anticlricalisme.

Production littéraire — Âge d'or du roman français

Le 19ème siècle est l'âge d'or du roman français : Romantisme, Réalisme, Naturalisme, Symbolisme. Diversité des genres et des esthétiques, chefs-d'œuvre universels.

Genres littéraires majeurs :

  • Poésie romantique : Lamartine : Méditations poétiques (1820), lyrisme personnel, nature, mélancolie. Hugo : Odes et Ballades (1826), Les Contemplations (1856), La Légende des siècles (1859-1883) : épopée, engagement. Vigny : Poèmes antiques et modernes (1826), Les Destinées (1864 posthume) : pessimisme, stoicisme. Musset : Nuits (1835-1837), lyrisme, passion, souffrance.
  • Poésie moderne : Baudelaire : Les Fleurs du mal (1857) : beauté/laideur, spleen/idéal, modernité, condamnation. Verlaine, Rimbaud, Mallarmé : symbolisme, musicalité, voyance, hermétisme.
  • Roman romantique : Chateaubriand : René (1802), Mémoires d'outre-tombe (1848-1850 posthume) : lyrisme, mémoire. Hugo : Notre-Dame de Paris (1831), Les Misérables (1862) : social, histoire. Sand : Indiana (1832), La Mare au diable (1846) : féminisme, champtre. Dumas : Les Trois Mousquetaires (1844), Le Comte de Monte-Cristo (1844-1846) : cape et épée.
  • Roman raliste : Stendhal : Le Rouge et le Noir (1830), La Chartreuse de Parme (1839) : psychologie, analyse sociale. Balzac : La Comédie humaine (1829-1850 : 91 romans/nouvelles) : fresque sociale totale. Flaubert : Madame Bovary (1857), L'Éducation sentimentale (1869) : bovarysme, procès, perfection formelle.
  • Roman naturaliste : Zola : Les Rougon-Macquart (1871-1893 : 20 romans) : cycle familial, hérédité, naturalisme, Germinal (1885), L'Assommoir (1877), « J'accuse » (1898). Maupassant : nouvelles (Boule de Suif, 1880), romans (Bel-Ami, 1885, Pierre et Jean, 1888).
  • Théâtre romantique : Hugo : Hernani (1830 : bataille, victoire romantique), Ruy Blas (1838). Musset : Lorenzaccio (1834), comédies-proverbes.

Victor Hugo — Les Misérables (1862)

Informations
Auteur
Victor Hugo (1802-1885), poète, romancier, dramaturge, homme politique
Date
1820-1885 (carrière de 65 ans, production colossale)
Genre
Poésie, roman, théâtre, essai politique
Langue
Français (lyrisme, éloquence, images, antithèses, souffle épique)
Contexte
Chef du romantisme français, pair de France (1845), député (1848), opposition Napoléon III, exil (1851-1870 : Guernesey, Jersey), retour triomphal (1870), sénateur (1876), funérailles nationales (Panthéon, 1885 : 2 millions de personnes)
Œuvres principales
  • Poésie : Odes et Ballades (1826), Les Orientales (1829), Les Contemplations (1856) : lyrisme personnel, deuil (Léopoldine), métaphysique, La Légende des siècles (1859-1883) : épopée de l'humanité, Les Châtiments (1853) : satire de Napoléon III.
  • Romans : Notre-Dame de Paris (1831) : Moyen Âge, Quasimodo, Esmeralda, cathédrale, Les Misérables (1862) : chef-d'œuvre absolu, Jean Valjean, Cosette, Gavroche, misère sociale, rédemption, barricades 1832, Les Travailleurs de la mer (1866), L'Homme qui rit (1869), Quatre-vingt-treize (1874) : Révolution, Vende.
  • Théâtre : Cromwell (1827, préface : manifeste du drame romantique), Hernani (1830) : bataille d'Hernani (victoire romantique vs classiques), Ruy Blas (1838).
Thèmes hugoliens
  • Engagement social : misère, injustice, peine de mort (Le Dernier Jour d'un condamné, 1829), esclavage, éducation, pauvreté
  • Rédemption : Jean Valjean (bagnard racheté par la bonté de Mgr Myriel), seconde chance
  • Histoire : Moyen Âge, Révolution, Empire, romantisme historique
  • Nature et contemplation : lyrisme, panthéisme, Dieu dans la nature
  • Antithèses : lumière/ombre, bien/mal, misère/grandeur
Importance historique et littéraire

Géant de la littérature française, chef du romantisme, figure nationale. Les Misérables (1862) : succès mondial immédiat, œuvre la plus lue de la littérature française, fresquehumanitaire, Jean Valjean (symbole de la rédemption), Gavroche (gamin de Paris), engagement social (pauvreté, justice).

Bataille d'Hernani (1830) : victoire du romantisme sur classicisme, jeunes romantiques vs académiciens, tumulte, scandale, triomphe. Exil (1851-1870) : opposition à Napoléon III (coup d'État 1851), Guernesey (Hauteville House), Châtiments (pamphlets), Contemplations, Misérables.

Engagement politique : député (1848 : République), discours (« misère », abolition peine de mort), sénateur (1876 : Troisième République). Funérailles nationales (1885) : 2 millions de personnes, Panthéon, symbole de la République et de la littérature française.

Honoré de Balzac — La Comédie humaine (1829-1850)

Informations
Auteur
Honoré de Balzac (1799-1850), romancier
Date
1829-1850 (carrière de 20 ans, 91 romans et nouvelles)
Genre
Roman réaliste
Langue
Français (descriptions minutieuses, analyses, style dense)
Contexte
Vie de labeur littéraire (15h/jour, café : stimulant), dettes chroniques, spéculations échouées (imprimerie, fonderie), amours (Mme Hanska : correspondance, mariage 1850), mort d'épuisement (51 ans, 1850)
Œuvre monumentale
  • La Comédie humaine (1829-1850) : fresque totale de la société française, 91 romans et nouvelles, 2 000 personnages (retour des personnages : innovation), 3 grandes parties :
    • Études de mœurs : vie privée, province, parisienne, politique, militaire, campagne
    • Études philosophiques : La Peau de chagrin (1831), Louis Lambert
    • Études analytiques : Physiologie du mariage
  • Romans majeurs : Le Père Goriot (1835) : passion paternelle, Rastignac, Paris, Eugénie Grandet (1833) : avarice, province, Illusions perdues (1837-1843) : journalisme, littérature, carriérisme, Splendeurs et misères des courtisanes (1838-1847) : Vautrin, Lucien, La Cousine Bette (1846), Le Cousin Pons (1847) : jalousie, collectionneurs.
Thèmes balzaciens
  • Argent : passion dominante, moteur social, fortune, spéculation, avarice (Grandet)
  • Ambition : Rastignac (type du jeune ambitieux), carriérisme, corruption
  • Passion : destructrice (Père Goriot : amour paternel, Cousine Bette : jalousie)
  • Société : observation totale (aristocratie, bourgeoisie, artistes, criminels)
  • Types sociaux : avare, arriviste, dandy, courtisane, usurier, notaire
Importance historique et littéraire

Plus grand romancier français, créateur de La Comédie humaine. Projet titanesque : peindre la société française dans sa totalité (Restauration, Monarchie de Juillet), 91 romans/nouvelles, 2 000 personnages, retour des personnages (innovation : univers cohérent).

Le Père Goriot (1835) : chef-d'œuvre, Père Goriot (Lear moderne : filles ingrates), Rastignac (jeune ambitieux : « À nous deux maintenant, Paris ! »), Vautrin (bagnard, génie du mal), pension Vauquer (Paris misérable).

Réalisme balzacien : observation minutieuse, descriptions (décors, physionomies), analyse sociale (économie, politique), types (avare, ambitieux, courtisane), déterminisme social (argent, passion, milieu).

Influence immense : réalisme européen (Dostoevski, Tolstoï admirent Balzac), Zola (naturalisme : héritier), Proust (univers romanesque total). Vie : travail acharné (15h/jour, nuits, café), dettes, spéculations, amours, mort d'épuisement (1850, 51 ans, 3 mois après mariage avec Mme Hanska).

Stendhal — Le Rouge et le Noir (1830)

Informations
Auteur
Henri Beyle, dit Stendhal (1783-1842), romancier, critique
Date
1827-1842 (romans majeurs, mais écriture dès 1800)
Genre
Roman psychologique, critique d'art, essai
Langue
Français (style sec, rapide, économie, analyse psychologique)
Contexte
Grenoble (jeunesse), campagnes napoléoniennes (Italie, Russie 1812), consul en Italie (Civitavecchia, 1831-1842), amour de l'Italie (musique, art, passion), pseudonymes multiples (Stendhal : ville allemande Stendal), mort subite (Paris, 1842)
Œuvres principales
  • Le Rouge et le Noir (1830) : chef-d'œuvre, Julien Sorel (fils de charpentier, ambitieux), séminaire, précepteur, Mme de Rênal (passion), Mathilde de La Mole (amour-propre), tentative de meurtre, guillotine, rouge (armée, passion) vs noir (Eglise, hypocrisie).
  • La Chartreuse de Parme (1839) : Italie, Fabrice del Dongo, bataille de Waterloo, prison (tour Farnse), amour (Clélia), politique, passion, chef-d'œuvre (dicté en 52 jours).
  • Armance (1827) : premier roman, impuissance (?).
  • Lucien Leuwen (inachevé, posthume) : armée, politique, amour.
  • De l'amour (1822) : essai, cristallisation (processus amoureux).
  • Vie de Henry Brulard (autobiographie, posthume), Souvenirs d'égotisme.
Beylisme (philosophie stendhalienne)
  • Chasse au bonheur : épigraphe tombale (« Arrigo Beyle, Milanese, scrisse, amò, visse »)
  • Énergie : passion, volonté, action (vs langueur romantique)
  • Cristallisation : processus amoureux (Rameau de Salzbourg : cristaux de sel)
  • Égotisme : culte du moi, introspection, sincérité
  • Happy few : élite d'esprits raffinés (lecteurs idéaux)
Importance historique et littéraire

Psychologue du roman, analyste de la passion et de l'ambition. Le Rouge et le Noir (1830) : Julien Sorel (type de l'ambitieux plbien), ascension sociale (hypocrisie, séduction), passion (Mme de Rênal : sincère), amour-propre (Mathilde : orgueil), crime passionnel, guillotine. Rouge (Napoléon, armée, gloire interdite) vs Noir (Église, carrière possible, hypocrisie).

La Chartreuse de Parme (1839) : chef-d'œuvre (Balzac : article élogieux), Italie (passion stendhalienne), Fabrice (Waterloo : chaos, incompréhension), amour (tour Farnèse : Clélia), politique (cour de Parme : intrigues). Dicté en 52 jours (inspiration, rapidité).

Style : économie, rapidité, sécheresse voulue (Code civil : modèle), analyse psychologique (mouvements du cœur, amour-propre, vanité), ironie, distance.

Reconnaissance tardive : échec commercial (vivant), postérité (Taine, Zola : découverte 1880), influence : Proust (psychologie), Gide, Camus. Stendhal prédit : « Je serai lu en 1880 » (juste).

Gustave Flaubert — Madame Bovary (1857)

Informations
Auteur
Gustave Flaubert (1821-1880), romancier
Date
1857-1880 (romans majeurs)
Genre
Roman réaliste
Langue
Français (perfection formelle, style ciselé, « gueuloir » : lecture à voix haute)
Contexte
Rouen (Normandie), famille bourgeoise (père chirurgien), épilepsie (1844 : abandon études droit), Croisset (ermitage littéraire : propriété familiale), voyages (Orient 1849-1851 : Égypte), amours (Louise Colet : correspondance, Elisa Schlesinger : amour de jeunesse), procès Madame Bovary (1857 : outrage mœurs, acquittement)
Œuvres principales
  • Madame Bovary (1857) : chef-d'œuvre absolu, Emma Bovary (femme de médecin de campagne, rêves romantiques, adultre, dettes, suicide), bovarysme (insatisfaction, illusions romantiques), procès (outrage aux mœurs et à la religion, acquittement : publicité, succès).
  • Salammbô (1862) : Antiquité (Carthage, guerre des Mercenaires), érudition, violence, exotisme.
  • L'Éducation sentimentale (1869) : Frédéric Moreau, Mme Arnoux (amour platonique), génération 1848, désillusion, échec sentimental et politique.
  • La Tentation de saint Antoine (1874) : visions, hallucinations, érudition.
  • Trois Contes (1877) : Un cœur simple (chef-d'œuvre de simplicité), La Légende de saint Julien l'Hospitalier, Hérodias.
  • Bouvard et Pécuchet (inachevé, posthume 1881) : satire de la bêtise humaine, encyclopédie des idées reçues.
Esthétique flaubertienne
  • Impersonnalité : auteur absent, objectivité, pas de jugement moral explicite
  • Mot juste : obsession stylistique, perfection formelle, ratures multiples
  • Gueuloir : lecture à voix haute (test sonorité, rythme, harmonie)
  • Style indirect libre : pensées du personnage sans guillemets (innovation technique)
  • Bovarysme : insatisfaction chronique, illusions romantiques vs réalité médiocre
Importance historique et littéraire

Maître du réalisme, styliste parfait, inventeur du roman moderne. Madame Bovary (1857) : chef-d'œuvre absolu, Emma Bovary (femme insatisfaite, rêves romantiques, adultre, dettes, suicide : arsenic), bovarysme (décalage rêves/réalité, illusions), procès (outrage mœurs : adultre, sensualité ; acquittement : publicité, triomphe).

Perfection formelle : 5 ans de travail (1851-1856), ratures, corrections, « gueuloir » (lecture haute voix), mot juste (obsession), style indirect libre (innovation : pensées personnages sans guillemets). Impersonnalité : auteur invisible, objectivité, pas de morale explicite, « Madame Bovary, c'est moi » (identification cachée).

L'Éducation sentimentale (1869) : génération 1848, Frédéric Moreau (anti-héros : passif, vellité), Mme Arnoux (amour platonique, jamais consommé), échec (sentimental, politique, carrière), désillusion, Proust : « un des plus beaux livres ».

Influence : roman moderne (Proust, Joyce, Nouveau Roman : impersonnalité, style), réalisme (Zola, Maupassant : disciples), culte du style (perfection formelle). Correspondance monumentale : vie littéraire, esthétique, confessions.

Charles Baudelaire — Les Fleurs du mal (1857)

Informations
Auteur
Charles Baudelaire (1821-1867), pote, critique d'art
Date
1857-1867 (poésie, critique)
Genre
Poésie moderne
Langue
Français (musicalité, images, correspondances, perfection formelle)
Contexte
Paris (dandy, bohme), héritage dilapidé (jeunesse), conseil judiciaire (tutelle), amours (Jeanne Duval : « Vénus noire », Mme Sabatier, Marie Daubrun), dettes, hashish, opium, syphilis, paralysie (1866), mort (1867, 46 ans), procès Fleurs du mal (1857 : outrage mœurs, condamnation, 6 pomes censurés)
Œuvres principales
  • Les Fleurs du mal (1857, augmenté 1861) : chef-d'œuvre absolu, recueil structuré : Spleen et Idéal, Tableaux parisiens, Le Vin, Fleurs du mal, Révolte, La Mort, beauté/laideur, spleen/idéal, modernité urbaine, procès (1857 : 6 poèmes condamnés, réhabilitation 1949).
  • Petits Poèmes en prose (ou Le Spleen de Paris, posthume 1869) : poème en prose, ville, modernité.
  • Les Paradis artificiels (1860) : hashish, opium, ivresses.
  • Critique d'art : Salons (1845, 1846, 1859), Delacroix, modernité (« peintre de la vie moderne »).
  • Traductions : Edgar Poe (Histoires extraordinaires, 1856-1865 : introduction en France).
Poétique baudelairienne
  • Spleen et Idéal : tension fondamentale, angoisse existentielle (spleen : ennui métaphysique), aspiration (idéal : beauté, spiritualité, ailleurs)
  • Correspondances : synesthsies, symboles, analogies universelles (« parfums, couleurs et sons se répondent »)
  • Beauté du mal : laideur, vice, mort, décomposition (charogne), esthique nouvelle (beauté bizarre)
  • Modernité : Paris (capitale du 19me), foule, ville, éphémère (« le transitoire, le fugitif, le contingent »)
  • Dandysme : élégance, aristocratie spirituelle, culte de soi
Importance historique et littéraire

Père de la poésie moderne, inventeur de la modernité poétique. Les Fleurs du mal (1857) : révolution poétique, beauté du mal (laideur, vice, mort), spleen/idéal (tension existentielle), correspondances (synesthsies, symboles), Paris (modernité urbaine : foule, prostitution, pauvreté).

Procès (1857) : outrage aux bonnes mœurs, 6 poèmes censurés (Lesbos, Femmes damnées, Le Léthé, etc.), amende 300 francs, scandale, publicité, réhabilitation (1949 : Cour de cassation).

Modernité : poésie de la ville (Paris : capitale 19ème), éphémère, foule, « peintre de la vie moderne » (Constantin Guys : dandy, flaneur), poème en prose (Spleen de Paris : innovation formelle).

Influence immense : symbolistes (Verlaine, Rimbaud, Mallarmé : héritiers directs), poésie moderne (Apollinaire, surréalistes : Breton), poésie mondiale (Eliot, Rilke). Vie maudite : dettes, drogues, syphilis, paralysie, mort jeune (46 ans, 1867).

Émile Zola — Les Rougon-Macquart (1871-1893)

Informations
Auteur
Émile Zola (1840-1902), romancier, journaliste
Date
1871-1893 (Rougon-Macquart), puis 1894-1898 (affaire Dreyfus)
Genre
Roman naturaliste
Langue
Français (descriptions massives, langue populaire, lyrisme, épopée)
Contexte
Aix-en-Provence (jeunesse, amitié Cézanne), Paris (pauvreté, journalisme), succès (fortune littéraire), affaire Dreyfus (1898 : « J'accuse », procès, exil Angleterre 1898-1899), mort accidentelle (1902 : asphyxie, accident ou meurtre ?), Panthéon (1908)
Œuvre monumentale
  • Les Rougon-Macquart (1871-1893) : 20 romans, sous-titre : « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire », hérédité, milieu, naturalisme, déterminisme, famille Rougon-Macquart (branches légitime et illégitime), tare héréditaire (alcoolisme, folie).
  • Romans majeurs : L'Assommoir (1877) : ouvriers, alcoolisme, Gervaise, Coupeau, succès énorme, scandale, Nana (1880) : courtisane, Second Empire, corruption, Germinal (1885) : chef-d'œuvre, mineurs, grève, lutte sociale, Étienne Lantier, Maheu, catastrophe, espoir, La Bête humaine (1890) : chemin de fer, meurtre, déterminisme, La Terre (1887) : paysans, violence, terre, Au Bonheur des Dames (1883) : grand magasin, modernité commerciale.
  • « J'accuse » (13 janvier 1898) : lettre ouverte (journal L'Aurore), défense Dreyfus, accusation armée, procès, condamnation, exil, réhabilitation.
Naturalisme zolien
  • Roman expérimental : science appliquée au roman (Claude Bernard), observation, documentation (enquêtes : mines pour Germinal)
  • Déterminisme : hérédité, milieu, moment (personnages conditionnés)
  • Sujets crus : misère, alcoolisme, prostitution, violence, sexualité
  • Lyrisme : descriptions massives, symboles, épopée (mine, foule, machine)
  • Engagement social : dénonciation injustices, défense ouvriers, socialisme
Importance historique et littéraire

Chef du naturalisme, auteur de Germinal, héros de l'affaire Dreyfus. Germinal (1885) : chef-d'œuvre absolu, mineurs du Nord, grève (misère, exploitation, solidarité), Étienne Lantier (meneur), famille Maheu (misère : 7 enfants, faim), bourgeois (Hennebeau, Grégoire), catastrophe (mine inondée), espoir final (« germinal » : mois révolutionnaire, germination).

Documentation : enquête sur le terrain (Anzin, 1884 : grve des mineurs), descente dans la mine, interviews, observation, dossiers préparatoires (plans, fiches personnages, documentation scientifique).

Les Rougon-Macquart (1871-1893) : cycle de 20 romans, famille (branches légitime/illégitime), hérédité (tare : alcoolisme, folie), Second Empire (1852-1870 : décadence, modernisation), fresque sociale totale (ouvriers, bourgeois, paysans, courtisanes, financiers).

« J'accuse » (13 janvier 1898) : lettre ouverte au président de la République, défense capitaine Dreyfus (juif accusé à tort d'espionnage), accusation armée (faux, complots), procès Zola (condamnation : diffamation), exil Angleterre (1898-1899), retour (amnistie), réhabilitation Dreyfus (1906). Courage moral : rupture avec amis (Cézanne, antidreyfusard), menaces, haine.

Mort (1902) : asphyxie (cheminée bouchée), accident ou meurtre (antidreyfusards) ? Panthéon (1908) : transfert solennel, Anatole France : éloge funèbre.

Guy de Maupassant — Boule de Suif (1880)

Informations
Auteur
Guy de Maupassant (1850-1893), nouvelliste, romancier
Date
1880-1891 (carrière de 11 ans, 300 nouvelles, 6 romans)
Genre
Nouvelle, roman naturaliste/réaliste
Langue
Français (clarté, concision, efficacité, ironie)
Contexte
Normandie, fonctionnaire (ministères), disciple Flaubert (maître, ami de sa mère), groupe de Médan (naturalistes : Zola, Huysmans), succès foudroyant (Boule de Suif, 1880), syphilis (jeunesse), folie (hallucinations, paranoa), internement (1892), mort (1893, 42 ans : syphilis tertiaire)
Œuvres principales
  • Nouvelles (300 !) : Boule de Suif (1880) : chef-d'œuvre, guerre 1870, diligence, prostituée généreuse, bourgeois égoïstes, hypocrisie, Flaubert : « chef-d'œuvre », La Maison Tellier (1881), Mademoiselle Fifi (1882), Les Contes de la Bécasse (1883), Miss Harriet (1884), Le Horla (1887) : fantastique, folie, double, angoisse, La Parure : ironie du destin, vanité.
  • Romans : Une vie (1883) : Jeanne, femme, désillusions, Normandie, Bel-Ami (1885) : Georges Duroy, arriviste, journalisme, séduction, cynisme, Pierre et Jean (1888) : frères, héritage, jalousie, adultre, préface (« Le Roman » : théorie réaliste), Fort comme la mort (1889), Notre cœur (1890).
Thèmes maupassantiens
  • Guerre 1870 : défaite, occupation prussienne, lâcheté, courage
  • Normandie : paysans, terroir, nature
  • Femmes : conditions féminines, prostitution, adultre, maternité
  • Arrivisme : cynisme social (Bel-Ami), séduction, argent
  • Fantastique : folie, angoisse, double (Le Horla : prémonition de sa folie)
  • Ironie : chutes, retournements, destin (La Parure : 10 ans de misère pour rien)
Importance historique et littéraire

Maître absolu de la nouvelle française. Boule de Suif (1880) : chef-d'œuvre, guerre 1870 (défaite, occupation), diligence (Rouen-Le Havre), Boule de Suif (prostituée généreuse : partage nourriture), bourgeois (religieuse, nobles, commerçants : égoïstes, hypocrites), sacrifice (livrée à l'officier prussien), mépris final, Flaubert : « c'est un chef-d'œuvre », lancement carrière.

Maîtrise nouvelle : 300 nouvelles (11 ans : production intensive), concision, efficacité, chutes (retournements, ironie), clarté française, réalisme (observation sociale), variété (guerre, paysans, bourgeoisie, fantastique).

Bel-Ami (1885) : Georges Duroy (arriviste absolu), ancien sous-officier, journalisme (corruption), séduction (femmes : échelle sociale), cynisme, réussite (mariage : Madeleine Forestier, puis Suzanne Walter), satire (presse, politique, finance, Troisième République).

Folie : syphilis (jeunesse), symptômes (hallucinations, paranoa), Le Horla (1887 : nouvelle fantastique, double, angoisse : prémonition), internement (1892), tentative de suicide (couteau : gorge), mort (1893, 42 ans : syphilis tertiaire, paralysie générale). Carrière fulgurante : 11 ans (1880-1891), 300 nouvelles, 6 romans, succès, fortune, puis effondrement.

Chateaubriand — Mémoires d'outre-tombe (1848-1850)

Informations
Auteur
François-René de Chateaubriand (1768-1848), écrivain, diplomate, homme politique
Date
1802-1848 (carrière littéraire et politique de 46 ans)
Genre
Roman, essai, mémoires, poésie en prose
Langue
Français (lyrisme, images, rythme, grandeur, mélancolie)
Contexte
Bretagne (Saint-Malo : château de Combourg), aristocrate, émigration (1791-1800 : Angleterre, Amérique), retour France (1800), succès (Génie du christianisme, 1802), carrière diplomatique (ambassadeur : Berlin, Londres, Rome), ministre (Étrangres, Restauration), opposition (libéralisme : liberté de la presse), retraite (écriture Mémoires), mort (1848 : année révolutionnaire), publication posthume Mémoires d'outre-tombe
Œuvres principales
  • René (1802) : manifeste du romantisme, héros mélancolique (mal du siècle), nature, passion, exil, Amélie (sœur : amour interdit), Natchez (Amérique), génération romantique (Lamartine, Musset, Hugo : modèle).
  • Le Génie du christianisme (1802) : apologie du christianisme, esthétique (beauté chrétienne : cathédrales, liturgie), succès immense (Concordat 1801 : retour religion), inclut Atala et René.
  • Atala (1801) : roman, Amérique, Indiens, amour tragique, nature exotique.
  • Les Martyrs (1809) : épope chrétienne, Antiquité.
  • Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811) : récit de voyage (Orient).
  • Mémoires d'outre-tombe (rédigé 1809-1841, publié 1848-1850 posthume) : chef-d'œuvre absolu, autobiographie, histoire (Révolution, Empire, Restauration), lyrisme, mélancolie, portraits, réflexions.
Thèmes chateaubrianesques
  • Mal du siècle : mélancolie, ennui existentiel, vague des passions
  • Nature : forêts bretonnes, Amérique (Niagara, sauvages), Orient, paysages lyriques
  • Mémoire : passé (nostalgie), temps (fuite), histoire personnelle et collective
  • Religion : christianisme (beauté, consolation), foi, apologie
  • Moi : introspection, égotisme, lyrisme personnel (René : modèle héros romantique)
Importance historique et littéraire

Père du romantisme français, auteur des Mémoires d'outre-tombe. René (1802) : héros romantique (mélancolie, mal du siècle, vague des passions), exil Amérique, nature (forêts, sauvages), Amélie (sœur : amour coupable, couvent), modèle génération (Lamartine, Musset, Byron : héros byronien).

Mémoires d'outre-tombe (1809-1841, posthume 1848-1850) : chef-d'œuvre, autobiographie monumentale, histoire (Révolution, émigration, Empire, Restauration), rencontres (Napoléon, Louis XVIII, papes, rois), lyrisme (nature : Combourg, Grand-Bé, Rome), mélancolie, gloire/vanité, « outre-tombe » : écrit pour après sa mort (publication posthume prévue).

Génie du christianisme (1802) : apologie esthétique du christianisme, beauté (cathédrales, liturgie, poésie chrétienne vs paganisme), succès (Concordat 1801 : retour religion après Révolution), contre-Lumières (sentiment vs raison).

Carrière : écrivain (gloire : pair de France, Académie 1811), diplomate (ambassadeur), ministre (Étrangres : Restauration), opposition libérale (liberté presse, contre absolutisme Charles X), retraite (1830 : rédaction Mémoires). Influence : romantisme (lyrisme, moi, nature, mélancolie), prose poétique (Hugo, Lamartine), mémorialistes (autobiographie).

Alphonse de Lamartine — Méditations poétiques (1820)

Informations
Auteur
Alphonse de Lamartine (1790-1869), poète, homme politique, historien
Date
1820-1869 (poésie surtout 1820-1830, puis politique et histoire)
Genre
Poésie lyrique, histoire, politique
Langue
Français (lyrisme, musicalité, élégies, harmonie)
Contexte
Mâcon (Bourgogne : vignobles), aristocrate, amour (Elvire : Julie Charles, morte 1817), succès foudroyant (Méditations, 1820), diplomatie (secrétaire d'ambassade : Naples, Florence), politique (député 1833, chef du gouvernement provisoire 1848 : abolition esclavage, suffrage universel), défaite (élection présidentielle 1848 : Louis-Napoléon Bonaparte élu), ruine financière (dettes : train de vie, spéculations), vieillesse pauvre
Œuvres principales
  • Méditations poétiques (1820) : révolution poétique, « Le Lac » (chef-d'œuvre : Elvire, temps qui passe, souvenir), « L'Isolement », « L'Automne », lyrisme personnel, nature, amour, Dieu, succès immense (première grande œuvre romantique).
  • Nouvelles Méditations poétiques (1823), Harmonies poétiques et religieuses (1830).
  • Jocelyn (1836) : poème, prêtre, amour impossible.
  • La Chute d'un ange (1838) : poème métaphysique.
  • Histoire des Girondins (1847) : Révolution française, best-seller, influence préparation Révolution 1848.
  • Raphal (1849) : récit autobiographique (Elvire).
Lyrisme lamartinien
  • Moi : effusion personnelle, sentiments, confidences lyriques
  • Nature : lac (Bourget : Elvire), automne, soir, paysages mélancoliques
  • Temps : fuite, mémoire, nostalgie (« Ô temps ! suspends ton vol »)
  • Amour : Elvire (Julie Charles : morte 1817), idéalisation, deuil
  • Dieu : panthéisme, nature divine, spiritualité, Providence
  • Musicalité : harmonie, rythme, sonorités, chant (« poésie doit être chantée »)
Importance historique et littéraire

Premier grand poète romantique français. Méditations poétiques (1820) : révolution, poésie lyrique personnelle, « Le Lac » (chef-d'œuvre absolu : Elvire/Julie Charles, lac du Bourget, temps qui passe, « Ô temps ! suspends ton vol », mémoire, nature témoin), succès foudroyant (première grande œuvre romantique : rupture avec classicisme).

Lyrisme : moi (sentiments personnels), nature (lac, automne, soir), amour (Elvire : idéalisation, deuil), Dieu (panthéisme : nature divine), musicalité (harmonie, rythme, chant : « poésie doit être chantée »), mélancolie (temps, mort, nostalgie).

Carrière politique : député (1833), opposant à Louis-Philippe, Révolution 1848 (chef gouvernement provisoire : février-mai), abolition esclavage (décret 27 avril 1848 : Victor Schoelcher), suffrage universel masculin (mars 1848), discours (drapeau tricolore vs drapeau rouge : « le drapeau tricolore a fait le tour du monde »), défaite (élection présidentielle décembre 1848 : 5e sur 5, Louis-Napoléon Bonaparte élu).

Ruine : dettes (train de vie aristocratique), vente propriétés, vieillesse pauvre, écriture alimentaire (histoire, souvenirs), pension Napoléon III. Influence : romantisme lyrique (Hugo, Vigny, Musset : héritiers), poésie personnelle (moi, nature, sentiment).

Alfred de Musset — Les Nuits (1835-1837)

Informations
Auteur
Alfred de Musset (1810-1857), poète, dramaturge
Date
1829-1857 (carrière de 28 ans)
Genre
Poésie lyrique, théâtre
Langue
Français (lyrisme, élégance, ironie, passion, spontanéité)
Contexte
Paris (famille bourgeoise cultivée), précocité (début 19 ans : Cénacle de Hugo), amour tragique (George Sand, 1833-1835 : Venise, rupture, souffrance), débauche, alcoolisme, déclin (santé, inspiration), Académie française (1852, 42 ans : plus jeune), mort prématurée (1857, 46 ans : alcool, cœur)
Œuvres principales
  • Poésie : Premières Poésies (1829-1835), Poésies nouvelles (1836-1852), Les Nuits (1835-1837) : chef-d'œuvre, 4 poèmes (Nuit de mai, août, octobre, décembre), poète/Muse (dialogue), souffrance amoureuse (George Sand), création, « Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur » (Nuit de mai).
  • Théâtre : Lorenzaccio (1834) : chef-d'œuvre dramatique, Florence (Renaissance), Lorenzo (idéalisme déçu, tyrannie, meurtre), désillusion, action inutile, comédies-proverbes : On ne badine pas avec l'amour (1834 : Perdican, Camille), Les Caprices de Marianne (1833), Fantasio (1834).
  • La Confession d'un enfant du siècle (1836) : roman autobiographique, George Sand, mal du siècle, génération post-napoléonienne.
Thèmes mussettiens
  • Souffrance amoureuse : George Sand (passion, rupture, trahison), poésie de la douleur
  • Création : douleur/poésie (Les Nuits : dialogue Poète/Muse), « Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur »
  • Mal du siècle : génération désillusionnée (après Napoléon), ennui, désenchantement
  • Jeunesse : insouciance, gaieté, ironie, fantaisie (Fantasio)
  • Désillusion : idéalisme déçu (Lorenzaccio), action inutile
Importance historique et littéraire

Poète de la passion et de la souffrance amoureuse. Les Nuits (1835-1837) : 4 poèmes (mai, août, octobre, décembre), dialogue Poète/Muse, souffrance amoureuse (George Sand : rupture 1835), création par la douleur (« Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur »), lyrisme intense, émotion, sincérité.

George Sand (1833-1835) : passion tumultueuse, Venise (1833-1834 : maladie Musset, trahison Sand/Pagello), rupture (1835), souffrance, Confession d'un enfant du siècle (1836 : récit à clés), Les Nuits (transmutation douleur en poésie).

Lorenzaccio (1834) : chef-d'œuvre dramatique, Florence 1537, Lorenzo de Médicis (idéaliste déçu : devient vicieux pour approcher tyran Alexandre), meurtre (duc Alexandre : libération Florence ?), échec (autre tyran : Côme), désillusion, action inutile, solo (« non jouable » vivant Musset : trop de scènes), première représentation (1896 : Sarah Bernhardt, travestissement).

Théâtre : comédies-proverbes (écrites pour lecture, non représentation), On ne badine pas avec l'amour (1834 : Perdican/Camille, orgueil, malentendu, mort Rosette), Caprices de Marianne, Fantasio (fantaisie, ironie).

Déclin : alcoolisme, débauche, santé (cœur), inspiration tarie (après 1840), Académie (1852 : 42 ans, plus jeune académicien), mort (1857, 46 ans : épuisé).

George Sand — Indiana (1832)

Informations
Auteur
Aurore Dupin, baronne Dudevant, dite George Sand (1804-1876), romancière
Date
1832-1876 (carrière de 44 ans, 70 romans, 50 volumes de correspondance)
Genre
Roman (romantique, champtre, social), théâtre, autobiographie
Langue
Français (clarté, lyrisme, descriptions, idéalisme)
Contexte
Berry (Nohant : château familial), grand-mre aristocrate (éducation), mariage malheureux (baron Dudevant, 1822-1835), Paris (indépendance : habit masculin, cigare), pseudonyme masculin (George Sand : liberté, publication), amours célbres : Musset (1833-1835 : Venise), Chopin (1838-1847 : Majorque, Nohant), engagement politique (socialisme, féminisme, République 1848), Nohant (retraite : théâtre de marionnettes, famille), mort paisible (1876)
Œuvres principales
  • Romans féministes/romantiques : Indiana (1832) : premier succès, femme opprimée (mariage), libération, passion, Valentine (1832), Lélia (1833 : sensualité, scandale).
  • Romans champtres : La Mare au diable (1846) : chef-d'œuvre, Berry, paysans, amour simple (Germain, Marie), nature, poésie pastorale, La Petite Fadette (1849), François le Champi (1850).
  • Romans sociaux : Le Compagnon du tour de France (1840 : ouvriers), Consuelo (1842-1844 : chanteuse, idéalisme social).
  • Histoire de ma vie (1854-1855) : autobiographie, enfance, amours, carrière.
  • Correspondance : 50 volumes (Musset, Flaubert, Hugo, etc.), témoignage époque.
Thèmes sandiens
  • Féminisme : condition des femmes, mariage (oppression), indépendance, amour libre, égalité
  • Nature : Berry (Nohant, campagne), paysans, vie simple, harmonie
  • Socialisme : justice sociale, ouvriers, égalité, République 1848
  • Amour : passion, sentiments, idéalisation, liberté amoureuse
  • Peuple : paysans (dignité, beauté morale), ouvriers (compagnonnage)
Importance historique et littéraire

Plus grande romancière du 19ème siècle, figure féministe, femme libre. Pseudonyme masculin (George Sand : liberté publication, égalité), habit masculin (pantalon, redingote, cigare : scandale, provocation), indépendance (séparation mari 1835, vie libre Paris/Nohant).

Indiana (1832) : premier succès, femme opprimée (mariage tyran : colonel Delmare), passion (Raymon : déception), libération (fuite : île Bourbon/Réunion, Ralph : amour vrai), plaidoyer indépendance féminine, critique mariage (Code civil : soumission épouse).

La Mare au diable (1846) : chef-d'œuvre champtre, Germain (veuf, laboureur), Marie (jeune bergre), amour simple et pur, Berry (campagne : beauté, poésie), nature, paysans (dignité, cœur), idéalisation vie rurale (vs industrialisation, misère urbaine).

Amours : Musset (1833-1835 : passion orageuse, Venise, rupture), Chopin (1838-1847 : Majorque 1838-1839, Nohant, rupture 1847), Marie Dorval (actrice : amitié amoureuse), Michel de Bourges (avocat républicain).

Engagement : socialisme (Pierre Leroux, Lamennais : chrétien social), Révolution 1848 (soutien, bulletins de la République), féminisme (droit des femmes : mariage, éducation, indépendance), mais ambigu (pas suffragiste : femmes pas prêtes).

Nohant : château (retraite : famille, petits-enfants), salon littéraire (Flaubert, Dumas, Tourgueniev), théâtre de marionnettes, vie paisible. Production : 70 romans, 50 volumes correspondance, théâtre, articles.

Alexandre Dumas — Les Trois Mousquetaires (1844)

Informations
Auteur
Alexandre Dumas (dit Dumas pre, 1802-1870), romancier, dramaturge
Date
1829-1870 (carrière de 41 ans, 300 volumes)
Genre
Roman historique, cape et épée, théâtre
Langue
Français (vivacité, dialogues, rythme, action, humour)
Contexte
Métis (pre : général napoléonien, grand-pre : marquis/esclave Saint-Domingue), Paris (succès théâtral : Henri III et sa cour, 1829), romans-feuilletons (presse : succès populaire immense), collaborateurs (Auguste Maquet : documentation, plan), fortune/ruine (château Monte-Cristo, dettes, exil Belgique 1851), voyages (Russie, Italie : Garibaldi), mort (1870), Panthéon (2002)
Œuvres principales
  • Les Trois Mousquetaires (1844) : chef-d'œuvre absolu, d'Artagnan, Athos, Porthos, Aramis, Louis XIII, Richelieu, Milady, aventures, cape et épée, amitié (« Un pour tous, tous pour un »), suites : Vingt Ans aprs (1845), Le Vicomte de Bragelonne (1847-1850).
  • Le Comte de Monte-Cristo (1844-1846) : vengeance, Edmond Dants (marin innocent, emprisonné château d'If, évasion, trésor, vengeance : Danglars, Fernand, Villefort), fortune, justice, pardon, chef-d'œuvre.
  • La Reine Margot (1845) : Henri IV, Marguerite de Valois, Saint-Barthlemy (1572), guerres de religion.
  • Le Chevalier de Maison-Rouge (1845-1846) : Révolution, Marie-Antoinette.
  • Théâtre : Henri III et sa cour (1829 : drame romantique, succès), Antony (1831), La Tour de Nesle (1832).
  • Mémoires, récits de voyage (Caucase, Italie, etc.).
Univers dumasien
  • Aventure : action, rebondissements, suspense, rythme
  • Histoire : 17ème siècle (mousquetaires, Richelieu), Révolution, guerres de religion
  • Amitié : mousquetaires (« Un pour tous, tous pour un »), loyauté, honneur
  • Vengeance : Monte-Cristo (patience, plan, justice implacable)
  • Romanesque : cape et épée, intrigues, duels, complots, amours
Importance historique et littéraire

Maître du roman d'aventures, auteur le plus lu au monde. Les Trois Mousquetaires (1844) : chef-d'œuvre universel, d'Artagnan (Gascon : courage, fougue), Athos (noble : mélancolie), Porthos (fort : vanité), Aramis (abbé : ambition), amitié (« Un pour tous, tous pour un »), Louis XIII, Richelieu (Cardinal : génie politique), Milady (espionne : beauté, cruauté), ferrets de la reine (Anne d'Autriche, Buckingham : intrigue), aventures, duels, complots, cape et épée.

Le Comte de Monte-Cristo (1844-1846) : vengeance parfaite, Edmond Dants (marin innocent : trahison Danglars, Fernand, Villefort), château d'If (14 ans : abbé Faria, éducation, trésor Monte-Cristo), évasion (cadavre : sac jeté à la mer), fortune immense, vengeance (plan méthodique : ruine, déshonneur, folie), pardon final (Maximilien, Valentine : amour, espoir).

Roman-feuilleton : presse (journaux : Le Siècle, La Presse), publication quotidienne (suspense : « la suite demain »), succès populaire énorme, fortune. Collaborateurs : Auguste Maquet (principal : documentation, plan, dialogues Dumas), polémique (usine à romans : « fabrique de Dumas »), mais génie narratif (Dumas : style, rythme, vie).

Production : 300 volumes (romans, théâtre, voyages, histoire), succès mondial (traduit toutes langues), adaptations (cinéma, TV : innombrables). Panthéon (2002 : Chirac, bicentenaire naissance).

Arthur Rimbaud — Une saison en enfer (1873)

Informations
Auteur
Arthur Rimbaud (1854-1891), pote
Date
1870-1875 (carrière poétique de 5 ans : 15-20 ans !)
Genre
Poésie (symbolisme, vers libre, poème en prose)
Langue
Français (images fulgurantes, synesthsies, voyance, innovation radicale)
Contexte
Charleville (Ardennes : province), lve brillant, fugues (Paris, 1870-1871), Commune (sympathies révolutionnaires), Verlaine (1871-1873 : liaison orageuse, Bruxelles, Londres, Bruxelles : coup de revolver 1873), Une saison en enfer (1873 : rupture Verlaine, adieu poésie), silence littéraire (1875 : 20 ans, abandon poésie), voyages (Europe, Java, Chypre, Aden, Abyssinie/Éthiopie : commerçant, trafiquant d'armes), cancer (genou), amputation, retour France, mort (Marseille, 1891, 37 ans)
Œuvres principales
  • Premiers poèmes (1870-1871) : « Le Dormeur du val » (guerre 1870 : soldat mort), « Ma Bohème », « Voyelles » (synesthsies), « Le Bateau ivre » (1871 : chef-d'œuvre, navigation, ivresse, visions).
  • Une saison en enfer (1873) : chef-d'œuvre, poème en prose, autobiographie spirituelle, enfer (Verlaine, violence, échec alchimie du verbe), adieu (« il faut être absolument moderne »), seul livre publié vivant (auto-édité : échec commercial, exemplaires détruits).
  • Illuminations (1872-1875, publié 1886 par Verlaine) : poèmes en prose, visions, voyance, images fulgurantes, modernité absolue (« Villes », « Métropolitain », « Barbare »).
  • Lettres : « Lettre du Voyant » (15 mai 1871 : « Je est un autre », « Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérglement de tous les sens »).
Poétique rimbaldienne
  • Voyance : « Je est un autre », poète voyant (dérglement sens), visions, illuminations
  • Alchimie du verbe : transformer langage, images neuves, hallucinations verbales
  • Révolte : contre ordre social, morale, religion, esthétique classique
  • Modernité : « il faut être absolument moderne », rupture radicale
  • Synesthsies : correspondances sens (« Voyelles » : A noir, E blanc, etc.)
Importance historique et littéraire

Génie absolu, poète maudit, mythe littéraire. Carrière fulgurante : 15-20 ans (5 ans : chef-d'œuvre absolu), silence (20 ans : abandon poésie, voyages, commerce).

« Lettre du Voyant » (15 mai 1871, 16 ans) : manifeste, « Je est un autre » (sujet poétique décentré), « Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérglement de tous les sens », mission (voyance : explorer inconnu, transformer langage).

Verlaine (1871-1873) : rencontre (septembre 1871 : Rimbaud 16 ans, Verlaine 27, marié), liaison (scandale, fugue : Belgique, Angleterre), violence (alcool, disputes, Verlaine abandonne femme/enfant), Bruxelles (10 juillet 1873 : Verlaine tire sur Rimbaud, 2 coups de revolver, blessé poignet), prison Verlaine (2 ans : Mons), rupture définitive.

Une saison en enfer (1873) : après rupture Verlaine, enfer (relation, violence, échec alchimie du verbe), « Vierge folle, l'Époux infernal » (Verlaine), adieu poésie (« il faut être absolument moderne » : ambigü), auto-édité (Bruxelles : Poot et Cie), échec commercial, exemplaires détruits/oubliés.

Silence (1875, 20 ans) : abandon total poésie, voyages (Europe, Java, Chypre, Aden, Abyssinie/Ha rares), commerçant (café, peaux, armes : Ras Ménélik), correspondance famille (affaires, argent : aucune mention poésie), cancer genou (tumeur), amputation (Marseille, 1891), mort (37 ans, 10 novembre 1891).

Postérité : oubli (vivant), redécouverte (Verlaine : Poètes maudits 1884, publication Illuminations 1886), influence immense (symbolistes, surréalistes : Breton, poésie moderne).

Paul Verlaine — Poèmes saturniens (1866)

Informations
Auteur
Paul Verlaine (1844-1896), pote
Date
1866-1896 (carrière de 30 ans)
Genre
Poésie (symbolisme, musicalité)
Langue
Français (musicalité, suggérant, nuances, fluidité, vers impair)
Contexte
Metz (naissance), Paris, fonctionnaire (Hôtel de Ville), mariage (Mathilde Mauté, 1870 : bonheur bref), Rimbaud (1871-1873 : passion, abandon femme/fils, fugue, violence, coup de revolver Bruxelles 1873), prison (2 ans : Mons, Belgique), conversion (catholicisme : éphémre), déchéance (alcool, absinthabsinthe, misère, hôpitaux), gloire tardive (« Prince des poètes », 1894), mort (1896, 51 ans : alcool, misère)
Œuvres principales
  • Poèmes saturniens (1866) : premier recueil, mélancolie, « Chanson d'automne » (« Les sanglots longs / Des violons / De l'automne »).
  • Ftes galantes (1869) : 18ème siècle (Watteau), masques, commedia dell'arte, « Clair de lune » (chef-d'œuvre).
  • La Bonne Chanson (1870) : amour (Mathilde : fiancée), bonheur, espoir.
  • Romances sans paroles (1874) : chef-d'œuvre, musicalité pure, paysages intérieurs, Rimbaud (relation, rupture), « Il pleure dans mon cœur ».
  • Sagesse (1881) : conversion, foi, repentir, prison.
  • Jadis et Nagunagure (1884) : inclut « Art poétique » (manifeste : « De la musique avant toute chose »).
  • Les Poètes maudits (1884) : essai (Rimbaud, Corbire, Mallarmé : redécouverte).
Art poétique verlainien
  • Musicalité : « De la musique avant toute chose », sonorités, rythmes, harmonie
  • Nuance : « Rien de plus cher que la chanson grise / Où l'Indécis au Précis se joint »
  • Suggestion : vs éloquence, imp licite, atmosphère, émotion
  • Vers impair : innovation (9, 11 syllabes : fluidité, irrégularité musicale)
  • Paysages intérieurs : états d'âme, mélancolie, pluie, automne
Importance historique et littéraire

Pote de la musicalité, symboliste, pote maudit. « Art poétique » (1874, publié 1884) : manifeste symboliste, « De la musique avant toute chose », vers impair (fluidité), nuance (« l'Indécis au Précis se joint »), suggestion (vs éloquence), influence symbolisme (Mallarmé, Rimbaud : trinité symboliste).

Romances sans paroles (1874) : chef-d'œuvre, musicalité pure (chansons : « Il pleure dans mon cœur / Comme il pleut sur la ville »), paysages intérieurs (états d'âme, mélancolie), Rimbaud (relation : Belgique, Angleterre, souffrance, rupture).

Rimbaud (1871-1873) : rencontre (invitation Verlaine : septembre 1871), passion (Verlaine 27 ans marié, Rimbaud 16 ans : scandale), fugue (abandon Mathilde enceinte/fils Georges), violence (alcool, absinthe, disputes, coups), Bruxelles (10 juillet 1873 : Verlaine ivre tire sur Rimbaud, blessé poignet), prison (Mons : 2 ans, conversion, Sagesse), rupture définitive (Rimbaud : renonciation poésie, Verlaine : déchéance).

Déchéance : alcool (absinthe : poison), misère (hôpitaux : Broussa is, Tenon), prostitution masculine (?), violence (agression mre : prison 1885), gloire tardive (« Prince des poètes » 1894 : élection académique informelle), mort (1896, 51 ans : alcool, misère, hôpital).

Poètes maudits (1884) : redécouverte Rimbaud (publication extraits Illuminations), Corbire, Mallarmé, mythe pote maudit (marginalité, souffrance, génie).

Stéphane Mallarmé — L'Après-midi d'un faune (1876)

Informations
Auteur
Stéphane Mallarmé (1842-1898), pote
Date
1862-1898 (carrière de 36 ans, production restreinte : perfection)
Genre
Poésie (symbolisme, hermétisme)
Langue
Français (syntaxe complexe, néologismes, musicalité, hermétisme absolu)
Contexte
Paris, professeur d'anglais (lycées : Tournon, Avignon, Paris), « mardis » rue de Rome (salon littéraire : Verlaine, Valéry, Gide, Debussy), maître symbolisme (influence immense), mort (1898, 56 ans), Un coup de ds (posthume : révolution typographique)
Œuvres principales
  • L'Après-midi d'un faune (1876) : chef-d'œuvre, églogue, faune (rêve : nymphes), sensualité, ambigüté, musique Debussy (1894 : Prélude à l'après-midi d'un faune), ballet Nijinsky (1912).
  • Poésies (1887, 1899) : recueil restreint (50 pomes : perfection absolue), « Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui » (cygne), sonnets (« Ses purs ongles »), tombeaux (Poe, Baudelaire, Verlaine, Wagner).
  • Un coup de ds jamais n'abolira le hasard (1897, posthume 1914) : pome-espace, typographie (blancs, polices), révolution, hasard/nécessité, naufrage, constellation.
  • Divagations (1897) : prose poétique, critique, esthétique.
  • Projet : Le Livre (inachevé : œuvre totale, orphique, absolu).
Poétique mallarméenne
  • Hermétisme : obscurité voulue, syntaxe complexe, suggestion, énigme
  • Poésie pure : musique, symboles, absence réalité anecdotique
  • Langage : « Donner un sens plus pur aux mots de la tribu » (purification)
  • Absence : néant, vide, disparition (« La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres »)
  • Livre absolu : œuvre totale, orphique, explication du monde
Importance historique et littéraire

Maître du symbolisme, pote de l'absolu, hermétisme. Influence immense (symbolistes, Valéry, surréalistes, poésie moderne), « mardis » rue de Rome (salon : jeunes potes, discussions esthétiques), maître vénéré (Verlaine, Valéry, Gide, Claudel).

L'Après-midi d'un faune (1876) : chef-d'œuvre, faune (rêve : nymphes enlacées, désir, souvenir ?), ambigüté (réalité/rêve), sensualité, musicalité, Debussy (1894 : Prélude, impressionnisme musical), ballet Nijinsky (1912 : Ballets russes, scandale).

Hermétisme : obscurité voulue (vs clarté classique), syntaxe (inversion, ellipse, suggestion), néologismes, symboles (« peindre non la chose mais l'effet qu'elle produit »), énigme (lecteur actif : interprétation).

Un coup de ds (1897) : révolution, poème-espace (typographie : polices, tailles, blancs, disposition), lecture multiple (linéaire, visuelle, associative), hasard/nécessité (naufrage, constellation : ordre cosmique), influence (Apollinaire : calligrammes, poésie concrète, avant-gardes).

Projet : Le Livre (obsession : œuvre totale, orphique), explication du monde (absolu poétique),inachevé (impossibilité : perfection absolue), fragments (notes : 202 feuillets, posthume).

Alfred de Vigny — Les Destinées (1864)

Informations
Auteur
Alfred de Vigny (1797-1863), pote, romancier, dramaturge
Date
1822-1863 (carrière de 41 ans)
Genre
Poésie, roman, théâtre
Langue
Français (gravité, nobilité, images, symboles, philosophie)
Contexte
Aristocrate (famille militaire : tradition), armée (1814-1827 : déception, ennui, paix), romantisme (Cénacle Hugo), amour (Marie Dorval : actrice, passion, trahison), solitude (château Maine-Giraud : Charente, retraite), stoïcisme (pessimisme philosophique, devoir, dignité), mort (1863), Les Destinées (posthume 1864)
Œuvres principales
  • Poésie : Poèmes antiques et modernes (1826) : « Moïse » (solitude du génie), « Éloa » (ange : compassion Satan), Les Destinées (posthume 1864) : testament philosophique, « La Mort du loup » (« Gémir, pleurer, prier est également lâche » : stoïcisme), « La Maison du berger » (nature, solitude, femme), « Le Mont des Oliviers » (Christ : abandon Dieu, silence), « La Bouteille à la mer » (poète : message postérité).
  • Cinq-Mars (1826) : roman historique (Richelieu, Louis XIII, conspiration).
  • Stello (1832) : roman (poète et pouvoir : Gilbert, Chatterton, André Chénier), Servitude et grandeur militaires (1835) : récits (honneur, sacrifice, obéissance).
  • Chatterton (1835) : drame (pote incompris, misère, suicide), succès (Marie Dorval).
Philosophie vignienne
  • Pessimisme : condition humaine (souffrance, injustice), Dieu absent/muet
  • Stoïcisme : dignité, silence, devoir (« Souffrir et mourir sans parler » : loup)
  • Solitude du génie : Moïse, poète (incompris, isolé, fardeau)
  • Honneur : militaire (obéissance, sacrifice), aristocratie morale
  • Postérité : œuvre (message : bouteille à la mer), gloire future
Importance historique et littéraire

Pote philosophe, stoïcien romantique. Les Destinées (posthume 1864) : testament philosophique, « La Mort du loup » (chef-d'œuvre : chasse, loup traqué, mort digne, leçon stoïque : « Gémir, pleurer, prier est également lâche. / Fais énergiquement ta longue et lourde tâche / [...] Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler »), dignité, silence, devoir.

« Moïse » (1826) : solitude du génie (Moïse : guide Israël, fardeau, lassitude, « Que vous ai-je donc fait pour être votre élu ? », souhait mort : « Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre »), condition pote/génie (incompris, isolé, poids mission).

« Le Mont des Oliviers » : Christ (Gethsmani : agonie, abandon, prière : « Mon Pre ! [...] pourquoi m'abandonnez-vous ? »), Dieu (silence absolu : ciel muet), pessimisme métaphysique, conclusion (« Le juste opposera le dédain à l'absence / Et ne répondra plus que par un froid silence / Au silence éternel de la Divinité » : stoïcisme).

Carrière : armée (1814-1827 : officier, déception : paix, ennui de garnison), littérature (romantisme : Cénacle Hugo), amour (Marie Dorval : actrice, liaison 1831-1838, trahison : Jules Sandeau, souffrance), solitude (Maine-Giraud : retraite, travail lent, perfection), Académie (1845).

Gérard de Nerval — Les Chimres (1854)

Informations
Auteur
Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval (1808-1855), pote, écrivain
Date
1826-1855 (carrière de 29 ans)
Genre
Poésie, nouvelle, récit, théâtre
Langue
Français (hermétisme, symboles, rêve, alchimie verbale)
Contexte
Paris, Cénacle romantique (Hugo, Gautier : amitié), amour impossible (Jenny Colon : actrice, morte 1842, hantise), folie (crises : 1841, 1851, 1853, internements : clinique Blanche), voyages (Orient : 1843, quête spirituelle), suicide (25 janvier 1855 : pendu rue de la Vieille-Lanterne, Paris)
Œuvres principales
  • Les Chimres (1854) : 12 sonnets hermétiques, « El Desdichado » (chef-d'œuvre : « Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé »), « Artmis », « Delfica », mythes, alchimie, folie, obscurité fascinante.
  • Sylvie (1853) : nouvelle, Valois (enfance), amour (Sylvie, Adrienne : doubles), mémoire, rêve/réalité, chef-d'œuvre prose poétique.
  • Aurélia (1855, posthume) : récit autobiographique, folie (visions, rêves, délires), Jenny Colon (morte : hantise), quête spirituelle, « Le Rêve est une seconde vie » (incipit célbre).
  • Voyage en Orient (1851) : récit (1843 : Égypte, Liban, Turquie), Histoire de la reine du matin et de Soliman.
  • Traduction : Goethe (Faust, 1828 : 19 ans, admiration Goethe).
  • Les Filles du feu (1854) : recueil (nouvelles, Sylvie).
Univers nervalien
  • Rêve : « Le Rêve est une seconde vie », confusion rêve/réalité, visions
  • Folie : crises, internements, lucid ité (conscience folie : « descente aux enfers »)
  • Amour impossible : Jenny Colon (morte 1842 : obsession, fantme), femmes idéales/inaccessibles
  • Mythes : antiquité (Isis, Hor us), alchimie, occultisme, syncrétisme
  • Mémoire : enfance (Valois), passé (nostalgie), doubles (Sylvie/Adrienne)
Importance historique et littéraire

Pote du rêve et de la folie, précurseur surréalisme. Les Chimres (1854) : 12 sonnets hermétiques, « El Desdichado » (chef-d'œuvre absolu : « Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l'Inconsolé, / Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie », deuil : Jenny Colon, mélancolie, symboles obscurs : étoile morte, luth constellé, soleil noir), hermétisme fascinant (interprétations infinies : mythes, alchimie, autobiographie).

Sylvie (1853) : chef-d'œuvre prose poétique, Valois (enfance : fêtes, danses, châteaux), amour (Sylvie : paysanne, Adrienne : religieuse, morte, Aurélie : actrice), doubles (confusion identités), mémoire (nostalgie, passé perdu), rêve/réalité (frontire floue), temps (circularité, obsession).

Folie : première crise (1841 : délire, Jenny Colon = reine de Saba), internements (clinique Blanche : Dr Blanche, 1841, 1851, 1853), Aurélia (1855 : récit folie, « descente aux enfers », visions, quête rédemption), lucid ité (conscience folie : « épanchement du songe dans la vie réelle »).

Suicide (25 janvier 1855, 3h matin) : pendu grille rue de la Vieille-Lanterne (Paris, demolie depuis), lacet tablier, froid glacial (-10°C), lettre (tante : « Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche »), mystère (suicide/accident ? folie dernière crise).

Influence : symbolistes (Rimbaud, Mallarmé : hermétisme, symboles), surréalistes (Breton : « Nerval a possédé à merveille l'esprit dont nous nous réclamons », rêve, folie, automatisme), psychanalyse (Freud : rêve, inconscient).

Prosper Mérimée — Carmen (1845)

Informations
Auteur
Prosper Mérimée (1803-1870), écrivain, historien, archéologue
Date
1825-1870 (carrière de 45 ans)
Genre
Nouvelle, roman, histoire, archéologie
Langue
Français (concision, clarté, sécheresse voulue, ironie, classicisme)
Contexte
Paris (bourgeoisie cultivée), inspecteur des monuments historiques (1834-1860 : sauvegarde patrimoine), ami Eugénie de Montijo (impératrice : Napoléon III), voyages (Espagne, Corse, Italie, Angleterre), sénateur (Second Empire), Académie française (1844), mort (1870 : chagrin effondrement Second Empire)
Œuvres principales
  • Carmen (1845) : chef-d'œuvre absolu, nouvelle, Espagne (Séville), Carmen (gitane : liberté, passion), don José (soldat : amour, jalousie, meurtre), exotisme, fatalité, passion destructrice, opéra Bizet (1875 : échec puis triomphe posthume, universel).
  • Colomba (1840) : Corse, vendetta, honneur, violence.
  • Mateo Falcone (1829) : Corse, honneur, enfant tué par pre (trahison).
  • La Vénus d'Ille (1837) : fantastique, statue vivante, mort marié.
  • La Double Méprise (1833), Arsne Guillot (1844) : nouvelles psychologiques.
  • Histoire : Chronique du rgne de Charles IX (1829 : Saint-Barthlemy), études archéologiques (monuments historiques : rapports, sauvegarde).
Esthétique mériméenne
  • Concision : nouvelles (briveté, économie de moyens, efficacité)
  • Objectivité : narrateur distant, sécheresse (vs lyrisme romantique)
  • Ironie : distance, humour, détachement apparent
  • Exotisme : Espagne, Corse, couleur locale, documentation précise
  • Passion : violence, fatalité, énergie (sous apparence froide)
Importance historique et littéraire

Maître de la nouvelle française, sauveur du patrimoine. Carmen (1845) : chef-d'œuvre, Carmen (gitane : liberté absolue, passion, fatalité), don José (soldat basque : amour, jalousie, déchéance, meurtre), Escamillo (toréador : rival), passion destructrice, exotisme espagnol (Séville, Andalousie : gitans, contrebande, corrida), fin tragique (Carmen tuée : « Je l'ai tuée parce que je l'aimais »).

Opéra Bizet (1875) : adaptation (livret Meilhac/Halévy), première (Opéra-Comique, 3 mars 1875 : échec, scandale : immoralité), mort Bizet (3 mois aprs : chagrin échec), triomphe posthume (Vienne 1875, puis mondial : opéra le plus joué).

Inspecteur monuments historiques (1834-1860) : sauvegarde patrimoine français, tournées (provinces : inventaire, restaurations), sauvetages : remparts Carcassonne, Avignon, Aigues-Mortes, églises romanes, châteaux (Pierrefonds : Viollet-le-Duc), rapport (1837 : classement monuments, liste première).

Nouvelles : concision parfaite, objectivité (narrateur froid : ironie), Colomba (1840 : Corse, vendetta, Colomba pousse frre Orso venger pre), Mateo Falcone (1829 : pre corse tue fils Fortunato : trahison bandit pour montre), Vénus d'Ille (1837 : fantastique, statue Vénus vivante tue marié : anneau).

Second Empire : ami Eugénie (impératrice : Espagnole, connue jeune fille), sénateur (1853), cour (invitations : Compiègne, Fontainebleau), chagrin (1870 : guerre, effondrement Empire, exil Eugénie), mort (Cannes, 23 septembre 1870).

Théophile Gautier — Mademoiselle de Maupin (1835)

Informations
Auteur
Théophile Gautier (1811-1872), pote, romancier, critique
Date
1830-1872 (carrière de 42 ans)
Genre
Poésie, roman, nouvelle, critique d'art et littéraire
Langue
Français (plasticité, couleurs, perfection formelle, descriptions)
Contexte
Paris, bataille d'Hernani (1830 : gilet rouge, chef jeunes romantiques), journalisme (critique : La Presse, Le Moniteur, 40 ans), voyages (Espagne 1840, Italie, Turquie, Russie, Algérie), ami Nerval, Baudelaire (dédicataire Fleurs du mal : « parfait magicien ès lettres françaises »), mort (épuisé, 1872)
Œuvres principales
  • Mademoiselle de Maupin (1835) : roman, androgynie, beauté, amour (Madeleine/Théodore : travestissement), préface (manifeste : « L'art pour l'art », contre utilitarisme).
  • Émaux et Camées (1852) : poésie, perfection formelle, plasticité, Parnasse (précurseur), « L'Art » (manifeste : « Sculpte, lime, cisle », travail forme).
  • Albertus (1832) : pome fantastique.
  • Nouvelles : La Morte amoureuse (1836 : vampire Clarimonde), Le Roman de la momie (1858 : Égypte antique), Avatar (1856), Spirite (1866 : fantastique).
  • Critique d'art : Salons, Baudelaire (soutien : Fleurs du mal procès 1857).
  • Voyage en Espagne (1843) : récit, couleur locale, descriptions.
Esthétique gautierienne
  • L'art pour l'art : beauté seule fin (vs utilité, morale, engagement), « Tout ce qui est utile est laid »
  • Plasticité : poésie picturale, couleurs, formes, descriptions visuelles
  • Perfection formelle : ciselure, travail (« Sculpte, lime, cisle »), émaux et camées (préciosité)
  • Beauté : culte (corps, art, objets), androgynie, esthétisme
  • Exotisme : Espagne, Orient, Égypte, couleur locale
Importance historique et littéraire

Théoricien de « l'art pour l'art », précurseur du Parnasse. Préface Mademoiselle de Maupin (1835) : manifeste, « l'art pour l'art » (beauté seule fin, vs utilité morale/sociale), « Il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien », « Tout ce qui est utile est laid » (provocation contre bourgeoisie), contre critique moralisatrice (littérature libre, beauté absolue).

« L'Art » (Émaux et Camées, 1852) : poème-manifeste, travail forme (« Sculpte, lime, cisle ; / Que ton rve flottant / Se scelle / Dans le bloc résistant ! »), durée (« Tout passe. – L'art robuste / Seul a l'éternité »), perfection (marbre, camée : préciosité), Parnasse (précurseur : Leconte de Lisle, Heredia : impassibilité, ciselure).

Bataille d'Hernani (25 février 1830) : jeune romantique (19 ans), gilet rouge (provocation : classiques scandalisés), chef jeunes (Hugo recrute jeunes : Cénacle), tumulte (sifflets classiques vs acclamations romantiques), victoire romantisme (libération théâtre).

Journalisme : critique d'art et littéraire (40 ans : La Presse, Moniteur universel), Salons (peinture : soutien romantiques, réalistes), feuilletons (romans, nouvelles, voyages : gagne-pain), soutien Baudelaire (procès Fleurs du mal 1857 : témoignage, articles), dédicataire (Fleurs du mal : « au pote impeccable, au parfait magicien ès lettres françaises »).

Fantastique : La Morte amoureuse (1836 : prtre Romuald, vampire Clarimonde, double vie), Égypte (Roman de la momie : archéologie, passion Tahoser/Poeri).

Jules Verne — Vingt Mille Lieues sous les mers (1870)

Informations
Auteur
Jules Verne (1828-1905), romancier
Date
1863-1905 (carrière de 42 ans, 62 romans)
Genre
Roman d'aventures scientifiques (anticipation)
Langue
Français (clarté, didactisme, descriptions, documentation scientifique)
Contexte
Nantes (port : rêves voyages), Paris (études droit, théâtre), rencontre Éditeur Hetzel (1862 : collaboration exclusive, Voyages extraordinaires), Amiens (installation 1871 : bourgeoisie, conseil municipal), succès mondial (traductions : auteur français le plus traduit), vieillesse (diabète, troubles, neveu fou : coup de revolver 1886, boiterie), mort (1905)
Œuvres principales
  • Cinq Semaines en ballon (1863) : premier succès, Afrique, aérostat.
  • Voyage au centre de la Terre (1864) : Islande, volcan, monde souterrain, professeur Lidenbrock, Axel.
  • De la Terre à la Lune (1865) : canon géant, projectile, anticipation spatiale.
  • Vingt Mille Lieues sous les mers (1870) : chef-d'œuvre, capitaine Nemo (génie, révolté, mis anthrope), Nautilus (sous-marin : merveille technologique), océans (exploration : faune, flore, Île mystérieuse), professeur Aronnax, Conseil, Ned Land.
  • Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873) : Phileas Fogg (flegme britannique), Passepartout, pari, aventures, succès immense.
  • Michel Strogoff (1876) : Russie, courrier du tsar, Tartares.
  • L'Île mystérieuse (1875) : île déserte, ingénieur Cyrus Smith, survie, Nemo (fin).
  • Autour de la Lune (1870), Les Enfants du capitaine Grant (1868), Deux Ans de vacances (1888), etc. (62 romans : Voyages extraordinaires).
Univers vernien
  • Science : vulgarisation, documentation, anticipation (sous-marins, espace, aviation)
  • Aventure : voyages extraordinaires, exploration (Terre, mers, espace, souterrains)
  • Géographie : découverte monde (Afrique, Arctique, océans, îles)
  • Technique : machines (Nautilus, canon, ballon, inventions)
  • Héros : savants, ingénieurs, aventuriers, capitaines (Nemo : romantisme noir)
Importance historique et littéraire

Père de la science-fiction, auteur le plus traduit (français). Vingt Mille Lieues sous les mers (1870) : chef-d'œuvre, capitaine Nemo (génie, révolté contre colonialisme, misan thrope, liberté absolue), Nautilus (sous-marin révolutionnaire : électricité, autonomie, vitesse), exploration océans (faune/flore : descriptions scientifiques, Atlantide, pôle Sud), professeur Aronnax (naturaliste : narrateur), Conseil (domestique fidèle), Ned Land (harponneur canadien : liberté, évasion), fin mystérieuse (Maelström : tourbillon, Nemo disparaît).

Anticipation : sous-marins (avant premier sous-marin militaire efficace), espace (canon géant : fusée, apesanteur, Lune), hélicoptère (albatros), exploration polaire, mais ancré science contemporaine (vs fantasy : crédibilité, documentation).

Voyages extraordinaires : collection Éditeur Hetzel (1863-1905), 62 romans, plan (« résumer toutes les connaissances géographiques, géologiques, physiques, astronomiques »), pédagogie (vulgarisation scientifique : jeunesse), aventure (suspense, rebondissements, exotisme).

Succès mondial : traductions (toutes langues : auteur français le plus traduit après Bible), adaptations (cinéma, TV : innombrables), influence (science-fiction : Wells, Asimov), Jules Verne (prix littéraire).

Œuvres tardives : pessimisme (progrs technique : dangers), Maître du monde (1904 : Robur tyran), L'Étonnante Aventure de la mission Barsac (posthume : dictature technologique).

Joris-Karl Huysmans — À rebours (1884)

Informations
Auteur
Joris-Karl Huysmans (1848-1907), romancier
Date
1874-1907 (carrière de 33 ans)
Genre
Roman (naturaliste puis symboliste/décadent, puis catholique)
Langue
Français (écriture artiste, préciosité, néologismes, descriptions)
Contexte
Paris, fonctionnaire (Ministère de l'Intérieur : 30 ans, retraite 1898), naturalisme (groupe Médan : Zola, Maupassant), rupture (1884 : À rebours, décadentisme), conversion catholique (1892 : Trappe, mysticisme), oblat (Ligugé : monastère bénédictin, 1899-1901, puis Paris), cancer (mâchoire), mort (1907, 59 ans)
Œuvres principales
  • Période naturaliste : Marthe, histoire d'une fille (1876 : prostitution), Les Sœurs Vatard (1879 : ouvrières), En ménage (1881), À vau-l'eau (1882 : médiocrité petite bourgeoisie).
  • À rebours (1884) : chef-d'œuvre décadent, duc Jean Des Esseintes (esthète, névrosé, ermite), fuite société (Fontenay-aux-Roses : maison isolée), raffinements artificiels (parfums, couleurs, pierres précieuses, livres rares), névrose, échec, retour (Paris), "bible du décadentisme" (Wilde, symbolistes : influence immense).
  • Période catholique : Là-bas (1891) : satanisme, messe noire, Gilles de Rais, mysticisme noir, En route (1895) : conversion (Durtal : autobiographique), Trappe, La Cathédrale (1898) : Chartres, symbolisme religieux, liturgie, L'Oblat (1903) : monastère, vie religieuse.
  • Croquis parisiens (1880), Trois Églises et trois Primitifs (1908, posthume).
Univers huysmansien
  • Décadentisme : artifice vs nature, raffinement extrême, névrose, esthétisme
  • Dégoût : société bourgeoise, médiocrité, matérialisme, modernité
  • Quête spirituelle : satanisme (fascination), puis catholicisme (conversion sincère)
  • Écriture artiste : style précieux (Goncourt), néologismes, descriptions minutieuses
  • Mysticisme : liturgie, symbolisme religieux, art sacré (cathédrales, primitifs)
Importance historique et littéraire

Maître du décadentisme, romancier de la conversion. À rebours (1884) : chef-d'œuvre absolu du décadentisme, duc Jean Des Esseintes (aristocrate épuisé, névrosé, esthète : dernier représentant lignée dégénérée), fuite société (ermitage Fontenay-aux-Roses : maison transformée), raffinements artificiels : intérieur (rouge/orange : lumières, tentures), parfums (orgue à parfums : essences rares, synesthésies), pierres précieuses, fleurs (artificielles : « vraies » vs naturelles « fausses »), tortue vivante (carapace incrustée pierres précieuses : meurt), bibliothèque (Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, Barbey d'Aurevilly, littérature latine décadence).

Névrose : hallucinations, dégoût nourriture (lavement nutritif : alimenté par anus), voyages imaginaires (guide Baedeker : rêve Londres sans y aller), échec final (épuisement, maladie), retour Paris forcé (médecin), conclusion désespérée : « Seigneur, prenez pitié du chrétien qui doute ».

Influence : "bible du décadentisme" (Wilde : Portrait de Dorian Gray, livre jaune = À rebours), symbolistes (esthétisme, artifice), Barbey d'Aurevilly (critique : « après un tel livre, il ne reste plus à l'auteur qu'à choisir entre la bouche d'un pistolet ou les pieds de la croix » : prémonition conversion).

Conversion (1892) : crise spirituelle (satanisme : fascination Là-bas 1891, puis répulsion), Trappe (séjour : retraite), foi sincère (mystique, non intellectuelle), trilogie Durtal (En route 1895, La Cathédrale 1898, L'Oblat 1903 : itinéraire spirituel), liturgie (messe : beauté, symbolisme), art sacré (primitifs flamands, cathédrales : Chartres), oblat (Ligugé : 1899-1901, monastère bénédictin, puis retour Paris : santé).

Écriture artiste : style précieux (Goncourt : influence), néologismes, descriptions minutieuses (couleurs, parfums, sensations), vocabulaire technique (architecture, liturgie, orfèvrerie, botanique).

Edmond et Jules de Goncourt — Germinie Lacerteux (1865)

Informations
Auteurs
Edmond de Goncourt (1822-1896) et Jules de Goncourt (1830-1870), romanciers, historiens, critiques d'art
Date
1851-1870 (collaboration fraternelle), puis Edmond seul 1870-1896
Genre
Roman, histoire, critique d'art, journal
Langue
Français (écriture artiste : style précieux, impressionniste, notations)
Contexte
Famille aisée, rentiers (indépendance financière : liberté création), collaboration fusionnelle (Jules/Edmond : œuvre commune indissociable), mort Jules (1870, 39 ans : syphilis, folie : effondrement Edmond), grenier Auteuil (salon littéraire : Daudet, Zola, Maupassant), Académie Goncourt (testament Edmond : fondation 1903, prix littéraire), Journal (1851-1896 : chronique littéraire/artistique exceptionnelle)
Œuvres principales
  • Romans (frères) : Germinie Lacerteux (1865) : manifeste du naturalisme, domestique (double vie : vice, déchéance), préface (peuple : droit au roman), Renée Mauperin (1864), Manette Salomon (1867 : milieu artistes), Madame Gervaisais (1869 : Rome, mysticisme).
  • Romans (Edmond seul) : La Fille Élisa (1877 : prostitution, prison), Les Frères Zemganno (1879 : acrobates, fraternité : hommage Jules), La Faustin (1882 : actrice), Chérie (1884).
  • Histoire de l'art : L'Art du XVIIIe siècle (1859-1875 : 3 volumes, Watteau, Boucher, Fragonard), redécouverte 18ème siècle français (rococo, fêtes galantes), japonisme (introduction art japonais en France).
  • Journal des Goncourt (1851-1896, publié 1887-1896 puis intégral posthume) : document exceptionnel, vie littéraire/artistique (portraits, potins, jugements), polémiques (indiscrétions, méchancetés).
Écriture artiste
  • Style impressionniste : notations rapides, sensations, touches, fragmentation
  • Préciosité : vocabulaire rare, néologismes, recherche, ciselure
  • Documentation : enquêtes, observations (milieux : hôpital, prostitution, artistes)
  • Névrose : sensibilité maladive, hystérie, pathologies (thème récurrent)
  • Art : peinture (descriptions picturales), 18ème siècle (passion), japonisme
Importance historique et littéraire

Précurseurs du naturalisme, créateurs de l'écriture artiste, fondateurs de l'Académie Goncourt. Germinie Lacerteux (1865) : manifeste naturalisme (avant Zola), domestique (Germinie : dévouée, mais double vie cachée : amant, débauche, alcool, dettes, déchéance), inspiré par vraie domestique (Rose : révélation après mort), préface (manifeste : « Le public aime les romans faux [...] ce livre vient de la rue », peuple a droit au roman, vérité crue, document humain).

Écriture artiste : style précieux, impressionniste (notations, touches, sensations), néologismes, vocabulaire rare/technique, recherche formelle (vs simplicité Flaubert/Zola), influence (Huysmans, Proust : sensations, mémoire involontaire).

Collaboration fraternelle : fusion totale (Jules/Edmond : œuvre indissociable), même écriture, mêmes signatures (impossible distinguer), mort Jules (1870, 39 ans : syphilis, démence, agonie atroce), effondrement Edmond (deuil inconsolable, solitude), Les Frères Zemganno (1879 : roman acrobates frères : hommage Jules, fraternité absolue).

Journal (1851-1896) : chronique quotidienne (vie littéraire, artistique, mondaine), portraits (Flaubert, Zola, Daudet, Hugo, Renan, Sarah Bernhardt, etc.), potins, jugements (souvent méchants : rancunes), document exceptionnel (Second Empire, Troisième République : coulisses), polémiques (indiscrétions : colères, brouilles).

Académie Goncourt (testament Edmond : fondation 1903, après mort 1896) : 10 écrivains (vs Académie française : 40 immortels), prix Goncourt (annuel : meilleur roman année, créé 1903), devenu prix littéraire le plus prestigieux en France, déjeuner Drouant (restaurant : tradition).

Histoire de l'art : redécouverte 18ème siècle français (Watteau, Boucher, Fragonard : rococo), japonisme (collectionneurs estampes : Hokusai, Utamaro, influence impressionnistes), maison Auteuil (collections : objets 18ème, estampes japonaises, grenier littéraire : Daudet, Zola).

Alexis de Tocqueville — De la démocratie en Amérique (1835-1840)

Informations
Auteur
Alexis de Tocqueville (1805-1859), penseur politique, historien, homme politique
Date
1835-1859 (œuvre intellectuelle et politique)
Genre
Essai politique, histoire, sociologie
Langue
Français (clarté, analyse, élégance classique, profondeur)
Contexte
Aristocrate (famille légitimiste : ancêtre Malesherbes, guillotiné 1794), magistrat (Versailles), voyage Amérique (1831-1832 : mission prisons, enquête démocratie), député (1839-1851 : Manche), ministre Affaires étrangères (1849 : bref), opposition Louis-Napoléon Bonaparte (coup d'État 1851 : arrestation, retraite), maladie (tuberculose), mort (Cannes, 1859, 53 ans)
Œuvres principales
  • De la démocratie en Amérique (tome I : 1835, tome II : 1840) : chef-d'œuvre absolu de la pensée politique, analyse démocratie américaine (institutions, mœurs, société), égalité (mouvement irrésistible : Providence), liberté (danger : tyrannie majorité, despotisme doux), associations, religion, décentralisation, prophéties (Russie/Amérique : futurs géants), succès mondial immédiat (traductions, influence universelle).
  • L'Ancien Régime et la Révolution (1856) : Révolution française (continuité vs rupture : centralisation commencée Ancien Régime), analyse sociologique, archives (recherches originales), œuvre inachevée (tome II : fragments posthumes, mort 1859).
  • Souvenirs (rédigé 1850-1851, publié posthume 1893) : Révolution 1848, Deuxième République, portraits (Lamartine, Thiers, Louis-Napoléon), témoignage, lucidité.
  • Correspondance (abondante : Beaumont, Mill, Gobineau, etc.).
Pensée tocquevillienne
  • Démocratie : égalité des conditions (mouvement providentiel, irrésistible)
  • Liberté : menacée par égalité (tyrannie majorité, despotisme doux, individualisme)
  • Associations : corps intermédiaires (libertés locales, vie civique vs centralisation)
  • Religion : nécessaire (mœurs démocratiques, frein matérialisme)
  • Centralisation : danger (État tutélaire, despotisme administratif)
Importance historique et intellectuelle

Plus grand penseur politique du 19ème siècle, analyste de la démocratie. De la démocratie en Amérique (1835-1840) : chef-d'œuvre, voyage (1831-1832 : 9 mois, États-Unis, mission officielle prisons, mais enquête démocratie), observations (institutions, mœurs, société : interviews, lectures, voyages), analyse : démocratie = égalité des conditions (mouvement providentiel, universel, irrésistible), Amérique (laboratoire : société démocratique pure, pas aristocratie passée).

Thèses : égalité (passion dominante : égalisation conditions sociales), liberté (menacée : tyrannie majorité, conformisme, despotisme doux), individualisme (atomisation sociale : repli sphère privée, indifférence publique), associations (remède : corps intermédiaires, vie civique, libertés locales), religion (nécessaire : mœurs, morale, frein matérialisme/despotisme), centralisation (danger : État tutélaire, administration uniforme, citoyens infantilisés).

Prophéties : Russie/Amérique (futurs géants mondiaux : « deux grands peuples [...] chacun d'eux semble appelé par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde » : 1835, Guerre froide préfigurée), despotisme doux (État providence : « pouvoir immense et tutélaire [...] il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir » : totalitarismes doux).

Succès : immédiat (1835 : tome I, gloire instantanée), traductions (anglais, allemand, etc.), influence (libéraux, conservateurs, socialistes : tous se réclament), universalité (analyse démocratie moderne : toujours actuelle).

L'Ancien Régime et la Révolution (1856) : thèse originale, Révolution (continuité Ancien Régime : centralisation administrative commencée monarchie, accélérée Révolution), vs rupture totale (idée reçue), archives (recherches Tours : originalité méthodologique), œuvre inachevée (mort 1859 : tome II fragments posthumes).

Carrière politique : député (1839-1851 : Manche, modéré), Constituante (1848 : rédaction Constitution), ministre Affaires étrangères (1849, cabinet Barrot : 5 mois), opposition Louis-Napoléon (coup d'État 2 décembre 1851 : arrestation brève, retraite politique), écriture (Souvenirs 1850-1851, Ancien Régime 1856).

Auguste Comte — Cours de philosophie positive (1830-1842)

Informations
Auteur
Auguste Comte (1798-1857), philosophe, fondateur du positivisme et de la sociologie
Date
1830-1857 (œuvre philosophique)
Genre
Philosophie, sociologie, épistémologie
Langue
Français (systématique, didactique, néologismes : « sociologie », « altruisme »)
Contexte
Montpellier (naissance), Polytechnique (élève brillant, renvoyé 1816 : indiscipline), secrétaire Saint-Simon (1817-1824 : collaboration, rupture), professeur (Polytechnique : répétiteur, révoqué 1844 : conflits), pauvreté (vie précaire : subventions disciples, Mill), folie (1826 : internement, tentative suicide Seine), amour mystique (Clotilde de Vaux, morte 1846 : culte, Religion de l'Humanité), mort (1857, 59 ans)
Œuvres principales
  • Cours de philosophie positive (1830-1842, 6 volumes) : œuvre fondatrice du positivisme, loi des trois états (théologique, métaphysique, positif), classification sciences (mathématiques → astronomie → physique → chimie → biologie → sociologie), sociologie (création terme : science société, statique/dynamique sociale), science positive (observation, expérimentation, prévision : « Savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir »).
  • Discours sur l'esprit positif (1844) : vulgarisation, manifeste.
  • Système de politique positive (1851-1854, 4 volumes) : Religion de l'Humanité (culte laïc : Grand-Être = Humanité), calendrier positiviste (saints laïcs : savants, artistes), devise (« L'amour pour principe, l'ordre pour base, le progrès pour but »), sociologie (organisation sociale, pouvoir spirituel).
  • Catéchisme positiviste (1852) : dialogue, vulgarisation religion humanité.
Positivisme comtien
  • Loi des trois états : humanité passe par 3 stades (théologique : Dieux, métaphysique : abstractions, positif : science)
  • Science positive : observation faits, lois (vs causes premières), prévision
  • Sociologie : création discipline (science société : statique = ordre, dynamique = progrès)
  • Classification sciences : hiérarchie (généralité décroissante, complexité croissante)
  • Religion de l'Humanité : culte laïc (Grand-Être, saints positivistes, rites)
Importance historique et intellectuelle

Fondateur du positivisme et de la sociologie. Cours de philosophie positive (1830-1842) : œuvre monumentale, loi des trois états : humanité passe par 3 stades intellectuels : 1) théologique (explication phénomènes par volontés divines : fétichisme, polythéisme, monothéisme), 2) métaphysique (entités abstraites : nature, substance, force), 3) positif (observation faits, lois scientifiques, abandon causes premières : « Savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir »).

Classification sciences : hiérarchie (généralité décroissante, complexité croissante) : mathématiques → astronomie → physique → chimie → biologie → sociologie (création terme : « physique sociale »), chaque science présuppose précédentes, ajoute complexité. Sociologie : science société (statique sociale : ordre, institutions ; dynamique sociale : progrès, évolution), méthode (observation, comparaison, historique).

Influence : positivisme (mouvement philosophique : science vs métaphysique/religion), scientisme 19ème (foi progrès scientifique), sociologie (discipline : Durkheim héritier, malgré critiques), Brésil (devise drapeau : « Ordem e Progresso » = ordre et progrès, comtien), Mill (ami, soutien financier, puis critique Religion Humanité).

Religion de l'Humanité (période tardive : 1845-1857) : après mort Clotilde de Vaux (1846 : amour mystique, culte), Grand-Être (Humanité : ensemble générations passées/présentes/futures), culte laïc (temples, prières, sacrements : présentation, initiation, admission, destination, incorporation, etc.), calendrier positiviste (13 mois × 28 jours, saints laïcs : Moïse, Homère, Aristote, Archimède, César, Saint Paul, Charlemagne, Dante, Gutenberg, Shakespeare, Descartes, Frédéric II, Bichat), devise (« L'amour pour principe, l'ordre pour base, le progrès pour but »), échec (disciples rebutés : positivisme religieux vs positivisme scientifique, schisme).

Vie : pauvreté (révoqué Polytechnique 1844, subventions disciples), folie (crise 1826 : internement Esquirol, tentative suicide Seine, guérison précaire), intransigeance (conflits, isolement), disciples (Littré : positiviste scientifique, vs Laffitte : positiviste religieux).

Jules Michelet — Histoire de France (1833-1867)

Informations
Auteur
Jules Michelet (1798-1874), historien
Date
1833-1874 (carrière de 41 ans)
Genre
Histoire, essai
Langue
Français (lyrisme, épopée, style romantique, résurrection du passé)
Contexte
Paris (famille pauvre : père imprimeur ruiné), Normale supérieure, professeur (Sorbonne, Collège de France : chaires histoire), Archives nationales (chef section historique : accès documents inédits), républicanisme anticlérical (combat contre Jésuites, 1848), révoqué (1851 : refus serment Louis-Napoléon Bonaparte), retraite (écriture : achèvement Histoire de France), mariages (2 : Athénaïs Mialaret 1849, jeune, passion), mort (Hyères, 1874, 75 ans)
Œuvres principales
  • Histoire de France (1833-1867, 17 volumes) : œuvre monumentale, Moyen Âge → Révolution (1789), épopée nationale (peuple français : héros collectif), lyrisme, résurrection intégrale du passé (« ressusciter la vie intégrale »), archives (recherches originales), volumes célèbres : Jeanne d'Arc, Renaissance, Louis XIV.
  • Histoire de la Révolution française (1847-1853, 7 volumes) : chef-d'œuvre, Révolution (épopée : peuple, liberté, justice), 14 juillet 1789 (fête de la Fédération 1790 : communion nationale), passion, engagement (républicain, anticlérical), contre-révolution (dénonciation : Église, aristocratie).
  • Le Peuple (1846) : essai social, amour du peuple, souffrances, espoirs.
  • La Sorcière (1862) : sorcières (Moyen Âge : révolte femmes opprimées, contre Église), féminisme, anticlérical.
  • La Mer (1861), L'Oiseau (1856), L'Insecte (1857) : histoire naturelle (lyrisme, poésie, vulgarisation).
  • Du prêtre, de la femme, de la famille (1845) : pamphlet anticlérical, Jésuites (dénonciation : influence femmes, confession).
Conception michelétiste
  • Résurrection : « ressusciter la vie intégrale du passé » (histoire totale : vie, mœurs, âme)
  • Peuple : héros collectif (France = peuple, nation organique, génie national)
  • Lyrisme : histoire romantique (vs positivisme, érudition sèche), épopée, passion
  • Républicanisme : Révolution (régénération, liberté, progrès, justice)
  • Anticléricalisme : combat contre Église (obscurantisme, oppression, Jésuites)
Importance historique et intellectuelle

Plus grand historien romantique français, chantre du peuple et de la Révolution. Histoire de France (1833-1867) : œuvre de toute une vie (17 volumes, 34 ans), Moyen Âge → Révolution française, épopée nationale (France = personnage, peuple = héros collectif), résurrection intégrale (« ressusciter la vie intégrale du passé » : histoire totale, vie, âme, mœurs), lyrisme (style romantique, passion, images : vs histoire positiviste sèche), Archives nationales (chef section historique : accès documents inédits, sources originales).

Histoire de la Révolution française (1847-1853) : chef-d'œuvre passionné, Révolution (épopée : peuple, liberté, régénération nationale), 14 juillet 1789 (prise Bastille : spontanéité populaire), Fête de la Fédération (14 juillet 1790 : communion nationale, fraternité universelle, apogée Révolution), Terreur (justification partielle : salut public, guerre), Robespierre (critique : dictature), engagement républicain (vs historiens monarchistes/cléricaux), influence (Troisième République : 14 juillet fête nationale 1880, mythologie républicaine).

Anticléricalisme : combat contre Jésuites (Du prêtre 1845 : dénonciation influence confession, femmes), La Sorcière (1862 : sorcières = femmes révoltées contre oppression Église, féminisme), cours Collège de France (attaques Jésuites : succès, controverses), révocation (1851 : refus serment Napoléon III, fidélité République).

Méthode : archives (recherches inédites : documents originaux), intuition (« sympathie » avec passé, résurrection), totalité (géographie, climat, mœurs, mentalités : histoire totale avant Annales), mais subjectivité (passion républicaine, anticléricale : engagement vs objectivité).

Autres œuvres : Le Peuple (1846 : amour peuple, souffrances ouvriers/paysans, communion nationale), histoire naturelle (L'Oiseau 1856, L'Insecte 1857, La Mer 1861 : lyrisme, poésie nature), vie personnelle (Journal intime : passion Athénaïs, jeune épouse 1849, sensualité, mystique amour).

Auteurs de la langue française au 20ème siècle

Auteurs et textes du 20ème siècle — Le Siècle des Avant-gardes et des Ruptures

Tranchées de la Première Guerre mondiale
Guerres mondiales et avant-gardes (20ème siècle)

Contexte historique (France et monde)

Le 20ème siècle est le siècle des catastrophes (deux guerres mondiales, totalitarismes, Shoah), des révolutions (technologiques, sociales, culturelles) et des avant-gardes littéraires (surréalisme, existentialisme, Nouveau Roman, Oulipo) : transformations radicales de l'humanité et de la littérature.

Belle Époque (1890-1914) : Troisième République consolidée, prospérité (bourgeoisie : vie mondaine, arts, spectacles), innovations (cinéma Lumière 1895, automobile, aviation : Blériot traverse Manche 1909, métro Paris 1900), Exposition universelle (1900 : Grand Palais, Petit Palais, Pont Alexandre III), affaire Dreyfus (1894-1906 : division France, antisémitisme, réhabilitation), séparation Églises/État (1905 : laïcité), tensions internationales (nationalisme, course aux armements, système d'alliances : Triple-Entente vs Triple-Alliance).

Première Guerre mondiale (1914-1918) — La Grande Guerre : Attentat Sarajevo (28 juin 1914 : archiduc François-Ferdinand, déclenchement), mobilisation générale (août 1914 : enthousiasme, Union sacrée), guerre de mouvement (août-septembre 1914 : invasion Belgique/France, Marne : arrêt Allemands), guerre de tranchées (1915-1917) : boue, obus, gaz, assauts inutiles, hécatombe, batailles meurtrières : Verdun (février-décembre 1916 : 700 000 morts/blessés, « On ne passe pas », Pétain), Somme (juillet-novembre 1916 : 1 million victimes), Chemin des Dames (1917 : échec Nivelle, mutineries), arrière (femmes : usines, champs, veuves), mutineries (1917 : répression, fusillés pour l'exemple), 1917 : Révolution russe (octobre : bolcheviks, Lenine, sortie guerre), entrée États-Unis (avril), armistice (11 novembre 1918 : Rethondes), bilan : 10 millions de morts (1,4 million Français : « génération perdue », monument aux morts chaque village), 20 millions de blessés (gueules cassées, mutilations, traumatismes), traité de Versailles (28 juin 1919 : Allemagne responsable, réparations, Alsace-Lorraine restituée, humiliation allemande).

Entre-deux-guerres (1918-1939) : Années 1920 (« Années folles ») : reconstruction, prospérité (USA : crédit, consommation), insouciance (jazz, charleston, cafés, cinéma, avant-gardes artistiques), Paris (capitale culturelle mondiale : surréalistes, Montparnasse, Hemingway, Fitzgerald, Picasso), crise 1929 (krach Wall Street, 24 octobre : jeudi noir, Grande Dépression mondiale), chômage massif (6 millions Allemagne 1932, misère, émeutes), montée totalitarismes : URSS (Staline : collectivisation, purges, Goulag), Italie (Mussolini : fascisme, marche sur Rome 1922), Allemagne (Hitler : NSDAP, chancelier 30 janvier 1933, dictature, antisémitisme, réarmement), Espagne (guerre civile 1936-1939 : républicains vs franquistes, Guernica 26 avril 1937 : bombardement, Picasso), France : Front populaire (1936 : Léon Blum, congés payés, 40h, conventions collectives), Munich (30 septembre 1938 : Daladier, apaisement, Sudètes à Hitler, « lâcheté »).

Seconde Guerre mondiale (1939-1945) : Déclenchement : invasion Pologne (1er septembre 1939 : Wehrmacht), déclaration guerre (3 septembre : France/GB à Allemagne), drôle de guerre (septembre 1939-mai 1940 : inaction), défaite française (mai-juin 1940) : Blitzkrieg (10 mai : Ardennes, Sedan, percée), exode (8-10 millions : fuite civils, routes mitraillées), armistice (22 juin 1940, Rethondes : Pétain, « don de sa personne », collaboration), Appel du 18 juin (1940 : de Gaulle, BBC Londres, Résistance : « La France a perdu une bataille, mais la France n'a pas perdu la guerre »).

Régime de Vichy (1940-1944) : Pétain (chef État français, Révolution nationale : Travail Famille Patrie), collaboration (Laval, Bousquet : police française, rafles), lois antijuives (statut des Juifs, octobre 1940 : exclusion, spoliation), Shoah en France : rafle Vel' d'Hiv (16-17 juillet 1942 : 13 000 Juifs arrêtés, dont 4 000 enfants, Drancy, Auschwitz), 76 000 Juifs déportés de France (2 500 survivants), Résistance (intérieure : maquis, réseaux, sabotages, FFI ; extérieure : France Libre, de Gaulle, FFL), CNR (Conseil National de la Résistance, Jean Moulin : unification, arrêté Caluire 1943, torture Barbie, mort), Débarquement : Normandie (6 juin 1944 : D-Day, plages, Overlord, libération progressive), Provence (15 août 1944 : armée de Lattre), Libération Paris (25 août 1944 : Leclerc, de Gaulle Champs-Élysées, épuration), victoire (8 mai 1945 : capitulation Allemagne), bombe atomique (Hiroshima 6 août, Nagasaki 9 août 1945 : Japon capitule 2 septembre).

Bilan : 60 millions de morts (dont 6 millions Juifs : Shoah, camps extermination), villes détruites (bombardements : Dresde, Hamburg, Tokyo, Hiroshima), traumatisme absolu (génocide industriel, barbarie, fin humanisme ?), procès Nuremberg (1945-1946 : criminels nazis, crimes contre humanité).

Guerre froide (1947-1991) : Rideau de fer (Churchill, 1946 : division Europe), blocs (Ouest : USA, capitalisme, OTAN 1949 ; Est : URSS, communisme, Pacte de Varsovie 1955), Plan Marshall (1947 : aide USA, reconstruction Europe Ouest), crises : blocus Berlin (1948-1949 : pont aérien), mur de Berlin (1961-1989 : symbole), guerre Corée (1950-1953), crise Cuba (1962 : missiles, confrontation nucléaire), guerre du Vietnam (1955-1975 : États-Unis, défaite, traumatisme), course armements (nucléaire : dissuasion, terreur), course spatiale (Spoutnik 1957, Gagarine 1961, Lune 1969).

Décolonisation : Après 1945 : effondrement empires coloniaux, Indochine (1946-1954 : guerre, Diên Biên Phu 7 mai 1954, défaite française, indépendance Vietnam/Laos/Cambodge), Guerre d'Algérie (1954-1962) : FLN (1er novembre 1954 : Toussaint rouge), guerre totale (torture, OAS, putsch Alger 1961 : généraux), retour de Gaulle (1958 : fin IVe République, Ve République, Constitution), accords Évian (18 mars 1962 : indépendance Algérie, rapatriement pieds-noirs, harkis abandonnés), Afrique noire (1960 : année Afrique, indépendances massives).

Mai 68 : Mouvement étudiant (Nanterre : mars, Sorbonne : mai, barricades Quartier latin 10-11 mai), grève générale (13 mai : 10 millions grévistes, plus grande grève histoire France), contestation (société : autoritarisme, consumrisme, tradition), slogans (« Il est interdit d'interdire », « Sous les pavés, la plage », « L'imagination au pouvoir »), accords Grenelle (27 mai : Pompidou, syndicats, augmentations salaires, SMIG), dissolution (30 mai : de Gaulle, élections juin : victoire gaullistes), héritage (libération mœurs, féminisme, écologie, autogestion, culture jeune).

Fin du siècle (1970-2000) : Chocs pétroliers (1973, 1979 : crise économique, chômage, fin Trente Glorieuses), Mitterrand (1981-1995 : premier président socialiste Ve République, abolition peine de mort 1981), chute mur Berlin (9 novembre 1989 : fin Guerre froide), effondrement URSS (1991 : fin communisme soviétique), construction européenne (CEE, traité Maastricht 1992 : UE, euro 2002), mondialisation (libéralisme, Internet, GAFAM), génocide Rwanda (1994 : Tutsis, 800 000 morts), guerre ex-Yougoslavie (1991-1999 : Bosnie, Srebrenica 1995).

État sanitaire selon les classes sociales

Classes supérieures (15-20%)
Espérance de vie : 75-85 ans (amélioration spectaculaire). Bourgeoisie (capitaines industrie, banquiers, cadres supérieurs, professions libérales), enrichissement (Trente Glorieuses 1945-1973 : croissance, consommation), éducation (lycées, universités : accès généralisé, Grandes Écoles : ENA 1945, élites), alphabétisation totale (100%).

Alimentation : abondance, variété, gastronomie, restaurants, mais dérives (surpoids, malbouffe, maladies cardiovasculaires). Santé : Sécurité sociale (1945 : couverture maladie universelle), progrès médicaux immenses (antibiotiques : pénicilline 1940s, vaccins : polio Salk 1955, tuberculose éradiquée, chirurgie, imagerie : scanner, IRM, transplantations), espérance de vie (doublement depuis 1900 : 80+ ans fin siècle), mortalité infantile effondrée (<1%).
Classes moyennes (40-50%)
Espérance de vie : 70-80 ans. Expansion massive (Trente Glorieuses : accès propriété, éducation, consommation), employés, cadres moyens, fonctionnaires, commerçants, artisans, niveau de vie (amélioration spectaculaire : électroménager, automobile, vacances, loisirs).

Éducation : massification (collège unique 1975, baccalauréat : 5% 1950 → 60% 1990s), universités (démocratisation : mai 68, millions étudiants). Logement : HLM (reconstruction après guerre), grands ensembles (banlieues : 1960s-70s), pavillons (périurbain : rêve propriété), confort (eau courante, chauffage, électricité : généralisés).

Santé : Sécurité sociale (accès soins pour tous), médecine de ville (généralistes, spécialistes), hôpitaux publics (qualité, gratuité relative).
Classes populaires (30-40%)
Espérance de vie : 65-75 ans (inégalités persistantes). Ouvriers (industrie : automobile, sidérurgie, textile), employés (services), Trente Glorieuses (plein emploi, salaires augmentent, consommation : voiture, TV, vacances), mais crise (1973+ : chômage, désindustrialisation, précarité).

Travail : améliorations (syndicats : CGT, congés payés 1936, Sécu 1945, 40h semaine, retraites), mais usure (travail à la chaîne, maladies professionnelles, accidents), chômage (fin siècle : masse, longue durée, exclusion). Logement : HLM, cités ouvrières, banlieues (pauvreté, ségrégation), bidonvilles (1950s-60s : immigration, résorption progressive).

Santé : Sécurité sociale (accès soins amélioré), mais inégalités (espérance vie inférieure, maladies : tabac, alcool, alimentation).
Exclus et précaires (5-10%)
Espérance de vie : 50-65 ans (grande précarité). SDF, chômeurs longue durée, immigrés sans papiers, toxicomanes, pauvreté urbaine (banlieues : émeutes 1980s-90s, violence, trafics), assistance (État-providence : RMI 1988, aides sociales, associations : Resto du Cœur, Emmäus).

Modes de pensée et représentations mentales

Mouvements intellectuels et culturels

Surréalisme (1920-1960s) : Réaction traumatisme Grande Guerre (absurdité, destruction raison), André Breton (Manifeste du surréalisme, 1924 : automatisme psychique, rêve, inconscient), influences (Freud : psychanalyse, Marx : révolution), techniques : écriture automatique, cadavre exquis, rêve, hasard objectif, poètes/artistes : Breton, Éluard, Aragon, Desnos, Soupault ; Dali, Magritte, Ernst, scandale, provocation, engagement politique (communisme : ambigü, ruptures).

Existentialisme (1945-1960) : Après guerre (traumatisme, absurde, liberté, responsabilité), Sartre (L'Être et le Néant 1943, L'existentialisme est un humanisme 1946 : existence précède essence, liberté absolue, angoisse, engagement), Camus (L'Étranger 1942, Le Mythe de Sisyphe 1942 : absurde, révolte), Beauvoir (Le Deuxième Sexe 1949 : féminisme, « On ne naît pas femme, on le devient »), cafés Saint-Germain-des-Prés (Flore, Deux Magots : intellectuels, jazz, existentialisme mode de vie).

Nouveau Roman (1950-1970) : Critique roman traditionnel (intrigue, personnages, psychologie, chronologie), Éditions de Minuit (Robbe-Grillet, Sarraute, Butor, Simon, Duras, Pinget), techniques : description objective (chosisme), déconstruction narrative, temporalité fragmentée, Robbe-Grillet (Pour un nouveau roman, 1963 : manifeste).

Structuralisme (1960-1970) : Lévi-Strauss (anthropologie : structures mentales universelles), Barthes (sémiologie : mythologies, mort de l'auteur), Lacan (psychanalyse : inconscient structuré comme langage), Foucault (archéologie du savoir : pouvoir, surveillance, folie), Althusser (marxisme structuraliste).

Oulipo (1960-) : Ouvroir de Littérature Potentielle (Raymond Queneau, François Le Lionnais, 1960), contraintes mathématiques/formelles (lipogramme, palindrome, etc.), Perec (La Disparition : sans lettre « e »), jeu, liberté par contrainte.

Postmodernisme et déconstruction (1970-2000) : Fin grands récits (Lyotard), relativisme, Derrida (déconstruction : logocentrisme, différance), fragmentation, ironie, pastiche, mélange genres.

Production littéraire — Siècle des ruptures et des avant-gardes

Le 20ème siècle voit l'explosion des formes littéraires et la remise en cause radicale des conventions : roman (Proust, surréalistes, Nouveau Roman, Oulipo), poésie (Apollinaire, surréalistes, Prévert), théâtre (Claudel, Giraudoux, Anouilh, absurde : Beckett, Ionesco), essai (Sartre, Camus, Beauvoir, Barthes, Foucault).

Genres littéraires majeurs :

  • Roman moderne : Proust : À la recherche du temps perdu (1913-1927) : mémoire involontaire, temps, introspection, monument absolu. Gide : Les Faux-Monnayeurs (1925), Si le grain ne meurt (autobiographie). Céline : Voyage au bout de la nuit (1932) : argot, violence, nihilisme. Malraux : La Condition humaine (1933) : engagement, révolution, fraternité.
  • Roman existentialiste : Sartre : La Nausée (1938), Les Chemins de la liberté. Camus : L'Étranger (1942), La Peste (1947) : absurde, révolte, solidarité. Beauvoir : L'Invitée (1943), Les Mandarins (1954, Goncourt).
  • Nouveau Roman : Robbe-Grillet : Les Gommes (1953), La Jalousie (1957). Sarraute : Tropismes (1939), Le Planétarium (1959). Duras : Modérato cantabile (1958), L'Amant (1984, Goncourt). Butor : La Modification (1957), Simon : La Route des Flandres (1960).
  • Poésie : Apollinaire : Alcools (1913), Calligrammes (1918) : modernité, lyrisme. Surréalistes : Breton, Éluard, Aragon, Desnos, Péret. Prévert : Paroles (1946) : poésie populaire, simplicité. Char, Michaux, Ponge.
  • Théâtre : Claudel : Le Soulier de satin (1929), Giraudoux : La guerre de Troie n'aura pas lieu (1935). Anouilh : Antigone (1944), Montherlant, Cocteau. Théâtre de l'absurde : Beckett (En attendant Godot, 1953), Ionesco (La Cantatrice chauve, 1950, Rhinocéros, 1959).

Marcel Proust — À la recherche du temps perdu (1913-1927)

Informations
Auteur
Marcel Proust (1871-1922), romancier
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Date
1913-1922 (publication Recherche, mais écriture dès 1908-1909)
Genre
Roman (cycle romanesque, autobiographie fictionalisée)
Langue
Français (phrases longues, incises, métaphores, introspection, style unique)
Contexte
Paris (famille bourgeoise : père médecin, mère juive Weil), asthme (enfance : maladie chronique, claustration progressive), mondanité (jeunesse : salons, Faubourg Saint-Germain, snobisme), homosexualité (cachée, transposée : Albertine), réclusion (1910s : chambre tapissée liège, nuits, écriture obsessionnelle), mort (18 novembre 1922, 51 ans : bronchite, refus soins, derniers volumes posthumes)
Œuvre monumentale
  • À la recherche du temps perdu (1913-1927, 7 volumes, 3 000 pages) : chef-d'œuvre absolu, cathrale littéraire du 20ème siècle,
    • Du côté de chez Swann (1913 : auto-édité après refus NRF/Gallimard/Fasquelle)
    • À l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919 : Goncourt, gloire)
    • Le Côté de Guermantes (1920-1921), Sodome et Gomorrhe (1921-1922)
    • La Prisonnière (1923, posthume), Albertine disparue (1925, posthume), Le Temps retrouvé (1927, posthume)
  • Thèmes : mémoire involontaire (madeleine : épiphanie, résurrection passé), temps (quete, perte, rédemption par art), amour (jalousie, possession impossible, souffrance : Swann/Odette, Narrateur/Albertine), société (salons, aristocratie Guermantes, bourgeoisie Verdurin, snobisme, décadence), homosexualité (Charlus, inversion, transposition Albertine), art (peinture Elstir, musique Vinteuil, littérature Bergotte : vocation narrateur).
Importance historique et littéraire

Plus grand romancier français du 20ème siècle, inventeur du roman moderne de la conscience. Madeleine (inédit : mémoire involontaire, sensation présente rappelle passé, épiphanie, « Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu », Combray ressuscité), temps (quête : retrouver temps perdu, mais impossible saisir, fuite, seul l'art sauve : « vraie vie »), phrases (longues, incises multiples, métaphores, introspection minutieuse : courant de conscience), influences immenses (Nouveau Roman, Beckett, Nabokov, littérature mondiale).

Albert Camus — L'Étranger (1942)

Informations
Auteur
Albert Camus (1913-1960), romancier, philosophe, dramaturge, journaliste
Date
1942-1960 (carrière de 18 ans)
Genre
Roman, théâtre, essai philosophique
Langue
Français (clarté classique, sobriété, style « américain », efficacité)
Contexte
Algérie (Mondovi, famille pauvre pied-noir : père mort 1914, mère sourde illettrée), Alger (quartier populaire Belcourt, football, plage, soleil), tuberculose (17 ans : maladie chronique, sanatoriums), journalisme (Alger républicain, Combat : Résistance), Résistance (Paris, Combat : clandestin puis légal, directeur 1944-1947), rupture Sartre (1952 : L'Homme révolté, polémique communisme), Prix Nobel (1957, 44 ans : plus jeune lauréat français), mort accidentelle (4 janvier 1960, 46 ans : accident voiture, Villeblevin, manuscrit Le Premier Homme)
Œuvres principales
  • L'Étranger (1942) : chef-d'œuvre absolu, Meursault (employé Alger, mère morte : indifférence, plage, meurtre Arabe : soleil, procès : condamné pour absence sentiments, exécution), absurde, écriture blanche, incipit célèbre (« Aujourd'hui, maman est morte »).
  • Le Mythe de Sisyphe (1942) : essai, absurde (monde dénué de sens, divorce homme/monde), suicide (seul problème philosophique vraiment sérieux), Sisyphe (rocher : « Il faut imaginer Sisyphe heureux »), révolte.
  • La Peste (1947) : roman, Oran (peste : allégorie Occupation, mal, totalitarisme), Dr Rieux (solidarité, lutte, humanisme), Tarrou, Rambert, Paneloux, Grand, « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que à mépriser ».
  • L'Homme révolté (1951) : essai, révolte vs révolution (critique marxisme, totalitarisme, violence révolutionnaire), rupture Sartre/communistes (polémique Les Temps modernes 1952).
  • La Chute (1956) : roman, Clamence (juge-pénitent : Amsterdam, confession, culpabilité, duplicité humaine).
  • Théâtre : Caligula (1944), Le Malentendu (1944), L'État de siège (1948), Les Justes (1949 : terrorisme, limites violence).
  • Le Premier Homme (posthume 1994) : autobiographie inachevée (manuscrit accident 1960).
Philosophie camusienne
  • Absurde : monde sans sens, divorce homme/univers, constat lucide
  • Révolte : refus suicide, affirmation vie malgré absurde, Sisyphe heureux
  • Solidarité : peste (lutte collective vs mal), humanisme, fraternité
  • Mesure : pensée méditerranéenne (soleil, mer, limite vs démesure nordique)
  • Anti-totalitarisme : critique marxisme, stalinisme, révolutions sanglantes
Importance historique et littéraire

Conscience morale du 20ème siècle, philosophe de l'absurde et de la révolte. L'Étranger (1942) : chef-d'œuvre, Meursault (antihéros : indifférent, « étranger »), mère morte (« Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas » : froideur, détachement), plage (meurtre Arabe : soleil aveuglant, chaleur, hasard absurde, 5 coups), procès (condamné non pour meurtre mais pour absence sentiments mère, ne pas pleurer enterrement), exécution (révolte finale : « Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine »), écriture blanche (style neutre, phrases courtes, « américain » : Hemingway), absurde.

Le Mythe de Sisyphe (1942) : essai absurde, « Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide », absurde (monde dénué de sens, confrontation homme/silence déraisonnable du monde), Sisyphe (mythe : condamné rouler rocher haut montagne, retombe, recommence éternellement, mais « Il faut imaginer Sisyphe heureux » : révolte, conscience, affirmation vie malgré absurde).

La Peste (1947) : allégorie (Oran : peste bubonique, fermeture ville, mort, peur), = Occupation nazie (mal collectif, enfermement, résistance), Dr Rieux (narrateur : médecin, lutte quotidienne, solidarité, humanisme sans illusions), personnages (Tarrou : saint sans Dieu, Rambert : journaliste, amour, Paneloux : prêtre, Grand : employé), « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que à mépriser » (conclusion humaniste).

Rupture Sartre (1952) : L'Homme révolté (1951 : critique marxisme, révolutions, violence révolutionnaire, totalitarisme communiste), attaque Les Temps modernes (Jeanson : article violent, Sartre soutient), réponse Camus (« Lettre à Monsieur le directeur des Temps modernes » : blessé, rompu), brouille définitive (deux plus grandes figures intellectuelles françaises, divergence politique).

Prix Nobel (1957, 44 ans) : « pour son œuvre importante qui met en lumière avec un sérieux pénétrant les problèmes se posant de nos jours à la conscience des hommes », discours Stockholm (Suède : « L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes »), plus jeune lauréat français littérature.

Mort (4 janvier 1960) : accident voiture (Villeblevin, Yonne), voiture Facel Vega (conduite Michel Gallimard : éditeur, neveu Gaston), arbre, Gallimard mort, Camus mort sur coup (46 ans), manuscrit Le Premier Homme (serviette : autobiographie inachevée, publiée 1994), billet train Paris-Lourmarin (poche : devait prendre train, changé avis), Sartre (hommage France Observateur : « un des rares écrivains de ce temps dont je lisais chaque livre avec passion »).

Jean-Paul Sartre — La Nausée (1938)

Informations
Auteur
Jean-Paul Sartre (1905-1980), philosophe, romancier, dramaturge, essayiste
Date
1938-1980 (carrière de 42 ans)
Genre
Philosophie, roman, théâtre, essai, critique
Langue
Français (clarté, dialectique, concepts, images, engagement)
Contexte
Paris, normalien (ENS, agrégation philosophie 1929), professeur (Le Havre, Laon, Paris : lycées), Berlin (1933-1934 : Husserl, phénoménologie), Résistance (prisonnier 1940-1941, libéré, groupe « Socialisme et Liberté »), existentialisme (après-guerre : mode, Saint-Germain-des-Prés, Café de Flore), compagnon Simone de Beauvoir (1929-1980 : couple libre, « amour nécessaire », amours contingentes), engagement politique (communisme : compagnon route années 1950, rupture 1956 Budapest), refus Prix Nobel (1964 : « Un écrivain ne doit pas se laisser institutionnaliser »), maoïsme (1968-1970s : La Cause du peuple), cécité (1970s : quasi-aveugle, dicte), mort (15 avril 1980, 74 ans : œdème pulmonaire, funérailles : 50 000 personnes)
Œuvres principales
  • La Nausée (1938) : roman, Antoine Roquentin (Bouville/Le Havre : historien, nausée existentielle, contingence), marronnier (révélation : existence brute, absurde), « L'existence précède l'essence ».
  • Le Mur (1939) : nouvelles (guerre d'Espagne, mort, angoisse).
  • L'Être et le Néant (1943) : somme philosophique, ontologie phénoménologique (être-en-soi, être-pour-soi), liberté absolue (« L'homme est condamné à être libre »), angoisse, mauvaise foi, regard d'autrui (« L'enfer, c'est les autres »).
  • Huis clos (1944) : théâtre, trois morts enfermés salon (Garcin, Inès, Estelle), « L'enfer, c'est les autres », pas de sortie, regards, torture psychologique.
  • Les Chemins de la liberté (trilogie romanesque inachevée) : L'Âge de raison (1945), Le Sursis (1945), La Mort dans l'âme (1949).
  • L'existentialisme est un humanisme (1946) : conférence, existence précède essence, liberté, responsabilité, engagement.
  • Les Mains sales (1948) : théâtre (communisme, engagement, meurtre politique).
  • Le Diable et le Bon Dieu (1951) : théâtre.
  • Critique de la raison dialectique (1960) : philosophie (marxisme, praxis).
  • Les Mots (1964) : autobiographie (enfance, écriture, névrose).
  • L'Idiot de la famille (1971-1972, 3 volumes) : Flaubert (psychanalyse existentielle).
Existentialisme sartrien
  • Existence précède essence : pas de nature humaine préalable, l'homme se fait
  • Liberté absolue : « L'homme est condamné à être libre », responsabilité totale
  • Angoisse : vertige de la liberté, absence de Dieu, absence de valeurs données
  • Mauvaise foi : fuite de la liberté, mensonge à soi-même, déterminisme
  • Engagement : écrivain engagé, choix, action, « Qu'est-ce que la littérature ? » (1948)
Importance historique et intellectuelle

Plus grand philosophe français du 20ème siècle, figure de l'intellectuel engagé. Existentialisme : « L'existence précède l'essence » (l'homme n'a pas de nature prédéfinie, il se crée par ses actes, liberté absolue, responsabilité), « L'homme est condamné à être libre » (pas d'excuses, pas de Dieu, pas de déterminisme : angoisse), mauvaise foi (fuite liberté : se cacher derrière rôles, déterminismes), Café de Flore (après-guerre : mode existentialiste, Saint-Germain-des-Prés, jazz, Juliette Gréco).

Simone de Beauvoir (rencontre 1929 : ENS, « amour nécessaire » : couple libre, pacte, « amours contingentes » : liberté sexuelle, Olga, Wanda, etc., relation intellectuelle absolue : travail commun, discussions, 50 ans), jamais mariés, jamais cohabité (chambres séparées hôtels).

Huis clos (1944) : « L'enfer, c'est les autres » (trois morts : Garcin lâche, Inès lesbienne, Estelle infanticide, enfermés salon style Second Empire, pas de sortie, pas de miroirs, pas de sommeil, torture : regards mutuels, dépendance, jugement éternel), pièce culte (courte, efficace, accessible : existentialisme populaire).

Engagement : Résistance (groupe « Socialisme et Liberté », échec), après-guerre (communisme : compagnon de route, Les Temps modernes 1945, revue engagée), stalinisme (justification partielle : URSS, rupture 1956 Budapest), guerre d'Algérie (soutien FLN, anti-colonialisme, manifeste des 121), Mai 68 (soutien étudiants, Sorbonne), maoïsme (1968-1970s : La Cause du peuple, vente rue), Vietnam (tribunal Russell : crimes de guerre USA).

Refus Prix Nobel (octobre 1964) : communiqué (« Un écrivain qui prend des positions politiques, sociales ou littéraires ne doit le faire qu'avec les moyens qui sont les siens, c'est-à-dire la parole écrite. Toutes les distinctions qu'il pourrait recevoir exposent ses lecteurs à une pression que je ne juge pas souhaitable »), refus (scandale : jamais vu, liberté absolue, cohérence), seul refus volontaire Prix Nobel littérature (Pasternak 1958 : contraint refuser URSS).

Œuvre immense : philosophie (L'Être et le Néant), romans, théâtre, essais, biographies, influence mondiale (existentialisme : mode de pensée 20ème siècle), funérailles (15 avril 1980 : 50 000 personnes, Montparnasse).

Boris Vian — L'Écume des jours (1947)

Boris Vian à la trompette
Informations
Auteur
Boris Vian (1920-1959), écrivain, poète, parolier, chanteur, critique de jazz, trompettiste, ingénieur (Centrale), Pataphysicien
Date
1945-1959 (fulgurante carrière de 14 ans)
Genre
Roman, poésie, chanson, théâtre, chronique de jazz, roman noir (pastiche)
Langue
Français (néologismes, jeux de mots, poésie de l'absurde, argot, humour noir)
Contexte
Saint-Germain-des-Prés (le "Prince"), Jazz (Tabou, Club Saint-Germain), Vernon Sullivan (scandale littéraire, pseudonyme), Pataphysique (Satrape), maladie cardiaque (angoisse de la mort précoce).
Œuvres principales
  • L'Écume des jours (1947) : roman, Colin et Chloé (nénuphar dans le poumon), Chick et Alise, pianocktail, souris grises, rétrécissement de l'appartement, « L'histoire est entièrement vraie, puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre. »
  • J'irai cracher sur vos tombes (1946) : roman noir (sous pseudonyme Vernon Sullivan), scandale, censure, violence, racisme (Sud des États-Unis imaginaire).
  • L'Arrache-cœur (1953) : roman, Jacquemort, La Mère (folie maternelle, protection étouffante).
  • Cantilènes en gelée (1949) : poésie.
  • Le Déserteur (1954) : chanson, hymne pacifiste, censure (guerre d'Indochine/Algérie), « Monsieur le Président... ».
  • Théâtre : Les Bâtisseurs d'empire, L'Équarrissage pour tous.
Citations et Style
  • Préface de L'Écume des jours : « L'essentiel est de tout juger a priori. Il paraît que les masses ont tort, et les individus toujours raison. »
  • Le Déserteur : « S'il faut donner son sang / Allez donner le vôtre / Vous êtes bon apôtre / Monsieur le Président. »
  • Style : Univers onirique et cruel, objets vivants, maladie métaphorique, humour désespéré (« la politesse du désespoir »).
Boris Vian : Ses Origines (Honte ou Stratégie ?)

Boris Vian, avait-il honte de ses origines ?

Cette question est très pertinente, car elle touche à l'ambivalence qui caractérise souvent la relation de Boris Vian avec son milieu d'origine. La réponse n'est pas un simple "oui" ou "non", mais plutôt un mélange complexe de rejet affiché, de distance critique, et d'utilisation stratégique de ses privilèges.

On ne peut pas vraiment parler de "honte" au sens plein du terme, mais plutôt d'un mépris affiché, d'une posture de rupture et d'une réappropriation ironique.

1. Une posture de rejet et de provocation (la "honte" affichée)
  • Le rejet du bourgeois : Dans le milieu de Saint-Germain-des-Prés, la figure du bourgeois était l'ennemi absolu. Vian, en "prince" de ce milieu, adoptait et alimentait ce mépris. Il se construisit une image de marginal, d'anarchiste, d'iconoclaste.
  • Provocation permanente : Ses œuvres (comme J'irai cracher sur vos tombes) et son personnage public étaient des provocations constantes contre l'ordre établi.
  • Critique de l'argent : Il a souvent critiqué l'emprise de l'argent et du profit, valeurs associées à son milieu industriel.
2. Une dépendance et un héritage assumés (l'absence de honte pratique)
  • Le confort matériel : Vian n'a jamais vraiment coupé le cordon. Il a longtemps vécu dans la villa familiale de Ville-d'Avray. Cette base arrière lui a offert la liberté précieuse de créer.
  • L'héritage culturel : Il n'a jamais renié l'immense culture transmise par ses parents (anglais, musique, littérature). C'est le socle même de son œuvre.
  • Le premier métier d'ingénieur : Son diplôme de Centrale, passeport pour la bourgeoisie, a été utilisé comme gagne-pain alimentaire.
3. Une transformation en matériau artistique / La solution vianesque

Vian ne cachait pas ses origines, il les recyclait avec distance et humour :

  • L'humour et l'ironie : Il parlait de sa famille avec affection, mais sans gravité.
  • Le personnage de "Boris Vian" : Il a consciemment construit un personnage pour transcender ses origines plutôt que de les renier.
  • Thèmes dans son œuvre : Critique des valeurs bourgeoises traitée sur le mode de l'absurde et du fantastique.

Conclusion : Une ambivalence calculée

Boris Vian n'avait probablement pas honte de ses origines au sens psychologique. Il a utilisé le confort matériel et l'excellence culturelle hérités de sa famille comme un tremplin pour construire une œuvre en rupture. Sa "honte" était avant tout une posture existentielle et artistique.


Avait-il aussi découvert parmi ses ancêtres des origines que son milieu social pouvait avoir rejetées ?

Aucune découverte d'origines "honteuses" (illégitime ou criminelle) n'a été documentée. Cependant, il y avait des contrastes sociaux :

  • Une ascendance globalement bourgeoise : Industriels (aciéries, textile) des deux côtés.
  • Les "originaux" et les "déclassés" :
    • Son père, Paul Vian : rentier "déclassé" volontaire, refusant les carrières prestigieuses.
    • Un ancêtre plâtrier-paysagiste (Claude-Joseph Ravenez) : artisan-artiste créateur de rocailles.
    • Un ancêtre sabotier au XVIIIe siècle.

Vian n'a pas eu honte de ces origines populaires ou artistiques. Au contraire, il les a peut-être magnifiées pour s'inventer une généalogie d'artisans-créateurs plus authentique que la froideur industrielle.

En résumé : La "honte" était inversée. Ce dont il pouvait avoir honte, c'était de l'opulence rigide de ses ascendants industriels, tandis que les "ratés" ou artisans devenaient des titres de gloire secrets.

Simone de Beauvoir — Le Deuxième Sexe (1949)

Informations
Auteur
Simone de Beauvoir (1908-1986), philosophe, romancière, essayiste, féministe
Date
1943-1986 (carrière de 43 ans)
Genre
Roman, essai philosophique, autobiographie, féminisme
Langue
Français (clarté, analyse, narration, engagement)
Contexte
Paris (famille bourgeoise : père avocat ruiné), normalienne (Sorbonne, agrégation philosophie 1929 : 2e, derrière Sartre 1er, plus jeune agrégée), professeur (Marseille, Rouen, Paris : lycées), Sartre (rencontre 1929 : « amour nécessaire », pacte, couple libre, jamais mariés, 50 ans), Saint-Germain-des-Prés (Café de Flore : existentialisme), USA (1947 : amour Nelson Algren, écrivain Chicago), Les Temps modernes (co-fondatrice 1945 : revue Sartre), féminisme (MLF : soutien, manifeste 343 1971 : avortement), mort (14 avril 1986, 78 ans : 6 ans après Sartre, enterrée ensemble Montparnasse)
Œuvres principales
  • L'Invitée (1943) : roman, trio (Françoise, Pierre, Xavière : philosophie, jalousie, meurtre), inspiré vie (Sartre, Olga Kosakiewicz).
  • Le Sang des autres (1945) : roman (Résistance, responsabilité).
  • Tous les hommes sont mortels (1946) : roman.
  • Le Deuxième Sexe (1949, 2 volumes) : chef-d'œuvre absolu, bible du féminisme, condition féminine (histoire, biologie, psychanalyse, mythe, vécu), « On ne naît pas femme, on le devient » (construction sociale genre), oppression, aliénation, libération (travail, indépendance économique), scandale (Vatican : Index, attaques violentes, succès mondial).
  • Les Mandarins (1954) : roman, Prix Goncourt, intellectuels après-guerre (Sartre, Camus : à clés), engagement, désillusions, amour américain (Algren : transposé).
  • Mémoires d'une jeune fille rangée (1958) : autobiographie (enfance, jeunesse, Sartre), suite : La Force de l'âge (1960), La Force des choses (1963), Tout compte fait (1972).
  • Une mort très douce (1964) : récit (mort mère : cancer, hôpital, relation).
  • La Vieillesse (1970) : essai (condition personnes âgées, société).
  • La Cérémonie des adieux (1981) : récit (dernières années Sartre, mort 1980).
Pensée beauvoirienne
  • Féminisme : « On ne naît pas femme, on le devient » (genre = construction sociale)
  • Situation : femme = Autre (altérité, oppression, immanence vs transcendance masculine)
  • Libération : travail, indépendance économique, contraception, avortement
  • Existentialisme : liberté, projet, responsabilité, ambiguïté
  • Engagement : écrivain, intellectuel, politique, féminisme
Importance historique et intellectuelle

Mère du féminisme moderne, philosophe existentialiste, grande romancière. Le Deuxième Sexe (1949) : bible du féminisme (2 volumes : I. Les Faits et les Mythes, II. L'Expérience vécue), analyse totale condition féminine (histoire, biologie, psychanalyse, marxisme, mythe, littérature, vécu), « On ne naît pas femme, on le devient » (phrase culte : genre = construction sociale, éducation, pas nature biologique, femme fabriquée par société patriarcale), femme = Autre (altérité : Hegel maître/esclave, immanence vs transcendance masculine, enfermement foyer/corps/reproduction, pas sujet mais objet), libération (travail : indépendance économique, contraception, avortement, refus maternité imposée, égalité).

Scandale : attaques violentes (Vatican : Index livres interdits, droite, conservateurs, Église), François Mauriac (à Temps modernes : « Votre patronne a atteint les limites de l'abject »), mais succès mondial (traductions, influence féminisme 1960s-70s : MLF, NOW USA, libération femmes).

Sartre : rencontre 1929 (Sorbonne : préparation agrégation, discussions Jardin Luxembourg), pacte (« amour nécessaire » : couple absolu, liberté réciproque, transparence, « amours contingentes » : liaisons autres), jamais mariés (refus institution), jamais cohabité (chambres hôtels séparées, indépendance), 50 ans (1929-1980 : mort Sartre), relation intellectuelle (travail commun, lectures mutuelles, discussions quotidiennes), jalousies (Beauvoir souffre liaisons Sartre : Olga, Wanda, mais accepte pacte), Nelson Algren (écrivain Chicago, 1947-1951 : amour passion, lettres, rupture géographique), enterrés ensemble (Montparnasse : même tombe, 1980 Sartre, 1986 Beauvoir).

Les Mandarins (1954) : Prix Goncourt, roman à clés (intellectuels après-guerre), Anne Dubreuilh (narratrice : Beauvoir), Robert Dubreuilh (mari : Sartre), Henri Perron (Camus), Lewis Brogan (amant américain : Algren), engagement, communisme, désillusions, guerre froide, amour (passion américaine Anne/Lewis : autobiographique).

Féminisme : manifeste 343 (5 avril 1971 : Le Nouvel Observateur, « Je me suis fait avorter », 343 femmes célèbres : Beauvoir, Deneuve, Bardot, Sagan, Varda, risque pénal, loi Veil 1975), MLF (Mouvement Libération Femmes : soutien, présidente Ligue droits des femmes 1974), présidence d'honneur (Commission Femmes : Mitterrand 1981).

Louis-Ferdinand Céline — Voyage au bout de la nuit (1932)

Informations
Auteur
Louis-Ferdinand Céline, pseudonyme de Louis Destouches (1894-1961), écrivain, médecin
Date
1932-1961 (carrière de 29 ans)
Genre
Roman
Langue
Français (argot, oralité, style haletant, points de suspension, violence verbale)
Contexte
Courbevoie (famille modeste), Grande Guerre (1914 : blessé grave tête, traumatisme), médecin (SDN, dispensaire Clichy : misère), voyages (Afrique, USA, URSS), Voyage (1932 : scandale, génie, Goncourt refusé : donné Malraux), pamphlets antisémites (1937-1941 : Bagatelles pour un massacre, L'École des cadavres, Les Beaux Draps : violence inouie, collaboration idéologique), Occupation (articles collaborateurs, Radio-Paris), exil (1944-1951 : fuite Allemagne, Danemark, prison, amnistie 1951), retour France (Meudon : médecin pauvres, écriture), mort (1er juillet 1961, 67 ans)
Œuvres principales
  • Voyage au bout de la nuit (1932) : chef-d'œuvre absolu, Bardamu (narrateur : guerre 14-18, Afrique coloniale, USA Ford, banlieue parisienne), nihilisme, violence, misère, humanité (laideur, cruauté), style révolutionnaire (argot, oralité, « langue parlée », émotion), Goncourt (refusé 1 voix : donné Malraux Condition humaine, polémique).
  • Mort à crédit (1936) : enfance (Paris populaire, père, violence, apprentissages), style exaspéré (encore plus violent, délirant).
  • Pamphlets antisémites (1937-1941) : Bagatelles pour un massacre (1937), L'École des cadavres (1938), Les Beaux Draps (1941) : violence inouie, délire, haine, complots, ignominie absolue.
  • Trilogie allemande (après-guerre) : D'un château l'autre (1957), Nord (1960), Rigodon (posthume 1969) : exil, fuite Allemagne 1944-1945, apocalypse, Sigmaringen (gouvernement Vichy exilé), style culminant (musique, émotion, chronique).
  • Entretiens avec le professeur Y (1955) : poétique (style, métro émotif).
Style célinien
  • Langue parlée : argot, oralité, « émotion du langage parlé » (vs littéraire écrit)
  • Petite musique : rythme, souffles, points de suspension (...), haletant
  • Violence : mots crus, obscenités, délire, invectives
  • Nihilisme : humanité (laideur, cruauté, misère), désespoir, noirceur absolue
  • Subjectivité : monologue intérieur, flux, déformation expressive
Importance historique et littéraire

Révolutionnaire du style, génie maudit, infamie morale. Voyage au bout de la nuit (1932) : chef-d'œuvre, Bardamu (double Céline : cyisme, lâcheté, survie), guerre 14-18 (horreur, absurdité : « On est puceau de l'Horreur comme on l'est de la volupté »), Afrique coloniale (chaleur, maladie, exploitation), USA (Ford : travail mécanisé, aliénation), banlieue Paris (médecin pauvres : misère, déchéance), nihilisme absolu (humanité : cruauté, lâcheté, pas de rédemption), style (révolution : argot, langue parlée, oralité, « petite musique », points de suspension, émotion brute : vs littérature bourgeoise).

Goncourt (1932 : 4 voix Voyage vs 6 Malraux Condition humaine, 1 voix différence, polémique : argot choque académiciens, scandale, succès énorme malgré échec prix).

Pamphlets antisémites (1937-1941) : infamie absolue, Bagatelles pour un massacre (1937 : délire antisémite, complots juifs, violence inouie, 75 000 exemplaires vendus : succès honteux), L'École des cadavres (1938), Les Beaux Draps (1941), haine, appels meurtre, collaboration idéologique nazie (pas agent, pas espion, mais complice intellectuel).

Occupation : articles (presse collaborateur : Je suis partout, etc.), Radio-Paris (interviews : propagande), Institut d'études des questions juives (présence, soutien). Exil (1944 : fuite Allemagne, Sigmaringen : gouvernement Vichy, Pétain, puis Danemark 1945-1951 : prison, libéré, assignation résidence, condamnation France : 1 an prison, indignité nationale, amnistie 1951).

Retour (1951 : Meudon, médecin pauvres, écriture), trilogie allemande (D'un château l'autre 1957, Nord 1960, Rigodon posthume 1969 : fuite 1944-1945, apocalypse, Allemagne bombardée, trains, chaos, style culminant : musique, émotion, chronique hallucinatoire).

Postérité : problème moral (génie littéraire vs infamie antisémite), influence stylistique (Queneau, Burroughs, Bukowski, argot, oralité), polmiques (commémorations refusées : 50e anniversaire mort 2011, Mitterrand renonce hommage 1994), rééditions pamphlets (interdites : 1945-2022, débat).

André Gide — Les Faux-Monnayeurs (1925)

Informations
Auteur
André Gide (1869-1951), écrivain
Date
1891-1951 (carrière de 60 ans)
Genre
Roman, récit, théâtre, essai, journal, critique
Langue
Français (clarté classique, élégance, sobriété, nuances)
Contexte
Paris (famille protestante bourgeoise : père juriste), éducation religieuse stricte, homosexualité (refoulée, puis assumée : Afrique du Nord, garçons), mariage (Madeleine Rondeaux : cousine, platonique, souffrance mutuelle), NRF (co-fondateur 1909 : Nouvelle Revue Française, Gallimard), voyages (Afrique, URSS 1936 : désillusion communisme), Prix Nobel (1947, 78 ans), mort (19 février 1951, 81 ans)
Œuvres principales
  • Les Nourritures terrestres (1897) : éloge sensualité, jouissance, liberté, « Nathanaël, je t'enseignerai la ferveur », révolte morale protestante.
  • L'Immoraliste (1902) : récit, Michel (tuberculose, guérison, découverte corps, homosexualité latente, abandon épouse mourante), amoralisme.
  • La Porte étroite (1909) : récit, amour mystique (Ali ssa : renoncement, sainteté, mort), Jérôme, puritanisme protestant.
  • Les Caves du Vatican (1914) : sotie, Lafcadio (acte gratuit : meurtre sans raison), humour, satire, liberté.
  • La Symphonie pastorale (1919) : récit, pasteur (aveugle Gertrude : amour coupable, hypocrisie, tragédie), mauvaise foi.
  • Les Faux-Monnayeurs (1925) : seul « roman » (Gide : vs récits), mise en abyme (Édouard : écrivain écrit roman Les Faux-Monnayeurs), adolescence (Bernard, Olivier : sexualité, liberté, fausse monnaie morale), Journal des Faux-Monnayeurs (1926 : genèse).
  • Si le grain ne meurt (1926, 2 volumes) : autobiographie, enfance, découverte homosexualité (Algérie : Wilde, garçons), mariage Madeleine, confession publique (courage).
  • Voyage au Congo (1927), Retour du Tchad (1928) : dénonciation colonialisme, exploitation, travail forcé.
  • Retour de l'URSS (1936) : désillusion communisme (voyage 1936 : stalinisme, répression), rupture compagnons route, courage.
  • Journal (1889-1949, publié progressivement) : introspection quotidienne, écriture, lectures, rencontres, homosexualité, foi, doutes.
Thèmes gidiens
  • Disponibilité : ouverture, mobilité, refus enfermement, « se déprendre »
  • Sincérité : lucidité, connaissance de soi, Journal (introspection impitoyable)
  • Acte gratuit : liberté absolue (Lafcadio : meurtre sans mobile), amoralisme
  • Conflit : chair/esprit, jouissance/renoncement, paganisme/christianisme
  • Homosexualité : assomption progressive, Corydon (1924 : défense), Si le grain
Importance historique et littéraire

Conscience morale et esthétique, maître du récit, Prix Nobel. Les Faux-Monnayeurs (1925) : seul « roman » selon Gide (vs « récits » : autres œuvres), mise en abyme (Édouard : romancier tient journal pour écrire roman Les Faux-Monnayeurs, réflexion sur romanesque, roman du roman), adolescents (Bernard : faux fils, fugue, liberté ; Olivier : amour Édouard, homosexualité), fausse monnaie (littérale : trafic, métaphorique : morale, hypocrisie, sincérité), suicide Boris (adolescent : tragédie, manipulation), Journal des Faux-Monnayeurs (1926 : genèse, méthode : document unique).

Homosexualité : éducation protestante (répression, culpabilité), découverte (Algérie, 1893-1894 : libération, Wilde rencontré Alger, garçons), mariage Madeleine Rondeaux (1895 : cousine aimée enfance, platonique, souffrance : Gide liaisons, Madeleine brûle lettres Gide : drame, mort 1938), Corydon (1924 : 4 dialogues, défense homosexualité masculine, nature, Grèce, scandale), Si le grain ne meurt (1926 : confession publique, Wilde, garçons, courage extraordinaire époque), Marc Allégret (1917+ : secrétaire, amant, cinéaste, voyage Congo 1925-1926).

NRF (Nouvelle Revue Française, 1909 : co-fondateur avec Schlumberger, Copeau, etc., revue littéraire majeure, éditions Gallimard : maison prestige), influence (découvreur talents : Proust refusé 1912 Swann : regret, puis soutien, Saint-Exupry, etc.).

Communisme : sympathie (1930s : antifascisme, URSS espoir), voyage URSS (1936 : invité officiel, funérailles Gorki), désillusion (Retour de l'URSS 1936 : stalinisme, répression, conformisme, mensonges), courage (rupture compagnons route : Aragon, communistes, attaques violentes), Retouches à mon Retour de l'URSS (1937 : confirmation critiques).

Prix Nobel (1947, 78 ans) : « pour ses écrits complets et artistiquement importants, dans lesquels les problèmes et conditions humains ont été présentés avec un amour intrpide de la vérité et une perspicacité psychologique aiguë », polémique (Vatican, conservateurs : immoralisme, homosexualité), consécration.

Guillaume Apollinaire — Alcools (1913)

Informations
Auteur
Guillaume Apollinaire, pseudonyme de Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky (1880-1918), poète, critique d'art
Date
1902-1918 (carrière de 16 ans)
Genre
Poésie, critique d'art, récit
Langue
Français (lyrisme moderne, images surprenantes, suppression ponctuation, liberté formelle)
Contexte
Né Rome (mère polonaise, père inconnu : officier italien ?), Monaco puis Paris (vie bohème, Montmartre, Montparnasse), critique d'art (cubisme : défenseur Picasso, Braque, Les Peintres cubistes 1913), Grande Guerre (engagé volontaire 1914, naturalisé français, blessé tête 1916 : trépanation), grippe espagnole (mort 9 novembre 1918, 38 ans : 2 jours avant Armistice)
Œuvres principales
  • Alcools (1913) : chef-d'œuvre absolu, recueil (poèmes 1898-1913 : 15 ans création), « Zone » (poème inaugural : modernité, « À la fin tu es las de ce monde ancien »), « Le Pont Mirabeau » (amour, temps : « Vienne la nuit sonne l'heure / Les jours s'en vont je demeure »), « La Chanson du Mal-Aimé », « Mai », « Vendémiaire », suppression ponctuation (audace formelle : fluidité, polysémie), lyrisme moderne (quotidien, ville, amour, mélancolie).
  • Calligrammes (1918) : poèmes-dessins, « Il pleut » (vers verticaux : pluie), « La colombe poignardée », « Tour Eiffel », guerre (« Ombre de mon amour », front), innovation visuelle (poésie graphique).
  • Le Poète assassiné (1916) : récit, Croniamantal (poète : double Apollinaire).
  • Les Mamelles de Tirésias (1917) : drame surréaliste (avant la lettre : néologisme « surréalisme »), absurde, provocation.
  • Les Peintres cubistes (1913) : essai (défense cubisme : Picasso, Braque, révolution picturale).
Modernité apollinairienne
  • Lyrisme moderne : quotidien (ville, Eiffel, aéroplane, publicité) + tradition (mythologie)
  • Suppression ponctuation : fluidité, lecture ouverte, polysémie
  • Calligrammes : poésie visuelle, dessins typographiques, spatialisation
  • Amour : mélancolie (Marie Laurencin : « Mal-Aimé », rupture), temps qui passe
  • Esprit nouveau : « L'esprit nouveau et les poètes » (1918 : manifeste modernité)
Importance historique et littéraire

Poète de la modernité, inventeur du calligramme, parrain du surréalisme. Alcools (1913) : chef-d'œuvre, « Zone » (ouverture : modernité urbaine, « À la fin tu es las de ce monde ancien », Christ-avion, Eiffel, hangars d'Auteuil, aéroplane, quotidien transfiguré), « Le Pont Mirabeau » (amour Marie Laurencin perdu, Seine, temps : « Sous le pont Mirabeau coule la Seine / [...] Vienne la nuit sonne l'heure / Les jours s'en vont je demeure », mélancolie, refrain musical), suppression ponctuation (révolution : vers libérés, fluidité, ambiguïtés fécondes, modernité formelle).

Calligrammes (1918) : poèmes-dessins (innovation : poésie visuelle, graphisme), « Il pleut » (vers verticaux : pluie tombante, mélancolie, voix féminines), « La colombe poignardée et le jet d'eau » (calligramme : hommage amis morts guerre), guerre (poèmes front : « Ombre de mon amour », obus, tranchées, engagement).

Guerre : engagé volontaire (1914 : naturalisation française, artillerie), blessé (17 mars 1916 : éclat d'obus tempe droite, trépanation, bandeau), convalescence (hôpital, permissions : Paris, amours), mort (9 novembre 1918 : grippe espagnole, 38 ans, 2 jours avant Armistice 11 novembre, ironie tragique).

Surréalisme : néologisme (1917 : sous-titre Mamelles de Tirésias, « drame surréaliste »), Breton (admirateur, puis fondateur surréalisme 1924 : filiation Apollinaire), esprit nouveau (modernité, liberté, surprise, imagination : influence avant-gardes).

Cubisme : défenseur (ami Picasso : portrait cubiste Apollinaire, « Demoiselles d'Avignon »), Les Peintres cubistes (1913 : essai, révolution picturale), Montmartre/Montparnasse (bohème artistique : Bateau-Lavoir, cafés, peintres/poètes).

André Breton — Nadja (1928)

Informations
Auteur
André Breton (1896-1966), poète, écrivain, théoricien du surréalisme
Date
1919-1966 (carrière de 47 ans)
Genre
Poésie, récit, manifeste, essai, automatisme
Langue
Français (images surréalistes, automatisme, associations, lyrisme)
Contexte
Médecin militaire (1915-1918 : hôpital psychiatrique, Freud, traumatisés guerre), dada (1919-1922 : Tzara, nihilisme, rupture), surréalisme (fondateur 1924 : Manifeste, mouvement international), « pape » surréalisme (autorité absolue, exclusions : Artaud, Desnos, etc.), communisme (1927-1935 : adhésion PC, rupture stalinisme), exil USA (1941-1946 : guerre, New York), retour Paris (1946-1966 : rue Fontaine, objets, expositions), mort (28 septembre 1966, 70 ans)
Œuvres principales
  • Manifeste du surréalisme (1924) : texte fondateur, définition (« Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer [...] le fonctionnement réel de la pensée »), inconscient (Freud : rêve, associations), merveilleux, hasard objectif.
  • Les Champs magnétiques (1920, avec Soupault) : premier texte automatique, écriture sans contrôle raison.
  • Nadja (1928) : récit, rencontre Nadja (femme mystérieuse, folle : « Qui suis-je ? »), Paris surréaliste, hasard objectif, photographies, « La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas ».
  • Second Manifeste du surréalisme (1930) : radicalisation, exclusions (dissidents), occultisme.
  • L'Amour fou (1937) : récit, amour (Jacqueline Lamba : femme-enfant), hasard objectif, merveilleux quotidien.
  • Arcane 17 (1945) : poème-récit (Percé : Gaspésie, guerre, renaissance).
  • Poésie : Clair de terre (1923), Le Revolver à cheveux blancs (1932).
Surréalisme bretonien
  • Automatisme : écriture sans contrôle raison, dictée inconscient
  • Rêve : Freud (psychanalyse), récits rêves, frontière rêve/réalité
  • Hasard objectif : rencontres fortuites, signes, correspondances, destin
  • Amour fou : passion absolue, femme-enfant, merveilleux
  • Révolution : poétique + politique (communisme puis rupture), transformer vie
Importance historique et littéraire

Fondateur et « pape » du surréalisme, mouvement international majeur. Manifeste du surréalisme (1924) : acte fondateur, définition (« SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale »), Freud (inconscient : rêve, associations libres, refoulement), merveilleux (quotidien transfiguré, imagination, poésie vie).

Nadja (1928) : récit culte, rencontre Nadja (octobre 1926 : rue Lafayette, femme mystérieuse, « Qui suis-je ? », « Qui je 'hante' ? », 10 jours rencontres, folie : internée), Paris surréaliste (lieux : Grands Boulevards, cafés, hasard objectif, déambulations), photographies (Man Ray : illustrations, réalité/imaginaire), conclusion (« La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas » : formule célèbre).

Mouvement : groupe (poètes : Éluard, Aragon, Desnos, Soupault, Péret ; peintres : Ernst, Magritte, Dali, Miro, Tanguy), Bureau recherches surréalistes (1924 : rue Grenelle, expériences), revues (La Révolution surréaliste 1924-1929, Le Surréalisme au service de la révolution 1930-1933), exclusions (Breton « pape » : autorité absolue, Artaud 1926, Desnos 1929, Dali 1939, etc.), international (Belgique, Tchécoslovaquie, Amérique latine, Japon : mouvement mondial).

Techniques : écriture automatique (dictée inconscient : Champs magnétiques 1920), cadavre exquis (jeu collectif : phrase aléatoire), récits rêves (notation systématique), objets surréalistes (assemblages : Duchamp ready-made), frottages (Ernst), rayogrammes (Man Ray).

Communisme : adhésion PC (1927 : révolution poétique + politique), Aragon/Éluard (staliniens : rupture Breton 1935), Trotsky (rencontre Mexique 1938 : « Pour un art révolutionnaire indépendant »), anti-stalinisme (procès Moscou : condamnation).

Exil USA (1941-1946 : guerre, Marseille puis New York, radio Voice of America), influence art américain (expressionnisme abstrait : Pollock, Rothko), retour Paris (1946 : rue Fontaine, appartement-atelier, mur objets surréalistes : masques, fétiches).

Samuel Beckett — En attendant Godot (1953)

Informations
Auteur
Samuel Beckett (1906-1989), dramaturge, romancier, poète (irlandais, écrit français/anglais)
Date
1929-1989 (carrière de 60 ans)
Genre
Théâtre de l'absurde, roman, poésie
Langue
Français + anglais (bilinguisme : auto-traduction, dépouillement, silence)
Contexte
Dublin (irlandais protestant), Paris (1928 : lecteur ENS, rencontre Joyce), Résistance (réseau Gloria SMH : Roussillon, fuite, clandestinité), après-guerre (retour Paris : écriture en français, « pour écrire sans style »), Godot (1953 : révolution théâtrale, scandale puis triomphe), Prix Nobel (1969, 63 ans : discret, refuse cérémonie), silence progressif (œuvres brèves, minimalistes), mort (22 décembre 1989, 83 ans, Paris)
Œuvres principales
  • En attendant Godot (1953) : chef-d'œuvre absolu, révolution théâtrale, Vladimir et Estragon (attendent Godot : n'arrive jamais), Pozzo et Lucky, arbre, route, absurde, répétition, vide, attente, rien ne se passe, « Rien à faire » (incipit), scandale puis triomphe mondial.
  • Fin de partie (1957) : Hamm (aveugle, fauteuil) et Clov (serviteur), Nagg et Nell (parents : poubelles), fin du monde, huis clos.
  • Oh les beaux jours (1963) : Winnie (enterrée sable jusqu'à taille puis cou), Willie, optimisme dérisoire, monologue.
  • Trilogie romanesque (1951-1953, français) : Molloy, Malone meurt, L'Innommable : monologues intérieurs, décomposition, voix, identité, néant.
  • Murphy (1938, anglais), Watt (1953, anglais) : romans absurdes.
  • Comment c'est (1961), Cap au pire (1983) : prose minimaliste.
  • Pièces courtes : Acte sans paroles, Pas, Berceuse, etc.
Univers beckettien
  • Absurde : monde sans sens, attente vaine (Godot jamais), langage vide
  • Dépouillement : décors nus (arbre, route), gestes minimaux, silence
  • Répétition : cycles, retours, « encore » (continuation malgré tout)
  • Déchéance : corps (mutilations, handicaps, poubelles, ensevelissement), délabrement
  • Langage : délitement, ressassement, épuisement, mais persiste (« je ne peux pas continuer, je vais continuer »)
Importance historique et littéraire

Maître absolu du théâtre de l'absurde, Prix Nobel, minimalisme. En attendant Godot (1953) : révolution théâtrale, Vladimir et Estragon (clochards : attendent Godot sous arbre, route déserte), Godot (n'arrive jamais : « Il viendra demain », messager enfant), rien ne se passe (« Rien à faire », attente vide, tentative suicide ratée, jeux verbaux), répétition (acte II = acte I, cycle éternel), Pozzo/Lucky (maître/esclave : monologue Lucky, Pozzo aveugle acte II), scandale (création Babylone Paris 1953 : public déroute, critiques hostiles), triomphe (mondial : interprétations infinies, pièce la plus jouée 20ème siècle après Shakespeare).

Absurde : monde sans Dieu (post-guerre : nihilisme, traumatisme), attente (métaphysique : sens, salut, mort ?), langage (vide, ressassement, mais continue), influences (existentialisme, kafkaïen, mais Beckett refuse étiquettes).

Français : choix (après-guerre : écrire en français « pour écrire sans style », dépouillement, langue étrangère = distance, contrôle), auto-traduction (anglais : versions différentes, variations), Joyce (secrétaire : Finnegans Wake, mais oppose : Joyce enrichit langue, Beckett appauvrit).

Résistance : réseau Gloria SMH (agent liaison, traductions, dénonciation 1942 : fuite), Roussillon (Vaucluse : clandestinité, ouvrier agricole), Croix de guerre (1945 : discrétion totale, jamais évoqué).

Prix Nobel (1969) : « pour son œuvre qui, sous des formes nouvelles du roman et du théâtre, prend toute son élévation dans la destitution de l'homme moderne », refuse cérémonie Stockholm (envoie éditeur Jérôme Lindon), discrétion absolue (interviews rares, fuit médias).

Évolution : dépouillement progressif (pièces courtes : Pas 15 min, Souffle 30 secondes, silence, noir, voix), prose (minimalisme : phrases brèves, fragmentation, épuisement langage), télévision/cinéma (Film 1965 : Buster Keaton, œil), dernières œuvres (quasi-silence : Cap au pire, Soubresauts).

Eugène Ionesco — La Cantatrice chauve (1950)

Informations
Auteur
Eugène Ionesco (1909-1994), dramaturge (franco-roumain)
Date
1950-1994 (carrière de 44 ans)
Genre
Théâtre de l'absurde
Langue
Français (dérision langage, clichés, déconstruction dialogue)
Contexte
Né Roumanie (père roumain, mère française), enfance France/Roumanie, Paris (1938 : installation définitive), Vichy (correcteur éditions), après-guerre (théâtre : révolution), Académie française (1970), mort (28 mars 1994, 84 ans, Paris)
Œuvres principales
  • La Cantatrice chauve (1950) : anti-pièce fondatrice, M. et Mme Smith, M. et Mme Martin (couples bourgeois anglais), dialogues absurdes (clichés, tautologies : « Le plafond est en haut, le plancher est en bas »), Marie la bonne, pompier, cantatrice (jamais apparaît, titre absurde), langage (dislocation, ressassement, vidé de sens), création Théâtre des Noctambules (1950 : échec, puis culte).
  • La Leçon (1951) : professeur (torture verbale, meurtre), élève (40e victime), langage (violence, perversion, domination).
  • Les Chaises (1952) : vieux couple (invités invisibles, chaises vides), orateur muet, message pour humanité (vide, incommunicabilité).
  • Rhinocéros (1959) : chef-d'œuvre, Bérenger (seul humain : résiste), rhinocérite (épidémie : métamorphose), totalitarisme (conformisme, fascisme, nazisme : allégorie), « Je ne capitule pas ! » (résistance individuelle).
  • Le Roi se meurt (1962) : Bérenger Ier (roi : mort imminente), refus, agonie, apprentissage mort.
  • Tueur sans gages (1959), Le Piéton de l'air (1963), La Soif et la Faim (1966).
Théâtre ionescien
  • Absurde : situations absurdes, logique folle, incohérence
  • Langage : dislocation (clichés, tautologies, bavardage vide, incommunicabilité)
  • Prolifération : objets (chaises, œufs, champignons, cadavres : envahissement scène)
  • Totalitarisme : rhinocéros (conformisme, masse, perte individualité)
  • Mort : angoisse existentielle, condition humaine, finitude
Importance historique et littéraire

Maître du théâtre de l'absurde, avec Beckett figure majeure. La Cantatrice chauve (1950) : anti-pièce révolutionnaire, couples bourgeois anglais (Smith, Martin : dialogues absurdes, reconnaissent pas), langage (dislocation : clichés, lieux communs, tautologies : « Le plafond est en haut, le plancher est en bas », ressassement, vidé de sens, incommunicabilité), cantatrice (titre : jamais apparaît, absurdité totale), création (11 mai 1950 : Théâtre des Noctambules, échec commercial, puis culte : joué sans interruption depuis 1957 Théâtre de la Huchette, record mondial).

Rhinocéros (1959) : chef-d'œuvre politique, Bérenger (antihéros : seul humain reste, tous autres deviennent rhinocéros), rhinocérite (épidémie métamorphose : contagion, conformisme), allégorie totalitarisme (nazisme, fascisme, stalinisme : Ionesco vécu montée totalitarismes Roumanie), « Je ne capitule pas ! » (résistance individuelle : refus soumission masse, solitude héroïque), Jean-Louis Barrault (création Odéon 1960 : triomphe).

Prolifération : objets envahissent scène (Cantatrice : dialogues, Chaises : chaises vides multiplient, Amédée : cadavre grandit, L'Avenir est dans les œufs : œufs prolifèrent, vision cauchemardesque : matière oppresse personnages).

Académie française (1970 : élu, mais réticences : théâtre avant-garde), polémiques (Vilar, Barthes : critiques théâtre populaire vs bourgeois, Ionesco défend gratuité art), influence (théâtre mondial : absurde, dérision langage, anti-réalisme).

André Malraux — La Condition humaine (1933)

Informations
Auteur
André Malraux (1901-1976), écrivain, aventurier, ministre
Date
1928-1976 (carrière de 48 ans)
Genre
Roman, essai sur l'art, mémoires
Langue
Français (lyrisme, souffle épique, dialogues philosophiques, action)
Contexte
Paris, Indochine (1923 : archéologie, trafic statues khmères, prison), Chine (1925-1927 : révolution, Kuomintang), aviation Espagne (1936 : guerre civile, escadrille España), Résistance (Alsace-Lorraine, maquis Dordogne : colonel Berger, Gestapo 1944), gaullisme (ministre Culture 1958-1969 : de Gaulle, Maisons de la Culture), mort (23 novembre 1976, 75 ans), Panthéon (1996)
Œuvres principales
  • Les Conquérants (1928) : révolution chinoise (Canton), action, engagement.
  • La Voie royale (1930) : Indochine, aventure (archéologie, jungle).
  • La Condition humaine (1933) : chef-d'œuvre absolu, Prix Goncourt, Shanghai 1927 (insurrection communiste, Kuomintang, répression), Kyo, Katow, Tchen, Gisors, May, Ferral, fraternité, révolution, mort, dignité humaine, scène ouverture (Tchen : meurtre), scène finale (Katow : cyanure partagé).
  • L'Espoir (1937) : guerre Espagne (républicains, aviation, fraternité).
  • Les Noyers de l'Altenburg (1943) : guerre, humanisme.
  • Antimémoires (1967) : mémoires (vie, rencontres : de Gaulle, Mao, Nehru).
  • Le Miroir des limbes (1976) : suite Antimémoires.
  • Essais sur l'art : La Psychologie de l'art, Les Voix du silence (1951), Le Musée imaginaire (photographie : art universel).
Thèmes malruciens
  • Condition humaine : absurde, mort, solitude, mais fraternité (action collective)
  • Engagement : révolution (Chine, Espagne), Résistance, gaullisme
  • Action : vs contemplation, héroïsme, risque, aventure
  • Fraternité : combat partagé, solidarité virile, sacrifice (Katow)
  • Art : anti-destin, transfiguration, musée imaginaire
Importance historique et littéraire

Écrivain-aventurier-ministre, symbole engagement 20ème siècle. La Condition humaine (1933) : chef-d'œuvre, Prix Goncourt, Shanghai mars 1927 (insurrection communiste contre seigneurs guerre, puis répression Tchang Kaï-chek : massacre communistes), personnages : Kyo (révolutionnaire japonais-français : dignité, couple May), Katow (russe : fraternité absolue, partage cyanure avant supplice : scène sublime), Tchen (terroriste : obsession meurtre, bombe Tchang, échec), Gisors (père Kyo : intellectuel, opium, sagesse résignée), Ferral (capitaliste français : volonté puissance, érotisme, échec), Clappique (mythomane : fuite, jeu).

Fraternité virile : Katow (scène finale : partage cyanure deux jeunes condamnés, sacrifice ultime, main serrée, mort brûlés vifs, « Katow entendait maintenant sa propre respiration. [...] Il leur donna le cyanure. Ils se serrèrent la main »), dignité humaine (face mort, absurde : action, fraternité, sacrifice).

Aventures : Indochine (1923 : expédition archéologique, vol bas-reliefs temple khmer Banteay Srei, arrestation, prison, Clara Malraux : campagne libération), Chine (1925-1927 : Kuomintang, révolution, documentation Condition humaine), Espagne (1936-1937 : guerre civile, escadrille España : aviation républicaine, film Sierra de Teruel 1939, roman L'Espoir 1937).

Résistance : Alsace-Lorraine (propagande, réseaux), maquis Dordogne/Lot (colonel Berger : pseudonyme, FFI, Gestapo : capturé juillet 1944, évasion, Libération), brigade Alsace-Lorraine (1944-1945 : combats).

Gaullisme : rencontre de Gaulle (1945 : admiration mutuelle), RPF (1947 : Rassemblement Peuple Français, propagande), ministre Information (1945-1946), ministre Culture (1958-1969 : Ve République, Maisons de la Culture : démocratisation, loi patrimoine, ravalement Paris), discours (Panthéon Jean Moulin 1964 : « Entre ici, Jean Moulin... », oraison funèbre).

Art : Les Voix du silence (1951), musée imaginaire (photographie : reproduction œuvres, art universel accessible, métamorphoses, anti-destin), Panthéon (1996 : transfert cendres, 20 ans après mort).

Antoine de Saint-Exupéry — Le Petit Prince (1943)

Informations
Auteur
Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), aviateur, écrivain
Date
1926-1944 (carrière de 18 ans)
Genre
Roman, récit, conte, essai
Langue
Français (lyrisme, poésie, humanisme, simplicité)
Contexte
Lyon (famille aristocratique), aviation (pilote ligne Aéropostale : Toulouse-Dakar-Amérique du Sud), désert (crashes : Sahara 1935, Libye 1936 : survie miraculeuse), guerre (reconnaissance 1939-1940, exil USA 1940-1943), disparition en mission (31 juillet 1944, 44 ans : Lightning P-38, Méditerranée Corse, épave retrouvée 2004)
Œuvres principales
  • Courrier Sud (1929) : aviation, Sahara, amour.
  • Vol de nuit (1931) : Aéropostale (Rivière : chef, Fabien : pilote nuit, sacrifice), Prix Femina, préface Gide.
  • Terre des hommes (1939) : récits aviation (camaraderie, désert, humanisme), Grand Prix roman Académie française, crash Libye (1935 : survie désert, hallucinations, sauvetage bédouins).
  • Pilote de guerre (1942) : reconnaissance 1940 (Arras : mission suicide, défaite), méditation guerre, France.
  • Le Petit Prince (1943) : chef-d'œuvre universel, conte philosophique (enfant asteroïde B 612, voyage planètes, renard, rose, aviateur), « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux », aquarelles Saint-Exupéry, succès mondial (traduit 300 langues, 140 millions exemplaires).
  • Lettre à un otage (1943), Citadelle (posthume 1948 : méditations).
Humanisme saint-exupérien
  • Fraternité : camaraderie aviateurs, solidarité, responsabilité (« Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé »)
  • Action : aviation (risque, dépassement, sens), vs confort bourgeois
  • Enfance : regard pur, essentiel, émerveillement (Petit Prince)
  • Désert : dénuement, vérité, épreuve, révélation
  • Humanisme : dignité homme, civilisation, culture vs barbarie
Importance historique et littéraire

Aviateur-poète, auteur du Petit Prince (livre le plus traduit après la Bible). Le Petit Prince (1943, New York) : conte philosophique universel, Petit Prince (astéroïde B 612 : rose, volcans, baobabs, départ voyage), planètes visitées (roi : pouvoir vain, vaniteux : admiration, businessman : compter étoiles, buveur : oublier honte, allumeur réverbères : fidélité absurde, géographe : théorie vs pratique), Terre (renard : apprivoisement, « On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux », rose unique car apprivoisée, « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé »), aviateur (narrateur : panne désert, dessins, rencontre), serpent (mort : retour astéroïde, disparition corps), aquarelles (Saint-Exupéry : illustrations originales, mouton, boa, coucher soleil).

Succès mondial : 140 millions exemplaires (2e livre le plus traduit après Bible), 300+ langues (klingon, breton, toba, etc.), adaptations (films, dessins animés, comédies musicales, ballets), symbole (France : billet 50 francs, timbre, astéroïde 2578 Saint-Exupéry).

Aviation : Aéropostale (1926-1931 : pilote ligne Toulouse-Dakar-Amérique du Sud, cap Juby Sahara : chef escale, courrier, risques : tempêtes sable, pannes, tribus hostiles), crashes (Sahara 1935 : Paris-Saïgon, survie 4 jours désert avec mécanicien Prévot, hallucinations, sauvetage bédouin miracle, Guatemala 1938 : New York-Terre de Feu, coma 3 jours), camaraderie (Mermoz, Guillaumet : héros Aéropostale, fraternité, solidarité virile).

Guerre : reconnaissance (1939-1940 : escadrille 2/33, missions photographiques dangereuses, Arras mai 1940 : mission quasi-suicide, Pilote de guerre), défaite (exil USA : refus Vichy, écriture), retour combat (1943 : Afrique du Nord, trop âgé : 43 ans, insiste, autorisé 5 missions), disparition (31 juillet 1944, 9h mission reconnaissance Corse-Grenoble, Lightning P-38, Méditerranée au large Marseille, épave retrouvée 2004 : identification bracelet, débris avion, hypothèses : abattu Messerschmitt ? panne ? malaise ?).

Marguerite Duras — L'Amant (1984)

Informations
Auteur
Marguerite Duras, pseudonyme de Marguerite Donnadieu (1914-1996), écrivaine, cinéaste
Date
1943-1996 (carrière de 53 ans)
Genre
Roman, théâtre, cinéma, scénario
Langue
Français (épure, répétition, voix, rythme, ellipse, « écriture blanche »)
Contexte
Indochine (Gia Định/Saigon : enfance, mère institutrice, pauvreté, barrage), Paris (1932 : études, Sorbonne), Résistance (François Mitterrand : rencontre, groupe), Robert Antelme (mari 1939-1946 : déporté Dachau, L'Espèce humaine, attente retour), Dionys Mascolo (amant, père fils), alcoolisme (cure 1982), Yann Andréa (1980-1996 : compagnon jeune homosexuel, 38 ans différence), mort (3 mars 1996, 81 ans, Paris)
Œuvres principales
  • Un barrage contre le Pacifique (1950) : Indochine (mère, barrage, corruption), autobiographique, famille, pauvreté.
  • Moderato cantabile (1958) : Anne Desbaresdes (bourgeoise), Chauvin (ouvrier), passion impossible, meurtre (café), musique (sonatine Diabelli), film Peter Brook (1960 : Jeanne Moreau).
  • Le Ravissement de Lol V. Stein (1964) : Lol (bal : fiancé part avec autre femme), folie, errance, psychanalyse (Lacan : fascination).
  • Le Vice-consul (1965) : Inde (Calcutta), mendiante, vice-consul (cri).
  • L'Amant (1984) : chef-d'œuvre, Prix Goncourt, Indochine (1929 : narratrice 15 ans, Chinois riche 27 ans, amour/argent), autobiographie (mère, frères, barrage, pauvreté, honte, désir), chapeau d'homme, limousine noire, garçonnière Cholen, écriture fragmentée, voix, photo absente (« L'histoire de ma vie n'existe pas »).
  • La Douleur (1985) : journal (attente retour Robert Antelme : Dachau, 1945), collaborateur (Rabier : Gestapo française), ambiguïté.
  • Hiroshima mon amour (1959) : scénario (film Alain Resnais), Emmanuelle Riva, amour/mémoire (Hiroshima, Nevers : tondue Libération).
  • Cinéma (réalisatrice) : India Song (1975), Le Camion (1977 : Depardieu), Nathalie Granger (1972).
  • Théâtre : Des journées entières dans les arbres, La Musica.
Écriture durassienne
  • Épure : dépouillement, ellipse, non-dit, silences
  • Répétition : mots, phrases, scènes (obsession, ressassement, incantation)
  • Voix : oralité, rythme, musicalité (« écrire c'est crier sans bruit »)
  • Désir : passion, impossible, destruction, solitude (couple impossible)
  • Mémoire : Indochine (enfance, mère, pauvreté, honte), trauma
Importance historique et littéraire

Voix unique, écriture radicale, Prix Goncourt, cinéaste. L'Amant (1984) : Prix Goncourt, succès mondial (2,5 millions exemplaires), Indochine 1929 (narratrice 15 ans et demi, traverse Mékong bac Vinh Long), Chinois (27 ans, riche, fils propriétaire terrien Sadec, limousine noire), amour/argent (narratrice pauvre : famille ruinée, barrage raté, mère folle, frère aîné violent drogué, Chinois argent : cadeaux famille, garçonnière Cholen), désir (passion charnelle : « Il lui dit qu'elle est belle à ne pas supporter », honte, jouissance), séparation (Chinois marie chinoise, narratrice retour France, adieu), écriture (fragmentée, elliptique, voix : « L'histoire de ma vie n'existe pas »), chapeau (d'homme à bord plat, ruban noir : image culte), photo absente (« La photographie absolue, la photographie de l'enfance, celle qui aurait pu rendre compte de toute mon existence, je ne l'ai pas faite »).

Autobiographie (masquée : Indochine, mère institutrice folle, barrage contre Pacifique raté, pauvreté, frère aîné Pierre violent drogué préféré mère, petit frère Paul aimé, honte sociale, désir précoce), Un barrage contre le Pacifique (1950 : même matériau, fiction), film Jean-Jacques Annaud (1992 : L'Amant, Jane March, Tony Leung, succès).

Nouveau Roman (années 1950-60 : Éditions de Minuit, mais voix singulière), Moderato cantabile (1958 : Anne Desbaresdes bourgeoise, Chauvin ouvrier, passion impossible née témoin meurtre café, alcool, répétition dialogues, musique : sonatine Diabelli, film Peter Brook 1960 Jeanne Moreau).

Résistance : groupe François Mitterrand (rue Saint-Benoît : appartement), Robert Antelme (mari déporté Dachau 1944, attente retour 1945 : agonie, survie miracle, L'Espèce humaine 1947 témoignage camps), La Douleur (1985 : journal attente, texte bouleversant, ambiguïtés : Rabier Gestapo).

Cinéma : Hiroshima mon amour (1959 : scénario Alain Resnais, révolution, amour/mémoire, Hiroshima bombe atomique, Nevers tondue Libération amour allemand, « Tu n'as rien vu à Hiroshima », Emmanuelle Riva), réalisatrice (India Song 1975 : voix off, Inde, vice-consul, fascination, Le Camion 1977 : Depardieu, auto-stop, lecture scénario).

Personnage public : alcoolisme (cure 1982 : L'Homme assis dans le couloir), Yann Andréa (1980-1996 : jeune homosexuel 38 ans moins, compagnon-secrétaire, dévotion, L'Homme atlantique 1982), émissions TV (« Apostrophes » Pivot : ivre 1984, scandale), voix (inimitable : lente, hachée, silences, incarnation écriture).

Colette — Gigi (1944)

Informations
Auteur
Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954), écrivaine
Date
1900-1954 (carrière de 54 ans)
Genre
Roman, nouvelle, chronique, mémoires
Langue
Français (sensualité, descriptions, nature, style précis, images)
Contexte
Bourgogne (Saint-Sauveur-en-Puisaye : enfance campagne, mère Sido), Paris (1893 : mariage Willy, Claudine : succès, esclavage littéraire), divorce (1906 : libération, music-hall, mime, scandale Moulin Rouge 1907), Missy (1906-1911 : marquise de Belbeuf, lesbianisme), Henry de Jouvenel (1912-1924 : 2e mari, journaliste, fille Colette de Jouvenel), Maurice Goudeket (1925-1954 : 3e mari, 16 ans moins, dévotion), Palais-Royal (appartement : écriture, salon littéraire), Académie Goncourt (1945 : présidente 1949, 1ère femme), funérailles nationales (1954 : obsèques d'État, refus Église, 1ère femme)
Œuvres principales
  • Série Claudine (1900-1903, signées Willy) : Claudine à l'école (1900 : succès énorme, scandale), Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s'en va, autobiographie (enfance, adolescence, sensualité, lesbianisme latent).
  • La Vagabonde (1910) : Renée Néré (music-hall, indépendance vs amour).
  • Chéri (1920) : Léa (courtisane 49 ans), Chéri (amant 25 ans), amour impossible, vieillissement, rupture, suite : La Fin de Chéri (1926).
  • Le Blé en herbe (1923) : adolescents (Phil 16 ans, Vinca), initiation sexuelle (Mme Dalleray : « dame en blanc », 40 ans), sensualité, passage à l'âge adulte.
  • Sido (1929), La Maison de Claudine (1922) : enfance Bourgogne, mère Sido (adoration, nature, jardin).
  • La Chatte (1933) : Alain, Camille (jeunes mariés), Saha (chatte), jalousie, amour animal vs humain.
  • Gigi (1944) : Gilberte (jeune fille élevée demi-mondaines), Gaston Lachaille (riche blasé), amour pur, comédie musicale (1958 : Lerner & Loewe, film Vincente Minnelli, 9 Oscars).
Univers colettien
  • Sensualité : corps, désir, plaisir, sensations (vue, odorat, toucher)
  • Nature : Bourgogne (enfance, jardin Sido), animaux (chats : passion), plantes
  • Femmes : portraits féminins (indépendance, désir, vieillissement, lucidité)
  • Amour : passion (éros), impossibilité (âge : Chéri), animalité
  • Mémoire : enfance (Sido : mère adorée, paradis perdu)
Importance historique et littéraire

Grande dame lettres françaises, sensualité, liberté, 1ère femme funérailles nationales. Claudine (1900-1903) : série signée Willy (mari : écurie nègres littéraires, Colette esclave), Claudine à l'école (1900 : succès fou, 40 000 exemplaires 2 mois, scandale : lesbianisme suggéré, sensualité adolescente, Montigny-en-Fresnois/Saint-Sauveur), merchandising (cols Claudine, parfum, savon, cigarettes : 1er phénomène marketing littéraire), divorce (1906 : libération Willy, récupération droits Claudine).

Chéri (1920) : chef-d'œuvre, Léa de Lonval (courtisane retraitée 49 ans, riche), Chéri/Fred Peloux (24-25 ans, amant 6 ans, fils Charlotte Peloux amie Léa), amour (passion charnelle, tendresse, impossible : âge), mariage Chéri (Edmée jeune fille riche : mère arrange, Léa sacrifice), retrouvailles (Léa/Chéri : brève, rupture définitive), vieillissement (Léa accepte : « Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour »), La Fin de Chéri (1926 : après guerre 14-18, Chéri perdu, suicide).

Music-hall (1906-1912 : danseuse, mime, Moulin Rouge, Bataclan, tournées), scandale (1907 : Moulin Rouge, pantomime Rêve d'Égypte, baiser bouche Missy déguisée homme, émeute salle, police, interdiction), Missy (Mathilde de Morny, marquise de Belbeuf : liaison 1906-1911, travestie, vie commune).

Mariages : Willy (1893-1906 : Henry Gauthier-Villars, critique musical, débauché, exploiteur), Henry de Jouvenel (1912-1924 : journaliste Le Matin, directeur, fille Colette de Jouvenel 1913, liaison Colette avec beau-fils Bertrand de Jouvenel 1920 : scandale, divorce), Maurice Goudeket (1925-1954 : 3e mari, 16 ans moins, juif, déporté Drancy 1941 libéré, dévotion totale jusqu'à mort Colette).

Académie Goncourt (1945 : élue, présidente 1949-1954, 1ère femme), Palais-Royal (appartement : écriture lit, arthrite, salon littéraire, chat), funérailles nationales (7 août 1954 : 1ère femme funérailles d'État, refus Église catholique : divorces, obsèques civiles, cortège Palais-Royal à Père-Lachaise, foule immense).

Jacques Prévert — Paroles (1946)

Informations
Auteur
Jacques Prévert (1900-1977), poète, scénariste
Date
1932-1977 (carrière de 45 ans)
Genre
Poésie, scénario cinéma, chanson
Langue
Français (simplicité, oralité, jeux de mots, humour, images surréalistes)
Contexte
Paris (Neuilly), surréalisme (1925-1930 : groupe Breton, rupture 1930), Groupe Octobre (1932-1936 : théâtre militant, agit-prop), cinéma (scénariste : Carné, Grimault, réalisme poétique), chansons (Yves Montand, Juliette Gréco : interprètes), accident (1948 : chute fenêtre, coma, séquelles), mort (11 avril 1977, 77 ans, Omonville-la-Petite)
Œuvres principales
  • Paroles (1946) : recueil culte, succès populaire immense, « Barbara » (Brest bombardé, amour perdu, guerre), « Le Cancre » (« il dit non avec la tête / mais il dit oui avec le cœur »), « Déjeuner du matin » (rupture couple, silence, café), « Inventaire » (liste hétéroclite : liberté, fantaisie), « Pour toi mon amour » (déclaration amoureuse), poésie simple, accessible, orale, populaire.
  • Spectacle (1951), La Pluie et le beau temps (1955), Histoires (1963), Choses et autres (1972).
  • Scénarios cinéma (Marcel Carné) : Le Quai des brumes (1938 : Jean Gabin, « T'as de beaux yeux, tu sais »), Le Jour se lève (1939 : Gabin, fatalisme), Les Visiteurs du soir (1942 : Moyen Âge, diable, amour), Les Enfants du paradis (1945 : chef-d'œuvre absolu, Boulevard du Crime, Arletty, Jean-Louis Barrault, mime Deburau, Garance), Paul Grimault : Le Roi et l'Oiseau (1980 : animation, conte philosophique).
  • Chansons : « Les Feuilles mortes » (Yves Montand, Juliette Gréco, musique Kosma), « Les enfants qui s'aiment », « En sortant de l'école ».
Poésie prévertienne
  • Simplicité : langue quotidienne, oralité, accessible (poésie populaire)
  • Jeux de mots : calembours, contrepèteries, détournements, fantaisie verbale
  • Images surréalistes : associations surprenantes, inventaires hétéroclites
  • Amour : tendresse, couple, rupture (« Déjeuner du matin »)
  • Engagement : antimilitarisme, anticléricalisme, injustice sociale, enfance
Importance historique et littéraire

Poète populaire le plus aimé, scénariste génial (Carné), chansons cultes. Paroles (1946) : succès populaire foudroyant (500 000 exemplaires 10 ans, record poésie), « Barbara » (Brest bombardé 1940-1944, femme aimée sous pluie, « Rappelle-toi Barbara », guerre détruit amour, nostalgie, émotion), « Déjeuner du matin » (couple : silence, café, cigarette, chapeau, imperméable, départ, larmes, rupture minimale, bouleversante), « Le Cancre » (enfant puni : « il dit non avec la tête / mais il dit oui avec le cœur », liberté, rêve vs autorité), « Inventaire » (liste hétéroclite surréaliste : « une pierre / deux maisons / trois ruines [...] », fantaisie, poésie quotidien).

Les Enfants du paradis (1945) : scénario chef-d'œuvre absolu (Marcel Carné réalisateur), Boulevard du Crime (Paris 1840s : théâtres populaires), personnages : Garance (Arletty : courtisane, amour impossible), Baptiste Deburau (Jean-Louis Barrault : mime Funambules, amour pur), Frédérick Lemaître (Pierre Brasseur : acteur romantique), Lacenaire (Marcel Herrand : poète criminel), comte de Montray (Louis Salou : aristocrate), tournage (Occupation 1943-1944 : Vichy, Nice, résistants cachés équipe), sortie (mars 1945 : triomphe, 3h15, 2 époques, fresque romantique totale).

Chansons : « Les Feuilles mortes » (poème mis en musique Joseph Kosma, Yves Montand 1946 puis Juliette Gréco : « Autumn Leaves », standard jazz mondial, mélancolie, amour perdu, temps), « En sortant de l'école » (enfance, rêve, fantaisie : appris écoles), « Les enfants qui s'aiment » (liberté amoureuse : « Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout / Contre les portes de la nuit »).

Surréalisme : groupe Breton (1925-1930), cadavres exquis, automatisme, rupture (1930 : exclusion, procès surréaliste, antistalinisme Prévert), héritage (images, fantaisie, anticonformisme, mais accessible vs hermétisme).

Engagement : Groupe Octobre (1932-1936 : troupe théâtre militant, agit-prop communiste, spectacles rue/usines, URSS 1933), antimilitarisme (« Familiale » : guerre absurde), anticléricalisme (« Pater Noster » détournement), enfance (défense enfants, liberté, rêve vs adultes oppresseurs).

Paul Éluard — Capitale de la douleur (1926)

Informations
Auteur
Paul Éluard, pseudonyme d'Eugène Grindel (1895-1952), poète
Date
1917-1952 (carrière de 35 ans)
Genre
Poésie
Langue
Français (lyrisme, simplicité apparente, images surréalistes, amour)
Contexte
Saint-Denis (famille modeste), tuberculose (sanatorium Suisse 1912 : rencontre Gala), Grande Guerre (1914-1918 : gazé, traumatisme), surréalisme (co-fondateur 1924 : Breton, automatisme), Gala (1917-1929 : épouse, muse, puis Salvador Dali 1929 : rupture), Nusch (1930-1946 : 2e épouse, muse, mort brutale 1946 : effondrement), Résistance (clandestin, poèmes : « Liberté », parachutés), communisme (adhésion PC 1927, rupture surréalistes 1938, stalinien), Dominique (1949-1952 : 3e épouse), mort (18 novembre 1952, 56 ans, crise cardiaque)
Œuvres principales
  • Capitale de la douleur (1926) : chef-d'œuvre, recueil surréaliste (« L'Amoureuse », images, lyrisme), amour, douleur, Gala (muse).
  • L'Amour la poésie (1929) : « La terre est bleue comme une orange », images surréalistes, association libre.
  • La Vie immédiate (1932), Facile (1935 : Nusch nue, Man Ray photos).
  • Poésie et vérité (1942) : Résistance, « Liberté » (poème culte : parachuté RAF, espoir, engagement).
  • Le Temps déborde (1947) : mort Nusch (douleur, deuil).
  • Poèmes politiques (1948) : communisme, stalinisme (« Joseph Staline »).
  • Le Phénix (1951) : Dominique (renaissance, amour).
Poésie éluardienne
  • Amour : femme (muse : Gala, Nusch, Dominique), célébration corps, désir
  • Images surréalistes : « La terre est bleue comme une orange », associations libres
  • Simplicité : apparente (mots simples, mais profondeur), accessible
  • Engagement : Résistance (« Liberté »), communisme (stalinien : ambiguïté)
  • Fraternité : humanisme, solidarité, espoir
Importance historique et littéraire

Poète de l'amour et de la Résistance, surréaliste majeur. « Liberté » (1942) : poème culte Résistance, litanie (« Sur mes cahiers d'écolier / Sur mon pupitre et les arbres / Sur le sable sur la neige / J'écris ton nom », 21 quatrains anaphore : « J'écris ton nom », accumulation lieux/objets), chute (« Et par le pouvoir d'un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer / Liberté »), parachuté (RAF : avions britanniques, milliers exemplaires, espoir Occupation), clandestin (Éditions de Minuit : Poésie et vérité 1942).

Capitale de la douleur (1926) : chef-d'œuvre surréaliste, « L'Amoureuse » (« Elle est debout sur mes paupières / Et ses cheveux sont dans les miens », fusion amoureuse, images), Gala (muse : Elena Diakonova, russe, épouse 1917-1929, ménage à trois 1922 : Max Ernst peintre, puis Salvador Dali 1929 : Gala part avec Dali, Éluard désespoir mais amitié Dali).

« La terre est bleue comme une orange » (vers célèbre : L'Amour la poésie 1929, image surréaliste absolue, synesthésie, association libre, beauté gratuite, mystère, interprétations infinies).

Nusch (Nusch Éluard née Maria Benz, 1906-1946 : rencontre 1930, épouse 1934, muse : modèle Man Ray, Picasso, beauté, complicité totale, mort brutale 28 novembre 1946 : hémorragie cérébrale, 40 ans, Éluard effondrement : Le Temps déborde 1947, douleur immense).

Communisme : adhésion PC (1927 : avec Aragon, engagement politique), rupture Breton (1938 : surréalistes exclus PC vs Éluard/Aragon restent staliniens), stalinisme (poèmes : « Joseph Staline » 1950, « Ode à Staline », aveuglement, complaisance totalitarisme : tache œuvre), Résistance (1942-1944 : clandestin, poèmes parachutés, engagement héroïque, mais après-guerre : stalinisme inconditionnel, procès Prague, Goulag ignorés).

Dominique (Dominique Lemort, 1949 : rencontre, épouse 1951, 28 ans moins, renaissance : Le Phénix, bonheur retrouvé, mort Éluard 1952 : crise cardiaque 56 ans).

Marguerite Yourcenar — Mémoires d'Hadrien (1951)

Informations
Auteur
Marguerite Yourcenar, pseudonyme de Marguerite de Crayencour (1903-1987), écrivaine
Date
1929-1987 (carrière de 58 ans)
Genre
Roman historique, essai, poésie, traduction
Langue
Français (classicisme, érudition, style ciselé, perfection)
Contexte
Bruxelles (famille aristocratique française, mère morte naissance), éducation privée (père : érudition, voyages Europe), homosexualité (assumée : Grace Frick 1937-1979, compagne 40 ans), USA (1939 : exil guerre, installation définitive, nationalité américaine 1947), île des Monts-Déserts (Maine : Petite Plaisance, retraite), Académie française (1980, 77 ans : 1ère femme élue, révolution), mort (17 décembre 1987, 84 ans, Maine)
Œuvres principales
  • Alexis ou le Traité du vain combat (1929) : homosexualité, confession.
  • Le Coup de grâce (1939) : guerre civile Baltique, passion impossible.
  • Mémoires d'Hadrien (1951) : chef-d'œuvre absolu, empereur romain Hadrien (76-138 apr. J.-C., lettre Marc Aurèle successeur), pouvoir, sagesse, vieillesse, mort, Antinoüs (amour, noyé Nil), érudition historique, méditation philosophique, style parfait, succès mondial (20 langues).
  • L'Œuvre au noir (1968) : Prix Femina, Zénon alchimiste/médecin (Renaissance Flandres, quête connaissance, procès, suicide), obscurantisme, science, liberté pensée.
  • Souvenirs pieux (1974), Archives du Nord (1977), Quoi ? L'Éternité (posthume 1988) : trilogie autobiographique (famille, généalogie).
  • Essais : Sous bénéfice d'inventaire (1962), Le Temps, ce grand sculpteur (1983).
  • Traductions : Virginia Woolf, Henry James, negro spirituals, Cavafy (grec moderne).
Univers yourcenarien
  • Érudition : Antiquité, Renaissance, histoire (documentation immense, exactitude)
  • Humanisme : sagesse, tolérance, lucidité, dignité humaine
  • Temps : vieillesse, mort, mémoire, civilisations (relativisme historique)
  • Homosexualité : assumée (Hadrien/Antinoüs, Alexis), liberté mœurs
  • Style : classicisme (perfection formelle, phrase ample, vocabulaire précis)
Importance historique et littéraire

1ère femme Académie française, chef-d'œuvre Mémoires d'Hadrien. Mémoires d'Hadrien (1951) : chef-d'œuvre absolu roman historique, empereur Hadrien (76-138 apr. J.-C. : règne 117-138, apogée Empire romain), lettre (Marc Aurèle : successeur adoptif, méditation vieillesse/mort), vie (Espagne naissance, carrière militaire, amitié Trajan, succession, voyages empire, construction : mur Hadrien Bretagne, villa Tivoli, Panthéon Rome), Antinoüs (jeune Bithynien : passion Hadrien, beauté, noyé Nil 130 mystère : suicide sacrifice ?, douleur Hadrien, divinisation Antinoüs, temples, culte), vieillesse (maladie : hydropisie, souffrance, désir mort, lucidité, bilan), méditation (pouvoir, sagesse stoïcienne, acceptation, « Tâchons d'entrer dans la mort les yeux ouverts »).

Genèse : ébauche (1924-1929 : 20 ans, abandon, trop jeune), reprise (1948 : lettre retrouvée valise, illumination), travail (1949-1951 : érudition, sources latines, archéologie, voyages Grèce/Italie), « Note » finale (commentaire genèse : méthode, scrupules historien, mais liberté romancier).

Académie française (6 mars 1980 : élue, 1ère femme 345 ans histoire, révolution : femmes exclues depuis Richelieu 1635, réception 22 janvier 1981 : habit vert, épée, discours Jean d'Ormesson, réponse Yourcenar : défense femmes écrivains ignorées siècles). Polémique (opposition conservateurs : Jean Dutourd hostile, mais majorité pour).

L'Œuvre au noir (1968) : Prix Femina, Renaissance Flandres 16e siècle, Zénon (alchimiste, médecin, philosophe : quête vérité, science vs dogme), pérégrinations (Europe : Prague, Innsbruck, Bruges), procès (Inquisition : hérésie, sodomie), suicide (prison : dignité, liberté ultime, refus bûcher), obscurantisme (guerres religion, répression, mais lumières raison survivent).

Grace Frick (1937-1979 : rencontre Paris, compagne, traductrice anglais œuvres Yourcenar, exil USA 1939, installation Maine, couple discret, Grace cancer mort 1979, deuil Yourcenar), Jerry Wilson (1980-1987 : jeune américain 30 ans moins, compagnon voyages dernières années).

Vie : cosmopolite (Europe, USA, voyages : Grèce, Égypte, Japon, Inde), île des Monts-Déserts (Maine : Petite Plaisance, maison, retraite, travail, nature), écologie (défense animaux, environnement : avant-garde), mort (17 décembre 1987, 84 ans : attaque cérébrale, Maine).

Alain-Fournier — Le Grand Meaulnes (1913)

Informations
Auteur
Alain-Fournier, pseudonyme d'Henri-Alban Fournier (1886-1914), écrivain
Date
1905-1914 (carrière de 9 ans, 1 seul roman)
Genre
Roman
Langue
Français (poésie, nostalgie, rêve, pureté, lyrisme)
Contexte
Sologne (La Chapelle-d'Angillon : enfance rurale, école parents instituteurs), Paris (études : Brest prépa navale, puis Lakanal, échec Normale Sup), Yvonne de Quiévrecourt (1905 : rencontre Grand Palais, coup de foudre, amour impossible obsessionnel, inspire Yvonne de Galais), journalisme (Paris-Journal : secrétaire rédaction), amitié Jacques Rivière (beau-frère : épouse Isabelle sœur Alain-Fournier), mort au combat (22 septembre 1914, 27 ans : Bois de Saint-Remy Vosges, corps retrouvé 1991)
Œuvre unique
  • Le Grand Meaulnes (1913) : chef-d'œuvre absolu, roman culte, Sologne (école, village), François Seurel (narrateur : fils instituteur), Augustin Meaulnes (« le grand Meaulnes » : arrivée, mystère, fugue), domaine mystérieux (fête étrange, château, enfants déguisés, Yvonne de Galais : fiancée perdue, beauté, pureté), recherche (domaine introuvable, quête obsessionnelle), retrouvailles (Yvonne, mariage, mais Meaulnes fuit : Frantz de Galais, pacte), drame (Yvonne meurt accouchement, fille, Meaulnes revient, repart), adolescence (fin, rêve perdu, nostalgie, désenchantement).
  • Correspondance : Jacques Rivière (lettres : littérature, vie, publication posthume).
  • Fragments posthumes : nouvelles, poèmes, Colombe Blanchet (inachevé).
Thèmes
  • Adolescence : passage enfance/adulte, fin innocence, nostalgie
  • Rêve : domaine mystérieux (inaccessible, perdu), quête impossible
  • Amour : idéalisé (Yvonne : pureté, inaccessibilité), impossible
  • Enfance : paradis perdu, Sologne (école, village, nature), mémoire
  • Désenchantement : réalité vs rêve, perte, mélancolie
Importance historique et littéraire

Roman culte de l'adolescence, domaine mystérieux, mort héroïque 1914. Le Grand Meaulnes (1913) : chef-d'œuvre, publication NRF (juillet-novembre 1913), édition Émile-Paul (octobre 1913 : peu avant guerre), domaine mystérieux (partie I chapitre 13-17 : Meaulnes fugue, perdu forêt, découvre château fête étrange, enfants déguisés, fiançailles annulées Frantz de Galais, rencontre Yvonne de Galais fiancée frère : coup de foudre, beauté, pureté, départ précipité, impossible retrouver domaine : rêve, hallucination ?), quête (Meaulnes obsédé : recherche domaine/Yvonne, enquête, échecs, désespoir), retrouvailles (François Seurel retrouve Yvonne Paris, Meaulnes revient, mariage, mais Frantz de Galais réapparaît : pacte ancien, Meaulnes fuit nuit noces), drame (Yvonne meurt accouchement fille, Meaulnes revient trop tard, repart avec fille et Frantz, François seul : fin, mélancolie, jeunesse perdue).

Yvonne de Quiévrecourt (1er juin 1905 : Cours-la-Reine Paris, Alain-Fournier 18 ans, jeune femme élégante descend bateau-mouche, suit, Grand Palais Salon de peinture, aborde : quelques mots, rendez-vous manqué, obsession 9 ans : recherches, lettres, rencontre 1913 mariée 2 enfants, adieux, transfiguration Yvonne de Galais Grand Meaulnes, vraie Yvonne survit : mari mort 1918, remariée, morte 1980, jamais relu roman).

Guerre : mobilisation (août 1914 : lieutenant 288e RI), combat (Bois de Saint-Remy Vosges, 22 septembre 1914 : attaque, Alain-Fournier disparu), mort héroïque (27 ans, avec 20 hommes section, mitrailleuse allemande, corps enterré fosse commune forêt), retrouvaille (1991 : fouilles, identification restes, sépulture Nécropole Saint-Remy-la-Calonne), symbole (génération perdue 1914, jeunesse fauchée, œuvre unique inachevée).

Postérité : culte (roman adolescence absolu : générations lycéens), adaptations (films : Jean-Gabriel Albicocco 1967, Jean-Daniel Verhaeghe 2006), influence (roman initiation, quête impossible, nostalgie), Jacques Rivière (beau-frère : édite correspondance, fragments posthumes, gardien mémoire).

Romain Gary — La Vie devant soi (1975, Émile Ajar)

Informations
Auteur
Romain Gary, né Roman Kacew (1914-1980), écrivain, diplomate, aviateur
Date
1945-1980 (carrière de 35 ans)
Genre
Roman
Langue
Français (adopté, virtuosité, humour, émotion, styles multiples)
Contexte
Russie (Vilnius actuelle Lituanie : juif, mère Nina actrice ratée), Nice (1928 : immigration, mère ambition fils), aviation (1938 : pilote, guerre 1940 : France Libre, DFC Distinguished Flying Cross), diplomatie (après-guerre : consul Bulgarie, Suisse, USA), 2 Prix Goncourt (1956 Les Racines du ciel Romain Gary, 1975 La Vie devant soi Émile Ajar : seul cas histoire, interdit), mystification Ajar (1974-1980 : pseudonyme, neveu Paul Pavlowitch prête-nom, secret absolu), Jean Seberg (1963-1970 : actrice américaine, épouse, fils Diego, divorce, suicide Seberg 1979), suicide (2 décembre 1980, 66 ans : révolver, lettre posthume révèle Ajar)
Œuvres principales (Romain Gary)
  • Éducation européenne (1945) : Résistance polonaise, guerre.
  • Les Racines du ciel (1956) : Prix Goncourt, Afrique (Tchad), éléphants (protection), Morel (idéaliste), écologie avant-garde.
  • La Promesse de l'aube (1960) : chef-d'œuvre autobiographique, mère Nina (amour fusionnel, ambition dévorante fils), enfance (Vilnius, Varsovie, Nice), aviation, guerre (France Libre), promesse (Nina morte 1941 : Gary ignore, continue recevoir lettres écrites avant, se bat pour elle morte, découvre vérité 1945), hymne amour maternel (absolu, étouffant, sublime).
  • Lady L. (1963), La Danse de Gengis Cohn (1967 : dibbouk juif, SS, Shoah).
  • Chien Blanc (1970) : chien dressé tuer Noirs, USA racisme.
Œuvres (Émile Ajar, pseudonyme Gary)
  • Gros-Câlin (1974) : python, solitude, humour.
  • La Vie devant soi (1975) : Prix Goncourt (scandale posthume), Momo (Mohamed, 10-14 ans, arabe, orphelin), Madame Rosa (Juive, ex-prostituée Belleville, 65 ans, cache enfants prostituées), amour (Momo/Rosa : tendresse, vieillesse, Auschwitz, peur hôpital, mort Rosa : Momo veille, cave, promesse), Belleville (immigration, pauvreté, solidarité), langue (orale, incorrections, humour, émotion), succès immense (1 million exemplaires, film Moshé Mizrahi 1977 Oscar).
  • Pseudo (1976), L'Angoisse du roi Salomon (1979).
Mystification Ajar
  • Pseudonyme : Émile Ajar (1974-1980 : secret absolu, identité cachée)
  • Prête-nom : Paul Pavlowitch (neveu : signe contrats, interviews, photos)
  • Motifs : liberté (échapper étiquette Gary), recommencer zéro, jeu littéraire
  • Goncourt : 1975 La Vie devant soi Ajar (interdit : Gary déjà 1956)
  • Révélation : posthume (suicide 1980 : lettre Vie et mort d'Émile Ajar 1981)
Importance historique et littéraire

Seul 2 fois Prix Goncourt (scandale), mystification Ajar, Promesse de l'aube. La Vie devant soi (1975, Émile Ajar) : Prix Goncourt (scandale posthume : Gary déjà 1956), Momo/Mohamed (narrateur 10-14 ans, arabe, orphelin, mère prostituée), Madame Rosa (65 ans, juive, ex-prostituée, Belleville, cache élève enfants prostituées moyennant argent, obèse, malade, peur hôpital : Auschwitz déportée, monte plus escaliers), amour (Momo/Rosa : tendresse absolue, fils/mère symboliques), mort Rosa (Momo veille agonie, refuse ambulance, cave cachette juive : promesse, docteur Katz complice, mort douce), Belleville (quartier populaire, immigration arabe/juive, misère, prostitution, mais solidarité, humanité), langue (orale incorrecte Momo : « On peut pas tout le temps se défendre », humour, naïveté apparente, émotion profonde), film (Moshé Mizrahi 1977 : Madame Rosa, Simone Signoret, Oscar meilleur film étranger).

Mystification Ajar : pseudonyme (1974 : Gros-Câlin, invention Émile Ajar), Paul Pavlowitch (neveu Gary : prête-nom, signe contrats, interviews rares, photos floues), secret (absolu 1974-1980 : éditeurs, critiques, Goncourt dupés), motifs (Gary : échapper réputation, recommencer carrière zéro, liberté stylistique, jeu), Goncourt (1975 : jury ignore Ajar = Gary, sinon interdit règlement : 1 seul Goncourt/auteur), soupçons (quelques critiques : style, mais démentis Gary/Pavlowitch), révélation (2 décembre 1980 : suicide Gary, lettre posthume, Vie et mort d'Émile Ajar publié 1981 : confession, scandale, admiration mystification).

La Promesse de l'aube (1960) : chef-d'œuvre autobiographie, mère Nina (actrice russe ratée, folle ambition fils : « Tu seras ambassadeur de France, Romain Kacew ! », amour dévorant, étouffant, sublime), enfance (Vilnius, Varsovie, Nice : pauvreté, Nina élève seule, travaille, sacrifices), promesse (Nina : Gary doit réussir pour elle), guerre (aviation France Libre : combat pour mère), révélation (1945 : Nina morte 1941, mais lettres écrites avant mort continuent arriver, Gary combattu 4 ans pour mère morte sans savoir, émotion absolue), humour (autodérision, tendresse, Nina personnage inoubliable).

Guerre : pilote (1938 : brevet, 1940 mobilisation), France Libre (ralliement de Gaulle : Afrique, Moyen-Orient, Angleterre), faits d'armes (bombardier : missions, DFC britannique Distinguished Flying Cross), Compagnon Libération (Ordre : 1059 compagnons, honneur).

Jean Seberg (actrice : À bout de souffle Godard 1960, icône Nouvelle Vague, mariage 1963, fils Diego 1962, divorce 1970, FBI harcèlement : militante Panthères noires, dépression, suicide 1979 : barbituriques voiture, Gary désespoir).

Suicide (2 décembre 1980, Paris rue du Bac : révolver bouche, 66 ans), lettre (posthume : « Aucun rapport avec Jean Seberg », dépression, œuvre achevée, révélation Ajar : « Je me suis bien amusé. Au revoir et merci »), inhumation (cimetière Marin Vallauris : Nice, mer).

Bernard Werber — Les Fourmis (1991)

Informations
Auteur
Bernard Werber (né 1961), écrivain, journaliste scientifique
Date
1991-présent (carrière de 30+ ans)
Genre
Science-fiction philosophique, thriller scientifique
Langue
Français (vulgarisation scientifique, suspense, double narration, encyclopédie)
Contexte
Toulouse (1961 : naissance), Paris (journalisme scientifique : Le Nouveau Quotidien), myrmécologie (passion fourmis : recherches INRA, rencontre scientifiques), succès (1991 : Les Fourmis, phénomène éditorial 15 millions exemplaires monde), trilogies (fourmis, anges, cycle Aventuriers de la science), Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu (fil rouge œuvres, compilation réelle 1993)
La Trilogie des Fourmis
  • Les Fourmis (1991) : phénomène éditorial, 2 millions France
  • Le Jour des fourmis (1992) : suite immédiate, succès confirmé
  • La Révolution des fourmis (1996) : conclusion trilogie, utopie
Autres œuvres majeures
  • Cycle des Anges : Les Thanatonautes (1994 : exploration mort), L'Empire des anges (2000), Nous les dieux (2004 : jeu divin)
  • Le Père de nos pères (1998) : paléoanthropologie, origines humanité
  • L'Ultime Secret (2001), Le Souffle des dieux (2005)
  • Troisième Humanité (2012) : évolution, micro-humains
  • Nouvelles : L'Arbre des possibles (2002), Paradis sur mesure (2008)
🐜 COMPRENDRE LA TRILOGIE DES FOURMIS 📖

Une double narration entre le monde des fourmis et celui des humains, entrecroisée de savoirs scientifiques

📕 Tome 1 : Les Fourmis (1991) — La Découverte
🐜 Récit Fourmi : La Cité de Bel-o-kan
  • 103 683e : soldat mâle fourmi rousse, part en expédition interdite vers l'est
  • Découverte arme secrète : les fourmis naines utilisent contre "Les Doigts" (humains)
  • Guerre inter-fourmilières : Bel-o-kan contre fédération ennemie
  • 56e : soldat accompagnant 103 683e, témoin événements
  • Communication : phéromones (CAP : Communication Absolue Phéromonale, 11 types)
  • Société : Reine mère, castes (soldats, ouvrières, mâles, princesses)
👤 Récit Humain : La Cave Mystérieuse
  • Jonathan Wells : hérite appartement oncle Edmond Fontaineblea (mort mystérieuse)
  • Cave interdite : pancarte "N'entrez jamais", curiosité irrépressible
  • Première expédition : Jonathan + voisins (Nicolas, Laetitia, autres) descendent
  • Disparitions : explorateurs ne reviennent pas, mystère
  • Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu : cahiers oncle Edmond, révélations fourmis
🔗 Convergence des Mondes

Révélation : Les fourmis de Bel-o-kan vivent sous l'immeuble des Wells. La cave interdite mène à la fourmilière géante. Les "Doigts" (humains) sont la menace ultime pour les fourmis. Edmond Wells était fasciné par elles et cherchait à communiquer...

📗 Tome 2 : Le Jour des fourmis (1992) — La Communication
🐜 Récit Fourmi : La Croisade
  • Nouvelle expédition : 103 683e mène croisade vers l'ouest (bout du monde fourmi)
  • Princesse 56e : devenue reine fondatrice, nouvelle cité
  • Rencontre fourmis étrangères : espèces différentes, alliances, guerres
  • Quête connaissance : comprendre les Doigts, leur technologie, leur pouvoir
👤 Récit Humain : La Révélation
  • Maximilien Wells : fils Jonathan (7 ans), surdoué, fasciné fourmis
  • Lycée de Fontainebleau : groupe lycéens (Julie Pinson + amis) découvre fourmilière
  • Expérience communication : tentative dialogue humains-fourmis
  • Rock fourmi : groupe crée musique inspirée vibrations fourmis
🔗 Premier Contact

Maximilien comprend : les fourmis ne sont pas de simples insectes mais une civilisation parallèle. La communication devient possible via ordinateur traduisant phéromones en langage. Julie et son groupe explorent cette voie révolutionnaire...

📘 Tome 3 : La Révolution des fourmis (1996) — L'Utopie
🐜 Récit Fourmi : La Nouvelle Civilisation
  • Révolution : remise en cause hiérarchie traditionnelle (Reine, castes)
  • Fourmis libres : individus pensants, choix personnel vs instinct collectif
  • Alliance inter-espèces : fourmis rousses + noires + termites (impensable !)
  • Utopie : cité idéale mêlant intelligence collective et liberté individuelle
👤 Récit Humain : La Cité Parfaite
  • Julie Pinson : devenue adulte, projet Utopie (ville expérimentale)
  • Communauté humaine : 144 000 personnes s'inspirant fourmis
  • Pyramide : architecture révolutionnaire, démocratie participative
  • Échec/Succès : limites utopie, mais graines plantées
🔗 Symbiose Finale

Les deux civilisations comprennent qu'elles peuvent s'enrichir mutuellement. Les fourmis apportent l'organisation, la communication chimique, la solidarité. Les humains apportent la créativité, la technologie, la philosophie. Une nouvelle ère commence...

⚖️ Tableau Comparatif : Deux Civilisations
Élément 🐜 Monde des Fourmis 👤 Monde des Humains
Communication Phéromones (11 types chimiques : piste, alerte, sexe, mort...), antennes (trophallaxie : échange nourriture/info), CAP (Communication Absolue Phéromonale) Langage verbal et écrit, gestuelles, expressions faciales, technologies (téléphone, internet)
Organisation Fédération (Reine mère unique, ponte 4000 œufs/jour), Castes (soldats, ouvrières, mâles, princesses), Spécialisation (champignonnistes, nourrices, exploratrices) Société individuelle, famille nucléaire, hiérarchies variables (démocratie, entreprise)
Taille 3-6 mm (ouvrière), 1-2 cm (soldat), Fourmilière : millions d'individus 1,60-1,90 m, individu autonome, villes : millions habitants
Durée de vie Ouvrière : 3-6 mois, Soldat : 1-2 ans, Reine : 15-20 ans, Mâle : quelques semaines (meurt après accouplement) Moyenne 80 ans (pays développés), reproduction dès puberté, vieillesse : retraite
Alimentation Champignons cultivés (jardins souterrains), miellat (pucerons élevés), chasse (insectes), stockage (greniers) Agriculture, élevage, cuisine élaborée, supermarchés, plaisir gustatif
Guerre Acide formique (jet 30 cm), mandibules (découpe ennemis), stratégie collective (phalanges), génocide fourmilières rivales Armes technologiques (fusils, bombes, nucléaire), armées organisées, conventions internationales
Architecture Cité souterraine (dôme surface), chambres spécialisées (royale, pouponnière, grenier, cimetière), ventilation naturelle, température régulée Villes surface (gratte-ciels, maisons), chauffage/climatisation artificielle, esthétique variable
Rapport mort Cimetière (fourmis mortes évacuées zone dédiée), phéromone mort (nécrophore : reconnaissance), pas de rituel, pragmatisme absolu Funérailles ritualisées, deuil émotionnel, cimetières sacrés, croyances au-delà
Intelligence Collective (essaim intelligent, aucune fourmi ne connaît plan global), spécialisation tâches, émergence solutions complexes Individuelle dominante, conscience de soi, créativité personnelle, mais coopération possible
Perception temps Cyclique (saisons, température), générationnelle (Reine traverse 15-20 générations ouvrières), pas de nostalgie ni projet lointain Linéaire (Histoire), mémoire individuelle longue, projection futur (retraite, héritage), angoisse mort
🔬 Concepts Scientifiques de la Trilogie
Myrmécologie
Science de l'étude des fourmis. Werber s'appuie sur recherches réelles (INRA, entomologistes). Faits authentiques : phéromones, organisation sociale, agriculture champignons, élevage pucerons.
Communication Absolue Phéromonale (CAP)
Concept fictif mais basé sur réalité. Les fourmis communiquent via molécules chimiques. 11 types : piste, alerte, reconnaissance, sexe, mort, reine, nourriture... Aucun mensonge possible (chimie = vérité absolue).
Intelligence collective
Émergence : comportements complexes naissent d'interactions simples entre individus. Aucune fourmi ne "sait" ce qu'elle fait à échelle globale, mais la colonie "pense". Application : réseaux, internet, essaims robotiques.
Les Doigts
Nom donné aux humains par les fourmis. Créatures géantes incompréhensibles, destructrices involontaires (écrasent fourmilières), divinités terrifiantes. Relativité de la perception : nous sommes des monstres pour elles.
Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu
Fil rouge des romans Werber. Cahiers Edmond Wells : aphorismes, faits scientifiques, réflexions philosophiques. Publiée dans la réalité (1993) : compilation des extraits romans + ajouts.
Thèmes werbériens
  • Science-fiction philosophique : vulgarisation (biologie, physique, anthropologie), questionnement existence, relativité point de vue
  • Double narration : technique signature (2 récits parallèles convergent), suspense (chapitres alternés), révélations progressives
  • Altérité radicale : fourmis = civilisation aussi légitime qu'humains, remise en cause anthropocentrisme, humilité cosmique
  • Intelligence collective vs individuelle : force essaim (fourmis) vs créativité individu (humains), synthèse possible ?
  • Communication inter-espèces : rêve dialogue (humains-fourmis, humains-dauphins, humains-dieux), langage universel, compréhension mutuelle
  • Utopie sociale : cité idéale (tome 3), démocratie participative, 144 000 citoyens (nombre symbolique), échec mais espoir
Importance historique et littéraire

Phénomène éditorial années 1990, vulgarisation scientifique ludique, renouveau SF française. Les Fourmis (1991) : succès immédiat (2 millions exemplaires France, 15 millions monde, traduit 35 langues), public large (adolescents à adultes, littéraires + scientifiques), révolution éditoriale (thriller + encyclopédie scientifique, accessibilité, pédagogie invisible), myrmécologie (recherches sérieuses : INRA Lausanne, rencontre entomologistes, faits réels 80% livre), phéromones (communication chimique fourmis : 11 types molécules, pistes odorantes, reconnaissance colonie), double narration (chapitres alternés fourmis/humains : suspense, convergence finale révélation), Bel-o-kan (fourmilière géante : millions fourmis rousses, Reine mère, castes, champignonnistes), 103 683e (soldat mâle héros : numéro = nom fourmi, individu dans masse, quête connaissance), Jonathan Wells (humain : cave mystérieuse, Encyclopédie oncle Edmond, disparitions, secret fourmis).

Trilogie (1991-1996) : tome 2 Le Jour des fourmis (1992 : Maximilien fils Jonathan 7 ans, lycéens Fontainebleau, tentative communication fourmis-humains, rock fourmi groupe Julie Pinson), tome 3 La Révolution des fourmis (1996 : utopie, Julie adulte fonde cité 144 000 habitants inspirée fourmis, pyramide, démocratie directe, révolution fourmis libres vs Reine), succès confirmé (best-sellers, fans culte, forums internet pré-réseaux sociaux).

Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu : cahiers Edmond Wells (extraits chaque chapitre : aphorismes, faits scientifiques, réflexions philosophiques, humour), exemples (« La meilleure façon de résister à la tentation, c'est d'y céder », « On peut connaître la force d'un être à sa capacité de se taire »), publication réelle (1993 : Werber compile extraits romans + ajouts, succès librairie, objet culte), influence (lecteurs : curiosité science, fourmis vendues terrariums explosion, vocations entomologistes).

Style Werber : vulgarisation ludique (science accessible, pas de jargon, pédagogie narrative), suspense (fin chapitres cliffhanger, alternance récits crée tension), humour (second degré, Encyclopédie, dialogues fourmis anthropomorphisées avec recul), brièveté (chapitres courts 2-4 pages : rythme, lecture addictive), schémas (dessins fourmilière, carte expéditions : visuel pédagogique).

Postérité : trilogies suivantes (Thanatonautes 1994 exploration mort, Nous les dieux 2004 jeu divin, Troisième Humanité 2012 micro-humains), adaptations (BD Dupuis 1990s, projet film années 2000 jamais abouti, jeu vidéo), influence (génération 1990-2000 : goût science, SF, philosophie accessible), critiques (snobisme littéraire parisien : « sous-littérature », « vulgarisation simpliste », mais défense : « littérature populaire intelligente, plaisir lecture, ouverture curiosité »).

SF française renouveau : après Verne/Barjavel, Werber (1990s) ouvre voie SF grand public française (Brussolo, Jaworski, Alain Damasio 2000s), refus élitisme, ambition divertir ET instruire.

Auteurs de la langue française au 21ème siècle

Auteurs et textes du 21ème siècle — Le Siècle de la Mondialisation et du Numérique

Écran numérique et réseaux sociaux - ère digitale
Ère numérique et mondialisation (21ème siècle)

Contexte historique (France et monde)

Le 21ème siècle est le siècle de la mondialisation (économie globale, migrations, internet), du numérique (révolution technologique, réseaux sociaux, intelligence artificielle), des crises (terrorisme, climat, pandémies, guerres) et d'une littérature mondialisée en langue française (francophonie, diversité, migrations, mémoires).

Chronologie

11 septembre 2001 : attentats terroristes (New York, choc mondial, guerre contre terrorisme).
2002 : euro (monnaie unique européenne : France abandonne franc).
2005 : référendum constitution européenne (France vote Non : crise européenne), émeutes banlieues (octobre-novembre : Clichy-sous-Bois, mort Zyed et Bouna, 3 semaines violence, état d'urgence).
2007-2008 : crise financière mondiale (subprimes USA, krach bancaire, récession, chômage).
2011 : Printemps arabe (révolutions Tunisie, Égypte, Libye, Syrie : guerre civile).
2015 : attentats Paris (Charlie Hebdo 7 janvier : 12 morts, Bataclan 13 novembre : 130 morts, état d'urgence, « Je suis Charlie », terrorisme islamiste).
2016 : Brexit (Royaume-Uni quitte UE), attentat Nice (14 juillet : 86 morts).
2017 : élection Emmanuel Macron (président : jeune, « en marche », renouvellement politique).
2018-2019 : Gilets jaunes (mouvement social : ronds-points, violence, inégalités, colère populaire).
2020-2021 : pandémie Covid-19 (confinements, masques, vaccins, mort 150 000 France, crise sanitaire mondiale).
2022 : guerre Ukraine (invasion Russie 24 février : Poutine, retour guerre Europe, crise énergétique).
2023-2024 : intelligence artificielle (ChatGPT, révolution IA, question création littéraire), crise climatique (canicules, sécheresses, urgence écologique, effondrisme).

État sanitaire selon les classes sociales

Classes supérieures (10-15%)
Espérance de vie : 85-90 ans (médecine pointe, prévention, hygiène vie).
Santé : Très bonne (accès soins excellents, mutuelles, médecine privée, alimentation bio, sport).
Risques : Stress (surmenage cadres), maladies civilisation (burn-out, dépression).
Classes moyennes (40-50%)
Espérance de vie : 80-85 ans (progrès médecine, vaccins, chirurgie).
Santé : Bonne (sécurité sociale, médecine généraliste, hôpitaux publics, mais inégalités territoriales : déserts médicaux).
Conditions : Travail (tertiarisation, bureau, sédentarité, écrans), stress (précarité, chômage, dettes).
Classes populaires (30-40%)
Espérance de vie : 75-80 ans (écart 7-10 ans avec classes supérieures).
Santé : Moyenne (difficultés accès soins : déserts médicaux, renoncement soins coût, obésité, alcool, tabac).
Conditions : Travail (précarité, chômage, banlieues, mal-logement), addictions, maladies chroniques.
Précarité et exclusion (5-10%)
Espérance de vie : 50-65 ans (sans-abris, toxicomanes, grande précarité).
Santé : Très mauvaise (exclusion soins, rue, addictions, maladies infectieuses, malnutrition).

Modes de pensée et représentations mentales

Mouvements intellectuels et culturels

Mondialisation culturelle : Internet (accès culture mondiale, streaming, réseaux sociaux), hybridation (multiculturalisme, migrations, identités plurielles), anglicisation (domination culturelle USA, mais résistances : francophonie).

Études postcoloniales et décoloniales : Mémoire coloniale (guerre Algérie, esclavage, repentance), écrivains postcoloniaux (francophonie : Afrique, Antilles, Maghreb), racisme systémique (débats : police, discrimination, universalisme vs identités).

Féminisme (4e vague) : #MeToo (2017 : Weinstein, libération parole, viols, harcèlement), écriture inclusive (débats : langue, grammaire, féminisation), autrices (reconnaissance, prix littéraires : parité).

Écologie et collapsologie : Urgence climatique (GIEC, +1,5°C, catastrophes), effondrement (Servigne, fin civilisation thermo-industrielle, angoisse), éco-anxiété (jeunesse : Greta Thunberg, grèves climat), littérature climat (cli-fi, dystopies écologiques).

Transhumanisme et IA : Intelligence artificielle (ChatGPT, création, question auteur/originalité), biotechnologies (CRISPR, génétique, posthumain), virtualité (métavers, réseaux sociaux, identités numériques).

Populisme et crise démocratie : Montée extrêmes (Le Pen, Trump, Orban, autoritarisme), fake news (post-vérité, complotisme, réseaux sociaux), gilets jaunes (colère populaire, inégalités, élites vs peuple).

Production littéraire — Siècle de la mondialisation francophone

Francophonie mondiale : Littérature mondialisée (Afrique : Mabanckou, Nothomb, Diop, Antilles : Chamoiseau, Condé, Glissant, Maghreb : Daoud, Slimani, Djebar), Prix littéraires (Goncourt, Renaudot : ouverture francophonie).

Autofiction et ego-littérature : Soi (obsession : Angot, Houellebecq, Ernaux Prix Nobel 2022), intime (famille, sexe, trauma, maladie), narcissisme vs sincérité (débats : exhibition, thérapie, art ?).

Roman social et politique : Inégalités (Ernaux : classes populaires, Éribon : transfuge), banlieues (Guène, Kerviel : cités, violence, jeunesse), travail (précarité, burn-out, néolibéralisme).

Littérature de genre (légitimation) : Polar (Vargas, Lemaitre : reconnaissance), fantasy (francophone : essor), science-fiction (Dantec, Damasio, Lehman : dystopies, écologie).

Poésie contemporaine : Performance (slam, spoken word : Grand Corps Malade, Abd Al Malik), hybridation (prose/vers, multimédia), oralité (retour performance, voix).

Numérique et édition : Auto-édition (Amazon KDP, Wattpad : démocratisation), livres numériques (e-books, liseuses, mais résistance papier), réseaux sociaux (BookTok, BookTube : prescription jeunesse).

Michel Houellebecq — Les Particules élémentaires (1998)

Informations
Auteur
Michel Houellebecq, nom de plume de Michel Thomas (né 1956), écrivain
Date
1994-présent (carrière de 30 ans)
Genre
Roman, poésie, essai
Langue
Français (prose plate, descriptions cliniques, cynisme, provocation, humour noir)
Contexte
La Réunion (naissance, parents abandonnent : grands-parents), enfance (solitude, abandon affectif), études (agronomie : INA Paris-Grignon), informatique (ingénieur : Assemblée nationale, ministère Agriculture), dépression (années 1990 : alcool, divorce, hôpital psychiatrique), polémiques (islamophobie présumée, provocations, procès), Prix Goncourt (2010 : La Carte et le Territoire)
Œuvres principales
  • Extension du domaine de la lutte (1994) : premier roman (libéralisme sexuel/économique, solitude, dépression).
  • Les Particules élémentaires (1998) : chef-d'œuvre, scandale, deux demi-frères (Michel biologiste : refoulement, Bruno professeur : obsession sexe), Mai 68 (critique féroce : hédonisme, abandon enfants, destruction valeurs), transhumanisme (fin humanité, clones asexués, posthumains), nihilisme (désespoir civilisation occidentale).
  • Plateforme (2001) : tourisme sexuel (Thaïlande), terrorisme islamiste, polémique (« la religion la plus con, c'est quand même l'islam »).
  • La Possibilité d'une île (2005) : science-fiction (clones, immortalité, fin humanité).
  • La Carte et le Territoire (2010) : Prix Goncourt, peintre Jed Martin, personnage « Houellebecq » (mise en abyme), meurtre, art contemporain.
  • Soumission (2015) : polémique Charlie Hebdo, 2022 (élection : président musulman France, charia douce, conversion narrateur), islamophobie ? satire ? anticipation ? (débats violents), publication 7 janvier 2015 (jour attentat Charlie : coïncidence tragique).
  • Sérotonine (2019) : dépression (antidépresseurs, suicide, gilets jaunes, agriculture).
  • Anéantir (2022) : terrorisme, politique, famille, maladie.
Univers houellebecquien
  • Solitude : hommes seuls, dépression, incapacité aimer, société anomique
  • Sexualité : obsession, pornographie, prostitution, libéralisme sexuel = souffrance
  • Nihilisme : désespoir, absence sens, déclin Occident, fin humanité
  • Critique Mai 68 : hédonisme, libération sexuelle = égoïsme, abandon, destruction
  • Provocations : islam, femmes, humanisme (polémiques, procès, haine/fascination)
Importance historique et littéraire

Écrivain le plus controversé, prophète déclin Occident, Prix Goncourt. Les Particules élémentaires (1998) : chef-d'œuvre/scandale, deux demi-frères (Michel Djerzinski : biologiste, froid, asexuel, recherche génétique, Bruno Kléber : professeur, obsédé sexe, échec sentimental, dépression), mère (Janine Ceccaldi : 68arde, abandonne enfants pour liberté sexuelle, égoïsme absolu), Mai 68 (réquisitoire : libération sexuelle = souffrance perdants, destruction famille, hédonisme = égoïsme, nihilisme), transhumanisme (Michel découvre clonage parfait : fin reproduction sexuée, posthumains immortels asexués remplacent humanité 2040s, fin souffrance mais fin amour/désir), réception (Prix Novembre, succès mondial, traductions, mais accusations misogynie/réactionnaire).

Soumission (2015) : roman politique anticipation, 2022 (élection présidentielle : 2e tour Mohammed Ben Abbes parti Fraternité musulmane vs Marine Le Pen, gauche/droite/centre rallient musulmans pour barrage Le Pen, Ben Abbes élu : application charia douce, polygamie, voile, université islamique Sorbonne), narrateur (François : universitaire Huysmans, cynique, convertit islam pour épouser jeunes femmes polygamie), polémique (islamophobie ? satire démission élites ? prophétie auto-réalisatrice ?), publication 7 janvier 2015 (jour même attentat Charlie Hebdo : 12 morts, coïncidence tragique, couverture Houellebecq Charlie, débats violents, Houellebecq caché protection : menaces).

Polémiques : islam (Plateforme 2001 : « la religion la plus con, c'est quand même l'islam », plainte mosquées, relaxe justice : liberté expression), femmes (personnages féminins : objets sexuels, accusations misogynie), provocations (médias : déclarations choc, pose cynique, cigarette, alcool), procès (diffamation, incitation haine raciale : acquittements).

Prix Goncourt (2010) : La Carte et le Territoire, peintre Jed Martin (photographie, peintures métiers, carte Michelin), personnage « Michel Houellebecq » (écrivain raté, assassiné mutilé : mise en abyme, humour noir), consécration (reconnaissance institution littéraire, mais Houellebecq ironise toujours).